lundi 14 octobre 2013

Sur les rivalités impérialistes en Syrie et l'abandon des principes marxistes par le CCI



Bulletin communiste international #11 – FGCI 

Lutte contre l'opportunisme


Sur les rivalités impérialistes en Syrie et l'abandon des principes marxistes par le CCI




(Correspondance)



Nous venons juste de recevoir le texte qui suit d'un « groupe » que nous ne connaissons pas et signant Explorateurs en lendemains... Le lecteur pourra lire dans notre lettre de réponse qui suit les raisons pour lesquelles nous partageons le but politique que visent les camarades en rédigeant ce texte et en le faisant circuler même si nous ne sommes pas d'accord avec les éléments d'analyse et les conclusions en terme d'alignement impérialiste.


La Syrie


En parcourant les quelques articles du milieu révolutionnaire prolétarien consacrés à la tragédie qui se déroule en Syrie on est frappé par le sentiment d’impuissance de ce même milieu. Son incapacité congénitale à parler d’une même voix et à se faire entendre est malheureusement patente et récurrente. Mais ce n’est pas la seule faiblesse de ce milieu, loin s’en faut.
Nous n’avons pas la prétention d’avoir lu tout ce que le milieu a pu écrire sur la Syrie depuis le début des évènements marquants dans ce pays en Mars 2011, mais la rareté des expressions sur ces évènements rejoint aussi l’indigence des analyses. Certaines tournent le dos au marxisme et tendent à abandonner les principes fondamentaux du mouvement communiste et a glisser sur le terrain de l’adversaire.
C’est le cas d’un article de Révolution Internationale : « Syrie: guerre impérialiste ou solidarité de classe » (Révolution Internationale / Septembre 2013)
Si l’on fait abstraction des habituelles litanies au sujet de la décadence, de la décomposition et du chaos, qui servent de cadre d’analyse à ce courant, et de passe partout, ainsi que de l’appel de principe au prolétariat mondial, entité parfaitement inexistante à l’heure actuelle, que nous apprend cet article?
Tout d’abord ce que tout le monde sait et que même la presse bourgeoise la plus vile rappelle dans ses torchons crasseux: les armes chimiques existent depuis la 1° guerre mondiale, et n’ont jamais cessé d’être produites, perfectionnées, vendues et utilisées, y compris par ceux qui signent des traités et conventions contre elles.
Ensuite l’auteur promet de nous révéler « quelles sont les véritables causes du conflit en Syrie ». Mais il n’en fait rien, et à aucun moment ne cherche à le faire.
D’ailleurs les arguments guerriers des impérialismes français et américains qu’on se doit de combattre 1 ne se rattachent pas à une quelconque explication des causes du conflit, mais aux moyens d’empêcher Bachar Al Assad d’utiliser les armes chimiques en sa possession, et de dissuader l’Iran de poursuivre son programme nucléaire. Que ces arguments ne soient que sophismes grossiers cachant mal leurs desseins impérialistes est une autre affaire qu’il serait intéressant de développer par ailleurs. Et c’est entre autre ce qu’on était en droit d’attendre au minimum d’un tel article.
Mais en réalité cet article ne nous apprend rien du tout. Sa seule raison d’être étant de ressasser la ligne du courant en cherchant à en prouver la prétendue validité dans l’actualité.
Or cette ligne aboutit à des affirmations on ne peut plus naïves et dangereuses : « Depuis l’effondrement de l’URSS il n’y a plus de blocs, plus de risques d’une troisième guerre mondiale généralisée. »
Et en cela il chante la même berceuse aux prolétaires que les impérialistes eux-mêmes. Propagande soporifique.
Les guerres que les bourgeoisies impérialistes mènent un peu partout dans le monde viseraient justement, à les en croire, à éviter la prolifération des armes de destruction massive qu’ils possèdent eux-mêmes en quantités hallucinantes et en qualité nécessairement considérablement supérieure à tous les Etats qui cherchent à s’en doter, et par conséquent à éviter une troisième guerre mondiale. A chaque guerre on brandit l’image d’un nouvel Hitler qu‘il faut écraser avant qu‘il ne soit trop tard: Saddam Hussein, Kadhafi, Bachar Al Assad. Mais tout cela cache mal les intérêts proprement impérialistes qui les motivent. Au premier rang desquels le maintien de l’ordre capitaliste dans le monde entier et le renforcement de leur nation sur le marché mondial.
Le soutien indéfectible à certains régimes théocratiques, dictatoriaux, voire mafieux, par les Etats-Unis (Israël, Arabie Saoudite, Afghanistan ...) comme par la Russie et la Chine ( Syrie, Iran, Corée du Nord …) ou la France ( Maroc, Qatar, Emirats Arabes Unis…), rend caduque les mélopées de ces bourgeoisies sur l’air des libertés démocratiques, qu’elles ne respectent même pas sur leur propre territoire national. D’ailleurs, le peu de cas porté, même si officiellement on a assisté aux gémissements ridicules de Fabius et aux sermons d’ Obama, entrant en contradiction pour l’occasion avec Kerry, à la violente et sanglante reprise en main parfaitement antidémocratique du pouvoir par l’armée en Egypte dissimule mal l’appui effectif apporté par tous les bons samaritains de l’impérialisme aux généraux égyptiens (ceux-ci auront été privés de dessert: manœuvres militaires conjointes avec les USA), après avoir joué la carte des Frères Musulmans contre la révolution. Le précédent algérien avait déjà donné le ton il y a quelques décennies en matière de défense des droits démocratiques. Ce qui alimenta tout particulièrement le terrorisme des courants islamistes radicaux à l’échelle internationale.
Un autre sophisme guerrier des impérialismes invoque la lutte contre le terrorisme. Mais si le terrorisme, principalement islamiste, constitue une menace pour les puissances impérialistes, c’est qu’il vise à renverser les régimes qu’elles soutiennent en fonction des mêmes intérêts. Toutefois elles ne dédaignent pas de l’utiliser contre les Etats qui coopèrent avec les impérialismes concurrents. Ce fut le cas en Afghanistan (notamment avec les Talibans et Ben Laden lui-même), ce fut aussi le cas au Caucase, en Lybie et actuellement en Syrie, pour ce qui est des impérialismes occidentaux, et de l’axe franco-anglo-américain. Mais les impérialismes Russe et Chinois, voire l’impérialisme naissant en Inde et au Pakistan, ne sont pas en reste (Cachemire, Népal, Tibet, Caucase, Indochine, Sri Lanka, Indonésie…).
Au lieu d’apercevoir la recomposition inéluctable des alliances impérialistes et la dynamique inexorable du MPC qui tend vers le conflit généralisé, RI voit tout le contraire:
« Seulement la discipline de bloc aussi a volé en éclats. Chaque nation joue depuis sa propre carte, les alliances impérialistes sont de plus en plus éphémères et de circonstance… ainsi les conflits se multiplient sans qu’aucune bourgeoisie ne puisse plus rien contrôler. C’est le chaos, la décomposition grandissante de la société. »
Comme si dans les alliances qui ont provoqué la première guerre mondiale chacun n’avait pas « joué sa propre carte »! Comme si dans les nouvelles alliances qui se sont nouées pour la deuxième il n’y avait pas eu un grand jeu, un double et triple jeu de la part de chaque nation concurrente! Quelle pitoyable innocence! Comme si les Etats-Unis n’avaient pas agressés leurs propres alliés européens, comme si l’URSS n’avait pas pactisé avec l’Allemagne hitlérienne avant de passer un accord avec les Etats-Unis, et le rompre dès qu’il lui fut possible. Comme si dans les deux blocs d’après guerre il n’y avait pas une guerre permanente entre membres d’un même bloc, et comme s’il n’y avait pas eu de non-alignés, etc. Et pourtant, c’est bien à cette époque des blocs que le danger d’un troisième conflit s’était en réalité le plus éloigné.
On ne peut pourtant pas dire non plus que l’alliance entre la France, l’Angleterre et les Etats-Unis soit vraiment éphémère et de circonstance depuis 2001! La France est aux côtés de l’Angleterre et des Etats-Unis en Afghanistan (2002), en Irak (2003), en Lybie (2011), au Mali (2012), en Syrie (2013). On l’entend hurler au loup avec ses acolytes contre l’Iran, comme contre Bachar Al Assad.
Depuis la fin des années 90 la bourgeoisie française a opéré un tournant en politique extérieure. Avec le retour des socialistes au pouvoir et la cohabitation Jospin/Chirac, la politique atlantiste fut ravivée. Cette derniere opéra un rapprochement avec Israël au détriment des palestiniens. Encore une fois la politique extérieure de la bourgeoisie française a favorisé le développement du terrorisme islamiste, en l’occurrence celui du Hamas en Palestine, comme elle avait attisé celui du GIA en Algérie. On doit d’ailleurs considérer pareillement la responsabilité de cette bourgeoisie néocoloniale dans les affaires intérieures au Liban via la fraction chrétienne.
L’acharnement de celle-ci à vouloir intervenir militairement dans cette région contre vents et marée trouve sa raison d’être réelle dans sa tentative de retrouver une influence prépondérante dans ce qui fut ses anciennes colonies après le Traité de Sèvres en 1920. Le recul de son influence au Liban, surtout avec la montée en puissance du Hezbollah allié à la Syrie, est un des motifs du revirement de la politique extérieure de la bourgeoisie française au proche orient à la fin des années 90.
Cette politique extérieure qui vit se resserrer les liens diplomatiques et militaires entre la France et les Etats-Unis fut confirmée par le retour de la droite au pouvoir avec l’appui de toutes les forces de gauche… sous la présidence de Chirac. Elle fut même consolidée sous Sarkozy malgré certaines frictions apparentes et trouve son couronnement avec Hollande et la gauche au pouvoir.
Néanmoins une alliance impérialiste n’opère pas seulement sur le plan de la diplomatie, elle trouve son point d’orgue dans une alliance militaire et son opérationnalité sur le terrain des conflits. Or c’est bien ce qui se réalise au travers des conflits successifs en Lybie, au Mali et en perspective en Syrie, même si un certain recul momentané des préparatifs militaires semblent officiellement avérés. L’efficacité du dispositif militaire entre les trois puissances a été rodé pour ainsi dire au cours des guerres d’occupation en Afghanistan et en Irak. Mais il a été véritablement opérationnel avec la guerre en Lybie, puis au Mali.
Mais l’apothéose de cet article réside dans l’idée que l’opinion publique a fait reculer la bourgeoisie anglaise au… parlement! Comble du crétinisme parlementaire. Le CCI a oublié que le parlement ne reflète pas l’opinion publique mais le point de vue dominant dans la bourgeoisie elle-même, et que celui-ci modèle à son tour l’opinion publique (la bourgeoisie détenant tous les médias et tous les moyens de propagande). Opinion publique matière plastique disait BORDIGA!
Et le CCI emboîte le pas à la presse bourgeoise. Après avoir anesthésié les prolétaires avec la chansonnette sur l’impossibilité d’une nouvelle guerre mondiale, le CCI finit de l’endormir avec la berceuse sur la démocratie et l’opinion publique.
La même magie de la démocratie agirait aux Etats-Unis. Mais en réalité, et contrairement à ce qui est affirmé aussi dans un article paru dans Le Monde le 26/09/2013, ce n’est pas l’opinion publique qui a freiné les ardeurs de la bourgeoisie américaine, mais, derrière les menaces militaires, un calcul diplomatique et le danger évident d’une escalade incontrôlable non seulement au plan régional, mais encore au plan mondial.
Sur le plan intérieur à la Syrie les progrès constants des groupes islamistes armés et notamment ceux qui sont directement liés à Al Qaïda vient de s’illustrer par une rupture de plus d’une dizaine de ces groupes parmi les plus efficaces militairement, à commencer par l’Armée syrienne libre elle-même d’avec la Coalition nationale syrienne, seule interlocutrice des impérialistes occidentaux. Par conséquent, une intervention sans troupes au sol est beaucoup trop risquée quand à savoir qui s’emparera du pouvoir quand le dictateur de Damas sera éliminé par les missiles.
Ce n’est pas que ces troupes ne pourraient pas intervenir, car elles sont pré-positionnées en Jordanie et certainement aussi en Israël et en Turquie, Le Figaro ayant révélé qu’en Jordanie stationnaient non seulement les forces spéciales, mais encore 2 compagnies de combat et un détachement du 13° régiment de Dragons parachutistes. Une autre information du Figaro relatait que l’armée syrienne aurait utilisé l’arme chimique en Aout suite à la pénétration des forces spéciales en Syrie. En somme il s’agissait d’un avertissement. Quoiqu’il en fut réellement, et il y a de forte chance pour que nous ne le sachions jamais, on comprend mieux la fameuse ligne rouge des EU…
Au plan mondial, les autres impérialismes, au premier rang desquels l’impérialisme russe, principal soutient de l’Etat syrien, sont résolument opposés à toute intervention militaire adverse. Or non seulement la Russie possède une base militaire en Syrie, dans le port de Tartous, et il s’agit de la seule base russe en Méditerranée, mais encore elle est en train de déployer des navires de guerre un peu partout. Il en est de même, dans une moindre mesure, de la Chine.
La plupart des puissances émergentes y sont aussi opposées. Non seulement l’axe franco-anglo-américain se trouve entravé au niveau de l’ONU, mais encore il peine à réunir une coalition de pays à même de le soutenir en cas de dérapage. Au contraire il voit se dessiner une alliance adverse qui trouve un appui relativement important dans ces puissances émergentes.
C’est pour toutes ces raisons que l’axe occidental a reculé en bon ordre et a fait mine d’avoir fait avancer les choses sur le plan diplomatique. Et certainement pas par respect de l’opinion publique et de la démocratie. Il en faudra beaucoup plus pour faire reculer l’impérialisme, à commencer par un petit peu plus de rigueur marxiste (défaitisme et internationalisme ) et d’unité dans la propagande du milieu révolutionnaire dans les pays des camps qui se dessinent. Mais surtout une véritable mobilisation prolétarienne de classe contre la bourgeoisie.
Explorateurs en lendemains, Septembre 2013.


Rosa Luxemburg contre l'opportunisme... du CCI actuel et sa liquidation d'un des principes marxistes quant à la seule perspective du capitalisme : 

une 3ème guerre impérialiste généralisée


« Ces événements, qui se succédèrent coup sur coup, créèrent de nouveaux antagonismes en dehors de l'Europe : entre l'Italie et la France en Afrique du Nord, entre la France et l'Angleterre en Égypte, entre l'Angleterre et la Russie en Asie centrale, entre la Russie et le Japon en Asie orientale, entre le Japon et l'Angleterre en Chine, entre les États-Unis et le Japon dans l'océan Pacifique - une mer mouvante, un flux et reflux d'oppositions aiguës et d'alliances passagères, de tensions et de détentes, au milieu de laquelle une guerre partielle menaçait d'éclater à intervalle régulier entre les puissances européennes, mais, chaque fois, était différée à nouveau. Dès lors, il était clair pour tout le monde :
1) Que cette guerre de tous les États capitalistes les uns contre les autres sur le dos des peuples d'Asie et d'Afrique, guerre qui restait étouffée mais qui couvait sourdement, devait conduire tôt ou tard à un règlement de comptes général, que le vent semé en Afrique et en Asie devait un jour s'abattre en retour sur l'Europe sous la forme d'une terrible tempête, d'autant plus que ce qui se passait en Asie et en Afrique avait comme contre-coup une intensification de la course aux armements en Europe.
2) Que la guerre mondiale éclaterait enfin aussitôt que les oppositions partielles et changeantes entre les États impérialistes trouveraient un axe central, une opposition forte et prépondérante autour de laquelle ils puissent se condenser temporairement. Cette situation se produisit lorsque l'impérialisme allemand fit son apparition. »
(La Brochure de Junius, ch.3, le développement de l'impérialisme, 1915, nous soulignons).


1 Primo parce que les communistes doivent face aux menées impérialistes mettre en œuvre, lorsque c’est possible, mais en défendre en toutes circonstances le principe, le défaitisme révolutionnaire qui consiste à s’opposer à sa propre bourgeoisie, en l’occurrence la bourgeoisie française alliée pour l’heure à celle des Etats-Unis. Secundo parce que la bourgeoisie française est au premier plan de cette croisade. Tertio parce qu’elle constitue avec ses alliés le centre de la contre-révolution, le cœur même du capitalisme le plus avancé et le plus mystificateur et qu’il faut en finir avec le chauvinisme occidentalo-centrique cultivé dans les masses ouvrières de petits blancs et dont le réformisme ouvrier s’est fait le champion.

Notre réponse aux Explorateurs en lendemains...

La Fraction de la Gauche communiste internationale
Aux Explorateurs en lendemains,
Chers camarades,
Nous avons reçu et discuté votre prise de position « La Syrie ». Même si nous ne partageons pas l'analyse de la dynamique des rivalités impérialistes qui est avancée dans le texte, nous nous associons complètement à la défense des principes du mouvement communiste qui y est présentée contre leur remise en cause – en général – et leur liquidation – en particulier – par le CCI actuel au nom de la théorie de la « Décomposition ».
En particulier, nous partageons complètement les passages suivants :
  • “Au lieu d’apercevoir la recomposition inéluctable des alliances impérialistes et la dynamique inexorable du MPC qui tend vers le conflit généralisé, RI voit tout le contraire” ;
  • “Mais l’apothéose de cet article réside dans l’idée que l’opinion publique a fait reculer la bourgeoisie anglaise au… parlement! Comble du crétinisme parlementaire.” ;
  • “Or cette ligne aboutit à des affirmations on ne peut plus naïves et dangereuses : « Depuis l’effondrement de l’URSS il n’y a plus de blocs, plus de risques d’une troisième guerre mondiale généralisée. » Et en cela il chante la même berceuse aux prolétaires que les impérialistes eux-mêmes. “
Le fait que nous soyons en désaccord avec l'analyse sur les “alliances” impérialistes d'aujourd'hui, par exemple l'affirmation “pro-américaine” de l'alignement impérialiste de la France1 selon votre texte, n'est à nos yeux qu'une question secondaire, même si c'est bien sûr important, et non pas une question de “principe”. Aujourd'hui, la ligne de fracture ou d'opposition, l'enjeu du combat politique autour de la question impérialiste, dans le camp prolétarien – et évidemment aussi face à la propagande de la bourgeoisie – n'est pas sur l'analyse de la dynamique des alignements des rivalités impéralistes, sur quelle tendance à la “polarisation”, mais sur la défense des “principes fondamentaux du mouvement communiste” telle que le texte la développe.
De même, nous pouvons être d'accord en soi avec le constat du sentiment d'impuissance du milieu révolutionnaire prolétarien et son incapacité à parler d'une seule voix. Néanmoins, nous ne sommes pas sûrs que nous ayons la même vision et compréhension de ce camp communiste ce qui nous amène, pour notre part, à avoir une vision définie et concrète de comment lutter pour cet objectif. Pour ce qui est de notre vision des forces révolutionnaires aujourd'hui et dans l'intervention que nous voulons y donner, vous pouvez vous réfèrer à nos prises de position dans nos bulletins ; en particulier à nos débats2 avec les Communistes Internationalistes -Klabastalo de Montréal à qui nous venons d'envoyer ton texte.
Donc, il résulte de tout cela que nous sommes “interpellés” positivement, “curieux” et intéressés à en savoir plus tant sur l'objet de votre texte et son envoi que sur votre démarche générale – voire sur votre positionnement par rapport à nos positions et notre orientation politique. Nous sommes donc ouverts à toute discussion, contradictoire ou non, avec vous.
Dans l'attente de votre réponse, salutations communistes.
La FGCI, le 28 septembre 2013
1Le texte semble mettre en avant un pôle « emergent » autour de la Russie avec la Chine et les principaux pays dits émergents contre l'alliance autour des Etats-Unis. Nous relevons aussi que le texte – certes court et pour cela sans doute incomplet de votre point de vue – ne dit rien sur le rôle historique de l'Allemagne comme puissance impérialiste. Pour notre part (cf. nos prises de position dans nos bulletins de la FICCI et de la FGCI), nous défendons l'analyse selon laquelle la dynamique des rivalités impérialistes menant à la guerre généralisée si le prolétariat ne réussit pas à imposer sa perspective révolutionnaire, pousse à l'affirmation croissante – mais non moins contradictoire comme tout processus – d'un pôle « européen » autour de l'Allemagne – pour « faire simple » – et opposée à un pôle « anglo-saxon » – pour « faire encore plus simple ».

lundi 30 septembre 2013

Un accommodement irraisonnable : le capitalisme

Bulletin communiste international #11 – FGCI 

Dans plusieurs pays, la bourgeoisie multiplie les matraquages idéologiques en lançant des campagnes sur tel ou sujet dit de « société » qui, d'une part, occupe le terrain et les esprits en détournant ces derniers de la réalité de la du capital et des conditions de vie et de travail des prolétaires et, d'autre part et en complément, qui viennent créer fausses problématiques qui, toutes, visent à renforcer l'adhésion à la mystification démocratique de l’État.Dans différents pays, en Europe principalement, la question de l'autorisation ou non du voile islamique par les femmes est devenue l'un de ces thèmes. En Belgique, en France, le port du voile est devenu le prétexte pour le renforcement de l'idéologie laïque et républicaine, c'est-à-dire démocratique, de l’État. Ce fut le cas aussi au Canada dans la province francophone du Québec. Le 14 septembre dernier, à l'appel d'organisations religieuses, une manifestation de rue a lieu à Montréal. A cette occasion, nos camarades des CI-K ont juge utiles de reproduire le texte de 2007 ci-après sur leur blog.
Introduction de la Fraction de la Gauche Communiste Internationale

Depuis quelques mois, la presse et les médias de la bourgeoisie ont lancé une vaste campagne pour chercher à diviser les ouvriers immigrés, les ouvriers québécois et les ouvriers autochtones. Le prétexte : des accommodements raisonnables pour les communautés juives et musulmanes. Par exemple même si aucune organisation religieuse islamique n’a demandé le port du voile lors du vote [le show électoral], les médias ne cessent d’en parler. Tout ce débat diviseur veut nous faire oublier que le vote [les élections] est complètement inutile pour les prolétaires quelle soit leur origine. Chez les politiciens, cela a culminé par la création de lacommission Bouchard-Taylor qui doit faire le tour du Québec. Tous, bourgeois, petit-bourgeois et ouvriers sont invités comme « citoyens » à donner leur opinion. Cette campagne vise à alimenter les pires idéologies bourgeoises tel le racisme, la xénophobie, le nationalisme, le "chacun pour soi". La classe des capitalistes ne vise qu'un seul but : empêcher le prolétariat d'affirmer sa solidarité et son unité de classe internationales. En tentant de faire croire que les prolétaires québécois auraient quelque chose à sauvegarder, à défendre contre tous les immigrants venus de pays arabes ou d'ailleurs, tout ce battage médiatique s'efforce de leur faire oublier que la situation d'immigrés(voir note) fait partie de l'être-même de la classe ouvrière, de la misère de sa propre condition de classe exploitée.

Nous avons même entendu la « châtelaine », Pauline Marois, nous parler du « Nous identitaire » des nationalistes. Ce « Nous identitaire » , c’est le droit de se faire exploiter par des hommes et femmes d’affaires d’ici. Les élites bourgeoises empêcheront toujours une véritable solidarité ouvrière qui doit dépasser les nationalités. La "croyance" envers l'Etat bourgeois "laïc" comme ultime juge de paix et de cohésion sociales, c’est de la foutaise toute juste bonne pour les syndicats. Car, derrière tout ce débat sur les accommodements raisonnables c’est la défense de la « laïcité » qui est en fait la défense de l'Etat bourgeois et de sa démocratie qui est mise en avant.
Il n'est nullement dans les desseins du gouvernement de réduire l’importance des religions mais il vise au contraire à les renforcer : c'est ainsi que c'est sous la houlette de l'Etat "laïc"que nous verrons fleurir à l’automne 2008 des cours sur toutes les religions dans les écoles. Les religions seront toujours l’opium du peuple.
Face à la misère et à la barbarie de ce monde en pleine putréfaction, il n'y a qu'une seule perspective pour la classe ouvrière : rejeter fermement la logique de la concurrence et du "chacun pour soi" de ses propres exploiteurs. Quelles que soient son origine, sa langue, sa couleur de peau, sa religion, le prolétariat n'a aucun intérêt commun avec le capital national. Ses intérêts, il ne pourra réellement les défendre qu'en développant partout sa solidarité de classe internationale, en refusant de se laisser diviser entre ouvriers immigrés, canadiens, québécois et autochtones.
Seule l'affirmation de ses intérêts communs, dans la lutte, permettra au prolétariat de rassembler toutes ses forces, de s'affirmer comme classe mondiale solidaire et unie, pour abattre le Moloch capitaliste avant qu'il ne détruise toute la planète.
Des communistes internationalistes de Montréal automne 2007
Note : De 1840 à 1930, 900 000 canadiens français émigrent aux USA. Il est effarant de lire le rapport raciste d’un fonctionnaire américain:
« À quelques exceptions près, les canadien-français sont les Chinois des État-Unis. Ils ne portent aucun intérêt à nos institutions civiles et politiques ou à notre système d’éducation. Ils ne viennent pas ici pour s’établir parmi nous, ou pour acquérir le statut de citoyen et donc pour s’intégrer à nous, mais plutôt pour séjourner ici quelques années comme des étrangers... ils sont des ouvriers infatigables et dociles… Gagner autant que possible indifféremment du nombre d’heures de travail, vivre dans le plus grand dénuement afin d’éviter le plus possible la dépense et afin de grossir leurs économies et de les sortir du pays une fois accumulées ; voilà en somme le but des canadiens-français qui habitent nos régions industrielles. »
Massachusetts Report on statistics of labor Boston 13 th 1882

Préface à "La brochure de Junius" (Clara Zetkin, 1919)

Bulletin communiste international #11 – FGCI 

"La brochure de Junius" de Rosa Luxemburg a une histoire et elle est, à elle seule, une page d'histoire. Ceci, en raison des circonstances dans lesquelles elle est née, comme en raison de la vie ardente et de la rayonnante clarté qui s'en dégage.
Rosa Luxemburg rédigea la brochure en avril 1915. Quelques semaines auparavant, elle avait dû entrer dans la « Prison Royale de Prusse pour femmes » de la Barnimstrasse à Berlin. C'est là qu'elle devait purger la peine d'un an de prison à laquelle elle avait été condamnée avant la guerre, en février 1914, par la chambre correctionnelle de Francfort, et que lui avait valu sa lutte courageuse contre le militarisme. La lutte, la condamnation et l'épilogue contenaient déjà en raccourci tout ce qui par la suite se déploierait largement et apparaîtrait au grand jour :
- la connaissance claire qu'avait Rosa Luxemburg de l'orage impérialiste qui se préparait et de la nécessité impérieuse pour le prolétariat de s'y opposer avec toute son énergie ;
- la hardiesse et le dévouement avec lesquels elle mena le combat au nom du socialisme international contre le dangereux ennemi ;
- l'instinct de classe aigu du capitalisme, pour ne pas dire la conscience de classe lucide avec laquelle le monde bourgeois mettait sans scrupules son pouvoir au service du militarisme, auquel l'avènement de l'impérialisme avait imposé les nouvelles tâches de la domination du monde et auquel il avait conféré une importance accrue pour la survie du capitalisme ;
- la capitulation sans honneur de la social-démocratie allemande, ou plutôt de ses dirigeants, devant le militarisme et l'impérialisme.
En effet les grandes masses prolétariennes brûlaient alors du désir de s'engager dans la lutte contre le militarisme et l'impérialisme. La conscience de classe ne comprenait pas encore l'ennemi mortel, mais leur sensibilité de classe, toujours saine, le flairait et le pressentait. Comme sous un projecteur, le militarisme était apparu à leur horizon dans son essence historique, crûment mis en lumière par la condamnation de Rosa Luxemburg et par ce qui avait amené à cette condamnation : la conviction, exprimée par la courageuse militante, que les prolétaires ne devaient pas obéir à l'ordre qui leur était donné de prendre les armes contre leurs frères d'autres nationalités. L'effet cinglant et stimulant des paroles incriminées fut encore renforcé par le discours qu'elle tint devant le tribunal de Francfort, un document classique de défense politique où au lieu de se livrer à des chicaneries juridiques sur sa « culpabilité », son châtiment et sa peine, elle engage le combat pour l'idéal scientifiquement établi du socialisme international. Une vague d'enthousiasme souleva les masses prolétariennes qui étaient décidées à lutter. Si la direction de la social-démocratie avait été un tant soit peu avisée, elle aurait dû tirer parti de cet état d'esprit et l'amplifier de manière à livrer au militarisme et à l'impérialisme une bataille de grand style et leur porter un coup sérieux. Le bureau directeur de la social-démocratie démontrait clairement une fois de plus que sa conviction ne reposait pas sur la base solidement établie des principes marxistes, sur cette plate-forme élevée qui donne un large point de vue sur les choses et leur développement, et permet ainsi de déterminer avec précision la connaissance, la volonté et l'action.
Le bureau dressait aussi son propre constat de carence; il montrait qu'il manquait purement et simplement de tout ce qui fait une direction politique. Il renonçait à sa tâche évidente, manifeste, nécessaire : canaliser en une action de masse unitaire et puissante contre le militarisme et l'impérialisme toutes les manifestations imposantes qui se déclenchaient partout pour protester contre le jugement de la chambre correctionnelle de Francfort. Le bureau directeur du parti allait encore plus loin dans son recul par rapport au glorieux serment de la social-démocratie. Il cherchait à réprimer un mouvement qui s'était amplifié sans qu'il y soit pour rien. Et tout cela dans une atmosphère de violente agitation non seulement à propos de l'affaire Luxemburg, mais à propos du triomphe de l'autorité militaire dans le procès scandaleux contre le « petit lieutenant » Forstern-Zabern ; à propos du jugement sanglant du tribunal de guerre de Erfurt qui, étouffant tout sentiment humain, condamnait les prolétaires à des années de bagne pour des broutilles ; à propos des épouvantables brutalités dont fut victime un grand nombre de soldats, et qui devaient sortir de l'obscurité des cours de casernes et des chambrées pour être révélées au grand jour au cours d'un second procès ultérieur contre Rosa Luxemburg (si nos souvenirs sont exacts, plus de 30 000 victimes de telles brutalités furent citées comme témoins).
Mais à cette époque les progrès rapides de la crétinisation et de l'embourgeoisement parlementaires de la social-démocratie de même que sa crainte inébranlable des actions de masse l'avaient déjà conduite à un début de capitulation devant le militarisme et l'impérialisme. C'est avec la complicité active et passive du groupe parlementaire social-démocrate, et par là de la social-démocratie toute entière, que l'escroquerie monstrueuse du « don jubilaire pour l'empereur pacifique Guillaume II » put avoir lieu avec succès, que le gouvernement put préparer sans encombre la guerre « préventive » de l'impérialisme en 1914, grâce au projet de loi sur la défense qui accorda l'accroissement des effectifs militaires demandés, au budget militaire qui s'élevait à des milliards, au premier crédit de guerre pour l'expédition de pillage du Capital allemand sur Bagdad et d'autres « places au soleil » via les Balkans. Le groupe parlementaire avait soulagé les partis bourgeois « d'opposition » en donnant son approbation au projet de loi sur la défense, et ce faisant il admettait que ce projet soit séparé du projet de loi de couverture. Il avait donné sa bénédiction au budget militaire et à l'impôt sur l'accroissement de la fortune uniquement, disait-il, parce que c'étaient des impôts de possédants. Il avait couru derrière le fantôme insaisissable d'une « politique financière réorientée », mais avait renoncé à s'opposer à la cuirasse de fer de l'impérialisme.
Les positions du groupe parlementaire avaient décidé de l'attitude du parti tout entier, à l'exception de petits cercles qui adoptaient une attitude critique et agissante. La social-démocratie ne s'était pas préparée à repousser, par de puissantes actions de masse, le troisième assaut de l'impérialisme avide de pouvoir. Ainsi, d'un côté, elle donna au militarisme et à l'impérialisme la certitude de la victoire et l'assurance qu'ils ne devaient pas craindre un soulèvement des masses prolétariennes qui pourrait contrarier la réalisation de leurs plans; d'autre part, elle créait une situation maussade et paralysante dans les masses elles-mêmes, et provoquait une démobilisation alors qu'un péril menaçant était en vue. Bref, la social-démocratie laissa se développer un climat de vertige de guerre qui, en été 1914, sapa toute résistance politique et morale de la classe ouvrière contre le crime de la guerre. N'oublions pas que dans l'attitude de la social-démocratie à cette époque triomphait la politique du « centre marxiste » (« Marxistische Zentrum ») que Karl Kautsky recommande de nos jours avec ferveur au prolétariat comme condition de sa victoire. N'oublions pas que c'est ce même grand prêtre du « marxisme pur » qui, avec sa théorie fiscale, anti-marxiste au plus haut point, avait construit le pont-aux-ânes sur lequel le groupe parlementaire devait s'engager en votant les crédits militaires et l'impôt impérial sur l'accroissement de la fortune. Dans la situation où on se trouvait, si le bureau directeur du parti social-démocrate avait décidé de changer de peau, il se serait résolu à tirer parti de  l'état d'esprit qui était apparu dans les masses à la suite du procès de Francfort et à mener une lutte sérieuse contre le militarisme et l'impérialisme. Au cours des événements qui, dans la première moitié de février 1915, amenèrent Rosa Luxemburg à faire de la prison, on avait pu constater la faillite honteuse de la social-démocratie, mais on avait aussi assisté au combat dévoué et résolu que la militante ardente du socialisme entreprenait contre la décadence intérieure de celui-ci.
Après avoir bénéficié d'un ajournement de peine, Rosa Luxemburg fut emprisonné avec une rapidité surprenante, sans que l'on tienne compte du fait qu'elle souffrait indéniablement des séquelles d'une grave maladie et que les médecins craignaient que son séjour ne nuise fortement à sa santé. Le monde bourgeois avait-il besoin d'expiation pour que l'on exécute tout à coup la sentence de Francfort ? À cette époque, les portes des prisons et des pénitenciers s'étaient ouvertes devant des voleurs, des escrocs, des adultères, des banqueroutiers, des parjures, des meurtriers, des souteneurs. Grâce au meurtre de masse commis pour la gloire de l'impérialisme allemand et, en fin de compte, pour l'existence et la continuité de l'économie d'exploitation capitaliste en Allemagne, ils devenaient tous blancs comme neige : bien sûr, ils avaient péché contre les lois de la société bourgeoise mais malgré tout, dans leurs erreurs mêmes, ils restaient ses enfants légitimes. Rosa Luxemburg, elle, s'insurgeait fondamentalement contre cette société, car même après le début de la guerre au lieu de brailler le « Deutschland, Deutschland über alles » avec toute la social-démocratie, elle entonnait le chant de l'Internationale qui englobe l'humanité entière. La prison devait beaucoup moins constituer une expiation pour les « délits » du passé qu'une entrave pour la combattante de l'heure présente. Car, depuis le jour de la mobilisation, Rosa Luxemburg était partie en lutte contre l'impérialisme et ses crimes monstrueux.
À peine avait-on appris que le groupe parlementaire social-démocrate avait voté les crédits de guerre que Rosa, accompagnée de quelques rares amis, leva l'étendard de la rébellion contre la trahison de l'Internationale et du socialisme. Deux circonstances empêchèrent que la nouvelle de cette rébellion ne soit aussitôt largement diffusée. Il fallait engager la lutte par une protestation contre le vote social-démocrate des crédits de guerre et on devait agir de telle sorte que cette protestation ne soit pas étranglée par les tours de passe-passe de la censure et de l'état de siège. Par ailleurs et avant tout, l'effet de cette protestation aurait sans doute été renforcé si elle avait tout d'abord été soutenue par un nombre considérable de militants sociaux-démocrates connus. Dès lors, nous nous sommes efforcés de la formuler de telle sorte qu'elle puisse être approuvée par le plus grand nombre possible des camarades dirigeants qui, dans le groupe parlementaire et dans des petits cercles, critiquaient impitoyablement la politique du 4 août. C'est un souci qui nous coûta beaucoup de tracas, de papier, de lettres, de télégrammes et de temps précieux, et dont le résultat fut quand même quasi nul. Seuls Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg, Franz Mehring et moi-même osâmes affronter l'idole dévorante de la discipline du partie, qui faisait perdre tout caractère et toute conviction personnelle et adressâmes des critiques violentes à la majorité du parti.
Evidemment, ces jours de calme apparent n'étaient rien d'autre qu'une période de fiévreux préparatifs en vue du combat au corps à corps avec l'ennemi mortel. Rosa Luxemburg fut l'animatrice des préparatifs et ensuite du combat lui-même. Dans les brumes sanglantes du chaos de la guerre mondiale, son intelligence historique clairvoyante montrait aux hésitants les lignes ineffaçables de l'évolution vers le socialisme ; son énergie impétueuse et jamais défaillante aiguillonnait ceux qui étaient las et abattus, son audace intrépide et son dévouement faisaient rougir les timorés et les apeurés. L'esprit hardi, le coeur brûlant et la volonté ferme de la « petite » Rosa étaient le moteur de la rébellion qui, au nom du socialisme international, s'opposait à la guerre mondiale meurtrière et à ses funestes corollaires : le social-patriotisme et l'Union Sacrée. Ni la maladie ni l'état de siège, ni même ce qui était l'obstacle le plus pénible et le plus oppressant : l'inertie des masses, ne purent empêcher Rosa Luxemburg de lutter par ses paroles et par ses écrits contre la majorité social-démocrate et son socialisme nationaliste et guerrier, et contre l'opposition hésitante et timorée qui commençaient à se grouper autour de la minorité du groupe parlementaire et autour de Kautsky, et de faire tout ce qu'elle pouvait pour arracher les prolétaires allemands à leur influence. Les rassembler sur la base d'une reconnaissance claire et nettement définie des principes du socialisme international, les amener à s'opposer à l'impérialisme en tant que militants conscients de la lutte de classe, augmenter l'intensité de la lutte de classe prolétarienne conformément au degré d'évolution de la situation historique : tes étaient les buts de son action passionnée.
Rosa Luxemburg avait déjà terminé le premier numéro de la revue Internationale lorsqu'elle fut incarcérée. À la veille d'un voyage que nous comptions faire ensemble en Hollande, au cours duquel nous voulions préparer la Conférence Internationale des femmes socialistes qui était prévue, resserrer fermement les liens internationaux, encourager les tentatives qui étaient faites pour rassembler, les camarades, hommes et femmes, restés fidèles aux principes de l'Internationale. Au lieu de franchir la frontière hollandaise avec Rosa, je dus lui rendre visite dans la prison de la Barnimstrasse. L'exécution de la peine surgit comme un éclair foudroyant dans nos projets de luttes immédiats. Néanmoins, à peine deux mois plus tard, la brochure de Junius était achevée. Rosa Luxemburg ne permit pas que son emprisonnement laisse un moment de répit à l'ennemi. On l'empêchait de combattre. Hardiment, elle répondit à la contrainte qui s'abattait sur elle ; maintenant plus que jamais! Sa volonté indomptable métamorphosa ce lieu d'oppression impitoyable en un lieu de liberté intellectuelle. Les travaux politiques lui étaient strictement défendus. En cachette, au milieu des plus grandes difficultés, étroitement surveillée par des yeux scrutateurs, à côté des occupations scientifiques et littéraires qui lui étaient permises, elle rédigea sa critique étendue et pénétrante de la social-démocratie, mettant avidement à profit à cet effet chaque minute et chaque étincelle de lumière. La fatigue et la maladie disparaissaient devant la puissance de la voix intérieure. C'est cette voix qui permit à Rosa de supporter ce qui la contrariait et la torturait au plus haut point : le fait qu'un nombre incalculable de fois, elle était interrompue dans le fil de ses idées, qu'elle craignait sans cesse d'être surprise dans son travail et de ne pas pouvoir le poursuivre jusqu'à son terme. Ce fut pour elle la délivrance lorsqu'elle put mettre le point final au manuscrit et, rusée comme Ulysse, en confier les dernières feuilles à des mains amies pour les faire sortir de son cachot.
Devant les portes de la prison pour femmes, l'air était lourd des ravages de la guerre mondiale, et empesté des vapeurs putrides dégagées par les instincts de profit et d'usure des honorables profiteurs et défenseurs de l'ordre bourgeois qui se déchaînaient sans retenue. La « volonté de vaincre » artificiellement chauffée à blanc par tous les moyens : mensonges, violence, infamie, était à son comble. Mois après mois, la social-démocratie s'enfonçait un peu plus dans la mer sanglante du fratricide, ânonnant comme une élève obéissante les décisions de la bourgeoisie impérialiste et de son gouvernement, à quelques variantes près, violant tous ses serments de fidélité à la solidarité internationale, foulant aux pieds les idéaux socialistes. Les travailleurs se laissaient entraîner par l'impérialisme dans le gouffre de la mort et de la perdition au lieu de s'employer à lui résister consciemment; leur apathie et leur léthargie étaient comme une masse de brouillard sombre et oppressante. Dans l'atmosphère suffocante de cette période, la brochure de Junius eut l'effet d'une bourrasque de vent frais et vivifiant qui annonce l'orage purificateur.
Et elle représentait bien plus que cela : en elle-même, elle était déjà cet orage purificateur de la connaissance lucide grâce à laquelle la social-démocratie commençait à retrouver son chemin, s'apprêtait à vaincre l'impérialisme et le militarisme et à réaliser le socialisme par la lutte de classe internationale. Elle contribuait puissamment à réveiller les prolétaires, à les arracher à l'ivresse social-patriotique et à la torpeur de l'harmonie de l'Union Sacrée, à les rassembler sur la base de la lutte de classe autour du drapeau du socialisme international. Claire, solide comme du granit, reposant sur une étude scientifique approfondie, elle exprimait et canalisait une manière de sentir, de penser et de vouloir qui commençait à apparaître dans les masses populaires, d'abord sous une forme timide et sporadique, ensuite d'une façon plus affirmée et plus pressante, touchant des cercles de plus en plus larges. C'est grâce à la brochure de Junius que l'avant-garde révolutionnaire du prolétariat allemand et surtout ces cercles importants qui servent d'intermédiaire auprès des masses et qui transmettent la ligne politique à suivre, retrouvèrent leur lucidité et leur esprit combattif. Elle apportait précisément ce dont ces cercles avaient besoin, et ce que réclamait l'avant-garde : une vision claire des événements de l'heure qui formaient un embrouillamini d'une confusion extrême ; une perspective lumineuse sur l'avenir ; des mots d'ordre audacieux et précis.
Karl Kautsky, le théoricien officiel de la social-démocratie avait cessé d'être un guide clairvoyant et l'avait égarée sur une mauvaise voie. Dans son stock de formules « marxistes », il ne put en trouver une seule qui aurait justifié la trahison lamentable de la majorité du parti. Ad usum delphini il inventa la fameuse théorie des deux âmes de l'Internationale socialiste qui, selon lui, était « un instrument valable pour la paix et non pour la guerre » et dont les principes, désormais, variaient selon la situation donnée, prenant tantôt la forme « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! », tantôt au contraire : « Prolétaires de tous les pays, assassinez-vous ! ». Comme une âme en peine, il errait ça et là, en chancelant au milieu de ses constructions logiques, fragiles comme des châteaux de cartes et ses logomachies pédantes, pour prendre finalement position en faveur de la politique du 4 août en se retranchant derrière son autorité. L'opposition qu'il manifesta par la suite fut pleine de contradictions, instable dans ses principes et faible. Rosa Luxemburg, elle, faisait le procès de cette politique dans sa brochure de Junius d'une façon conséquente, impitoyable, écrasante. Elle y faisait le bilan de la faillite, unique dans l'histoire, de la social-démocratie et pour ce faire, elle ne s'appuyait pas sur des formules, mais sur des faits, ces petites choses inflexibles. Elle démolissait toutes les légendes et les slogans qui servaient de justification au social-patriotisme en mettant à nu les causes et les forces motrices de la guerre impérialiste et en dévoilant sa nature et ses buts.
En dépit des grandes difficultés qui résultaient de son emprisonnement, Rosa Luxemburg a rassemblé dans la brochure de Junius un ensemble de faits précieux et concluants. Avec une maîtrise souveraine dans l'utilisation du matérialisme historique comme méthode de recherche, elle débrouille ces faits et les éclaire, et sa saisie dialectique de l'histoire les remplit d'une vie intense. Le leitmotiv de la brochure de Junius est contenu dans cette phrase de l'avant-dernier chapitre : « L'histoire qui a donné naissance à la guerre actuelle n'a pas commencé en juillet 1914, mais elle remonte à des années en arrière, pendant lesquelles elle s'est nouée fil après fil avec la nécessité d'une loi naturelle, jusqu'à ce que le filet aux mailles serrées de la politique mondiale impérialiste ait enveloppé les cinq continents - un formidable complexe historique de phénomènes dont les racines descendent dans les profondeurs du devenir économique, et dont les branches extrêmes font signe en direction d'un nouveau monde encore indistinct qui commence à poindre. »
L'impérialisme, né du développement capitaliste, nous apparaît comme un phénomène international, rayonnant et exerçant des influences dans toutes les directions, possédant une absence brutale de scrupules et d'égards, des appétits gigantesques et insatiables, recourant à des moyens violents et produisant des merveilles autrement colossales que "la construction des pyramides d'Egypte et des cathédrales gothiques" dont parle le Manifeste Communiste. À l'opposition entre la France et l'Allemagne apparue lors de la guerre de 1870-71, il donne un tout autre contenu, plus profond : il efface les vieux conflits d'intérêts sur le plan mondial entre les grands Etats européens et crée entre eux des antagonismes nouveaux dans de nouvelles régions ; il entraîne dans son tourbillon les Etats-Unis et le Japon. Couvert de crasse et de sang, il parcourt le monde, anéantit toutes les civilisations et, après les avoir pillées, transforme des populations en esclaves du capitalisme européen L'impérialisme international prépare peu à peu la conflagration mondiale en Egypte, en Libye, au Maroc, en Afrique du Sud et du sud-est, en Asie Mineure, en Arabie, en Perse et en Chine, dans les îles et sur les côtes du Pacifique comme dans les Balkans. Né tardivement, mais doué d'un fol esprit d'entreprise, c'est le capitalisme allemand qui, ayant provoqué l'ultimatum de l'Autriche à la Serbie, a allumé en 1914 le bûcher de la civilisation capitaliste par la « guerre préventive ». Il était poussé irrésistiblement par la soif de millions du capitalisme financier allemand - le capitalisme financier le plus concentré et le mieux organisé du monde - nommément représenté par la Deutsche Bank, qui convoitait l'exploitation de la Turquie et de l'Asie mineure ; d'autre part, le pouvoir à peine contrôlé de Guillaume II et la faiblesse complaisante de l'opposition bourgeoise lui donnaient une liberté dangereuse.
Dans l'espace réduit de la brochure de Junius, Rosa pouvait dépeindre le caractère impérialiste de la guerre mondiale et de ses objectifs sous une forme imagée parce que, dans son vaste ouvrage scientifique sur l'accumulation du capital, elle s'était déjà appliquée à traquer l'impérialisme jusque dans ses dernières racines économiques et dans ses ramifications politiques avec autant de profondeur que de subtilité. En dépouillant la guerre mondiale de son travesti idéologique, en la montrant à nu telle qu'elle est : une affaire, la grosse affaire, le commerce du capitalisme international sur la vie et la mort, elle arrache aussi sans ménagement à la politique social-démocrate du 4 août tous ses voiles idéologiques. Dans la fraîcheur matinale de l'analyse scientifique du phénomène historique global et de son contexte, des expressions rhétoriques du genre de « combat pour la civilisation », « contre le tsarisme » ou « pour la défense de la patrie » s'en vont en fumée. Rosa Luxemburg montre de façon concluante que, dans le cadre impérialiste actuel, l'idée d'une guerre défensive, modeste, vertueuse et patriotique s'est volatilisée. La politique de guerre suivie par la social-démocratie se découvre dans toute sa laideur : elle marque la faillite, la démission d'un parti ouvrier social-patriotique embourgeoisé qui liquida à bon marché un droit d'aînesse révolutionnaire dont il pouvait être fier pour moins encore que le plat de lentilles exigé par Kautsky : pour la phrase de l'empereur : « Je ne connais pas de partis, je ne connais que des Allemands », pour l'honneur d'être enrôlé dans la coterie nationaliste.
La brochure de Junius commence par des développements sur le devoir et l'importance de l'autocritique socialiste, qui sont parmi les pages les plus étonnantes qui soient sorties des profondeurs d'une sensibilité et d'une pensée socialistes pures et fortes. Ici, la conviction intime et ardente exige de nous les critères les plus élevés et les plus rigoureux dans notre action en tant que socialistes, ici avec une force prophétique elle tourne ses regards vers les perspectives d'avenir prodigieuses et éblouissantes qui sont ouvertes par le socialisme. La grande heure prochaine du tournant de l'histoire trouvera dans le prolétariat un grand peuple qui s'est formé pour le triomphe du socialisme dans les hauts et les bas des victoires et des défaites de ses luttes révolutionnaires au moyen d'une autocritique impitoyable. La fin de la brochure rejoint le début et la boucle se referme : elle considère la guerre mondiale comme ouvrant la voie à la Révolution mondiale. Dans ce combat gigantesque, la victoire et la défaite doivent fatalement avoir des conséquences identiques pour les groupes impérialistes combattants et du même coup pour le prolétariat des pays impliqués et tous deux doivent inévitablement conduire à la débâcle de l'ordre et de la civilisation capitalistes et à leur comparution devant le tribunal de la Révolution mondiale. Rosa Luxemburg écrivit cela en mars et avril 1915. Bien avant que le prolétariat russe, dirigé par les bolcheviks décidés à aller jusqu'au bout, n'ait lancé l'assaut de la Révolution sociale, bien avant que la plus légère ride n'annonce l'approche d'un flot révolutionnaire en Allemagne et dans la double monarchie habsbourgeoise. Ce que nous avons connu depuis, ce que Rosa Luxemburg elle-même put encore connaître en partie, confirme de manière éclatante avec quelle acuité et quelle justesse elle a vu les lignes de l'évolution historique dans la brochure de Junius.
Pour cette raison précisément, l'un ou l'autre lecteur se demandera peut-être, en le déplorant ou en en faisant le reproche, pourquoi l'auteur n'a-t-il pas indiqué la possibilité d'une révolution en Russie, pourquoi il a négligé de se prononcer sur les méthodes et les moyens de lutte du prolétariat dans la période de développement révolutionnaire qui s'amorçait. Il est vrai que, dès 1915, on commençait à discerner de plus en plus clairement le colosse de la Révolution qui surgissait du chaos mugissant de la guerre des peuples. Toutefois aucun signe n'indiquait où et quand elle allait commencer sa marche triomphale. La révolution russe devait faire l'objet d'une seconde brochure de Junius, pour laquelle Rosa Luxemburg avait déjà esquissé rapidement quelques lignes directrices. La main meurtrière du soldat civilisateur nous a privés de l'ouvrage projeté, qui aurait étudié et évalué les moyens et les méthodes de lutte de la Révolution russe. Evidemment pas à la manière de Kautsky, selon un schéma rigide auquel l'évolution aurait dû s'adapter comme un lit de Procuste. Non, la conception de Rosa Luxemburg reste fidèle à l'écoulement vivant et créateur de l'évolution historique : « L'heure historique exige à chaque fois les forces correspondantes du mouvement populaire et en crée elle-même de nouvelles, improvise des moyens de lutte inconnus jusque là, trie et enrichit l'arsenal du peuple, insouciante de toutes les prescriptions des partis ». Ce qu'il s'agit de mettre en œuvre dans la Révolution, ce n'est « donc pas des prescriptions et des recettes ridicules de nature technique, mais le mot d'ordre politique, la formulation claire des tâches et des intérêts politiques du prolétariat ».
En accord avec cette conception, Rosa Luxemburg a analysé à l'époque un instrument de lutte déjà éprouvé de la classe ouvrière : la grève de masse, dont elle fut la première à reconnaître l'importance historique et qu'elle appelait : « la force de mouvement classique du prolétariat dans les périodes de fermentation révolutionnaire ». Le présent a donné une importance nouvelle et accrue à la brochure qu'elle a écrite sur le sujet et qui a ouvert la voie à une estimation exacte de ce moyen de lutte ; elle devait trouver aujourd'hui des millions de gens pour la lire et la comprendre et devenir des millions de militants prêts à passer à l'action.
La brochure de Junius est un joyau particulièrement brillant dans le riche héritage que Rosa Luxemburg a légué au prolétariat d'Allemagne et du monde entier pour la théorie et la praxis de sa lutte libératrice, un joyau dont le scintillement et le rayonnement rappellent douloureusement combien la perte subie est énorme et irréparable. Tout ce que l'on peut dire à son sujet est comme une liste aride de noms de plantes à côté d'un jardin de fleurs épanouies, riches en couleurs et en parfums. C'est comme si Rosa Luxemburg, pressentant sa fin prématurée, y avait rassemblé le meilleur des forces de son être génial : l'esprit scientifique et pénétrant de la théoricienne, la passion intrépide et ardente de la militante convaincue et hardie, la richesse intérieure et le brillant pouvoir créateur d'une femme perpétuellement en lutte et douée d'une sensibilité artistique. Tous les dons dont la nature l'avait généreusement pourvue l'assistaient lorsqu'elle écrivit cet ouvrage.
Mais ne fit-elle vraiment que l'écrire ? Non, elle l'a vécu au plus profond de son âme. Dans sa critique écrasante de la trahison social-démocrate et dans la perspective exaltante du renouveau et de la montée du prolétariat dans la Révolution ; dans ses mots empreints d'une force incisive ; dans ses phrases qui se précipitent avec impétuosité vers leur but ; dans l'enchaînement inflexible et la portée immense de ses pensées ; dans ses sarcasmes pleins d'esprit ; dans ses images expressives et son pathos simple et noble ; dans tout cela on sent que c'est le sang chaud de Rosa Luxemburg qui a coulé, que c'est sa volonté de fer qui parle, que tout son être y est contenu jusqu'à la dernière fibre. La brochure de Junius est l'expression de l'être même d'une grande personnalité qui s'est vouée entièrement, sans réserve, à une grande cause, à la plus grande des causes. Ainsi, par-delà la mort, Rosa Luxemburg nous fait signe, elle qui aujourd'hui plus que jamais est à la tête du prolétariat et le conduit sur son chemin de Golgotha vers la terre promise du socialisme.
Du halo qui entoure sa figure, se détache cependant une autre personnalité. Il faut la tirer de l'ombre où elle s'est volontairement tenue, avec une discrétion qui est un signe d'authentique valeur et de dévouement absolu au service d'un idéal. Cette personnalité, c'est Léo Jogiches-Tyszka. Pendant plus de vingt ans, il fut lié avec Rosa Luxemburg dans une communauté d'idées et de lutte incomparable, qui avait été renforcée par la force la plus puissante qui soit au monde : la passion ardente et dévorante que ces deux êtres vouaient à la Révolution. Peu de gens ont connu Léo Jogiches et rares sont ceux qui l'ont estimé à sa juste valeur. D'habitude, il apparaissait simplement comme un organisateur, comme celui qui faisait passer les idées politiques de Rosa Luxemburg de la théorie à la pratique, mais comme un organisateur de premier plan, un génial organisateur. Pourtant son activité ne se limitait pas là. Possédant une culture générale étendue et approfondie, disposant d'une maîtrise peu commune du socialisme scientifique et doué d'un esprit d'une tournure dialectique, Léo Jogiches était le juge incorruptible de Rosa Luxemburg et de son œuvre, sa conscience théorique et pratique toujours vigilante : il savait voir loin et ouvrir de nouveaux horizons alors que, Rosa pour sa part, restait celle qui avait l'esprit le plus pénétrant et le plus à même de concevoir les problèmes. C'était un de ces hommes aujourd'hui encore très rares, qui eux-mêmes doués d'une grande personnalité, peuvent admettre à leurs côtés dans une camaraderie loyale et heureuse la présence d'une grande personnalité féminine, assister à son développement et à sa transformation sans y voir une entrave ou un préjudice porté à leur propre moi ; un révolutionnaire souple, dans le sens le plus noble du mot, sans contradiction entre les idées et les actes. Une bonne part du meilleur de Léo est renfermé dans l'oeuvre et la vie de Rosa Luxemburg. Son insistance fougueuse et inlassable et sa critique créatrice ont également contribué à ce que la brochure de Junius ait vu le jour aussi rapidement et d'une manière aussi magistrale, de même que si elle a pu être imprimée et diffusée malgré les difficultés extraordinaires résultant de l'état de siège, c'est à sa volonté de fer que nous le devons. Les contre-révolutionnaires savaient ce qu'ils faisaient, lorsque quelques semaines après l'assassinat de Rosa Luxemburg, ils firent aussi assassiner Léo Jogiches, au cours d'une prétendue « tentative de fuite » de cette prison de Moabit où l'on a pu enlever en plein jour le meurtrier de Rosa à bord d'une élégante voiture privée.
La brochure de Junius était un acte politique individuel. Elle doit engendrer l'action révolutionnaire de masse. Elle est de la dynamite de l'esprit qui fait sauter l'ordre bourgeois. La société socialiste qui s'élèvera à sa place est le seul monument digne de Léo Jogiches et de Rosa Luxemburg. La Révolution à laquelle, ils ont consacré leur vie et pour laquelle ils sont morts, est en train d'ériger ce monument.
Clara Zetkin (Mai 1919)

samedi 27 juillet 2013

CANADA Catastrophe ferroviaire de Lac-Mégantic : le criminel est la loi du profit !

Le déraillement du train Paris - Limoges à Brétigny-sur-Orge le 12 juillet, a fait 6 morts et une trentaine de blessés. Bien que les résultats des enquêtes en cours ne soit pas connu, il n'y a pas de doute que la cause soit à rechercher dans le mauvais entretien des voies, entretien qui ne cesse de se dégrader depuis une dizaine d'années. Un conducteur de train de la région parisienne interviewé par «Rue 89» raconte le mauvais état des voies et il affirme: «entre nous, on se disait: un jour il y aura une catastrophe» (1). Les investissements de la SNCF sont en effet réservés prioritairement aux lignes à grande vitesse, tandis que les lignes classiques, moins rentables, qui sont utilisées par des millions de prolétaires pour aller à leur travail (2,8 millions de voyageurs par jour en région parisienne), sont délaissées pour des raisons d'économie. Or faire des économies, ça tue...
Mais ce n'est pas uniquement en France que les trains déraillent; le Canada vient d'être endeuillé par un terrible accident causé par la soif insatiable du profit.

Le bilan de la pire catastrophe ferroviaire au Canada depuis des décennies se monte à au moins 50 morts, beaucoup de victimes n’ayant même pas été retrouvées.  Le samedi 6 juillet à une heure du matin un train transportant du pétrole brut a déraillé dans la petite ville de Lac-Mégantic  au Québec (6000 habitants); l’incendie et l’explosion de plusieurs wagons a détruit une grande partie du centre ville.
Le train s’était arrêté 11 km avant, en haut d’un côté, pour un «changement d’équipe» : en fait d’ « équipe » ce convoi de près de 2 kilomètres de long venant du Dakota, qui avait traversé les grandes agglomérations de Toronto et Montreal et qui comprenait 5 locomotives et 72 wagons de plus de cent tonnes, était dirigé par un seul conducteur !
Ce dernier, qui venait d’effectuer 12 heures de travail d’affilée, est allé se reposer après avoir actionné le système de frein, selon la réglementation habituelle. Mais à la suite d’une intervention de pompiers pour éteindre un incendie, le train s’est mis en mouvement et, sans conducteur, il a dévalé la pente jusqu’à Lac-Mégantic.
Le directeur de la compagnie ferroviaire Montreal, Maine and Atlantic Raiway (MMA) a mis à pied le conducteur, l’accusant d’être responsable de l’accident ; selon lui il aurait menti en affirmant avoir correctement actionné les freins du convoi (et la compagnie a profité de l’accident pour licencier le 16 juillet 19 autres employés au Québec).
Mais accuser le conducteur sert en réalité à cacher la responsabilité directe de la course au profit qui est la règle dans la société capitaliste et qui se mène toujours au détriment des travailleurs et de la sécurité.
MMA (anciennement Iron World Railways) a été rachetée en 2003 par Rail World Inc., une société appartenant au capitaliste américain Burkhard qui a bâti sa fortune en achetant et vendant des entreprises ferroviaires. Dans les années 90 il avait participé à la privatisation des chemins de fer en Nouvelle Zélande, ce qui lui a valu, en signe de reconnaissance de la part des bourgeois  néo-zélandais, le titre de «consul honoraire» de ce pays! Toujours dans les années 90 il a profité de la privatisation des chemins de fer en Grande-Bretagne pour constituer la plus grande compagnie de transport ferroviaire de marchandises (aujourd’hui vendue à une entreprise allemande), supprimant au passage 1700 emplois; il a participé à la fructueuse privatisation des chemins de fer en Estonie en 2001 (le gouvernement local a été obligé quelques années pus tard de racheter les chemins de fer), il fait partie du conseil d’administration d’une entreprise privée de chemins de fer polonaise et d’autres aux Etats-Unis.
 Pour ses succès dans la rentabilisation des entreprises par la réduction des coûts et l’accroissement de l’exploitation des travailleurs, Burkhard a été nommé en 1999 «cheminot de l’année» par la revue patronale Railway Age, puis l’un des  16 «plus grands cheminots du Vingtième siècle». Mais selon les statistiques de l’American Federal Railroad Administration, entre 2003 et 2011, MMA avait un taux d’accident double ou triple que le taux moyen dans ce secteur: le profit se fait toujours sur le dos des travailleurs et de la population…
Peu après le rachat de l’entreprise canadienne, Burkhard baissa les salaires de 40%, sous le prétexte de la faillite d’un gros client. En 2010 il annonça un plan d’économies de 4,5 millions de dollars en diminuant le nombre de travailleurs par locomotives. En 2012 Transport Canada, l’agence gouvernementale régulant les chemins de fer, a autorisé MMA a opérer les trains avec un seul conducteur . Ce brutal accroissement de la charge de travail des conducteurs a  été accompli dans l’indifférence voire avec l’accord explicite des syndicats du secteur
L’Etat bourgeois qui, selon les démocrates et les réformistes, devrait avoir pour rôle de protéger et défendre « tous les citoyens », en réalité est au service du capitalisme et des capitalistes.
Depuis de nombreuses années les différents gouvernements ont multiplié les décisions en faveur des entreprises ferroviaires : si aujourd’hui dans la plupart des trains de marchandises aujourd’hui la norme aux Etats Unis comme au Canada est que les équipes se composent de deux travailleurs, elles en comportaient cinq il y a une trentaine d’années. La course à la productivité qui existe dans ce secteur aussi, a fait que les prolétaires sont toujours moins nombreux pour produire toujours plus; et quand les diverses réglementations édictées pour assurer la sécurité deviennent des obstacles à la réalisation des profits, elles sont supprimées.
A la demande des capitalistes, en 1999 un gouvernement libéral décidait d’accélérer la déréglementation, une  politique poursuivie par tous les gouvernement successifs. Une des mesures obtenues par les compagnies a été «l’autoréglementation»: ce sont les compagnies elles-mêmes qui décident des mesures de sécurité à prendre!
Le résultat était prévisible: en 2007 le Conseil Canadien de la Sécurité publiait un rapport constatant la dégradation de la sécurité dans les chemins de fer. Depuis 1991 il était établi aux Etats-Unis que les wagons utilisés ne sont pas sûrs; en 2011 le gouvernement  canadien finissait par exiger que les compagnies n’en achètent plus lors du renouvellement de leur flotte, tout en autorisant l’utilisation  de ceux existants: mais comme la durée de vie de ces wagons est de trente à cinquante ans, ils vont encore circuler pendant des décennies!  Les investissements dans les infrastructures ferroviaires sont très insuffisants, etc. Alors que par ailleurs le boom du transport du pétrole brut dope les profits des compagnies ferroviaires (le transport du pétrole par train est moins coûteux que par oléoduc)…
La catastrophe de Lac-Mégantic n’est donc absolument pas due au hasard, à la fatalité : c’est un crime commis par l’entreprise MMA, par le capitalisme, par la course au profit qui anime toutes les entreprises dans cette société avec l’aide de l’Etat: l’année dernière l’Etat cassait la grève des travailleurs de la Canadian Pacific Rail; des milliers de travailleurs ont été mis à pied, les conditions de travail des autres se sont dégradées, les dépenses « improductives» pour la sécurité et l’entretien ont été réduites, pour le plus grand profit de l’entreprise.
Le sanglant et cupide capitaliste Burkhard n’est pas une exception, il est le produit du mode de production capitaliste.
Contre de telles catastrophes, il est stupide de rêver au retour à un passé mythique d’un capitalisme « réglementé » qui remplacerait le sauvage  capitalisme « néo-libéral » actuel: le capitalisme hier était tout aussi sauvage qu’aujourd’hui, il méprisait tout autant la sécurité et la vie des travailleurs et de la population et pendant tout le siècle dernier la devise des entreprises ferroviaires a été toujours la même : Uphill Slow, Downhill Fast, Tonnage first, Safety Last (lentement à la montée, vite dans la descente, le tonnage en premier, la sécurité en dernier) !

C’est le capitalisme qui est criminel, c’est lui qu’il faut combattre et mettre à mort pour pouvoir vivre en sécurité!

(1)http://www.rue89.com/2013/07/15/bretigny-entre-disait-jour-y-aura-catastrophe-244264

Parti Communiste International
20 juillet 2013
  
Les Communistes Internationalistes Klasbatalo (CIK) n'ont aucun lien organisationnel avec le Parti Communiste International et ne partagent pas toutes ses positions politiques. Nous sommes cependant en total accord avec le contenu de cet article.

mercredi 24 juillet 2013

Lettre à l'Assemblée Populaire Autonome de Montréal (APAM)



Nous nous posons de sérieuses questions sur l'existence même de l'APAM, sur son activisme, sur  sa composition fortement gauchiste. L’APAM  a été créée lors d’une stagnation du mouvement de masse pour ne pas dire même de recul. Elle a été  formée  par un très petit nombre de personnes et sans l'appui de la majorité des Assemblées Populaires Autonomes de Quartier (APAQ). Et l’on parle ici d'une assemblée d'une ville et non d'un quartier.

 Dans le texte L’organisation du prolétariat en dehors des périodes de luttes ouvertes qui est en annexe de notre brochure Bilan Lutte étudiante et assemblée de quartier ou sur notre blog : http://klasbatalo.blogspot.ca/2012/12/lorganisation-du-proletariat-en-dehors.html , il y a une remise en cause de ce type de comité en période de recul ou d'absence de véritables luttes massives. Ces comités ont tendance à tomber dans l'activisme comme le montre la participation de l’APAM lors de la manif du 1er mai ou l’organisation de celle du 22 mai avec le résultat que l’on sait. Ils font aussi face aux pièges suivants:
C'est pourquoi ils [comités, cercles et groupes prolétariens] doivent veiller à ne pas tomber dans les pièges suivants :
  * imaginer qu'ils constituent la structure préparant le surgissement des comités de grève ou des Conseils Ouvriers ;
    * imaginer qu'ils sont investis d'une sorte de "potentialité" (ou de "mission impossible") ayant le pouvoir de déclencher la lutte future (ce ne sont pas des "minorités" aussi combatives et "éclairées" soient-elles qui peuvent créer et décréter  artificiellement une grève ou font surgir une AG ou un comité. Et cela, même si ces minorités d'avant-garde mènent une intervention active dans ce processus) ;
    * se doter d'une plate-forme ou de statuts ou de tout élément risquant de figer leur évolution et les condamnant à la confusion politique. Ces formes d'organisation du prolétariat entre deux périodes de lutte ouverte ne doivent pas être confondues avec les organisations révolutionnaires qui ne sont pas le produit des luttes immédiates mais du combat historique de la classe ouvrière ;
    * se présenter comme des organes "intermédiaires" entre les syndicats et les Conseils Ouvriers ou entre la classe dans son ensemble et ses organisations politiques, comme une organisation à la fois unitaire et politique minoritaire.
Extrait de L’organisation du prolétariat en dehors des périodes de luttes ouvertes

L’APAM aurait pu être très utile au printemps 2012 et à l’été  2012 alors qu’il y avait encore un mouvement de masse. Au printemps 2012, les membres de Klasbatalo (CIK) et de l'APA-RPP (Assemblée d’un quartier de Montréal) ont mis de l'avant la création d'une APAM mais la majorité de l'assemblée, influencée par les positions politiques d'anarchistes, a refusé. Nous  avons quand même participé à l’APAM à titre individuel en décembre et avec scepticisme étant donné la fin de la période de lutte ouverte.

Bref pour le moment,  il est plus important  pour nos militants et notre groupe de centrer nos énergies vers le regroupement des forces communistes internationalistes à l'échelle mondiale. Nous ne participerons plus à l’APAM.

AF et RJ                                                                                                       klasbatalo1917@gmail.com


Vista la mancanza di lotte degli studenti, vista la composizione estremista [gauchiste] dell’« Assemblée Populaire Autonome de Montréal » (APAM) e del suo attivismo [activisme], abbiamo deciso di lasciare l’APAM.