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lundi 14 octobre 2013

Intervention dans la lutte des classes

Bulletin Communiste International #11



Présentation de deux prises de position de la TCI et des CIK-FGCI sur la lutte de classe



Nous republions ici une prise de position de la Tendance Communiste Internationaliste et un tract que les CIK et que nos deux groupes (CI-K et FGCI) ont distribué lors des luttes ouvrières en Égypte, en Turquie et en Grèce (les deux ayant été reproduites sur notre site internet). Bien que datant de plusieurs mois, il est toujours utile de les relire aujourd'hui à la fois pour juger de leur validité au moment où elles ont été émises mais aussi pour revenir sur les démarches politiques qui les ont sous-tendues.

Bien que différentes dans leurs formes, un article « d'intervention-propagande » de la TCI alors même que les médias bourgeois essayaient de maintenir l'ignorance et la censure sur les manifestations de rue en Égypte, et un tract plus immédiat « d'intervention-agitation » réalisé le soir même de l'annonce de la fermeture de la télévision grecque, les deux prises de position ont pour objet de présenter des orientations générales de lutte – du fait de l'impossibilité d'intervenir directement sur place – qui peuvent être reprises et déclinées « localement ». De plus, elles fournissent pour l'ensemble du prolétariat mondial des orientations à reprendre dans les combats ouvriers d'aujourd'hui. De même, les deux prises de position mettent en garde contre les dangers et les pièges – isolement et illusions démocratiques – que les forces politiques et syndicales des États bourgeois opposent au développement de la lutte ; pièges qui se sont finalement refermés sur les différentes mobilisations ouvrières. En les relisant aujourd'hui, il nous semble que les deux interventions étaient correctes et ne souffrent pas d'erreurs ou de faiblesses particulières1.

Depuis lors, et malgré la censure ou les déformations des médias bourgeois, les luttes ouvrières répondant aux effets de la crise du capital ne cessent pas, même si elles semblent marquer une baisse dans leur intensité ; une sorte d'hésitation ; comme pour reprendre son souffle. En effet, on peut estimer qu'une première période de luttes vient de se terminer et que nous passons à une nouvelle étape. La période 2008-2013 est caractérisée – nous semble-t-il et évidemment à grand trait – par « le prolétariat en Grèce nous montre le chemin ». Bien sûr, loin de nous l'idée de tout réduire aux luttes ouvrières en Grèce. Mais la combativité et la volonté ouvrières d'affrontement à l’État bourgeois pour s'opposer à ses attaques tant sur le plan économique comme politique, à la fois comme caractéristique tendancielle de certaines luttes et comme objectif et perspective, se sont exprimées plus particulièrement, de manière plus décidée et plus massive, en Grèce que dans les autres pays2. C'était là la voie à suivre que les communistes devaient mettre en avant en adaptant leur mots d'ordre aux différentes moments et étapes de ces combats.

Aujourd'hui, il apparaît que la dynamique politique de lutte en Grèce développée depuis 2008 soit en voie d'épuisement du fait de son isolement international, du fait que dans aucun autre pays la classe ouvrière n'ait réussi à reprendre le flambeau et la dynamique de la « grève de masse » au niveau posé par les ouvriers d'Athènes et requis par l'offensive bourgeoise, malgré quelques tentatives ici ou là. Les ouvriers grecs épuisés par l'absence de relais international significatif et incapables d'élever leur combat à un niveau supérieur, la bourgeoisie en profite aussitôt pour prendre l'initiative politique en focalisant l'attention des ouvriers grecs – et ailleurs – sur la défense de l’État démocratique en montant de toutes pièces des provocations d'extrême droite ou des prétendus « dangers terroristes ». Le rapport de force entre les classes, en termes de dynamique locale et immédiate, s'est inversé en Grèce du fait même que le prolétariat international reste encore faible. Faible est-il au sens où il reste encore largement soumis à l'idéologie bourgeoise et en particulier aux thèmes – essentiellement – démocratiques portés par les forces syndicales et de gauche et visant à attacher les ouvriers à « leurs » État et nation.

Pour autant, nous sommes convaincus qu'il ne s'agit que d''un moment « d'hésitation relative » – relative car les attaques ne font que redoubler chaque jour du fait même de la crise économique insoluble du capital et de ses conséquences économiques, politiques et... guerrières entre puissances impérialistes. Mais, n'est-ce pas le début d'une réponse qu'ont donné cet été les ouvriers brésiliens à ceux d'Athènes ? En plein milieu d'une compétition internationale (la coupe des Confédérations qui est une sorte de répétition générale de la coupe du monde à venir) de football (importante mystification dans ce pays) que leur bourgeoisie organisait, ils se sont lancés dans des mouvements massifs et violents pour exprimer leur colère contre la bourgeoisie et son idéologie, défendant ainsi clairement leurs intérêts de classe sans tenir compte des appels à l'unité nationale pour la bonne tenue des matchs de foot et malgré la répression massive et brutale .

Les grandes masses ouvrières tout comme leur minorités ou secteurs les plus combatifs hésitent devant l'ampleur de la tâche, devant la nécessité de se détourner des pièges et des errements d'ordre démocratique – du genre de l'idéologie des « indignés » par exemple –, c'est-à-dire devant la nécessité concrète, pratique, d'assumer le combat politique contre les forces du capital, au premier plan desquels les syndicats qui se disent « ouvriers », dans les luttes.

Voilà l'appel de fond que les deux prises de position qui suivent lancent aux prolétaires. Dans ce sens aussi, elles restent valables car il appartient aux minorités communistes organisées d'indiquer la voie à suivre et d'assumer sans attendre, à leur niveau et en fonction des possibilités réelles, la direction politique de ces combats.
Les CI-Klasbatalo et la FGCI, septembre 2013.

1Toute critique éventuelle ou commentaires sont les bienvenus.
2Nous renvoyons à nos différentes prises de position sur les luttes ouvrières internationales tout au long des ces années (cf. le blog des CIK et notre site : www.fractioncommuniste.org).

Solidarité ouvrière avec nos frères de classe de Port Saïd et d'Egypte !



Nous reproduisons ci-après une prise de position politique de la Tendance Communiste Internationale dont nous partageons l'analyse et les orientations politiques et que nous appuyons.
La FGCI, mars 2013.


Les événements à Port-Saïd

     (Tendance Communiste Internationaliste)


Nous publions cette prise de position sur ce qui se passe à Port-Saïd en Égypte bien que les nouvelles soient limitées (ignorées au niveau international par les médias officiels) et ne soient pas toujours cohérentes. Mais toutes les sources consultées sont d'accord pour attester de l'agitation politique qui existe dans la ville égyptienne.
L'information est encore rare mais quelques faits parlent d'eux-mêmes. Après des manifestations de rue, la colère a explosé à la suite des 21 condamnations à mort prononcées pour le massacre à Port-Saïd. Lors d'une manifestation spontanée contre ces sentences, la police de Morsi a fait 40 victimes supplémentaires. Après cela, la police a été obligée d'abandonner la ville en la laissant aux mains des manifestants. En ce moment même, l'ordre public, le trafic et la production liées au Canal de Suez sont aux mains des insurgés. Port-Saïd est devenu une sorte de zone libre où l'État a dû temporairement hisser le drapeau blanc. S'il est vrai que les condamnations à mort des 21 jeunes et les 40 victimes qui ont suivi, ont été les amorces tragiques de la rébellion, il est aussi vrai que les conséquences dévastatrices de la crise économique et l'arrogance réactionnaire du gouvernement islamiste de Morsi en ont été un élément décisif.
Finalement, après deux ans de tensions dans les rues, d'élections arrangées, de fraude et de trahison des espérances les plus basiques, quelque chose a rompu. Le principal fait, s'il est confirmé, est que les ouvriers de Port-Saïd ont été les premiers à déclencher la révolte, en particulier les travailleurs du port, ceux des transports et des ouvriers d'autres usines. Le trafic maritime a été stoppé, des usines fermées et la mobilisation de la ville semble être générale et déterminée. Le mouvement, tout en se protégeant contre l'inévitable réaction du gouvernement, doit aussi régler nombre de problèmes en son sein.
Le premier danger est le risque d'isolement. Les ouvriers de Port-Saïd doivent activement rechercher l'aide militante, pratique, de tous les travailleurs égyptiens, des usines du Caire à celles d'Alexandrie, d'Ismaïlia et d'Assiout. La seule manière d'éviter l'isolement et de pouvoir continuer le combat est d'élargir la lutte et d'ouvrir de plus grandes perspectives. Tout gouvernement bourgeois sait attendre. Il sait attendre que la colère se consume dans tel ou tel acte de protestation, même fort et violent, pour pouvoir reprendre en main par la force la situation qui lui échappait auparavant. La manœuvre est plus simple et plus efficace si le soulèvement est isolé, s'il concerne qu'un seul secteur de la production ou une zone restreinte du point de vue géographique. Rompre l'isolement, chercher la solidarité prolétarienne, ne sont pas seulement nécessaires tactiquement mais ce sont les conditions pour que la lutte continue ; sinon la répression s'abattra lourdement sur les manifestants.
Plus la lutte se développe de manière frontale, loin des sirènes conservatrices appelant au réformisme, qu'il soit laïc ou religieux, plus elle peut servir de modèle pour les prolétaires de toute l'Afrique du Nord avec l'espoir de donner un début de signification de classe à l'échec du « Printemps arabe ». A ce stade, les prolétaires de la zone du Canal de Suez ne doivent pas tomber dans le piège réformiste de croire qu'il est possible de gérer d'une manière différente les affaires publiques dans le cadre du capitalisme qui les entoure. Ce n'est pas en demandant seulement la chute du gouvernement Morsi et le respect des libertés démocratiques, ou en agissant dans le cadre politique de la désobéissance civile, que les choses changeront radicalement. Le mouvement qui a eu la force de se révolter contre l'autoritarisme meurtrier du gouvernement islamiste, de se libérer des chaînes des forces politiques traditionnelles, qui a essayé de se présenter comme sujet politique autonome, doit continuer sur cette voie sans retomber dans les options que le réformisme radical offre, ou se retrouver dans les oripeaux usés du jeu démocratique.
Le prolétariat européen qui subit aussi la même exploitation de l'autre côté de la Méditerranée, doit assumer son rôle. La solidarité de classe qui s'est exprimée récemment ici ou là au cours de quelques épisodes de lutte, devrait saisir l'occasion pour se réaffirmer sur la scène internationale. Il est vrai que toutes les raisons sont réunies pour que les rues des villes européennes se remplissent et s'agitent contre les différentes politiques et les lourds sacrifices qui leur sont demandés. Si elles le font, ce ne doit pas être dans un seul secteur ou sous le drapeau de telle ou telle politique syndicale, ou de telle ou telle force politique « réformiste de gauche » ; mais sur la base de la véritable solidarité de classe, au-delà des frontières nationales et des particularismes. C'est aujourd'hui une bonne occasion pour commencer.
Un dernier point. La spontanéité, la détermination d'une lutte qui s'oppose immédiatement au gouvernement, à sa police, est vouée à l'échec si elle n'élabore pas une tactique, une stratégie et un programme qui dépassent les pièges du capital, pour créer une véritable alternative sociale qui soit une autre manière de produire et de distribuer cette richesse dontprolétariat égyptien, comme la classe ouvrière internationale, est le seul créateur. Cependant, si nous en restons au niveau de la désobéissance civile, si le mouvement ne se fixe comme objectif que le renversement du gouvernement de Morsi au profit d'une « véritable démocratie », sujette à toutes les pressions du capitalisme, comme le mouvement de la Place Tahrir le fit avec Moubarak, le résultat en sera le même si ce n'est pire.
FD (TCI), 6 Mars 2013

lundi 30 septembre 2013

Un accommodement irraisonnable : le capitalisme

Bulletin communiste international #11 – FGCI 

Dans plusieurs pays, la bourgeoisie multiplie les matraquages idéologiques en lançant des campagnes sur tel ou sujet dit de « société » qui, d'une part, occupe le terrain et les esprits en détournant ces derniers de la réalité de la du capital et des conditions de vie et de travail des prolétaires et, d'autre part et en complément, qui viennent créer fausses problématiques qui, toutes, visent à renforcer l'adhésion à la mystification démocratique de l’État.Dans différents pays, en Europe principalement, la question de l'autorisation ou non du voile islamique par les femmes est devenue l'un de ces thèmes. En Belgique, en France, le port du voile est devenu le prétexte pour le renforcement de l'idéologie laïque et républicaine, c'est-à-dire démocratique, de l’État. Ce fut le cas aussi au Canada dans la province francophone du Québec. Le 14 septembre dernier, à l'appel d'organisations religieuses, une manifestation de rue a lieu à Montréal. A cette occasion, nos camarades des CI-K ont juge utiles de reproduire le texte de 2007 ci-après sur leur blog.
Introduction de la Fraction de la Gauche Communiste Internationale

Depuis quelques mois, la presse et les médias de la bourgeoisie ont lancé une vaste campagne pour chercher à diviser les ouvriers immigrés, les ouvriers québécois et les ouvriers autochtonesLe prétexte : des accommodements raisonnables pour les communautés juives et musulmanes. Par exemple même si aucune organisation religieuse islamique n’a demandé le port du voile lors du vote [le show électoral], les médias ne cessent d’en parler. Tout ce débat diviseur veut nous faire oublier que le vote [les élections] est complètement inutile pour les prolétaires quelle soit leur origine. Chez les politiciens, cela a culminé par la création de lacommission Bouchard-Taylor qui doit faire le tour du Québec. Tous, bourgeois, petit-bourgeois et ouvriers sont invités comme « citoyens » à donner leur opinion. Cette campagne vise à alimenter les pires idéologies bourgeoises tel le racisme, la xénophobie, le nationalisme, le "chacun pour soi". La classe des capitalistes ne vise qu'un seul but : empêcher le prolétariat d'affirmer sa solidarité et son unité de classe internationales. En tentant de faire croire que les prolétaires québécois auraient quelque chose à sauvegarder, à défendre contre tous les immigrants venus de pays arabes ou d'ailleurs, tout ce battage médiatique s'efforce de leur faire oublier que la situation d'immigrés(voir note) fait partie de l'être-même de la classe ouvrière, de la misère de sa propre condition de classe exploitée.

Nous avons même entendu la « châtelaine », Pauline Marois, nous parler du « Nous identitaire » des nationalistes. Ce « Nous identitaire » , c’est le droit de se faire exploiter par des hommes et femmes d’affaires d’ici. Les élites bourgeoises empêcheront toujours une véritable solidarité ouvrière qui doit dépasser les nationalités. La "croyance" envers l'Etat bourgeois "laïc" comme ultime juge de paix et de cohésion sociales, c’est de la foutaise toute juste bonne pour les syndicats. Car, derrière tout ce débat sur les accommodements raisonnables c’est la défense de la « laïcité » qui est en fait la défense de l'Etat bourgeois et de sa démocratie qui est mise en avant.
Il n'est nullement dans les desseins du gouvernement de réduire l’importance des religions mais il vise au contraire à les renforcer : c'est ainsi que c'est sous la houlette de l'Etat "laïc"que nous verrons fleurir à l’automne 2008 des cours sur toutes les religions dans les écoles. Les religions seront toujours l’opium du peuple.
Face à la misère et à la barbarie de ce monde en pleine putréfaction, il n'y a qu'une seule perspective pour la classe ouvrière : rejeter fermement la logique de la concurrence et du "chacun pour soi" de ses propres exploiteurs. Quelles que soient son origine, sa langue, sa couleur de peau, sa religion, le prolétariat n'a aucun intérêt commun avec le capital national. Ses intérêts, il ne pourra réellement les défendre qu'en développant partout sa solidarité de classe internationale, en refusant de se laisser diviser entre ouvriers immigrés, canadiens, québécois et autochtones.
Seule l'affirmation de ses intérêts communs, dans la lutte, permettra au prolétariat de rassembler toutes ses forces, de s'affirmer comme classe mondiale solidaire et unie, pour abattre le Moloch capitaliste avant qu'il ne détruise toute la planète.
Des communistes internationalistes de Montréal automne 2007
Note : De 1840 à 1930, 900 000 canadiens français émigrent aux USA. Il est effarant de lire le rapport raciste d’un fonctionnaire américain:
« À quelques exceptions près, les canadien-français sont les Chinois des État-Unis. Ils ne portent aucun intérêt à nos institutions civiles et politiques ou à notre système d’éducation. Ils ne viennent pas ici pour s’établir parmi nous, ou pour acquérir le statut de citoyen et donc pour s’intégrer à nous, mais plutôt pour séjourner ici quelques années comme des étrangers... ils sont des ouvriers infatigables et dociles… Gagner autant que possible indifféremment du nombre d’heures de travail, vivre dans le plus grand dénuement afin d’éviter le plus possible la dépense et afin de grossir leurs économies et de les sortir du pays une fois accumulées ; voilà en somme le but des canadiens-français qui habitent nos régions industrielles. »
Massachusetts Report on statistics of labor Boston 13 th 1882

jeudi 13 juin 2013

Grèce, Turquie, France, Espagne... La riposte ouvrière doit être internationale et unie !


Hier soir, mardi 11 juin, des milliers de prolétaires en colère ont immédiatement afflué devant le siège de la télévision et de la radio publiques grecques à l'annonce brutale et soudaine par le gouvernement bourgeois de sa fermeture et cela en solidarité avec les milliers de travailleurs licenciés. Au même moment, des manifestations ouvrières massives paralysent la Turquie – le soi-disant « ennemi héréditaire » – depuis presque 15 jours dans ses principales villes malgré la violente et même sanglante répression (les manifestants comptent déjà plusieurs morts) de la bourgeoisie turque. Malgré la sauvagerie des forces de répression de l'État, la colère, la détermination et le courage des prolétaires en lutte ne semblent pas entamés. Cette réaction exprime la réalité actuelle des confrontations entre les classes au niveau international et, encore plus, indique la voie que l'ensemble de la classe ouvrière internationale doit prendre pour se défendre contre les attaques incessantes qu'elle subit partout et pouvoir imposer un autre rapport de force au capitalisme et à la bourgeoisie.
En fait, c'est dans toute l'Europe – et même au-delà – que les réactions ouvrières se multiplient face aux attaques de plus en plus nombreuses et brutales que le capitalisme en crise impose partout. Malgré la déformation de la réalité et la censure délibérées des médias bourgeois sur ces mobilisations – il faut avoir le temps de chercher dans les recoins d'internet ou autres moyens d'information pour arriver à connaître les innombrables luttes et mobilisations et nous ne pouvons les citer ici –, c'est en Espagne, au Portugal,  en Italie, en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne et ailleurs dans le monde, comme au Bangladesh par exemple, que la colère ouvrière et plus largement celle des populations exploitées s'exprime.

À ce jour, il faut bien reconnaître que tous les combats (et ils sont très nombreux) qui se sont développés depuis le déclenchement de la crise ouverte du capitalisme en 2008 (avec la crise des « subprime »), n'ont pas réussi à faire reculer les bourgeoisies et leur État, ne serait-ce que momentanément. Pour l'essentiel, ces combats sont restés trop limités et même entravés par le cadre idéologique et politique capitaliste imposé par l'ensemble des forces politiques et syndicales, en premier lieu, des États bourgeois.

Le respect de ce cadre et même toute illusion à son propos sont toujours sources de misère aggravée, de défaites plus cuisantes et même de mort pour le prolétariat. Voilà pourquoi il ne faut pas se laisser avoir par les discours empoisonnés, mensongers et "légalistes" des politiques et médias bourgeois. Voilà pourquoi il faut se défaire du cadre que nous imposent les syndicats et assumer nous-mêmes notre combat. Il ne faut pas accepter que chaque mobilisation reste dans son « coin », dans « sa » région ou dans « son » pays. Rester isolé, séparé des autres fractions de la classe ouvrière, est le meilleur moyen pour que la bourgeoisie continue à garder le contrôle de la situation ; pour qu'elle réussissent à porter encore plus d'attaques contre nos conditions de vie ; pour qu'elle arrive à nous imposer de plus en plus de sacrifices jusqu'à l'ultime : celui de nos vies dans la guerre que le capital en crise porte inéluctablement en lui.

C'est tous ensemble, tous secteurs confondus, tous pays, que les prolétaires pourront faire face à la bourgeoisie, pourront retenir son bras meurtrier, pourront en finir avec elle et son système de misère et de barbarie. Il est largement temps pour les ouvriers de prendre contact dans les luttes par-delà les frontières. L'heure est à la généralisation internationale du combat de classe contre le capitalisme.

La brutalité de la mesure que le gouvernement grec vient d'adopter en offre l'occasion. Tous les ouvriers européens, pour le moins, ont les yeux braqués aujourd'hui sur ce qui se passe à Athènes, ainsi qu'à Istanbul, voire sur d'autres combats. Alors même que le trafic aérien européen est perturbé par une grève des contrôleurs aériens – les contrôleurs français étant relayés par leurs collègues de différents pays européens. Alors même que les manifestations en Turquie continuent malgré la répression massive. Alors même que la colère ouvrière est généralisée à tous les pays et que les luttes se multiplient. Alors même que la bourgeoisie, momentanément, et du fait même de cette situation générale de colère ouvrière, s'inquiète de la décision du gouvernement grec et de ses conséquences sociales et politiques.

C'est l'heure d'engager les combats tous ensemble. C'est l'heure de rejoindre nos frères d'Athènes et d’Istanbul. C'est l'heure d'inscrire toutes les mobilisations locales et européennes en lien direct et en solidarité active avec nos frères grecs. C'est aussi l'heure de rejeter et même de faire exploser le carcan nationaliste, étatique et démocratique que les partis de gauche et les syndicats nous imposent.




Solidarité active avec les travailleurs en Grèce, en Turquie et partout ailleurs !
Engageons partout et organisons tous ensemble le combat contre les attaques capitalistes !
Généralisation internationale de la lutte de la classe ouvrière !
Une seule perspective : en finir avec le capitalisme !
Un seul moyen : la lutte internationale généralisée et unie contre le capital !



Le 12 juin 2013
Les Communistes Internationalistes-Klasbatalo (http://klasbatalo.blogspot.fr/)
Fraction de la Gauche Communiste Internationale (www.fractioncommuniste.org).

dimanche 26 mai 2013

Déclaration du 1er mai de la Tendance Communiste Internationaliste


Les CIK saluent avec enthousiasme la déclaration du 1er mai de la Tendance  Communiste Internationaliste : Contre la « guerre de classes » des riches, le temps est venu de se battre!

Nous sommes totalement d’accord avec le fait que ce n’est pas seulement une crise de la dette, des banques etc mais une crise structurelle de tout le système qui s’est  développée sur des décennies.
La guerre mondiale est la solution du capitalisme pour tenter de s’en sortir comme le mentionne la TCI « la guerre n’est pas une solution, mais c’est la seule que le capitalisme nous offre, dans le but de s’extirper de sa crise de valorisation du capital. »

L’article nous montre bien aussi comment la bourgeoisie peut nous isoler et nous diviser avec les syndicats et des partis comme QS au Québec ou le NPA en France: Cela nécessitera une rupture politique avec les syndicats et les partis parlementaires qui sont, sans exception, enlisés dans la logique du système. Le rêve d’un capitalisme socialement responsable est épuisé. Toutes les forces politiques qui prétendent représenter nos intérêts par des négociations et des compromis avec la classe dominante se démasquent encore et encore comme des défenseurs particulièrement perfides du système.

L’article rejette catégoriquement le capitalisme d’état :Il ne s’agit pas de «contrôler les banques», de «faire payer les riches» ou de nationaliser les industries. Un capitalisme organisé sur la base de l’État n’est pas davantage une alternative possible. L’expérience du stalinisme en Union soviétique et ailleurs devrait en être la preuve suffisante."
  
Finalement la TCI indique clairement sa volonté de participer à la construction d’une organisation  révolutionnaire internationale tout en ne prétendant pas être le noyau de cette organisation. Nous réitérons notre accord que les débats politiques font partie intégrante de ce processus. Tout comme la TCI et depuis plusieurs années nous cherchons la discussion et le travail en commun avec les révolutionnaires sérieux et sérieuses à travers le monde, dans le but de contribuer à la construction d’une nouvelle organisation révolutionnaire internationale. Nous savons que ce sera un travail ardu et à long terme.

Nos échanges avec des groupes comme la Fraction de la Gauche Communiste Internationale, Internationalist Voice, le CCI et la TCI sont basés sur des propositions de principes et ont toujours montré le sérieux avec lequel nous envisagions ces relations.

jeudi 28 mars 2013

Brochure Bilan: lutte étudiante et assemblée de quartier


Table des matières

Mouvement étudiant printemps 2012 

- Une crise économique internationale, des plans d’austérité drastique partout dans le monde                                     et… une hausse des frais de scolarité
- La lutte contre les frais de scolarité fait partie des luttes contre les attaques capitalistes sur                                           nos conditions de vie
- Le syndicalisme étudiant 
- Le mouvement étudiant s’isole et est isolé du mouvement ouvrier
- Grève sociale et les minorités étudiantes radicales
- La question de la violence
- Le début de la fin : le déclenchement des élections signe la fin du mouvement et son échec par la  grande participation des étudiants aux élections
- Le sommet sur l’éducation et continuation des mesures d’austérité

Les Assemblées Populaires Autonomes de Quartier : notre intervention dans les APAQ

- La démocratie accouche de la loi 78
- Le mouvement des casseroles : la classe ouvrière et les classes moyennes se solidarisent avec le mouvement étudiant
- Les illusions démocratiques et citoyennes du mouvement des casseroles
- Les casseroles semblent vouloir se donner une extension politique : création des APAQ
- Les APAQ appuient le mouvement étudiant, mais se mettent aussi à sa remorque
- L’autonomie selon les APAQ
- Les  luttes  de  tendances: le  localisme et l’individualisme anarchiste désorganisent  les  APAQ
- Fin de la vague de luttes, dérives autogestionnaires

Annexes

Appel aux révolutionnaires ou Appel à la gauche bourgeoise? (Réponse à Force étudiante critique)
Pour en finir avec le réformisme étudiant !
Le capitalisme est en faillite! Unissons-nous pour l’abattre!
Grève générale ou cirque électoral
« Mouvement Étudiant Révolutionnaire » : Mouvement petit-bourgeois réformiste
L’organisation du prolétariat en dehors des périodes de luttes ouvertes

La brochure est disponible à la coop du cegep Edouard Montpetit et de l'université de  Sherbrooke.  
Elle est aussi en vente à la librairie l'Insoumise 2033 rue St-Laurent, Montréal et à Paris à la librairie La Brèche.
Vous pouvez aussi écrire à klasbatalo1917@gmail.com

lundi 4 mars 2013

Se relever pour gagner


Nous avons obtenu le tract ci-dessous d’un sympathisant  du GIO lors de la manifestation étudiante du 26 février à Montréal. Par sa publication sur notre blog, nous voulons montrer notre total accord avec son contenu. Il est publié tel quel.

Les communistes internationalistes Klasbatalo
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Il y à peine plus d’un an, la plus grande grève étudiante de l’histoire du Québec éclate. Cette grève fut aussi le premier mouvement soutenue et massif contre les mesures d’austérité causées par la crise des subprimes de 2008. Cette mobilisation exemplaire au niveau de la combativité de sa base, a créé un crise quasi sans précédent dans l’histoire de la société québécoise. Elle a aussi démontré les limites du mouvement étudiant et celle de tout mouvement isolé ou les illusions réformistes conservent leur emprise sur les militants et militantes.

Cette grève a été une gigantesque école de la lutte des classes pour des milliers de personnes.
En luttant, on a découvert la violence policière, le mépris des institutions bourgeoises, surtout des médias capitalistes, les tribunaux appliquant la « justice » de classe, et l’arrogance des bourgeois eux-mêmes! Certains et certaines d’entre vous se rappellent surement avec quel cynisme, des petits gosses de riches ont imploré l’intervention de la police pour pouvoir aller à « leurs cours »; comment des politiciens et des petits carriéristes ont pris six mois de sacrifices et les ont vendus pour s’acheter une chaise ou poser leur cul au parlement, comment des « chefs » ont joué les stars grâce à nos blessures et à nos nuits sans sommeil. Cette grève nous a appris cela certes, mais elle nous a aussi fait connaître le courage des matins gris sur les lignes de piquetage. Elle nous a aussi révélé toute la force de la foule dans les actions et les manifestations, lorsque nous avons fait comprendre à maintes reprises aux chiens de l’État que, oui, on était capable de se défendre. Nous avons aussi appris à frapper le portefeuille des bourgeois en bloquant ports, banques et ponts. Nous avons appris ce que c’est de s’organiser, de voir la solidarité dans les yeux de centaines de travailleurs et de travailleuses, prendre la rue à nos côtés, casseroles en mains. Certain-ne-s ont même voté le principe d’une grève illégale dite « sociale », pour nous appuyer (ce sont les bureaucrates syndicaux qui les ont empêché). Cela a gonflé nos poitrines de savoir que c’était nous, et pas Léo, ni Martine, ni même Gabriel, qui avions donné courage à ces prolétaires, nos frères et nos sœurs de classe. Nous avons vu ces mêmes travailleurs et ces même travailleuses s’organiser en assemblées autonomes de quartiers, en réseaux et en comités pour nous appuyer. Aussi, nous avons bloqué la hausse libérale, on s’est « calissé » de la loi spéciale, on a bloqué les coupures dans les cegeps et on a gagné une augmentation des prêts et bourses. Nous avons même gagné que lors de cette triste farce qu’est le Sommet, une hausse massive des frais de scolarité soit probablement complètement écartée. On est battu-e-s, on a arraché-e-s chaque gain avec notre courage et nos tripes, on pourrait presque dire qu’on a gagné… Mais.

Malheureusement, la grève a eu une fin peu glorieuse. Bien entendu, la masse étudiante était fatiguée et les militants et les militantes terriblement juridiciarisé-e-s. Cela a contribué à mettre fin à la grève. Pour beaucoup d’éléments radicalisés, la raison de l’échec de la grève, de la menace plus que palpable d’indexation, de l’implantation de l’assurance qualité, de l’absence de perspectives politiques claires à la fin de la lutte est dû à la récupération électorale. La victoire à la « Pyrrhus » ne serait dû qu’à un état-major qui aurait trahi. Certes les coups de poignard des bureaucrates syndicaux, qui ont fait avorté la grève sociale, ou ceux des sociaux-démocrates et des nationalistes de « gauche », qui ont saboté la lutte pur mieux briller aux une, ont tué la grève, mais il y a d’autres raisons. Si nous avons perdu, les seuls coupables c’est nous autres. Si la grève que nous avons tant mobber, organisé et radicalisé s’est réduite en cendre pour servir des basses manœuvres électoralistes, c’est parce qu’on s’y est laissé prendre. Pourquoi le chauvinisme d’Option Nationale et du Parti Québécois et la sociale démocratie de Québec solidaire sont-ils les grands gagnants de la lutte? Tout simplement parce qu’ils et elles se sont organisé-e-s. Nous avons rien eu de mieux à faire que d’accuser les réformistes d’agir en réformistes. Nous sommes tombés dans l’idéalisme, dans la croyance que le mouvement étudiant, interclassiste, idéaliste et libéral était un terrain ou l’on pouvait gagner par notre simple présence. Nous sommes tombés tête première dans la Gueule du loup du « life style » libertaire; préférant l’adrénaline du cassage de vitrines à celui d’un long et patient travail de jonction à la base avec le reste de la classe ouvrière. Nous avons plaidé la diversité des tactiques plutôt que l’unité d’action. Nous avons beaucoup parlé de démocratie « directe » détachée de son contexte sociale, plutôt que de préparer l’affrontement direct avec l’État bourgeois. Nous avons malmené les fédérations étudiantes, plutôt que d’expliquer où menait le concertationnisme. Nous avons critiqué des idées d’oppression, ce qui est souvent nécessaire au cœur de la lutte, mais trop peu à leurs bases matérielles. Nous avons parlé, et nous parlons encore d’éducation « humaniste », « non-marchande », alors que nous savons pertinemment qu’une telle éducation ne serait possible que sous le socialisme.

Arrêtons de nous nourrir de chimères. Nos futur-e-s boss sont dans nos AG, nos futur-e-s députés dans nos comités de mobilisation. Les concierges de nos établissements ont souvent plus de potentiel de lutte que plusieurs des personnes qui sont dans nos classes. Nous avons souvent peur des étudiants et étudiantes en techniques, qui peuvent se montrer frileux face à des revendications qui ne semblent pas les affecter, plutôt que d’essayer de les joindre. Nous avons besoin d’organisation, d’un programme de lutte, d’une discipline. Nous devons nous solidariser beaucoup plus de la clase ouvrière dans ses luttes. Nous devons nous préparer à affronter la classe bourgeoise dans son ensemble, pas juste la « droite », pas juste le PQ. Nous avons amèrement constaté le cul de sac où nous a mené le « parti des urnes et de la rue» qu’est QS. Nous sommes en guerre, il serait temps d’agir en conséquence.

Pour plusieurs camarades, aujourd’hui c’est le début de la lutte contre l’indexation. Nous devons aller plus loin. Aujourd’hui, doit être le début d’un vrai mouvement contre l’austérité. La lutte contre l’odieuse réforme de l’assurance-chômage ainsi que la lutte contre toutes les autres mesures de compression des divers paliers de l’État doivent être menées à bien. D’ailleurs, le Parti Québécois [Note des CI-K] attaquera sûrement les travailleurs et les travailleuses du secteur publique lors des prochaines négociations des conventions collectives. Une opposition de classe doit être construite contre l’austérité capitaliste. Ce ne seront ni les partis réformistes, ni la bureaucratie syndicale, ni la fausse opposition des nationalistes qui pourront le faire. Nous devons nous organiser ensemble, peu importent nos secteurs d’activités, au sein de structures autonomes de la bureaucratie. C’est pourquoi, je fais le choix de joindre une organisation communiste, révolutionnaire et internationaliste. Nous voulons abattre un système qui nous enlève tout, jusqu’à notre futur. Nous savons que ses gestionnaires sont prêts à tout pour le défendre. Le monde ne changera pas avec des consensus préfabriqués et des demi-mesures. Nous avons besoin d’une révolution prolétarienne internationale et pour la mener, nous avons besoin d’un parti de classe.

Un étudiant sympathisant du Groupe internationaliste ouvrier (GIO)

Courriel du GIO: ca@leftcom.org  
  Note des CI-K: Quelques jours à peine après la manifestation, le PQ lançait  un programme d'austérité contre les assistés sociaux.

vendredi 1 février 2013

Table ronde : « Un bilan de la grève étudiante »


Samedi 9 février 2013, 12h, Bar Le Jockey (1309 St-Zotique Est, Montréal, entre la rue Chambord et la rue de Lanaudière)
Lunch gratuit à 12h et table ronde à 13h.  Organisée par l'APAQ Rosemont Petite-Patrie.

Un membre des communistes internationalistes Klasbatalo (CIK) fera partie de la table ronde. Les CIK offriront sur place leur nouvelle brochure "Bilan: Lutte étudiante et assemblée de quartier".

samedi 12 janvier 2013

Origines et conséquences de la crise actuelle : des solutions


Atelier et discussion organisés par l’APAQ Rosemont Petite-Patrie Patrie.

Le dimanche 20 janvier 2013 à 14h, à la librairie Raffin, 6330 rue St-Hubert, Montréal.

La présentation sera faite par un membre des communistes internationalistes Klasbatalo qui est aussi participant à l'APAQ Rosemont Petite-Patrie

vendredi 8 juin 2012

Grève générale ou cirque électoral

La lutte étudiante contre les frais de scolarité a pris un nouveau tournant avec l’adoption de la loi matraque 78. Rappelons qu’avant d’être dirigée contre le mouvement étudiant, cette loi est surtout  dirigée contre la classe ouvrière et vise toute manifestation de plus de 50 personnes avec de fortes amendes. Ce sont les forces policières qui doivent décider si oui ou non, la manifestation sera légale ou pas, s’ils accepteront l’itinéraire ou non. Cette loi ne s’attaque pas seulement aux étudiants mais à l’ensemble des prolétaires. Cette loi est le résultat de la démocratie bourgeoise et elle n’est pas unique au Québec. Face au capitalisme en crise, plusieurs démocraties ont passé ou passent des lois semblables. En 2001, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, plusieurs états ont passé des lois antiterroristes qui, dans la pratique, s’attaquent aux luttes des prolétaires. En 2005, les ouvriers du métro de New-York en grève ont fait face à des accusations d’actes de terrorisme. Récemment une dizaine d’étudiants et d’étudiantes de Montréal ont été accusés dans le cadre d’une loi semblable votée par le gouvernement fédéral en 2001.

La lutte contre la hausse des frais de scolarité prend aussi de l’expansion ailleurs au Canada. Des étudiants ont déjà entrepris des actions à Ottawa et à Toronto, et d'autres groupes répartis à travers plusieurs provinces s'apprêteraient à se joindre à leur cause.  Une journée d'actions a été tenu le 5 juin,  à Toronto, de même que dans d'autres villes ontariennes. Des étudiants de Colombie-Britannique ont eux aussi témoigné de leur solidarité avec ceux du Québec en condamnant la loi 78. Des manifestations de soutien contre la loi 78 ont  eu lieu à Ottawa, Toronto, Paris, Cannes, New-York, Londres et au Chili. La lutte n’est plus seulement contre la hausse des frais de scolarité. Depuis le 21 mai, des prolétaires, chômeurs, chômeuses, étudiants et étudiantes et retraités frappent sur des casseroles à 20h tous les soirs et un très grand nombre vont jusqu’à manifester dans la rue, pour montrer leur ras-le-bol de la loi 78, des arrestations massives, de la violence policière, du gouvernement corrompu et des politiques d’austérité On ne compte plus le nombre de villes et villages qui ont participé à ces soirées des casseroles et cela s’étend aux autres provinces canadiennes. Cette lutte s’inscrit dans une lutte internationale contre le capitalisme en crise. Elle rejoint les prolétaires de Grèce, d’Espagne, du Portugal, de la Chine, de l’Inde, de la France, du Royaume-Uni, des Etats-Unis et ailleurs dans le monde.

Même si les manifestations de casseroles ont pour but de montrer de l’indignation face aux politiques de l’État, on peut s’interroger sur son résultat. Le ministre des finances Raymond Bachand, quant à lui, s’est réjoui de ces manifestations comme un moyen créatif et festif de faire entendre son opinion sans nuire à l’image touristique de la métropole. C’est ce qu’il a exprimé devant une conférence d’hommes et de femmes d’affaires à Montréal. Comme ailleurs dans le monde la bourgeoisie tente de détourner les luttes en incitant les prolétaires à voter lors de prochaines élections dans 6 mois, un an, deux ans. C’est ce qui tient le plus à cœur aux syndicats et à tous les partis politiques : Québec Solidaire, Parti Québécois, Libéraux, CAQ et autres, le détournement des actions  vers le cirque électoral. Les élections ne représentent pas du tout  une expression de la «volonté populaire».  La politique des partis qui se font élire est déterminée par les intérêts des grandes entreprises capitalistes dont l’État bourgeois est un serviteur. Les élections sont inutiles pour le prolétariat. C’est un terrain où il n’a aucune véritable place sauf lorsque vient le temps de tracer un X à tous les quatre ans pour mettre au pouvoir des bourgeois du même genre, comme les Charest, Marois, David, Khadir, Legault, etc. Elles lui font croire que son bulletin de vote peut contribuer à faire «changer les choses». Elles font perdurer les illusions démocratiques, selon lesquelles tous les «citoyens» sont égaux et l’Etat est neutre.

Les libéraux et la CAQ sont connus pour être ouvertement au service des grandes entreprises capitalistes. D’autres sont plus vicieux, c’est le cas des nationalistes du Parti Québécois et de Québec Solidaire. Ils dénoncent les politiques de droite que les libéraux mettent en vigueur et sa loi matraque 78. Ils insistent  sur le fait que les orientations du gouvernement iraient à «l’encontre de valeurs  communes ». Il n’y a pas de valeurs communes. C’est un langage typiquement petit-bourgeois et nationaliste qui ne fait aucune mention de la classe ouvrière et de la lutte des classes et qui propage les illusions d’un capitalisme « à visage humain ». Le capitalisme est en faillite et pour survivre, il poursuit les mêmes attaques partout : hausse des prix de l’énergie, attaque contre les régimes de retraite, hausse des frais de scolarité, nouvelles taxes, coupures de milliers d’emplois dans le secteur public, coupures des prestations de chômage et fermetures massives d’usine.

La force de la classe ouvrière dont l’exploitation fait vivre toute la société bourgeoise, est dans son action collective, menée et organisée sur des bases de classe. Seul le prolétariat en résistant et en allant jusqu’à l’abolition de ce système pourri pourra changer la société. Il y a des luttes de prolétaires en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Chine, en Inde, en France, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, au Chili et ailleurs dans le monde qui forcent les fractions de la bourgeoisie à s’unir contre la classe ouvrière. Ce sont des centaines et des centaines de milliers de manifestants dans les pays du monde qui refusent ces mesures d’austérité. Les médias menteurs censurent les luttes contre ces mesures dans le monde pour empêcher une solidarité internationale. La lutte des étudiants et des prolétaires québécois n’est pas isolée.

Prolétaires, chômeurs, chômeuses, étudiants et étudiantes, retraités, nous devons cesser  de suivre nos faux amis des organisations syndicales et les politiciens comme ceux de QS qui veulent réformer le capitalisme. Cessons de quêter auprès de l’État bourgeois par des pétitions et des votes. Il faut prendre le contrôle des luttes à leur place. Sinon ils détourneront nos luttes vers le cirque parlementaire ou la négociation de notre exploitation.

Une grève générale, c'est ce qu'il faut faire en élargissant les luttes au plus grand nombre en prenant exemple sur nos frères et sœurs, les prolétaires grecs et espagnols. Les prolétaires de Grèce et d’Espagne nous donnent l’exemple en s’unissant de plus en plus largement malgré le nationalisme et le corporatisme des syndicats, en rejetant les politiciens et en s’attaquant à toute la machine de l’État bourgeois. Par exemple, les prolétaires grecs ont assiégé le parlement qui approuvait les mesures demandées par les capitalistes européens. Les capitalistes sont responsables de cette crise. Ce n’est pas à la classe ouvrière à payer. Un seul mot d’ordre, rejoindre les prolétaires grecs et espagnols par la grève générale.         

Oui à la grève générale ! Non au cirque électoral !

Pour mettre fin à ce système barbare, il nous faut une autre société. Une société qui soit centrée sur la production en vue de satisfaire les besoins humains réels plutôt qu’une société centrée sur la production de profits. Une société où les moyens de production et de distribution seraient à la portée de tous, socialisés, sans exploiteur pour en tenir les rênes et s’accaparer les richesses produites socialement. Un monde où l’environnement ne serait plus vu comme un immense parc à profits – à piller et ruiner – comme c’est le cas présentement par la classe capitaliste. Un monde basé sur la participation de tous et toutes, qui pourraient s’exprimer grâce à de nouveaux organismes de coordination, de production, et de distribution ; grâce à un système de délégation élue et révocable en tout temps et représentant l’ensemble de la société. Pour ce faire, il est impératif de renverser l’État bourgeois basé sur la démocratie parlementaire, véritable artifice pour asseoir et maintenir la domination de la classe capitaliste. C’est au prolétariat, guidé par son parti de classe, de prendre le pouvoir en chassant la classe qui l’exploite ; en détruisant son État et en établissant ses propres organes. Seule la classe ouvrière dans sa totalité, à travers ses propres organes autonomes, par exemple les conseils ouvriers, peut instituer une nouvelle société sans classe ni État. Cette tâche ne peut être déléguée, même pas au Parti de classe le plus conscient.

Communistes Internationalistes Klasbatalo                                                               Printemps Érable 2012    
cim_icm@yahoo.com                                                                                                                           

dimanche 29 avril 2012

1917, le prolétariat prend le pouvoir (Tendance Communiste Internationaliste)


Nous éditons ce texte de la Tendance Communiste Internationaliste parce que nous sommes totalement en accord avec son contenu de même qu’avec la présentation qu’en fait la Fraction de la Gauche Communiste Internationale même si nous n’avons pas de lien organisationnel avec la TCI et la FGCI.
Les Communistes Internationalistes Klasbatalo
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Nous reproduisons ici un article de la TCI sur la prise du pouvoir par le prolétariat en Russie en octobre 1917. En fait, cet article constitue un chapitre d'une brochure de la Communist Workers Organization dont les camarades ont décidé de republier des parties sur leur site. Ce chapitre, traduit par nous de l'anglais, traite uniquement des journées d'Octobre, celles-là mêmes de l'insurrection ouvrière et de la prise du pouvoir par les "Soviets"   ou "conseils ouvriers" –, organes de l'insurrection prolétarienne et de l'exercice du pouvoir, c'est-à-dire de la dictature du prolétariat, comme les définissait Trotsky.

La valeur de ce texte est à souligner par sa capacité à présenter, concrètement, comment les soviets, en tant que formes d'organisation de l'ensemble du prolétariat russe, furent en capacité de réaliser leur tâche historique sous la direction du parti communiste (le parti bolchévique), l'avant-garde politique du prolétariat. Et comment ce dernier ne put se hisser à la hauteur de sa tâche que grâce à la mobilisation révolutionnaire des masses ouvrières et de soldats et au prix de luttes politiques internes au parti lui-même. Bref, une des qualités du texte est de souligner et de mettre en valeur le "rapport dialectique" qui s'est établi concrètement alors entre le parti et l'ensemble de la classe révolutionnaire et qui a garanti le succès de l'insurrection ouvrière.

Ainsi, le texte anéantit la thèse sans cesse rabâchée selon laquelle Octobre 1917 fut un coup d'Etat organisé par une minorité de révolutionnaires professionnels dirigés d'une main de fer par Lénine. Un des arguments de cette thèse est que l'insurrection, plus particulièrement la prise du Palais d'hiver, le siège du gouvernement de Kerenski, eut lieu dans une ville où, par ailleurs le calme régnait et qu'elle rencontra le succès du fait de la faiblesse des défenseurs armés du gouvernement bourgeois. Le texte de la TCI répond, on ne peut plus clairement, à ce problème. Il montre que c'est justement la force et la mobilisation massive du prolétariat, regroupé politiquement autour du parti bolchévique, y compris parfois en devançant celui-ci ou des fractions significatives de celui-ci, qui fit que le pouvoir d'Etat bourgeois tomba alors comme un fruit mûr, avec peu d'affrontements et de victimes. Cette "facilité" de l'insurrection est, bien au contraire, la manifestation de la force et de la conscience élevée des grandes masses du prolétariat à ce moment-là et de leur participation directe et massive à la prise du pouvoir ; c'est l'anti-thèse d'un coup d'Etat imposé par une minorité.

De même, le texte rejette la mystification d'un parti bolchévique homogène et décidé ou sous la férule d'un seul homme, Lénine. Bien au contraire, il met en lumière comment le parti d'avant-garde lui-même fut traversé des mêmes types d'hésitations et contradictions que l'ensemble de la classe et comment le combat politique pour gagner le parti à l'insurrection fut difficile et aurait même pu être perdu. Et comment ce fut justement la force et la mobilisation révolutionnaires des masses prolétariennes, sur lesquels Lénine et certaines fractions du parti s'appuyèrent, qui permirent de mener le combat contre ceux qui s'opposaient à l'insurrection au sein même des organes de direction bolchévique.

Enfin, et leçon tout aussi importante, l'article des camarades de la TCI met en relief comment Lénine et le parti furent guidés par deux principes de classe essentiels qui leur permirent d'être à la hauteur de la situation : le premier que l'on peut définir comme la nécessité de la destruction de l'Etat bourgeois et de l'établissement de la dictature du prolétariat, principe qui guide et définit toute politique communiste aussi bien dans une période immédiatement révolutionnaire que dans des périodes où la lutte des classes est moins aigues et plus "quotidienne", y compris lorsque le prolétariat n'est pas massivement mobilisé Note 1 ; le second, tout aussi permanent et fondamental, étant l'internationalisme prolétarien. Juste un mot sur ce plan : c'est justement la vision internationaliste des bolcheviks, qu'on ne peut réduire à la seule dénonciation de la guerre impérialiste mais qui inclut l'appel à la guerre civile, à la destruction de l'Etat bourgeois et à l'instauration de la dictature du prolétariat – voilà le véritable internationalisme de classe car seul internationalisme conséquent -, qui leur permit de comprendre l'absolue nécessité d'instaurer le pouvoir des soviets comme premier point d'appui pour l'ensemble du prolétariat international alors même que la guerre impérialiste, la 1° guerre mondiale, se poursuivait Note 2 ; et comme facteur concret, matériel, à dimension avant tout internationale de la lutte contre la guerre impérialiste et pour la révolution internationale.

On le voit, l'article des camarades de la TCI n'est pas un texte "historique" traitant d'une expérience passée dont on pourrait éventuellement tirer quelques enseignements et puis "passer à autre chose". A l'heure où le capitalisme s'enfonce dans une crise profonde qui voit la bourgeoisie obligée d'attaquer férocement le prolétariat dans tous les pays et, en même temps, préparer la seule issue qu'elle puisse offrir à sa faillite économique, la guerre généralisée, les leçons de l'Octobre 1917 redeviennent essentielles pour le développement même du combat de classe d'aujourd'hui ; et pour présenter l'alternative prolétarienne et communiste à la barbarie capitaliste. Le texte de la TCI vient nous rappeler l'actualité de la Révolution russe, de ses principes et de ses enseignements, et le phare qu'elle est pour le combat historique du prolétariat international
Mars 2012, la FGCI
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1917, le prolétariat prend le pouvoir
(Tendance Communiste Internationaliste)

 Le soir du 24 octobre, le gouvernement provisoire avait à sa disposition à peine plus de 25 000 hommes. Le soir du 25, alors que les préparatifs pour l'assaut du Palais d'hiver étaient en cours, les bolcheviks rassemblaient, face au dernier refuge du Gouvernement provisoire, près de 20 000 gardes rouges, marins et soldats. Cependant, à l'intérieur du palais, il n'y avait pas plus de 3000 hommes pour défendre l'édifice et nombre d'entre eux abandonnèrent leur poste au cours de la nuit. Grâce à cette supériorité écrasante des troupes bolchéviques, aucun combat sérieux n'eut lieu dans la capitale du 24 au 26 octobre ; le nombre total de tués de chaque côté ne dépassa pas la quinzaine et, concernant les blessés, la soixantaine.

Durant ces heures critiques, alors que les principaux points stratégiques de la ville passaient sous le contrôle des bolcheviks (téléphone et télégraphe, les ponts, les gares, le Palais d'hiver, etc.), la vie se poursuivait normalement dans l'ensemble de Petrograd. La plupart des soldats restaient dans leurs casernes, les entreprises et les usines continuaient à fonctionner et, dans les écoles, toutes les classes fonctionnaient. Il n'y eut ni grèves ni manifestations de masse telles que celles qui marquèrent la Révolution de février. Les théâtres de films (qu'on appelait alors "cinématographes") étaient bondés ; il y avait des séances régulières dans tous les théâtres et les gens se promenaient comme d'habitude sur la Perspective Nevksy. Les gens ordinaires, non-politisés pouvaient ne pas réaliser que des événements historiques étaient en train de se produire ; même dans les principaux moyens de transport public que représentaient les lignes de tramways en 1917, le service était normal. Ce fut d'ailleurs dans un de ces tramways que Lénine, déguisé, et son garde du corps Eino Rahya rejoignèrent Smolny tard le soir du 24.

C'est ainsi que l'historien soviétique "dissident" Roy Medvedev décrit la Révolution d'Octobre. Cette image de Lénine allant à la révolution dans un tramway correspond parfaitement à la vision que donne Trotsky de ces jours-là :

"Il n'y eut presque point de manifestations, de combats de rues, de barricades, de tout ce que l'on entend d'ordinaire par "insurrection" ;la révolution n'avait pas besoin de résoudre un problème déjà résolu. La saisie de l'appareil gouvernemental pouvait être effectuée d'après un plan, avec l'aide de détachements armés relativement peu nombreux, partant d'un centre unique. (…)

Mais précisément, le fait que la résistance du gouvernement se borna à la défense du Palais détermine nettement la place du 25 octobre dans le développement de la lutte. Le palais d'Hiver se trouva être la dernière redoute d'un régime politiquement brisé en huit mois d'existence et définitivement désarmé pendant la dernière quinzaine." ("Histoire de la révolution russe – Octobre", p. 670).

Les classes de privilégiés russes s'attendaient à une orgie de pillages et de meurtres, au chaos politique et à la disparition de toute morale humaine. Au lieu de cela, elles se trouvèrent en face d'un changement dans l'ordre, ce qui a dû être encore plus terrifiant pour elles. Les masses prolétariennes ont montré qu'elles ne dépendaient pas de quelques chefs et qu'elles étaient capables de trouver leurs propres formes de pouvoir. À l'évidence, par la suite, les historiens de la classe ennemie ont déformé cette réalité d'Octobre 17 et peint la révolution prolétarienne sous les seules couleurs de sa dernière phase. Ils ont pu ainsi propager la légende qu'il s'agissait d'un banal putsch, d'un coup d'État perpétré par un petit groupe de fanatiques alors que les masses étaient restées spectatrices. Outre le fait que le parti bolchévique comprenait 300 000 membres ou le fait qu'il avait l'appui actif de presque tous les soldats de Petrograd (environ 300 000 hommes), comment comprendre qu'il a pu débattre publiquement, dans la presse qui était accessible à tous, de la question de la prise du pouvoir et cela durant les deux dernières semaines qui ont précédé la chute du Gouvernement provisoire ? Définir la nature prolétarienne de la Révolution d'Octobre n'est pas notre but ici, dans la mesure où nous considérons cela comme une évidence. Ce dont nous avons besoin, c'est de voir quelles sont les circonstances dans lesquelles la révolution a eu lieu, d'examiner non seulement comment le prolétariat a fait du parti bolchévique son instrument mais aussi comment la politique des bolcheviks a passé l'épreuve de la difficile situation de septembre et d'octobre 1917.

Les bolcheviks peuvent-ils prendre le pouvoir ?

Le sort de l'ordre bourgeois en Russie était scellé à partir du moment où les armées du Kaiser ont occupé Riga en août 1917. Au lieu des victoires promises, les Allemands étaient sur le point d'avancer jusqu'à Petrograd. Lénine, cependant, se battait en faveur de l'insurrection à partir du moment où il comprit que les autres partis qui se disaient socialistes (les mencheviks et les Socialistes-révolutionnaires), fidèles à leur position de soutien à un système bourgeois, n'avaient pas l'intention de défendre le pouvoir soviétique. Mais le Comité central bolchévique a semblé ignorer ses courriers. Le pire pour lui, alors qu'il se cachait, c'était que le Comité central bolchévique semblait plutôt favorable à Kerensky et à sa volonté de maintenir son pouvoir chancelant. Suite à la défaite de Kornilov, le Gouvernement provisoire appela à une "Conférence démocratique" pour essayer de réunir autour du pouvoir bourgeois tous les partis représentés au soviet. La catastrophe pour Lénine, ce fut que le Comité central bolchévique tomba dans ce piège et participa à cette mascarade (Lénine approuva Trotsky qui avait défendu le boycott de cette "assemblée").

Ils étaient aussi d'accord pour participer au soit-disant "Pré-parlement" que Kerensky voulait utiliser pour légitimer la position de son gouvernement non élu. Lénine répondit dans un texte intitulé Notes d'un publiciste, dans lequel il s'est attaqué au Comité central :
"Il n'est pas possible de douter que, dans les "milieux dirigeants" de notre parti, on remarque des hésitations qui peuvent devenir funestes (...). Tout ne marche pas droit dans les milieux dirigeants "parlementaires" du parti ; apportons-y une plus grande attention ; que les ouvriers les surveillent mieux. (...) L'erreur de notre parti est évidente. Au parti en lutte de la classe d'avant-garde les erreurs ne font pas peur. Ce qui serait terrible, ce serait l'obstination dans l'erreur …" (Lénine, Oeuvres complètes, tome 26, septembre 1917).
Non seulement les dirigeants bolchéviques, autour de Kamenev, ont persisté dans l'erreur, mais ils l'ont aggravée en écartant toutes les critiques de Lénine concernant leur approche vis-à-vis de la Conférence démocratique et la future insurrection.

Bien que Lénine écrivit des centaines et des centaines de lignes pour les pousser à l'action, ils firent le maximum pour que les passages-clés ne soient pas publiés. Frustré, Lénine présenta finalement sa démission du Comité central tout en "[se] réservant la liberté de s'adresser aux militants" du parti.

Bien que le Comité central ne discuta même pas de cette lettre de démission, elle autorisa Lénine à développer une correspondance personnelle avec des éléments qui faisaient partie d'autres organisations du parti. Cela prouve, une fois de plus, que Lénine était loin d'être une figure isolée luttant contre un parti médiocre, ainsi que le prétendent toutes les "histoires" de la Révolution Russe. Sa lutte, il la menait contre une direction du parti qui se sentait plus concernée par la survivance du parti que par la victoire de la classe ouvrière. Quand l'ensemble du parti eut connaissance des questions en jeu, il pris position pour les positions de Lénine. L'exemple le plus significatif fut celui du Comité de Pétrograd. Quand la censure de la discussion fut révélée, il exprima sa colère contre le Comité central. En fait, le débat fondamental sur la nécessité de l'insurrection eut lieu vraiment dans le Comité de Pétrograd. Là, il n'y avait pas des Kamenev qui cherchaient à traiter avec les mencheviks et qui s'opposaient à l'orientation internationaliste des bolcheviks. Cette dernière s'était clairement exprimée dès les conférences de Zimmerwald et de Kienthal, au début de la Première guerre mondiale, et avait pris sa nouvelle forme programmatique dans L'impérialisme, stade suprême du capitalisme de Lénine. La question de l'internationalisme était maintenant vitale dans les préoccupations des bolcheviks à Petrograd. Dans le débat sur la nécessité de l'insurrection, l'opposant le plus solide face à Lénine était Volodarsky. Celui-ci s'appuyait sur l'arriération de la Russie et insistait sur le fait que les bolcheviks devraient prendre leur temps car la Révolution Russe ne pouvait vaincre qu'en tant que partie de la révolution mondiale. Les partisans de Lénine étaient d'accord que le sort de la Révolution Russe ne pouvait que dépendre du sort de la révolution mondiale. Mais ils étaient convaincus que le prolétariat russe avait là une opportunité que les prolétariats des autres pays n'avaient pas encore. Les ouvriers russes devaient donc prendre le pouvoir et tenir le coup jusqu'à ce que la révolution se développe en Europe.

Cet argument pour ne pas retarder plus longtemps cette échéance finit par l'emporter. Lénine développa la position internationaliste dans son texte La crise est mure. Ce texte, comme beaucoup d'autres écrits dans cette période, mérite d'être cité en entier, mais nous nous contenterons ici d'en donner quelques lignes qui indiquent l'essence internationaliste du bolchévisme – le principe fondamental qui, sans équivoque, dans la première guerre mondiale, le définissait comme prolétarien.

"Il est hors de doute que la fin de septembre nous a apporté le tournant le plus grand de l'histoire de la révolution russe et, selon toutes les apparences, de l'histoire de la révolution mondiale... Et voici aujourd'hui la troisième étape que l'on peut appeler le prélude de la révolution. Les arrestations en masse des chefs du parti dans la libre Italie et surtout le début de mutineries militaires en Allemagne sont les symptômes irrécusables d'un grand tournant, les symptômes d'une veille de la révolution à l'échelle mondiale. (...) Et comme nous sommes, nous bolchéviks russes, les seuls internationalistes prolétariens du monde à jouir d'une liberté immense en somme, à avoir un parti légal, une vingtaine de journaux, comme nous avons avec nous les Soviets de députés ouvriers et soldats des deux capitales et la majorité des masses en période révolutionnaire, on peut et on doit en vérité nous appliquer les paroles : "Il vous a été beaucoup donné, il vous sera beaucoup demandé"" (Lénine, idem).

Cet argument gagna tout le parti et, le 10 octobre, le Comité central vota son accord de principe sur la nécessité d'organiser l'insurrection. Ce n'était pas simplement la victoire d'un seul homme, ou même celle d'un parti, mais celle de la classe ouvrière internationale. Le problème qui se posait maintenant était : comment l'insurrection allait-elle se produire ?

Les soldats deviennent bolcheviks

Comme nous l'avons montré dans le chapitre précédent, les bolchéviks gagnèrent un soutien énorme pour leur politique bien avant que le second Congrès des soviets de Russie fut convoqué. En fait, 80% des délégués ouvriers à cet organe était des partisans des bolchéviks. Cependant, cela ne signifiait pas que le prolétariat était imprégné de la conscience communiste ; cela, en effet, aurait été impossible étant donné les conditions du moment. Ce qui le marquait, c'était les revendications concrètes qu'il avait accumulées tout au long de 1917. Il exigeait la fin de la guerre et les misères qui vont avec, telles les restrictions de nourriture et l'inflation. Il avait constaté que la coalition autour du Gouvernement provisoire bourgeois n'avait fait que poursuivre la guerre. En outre, les armées allemandes continuaient leur avancée vers Petrograd et nombreux étaient ceux qui étaient persuadés que Kerensky voulait que la ville tombe aux mains des ennemis, et cela afin que la révolution soit écrasée. Cette situation impliquait l'obligation pour les bolchéviks d'augmenter rapidement leur influence dans la classe car ils étaient le seul parti qui s'opposait sans ambiguïté à la guerre et qui n'avait cessé de réclamer "tout le pouvoir aux soviets". En octobre 1917, ces questions étaient tellement liées que, les uns après les autres, les régiments votaient le refus d'obéir aux ordres les sommant de partir pour le front et décidaient de ne suivre que les directives des soviets. Une résolution significative de cela fut celle du régiment des Gardes d'Egersky le 12 octobre :
"Déplacer la garnison révolutionnaire de Petrograd n'est une nécessité que pour la bourgeoisie privilégiée ; c'est le moyen d'étouffer la révolution. (…) Nous déclarons à tous ceux qui nous entendent que, tout en refusant de quitter Petrograd, nous resterons à l'écoute de la parole des vrais dirigeants de la classe ouvrière et de la paysannerie pauvre, c'est-à-dire le Soviet des Députés d'Ouvriers et de Soldats. Nous aurons confiance et suivrons celui-ci parce que tous les autres ne sont que des traîtres et trompent ouvertement la révolution mondiale." C'est ce que dit Rabinovitch à la page 227 de son livre Les bolcheviks arrivent au pouvoir.

L'adoption de cette résolution est une des expressions du combat décisif pour le contrôle des forces à Saint-Petersbourg. Le 9 octobre, Trotsky réussit à faire passer une résolution au Soviet de Saint-Petersbourg qui exigeait la paix, la fin du gouvernement Kerensky et, plus significatif, qui appelait à ce que la défense de Saint-Petersbourg soit assumée par le Soviet lui-même. Suite à son adoption, cette proposition entraîna la création du fameux Comité militaire révolutionnaire qui allait coordonner la prise concrète du pouvoir le 25 octobre. Contrairement à ce que développeront les mensonges staliniens, le Comité ne fut pas créé de manière préméditée en tant que coordinateur de la prise du pouvoir. Il apparut ainsi du fait que les mencheviks refusèrent d'en faire partie. Le Comité fut donc constitué des seuls bolcheviks et des Socialistes-révolutionnaires de gauche qui étaient d'accord sur la nécessité de donner le pouvoir aux soviets. De plus, la résolution pour la création du Comité militaire révolutionnaire fut antérieure à l'adoption, par le Comité central bolchévique, des arguments défendus par Lénine pour la prise du pouvoir immédiate. La dernière preuve que le Comité militaire révolutionnaire n'était pas considéré comme l'organisateur de la Révolution d'Octobre est que Lénine et la plupart des bolchéviks (à l'exception de Trotsky et Volodarski) estimaient que c'était à la propre Organisation militaire des bolchéviks que devait revenir la responsabilité d'assumer les dispositions pratiques.

Cependant, cette dernière, qui avait fait preuve d'aventurisme en juillet, avait été si sévèrement critiquée au sein du parti qu'elle ne voulait plus se brûler les doigts.

Ses actions étaient si hésitantes et prudentes qu'en fin de compte elle ne joua qu'un rôle subsidiaire plutôt qu'un rôle dirigeant.

La cause fondamentale de cela, comme pour de nombreux problèmes posés en 1917, se situait au niveau des intérêts impérialistes de la bourgeoisie pour continuer la guerre. La guerre avait abouti à la chute du tsarisme, elle sonnerait maintenant le glas de la bourgeoisie russe et de ses valets social-démocrates des partis SR et menchévique. Le fait que Kerensky voulait que la garnison de Saint-Petersbourg aille sur le front et le fait que les troupes refusaient d'y aller montraient que Kerensky était en fait confronté à une mutinerie d'autant que ces troupes se placèrent sous le commandement du Comité militaire révolutionnaire du Soviet. Quand Kerenski et son chef militaire à Saint-Petersbourg, le général Polkovnikov, s'en rendirent compte, il était déjà trop tard. Le Comité militaire révolutionnaire était parvenu à disposer de commissaires loyaux au Soviet dans la plupart des régiments. Quand Kerenski réalisa qu'il avait peu de troupes sur lesquelles il pouvait réellement compter dans la capitale, il télégraphia pour faire venir des troupes du front. Mais il lui fut répondu que ces dernières étaient tellement "contaminées par le bolchévisme" qu'elles refuseraient de bouger tant qu'on ne leur dirait pas l'objet de leur transfert. En bref, le Gouvernement provisoire était pratiquement paralysé. Quand, le 23 octobre, Kerenski finit par agir, ce fut pour donner l'ordre d'arrêter tous les bolchéviks qui étaient en liberté provisoire après les Journées de juillet (cela incluait tous les dirigeants militaires du parti) et d'interdire la presse bolchévique pour cause de sédition. Mais pour faire appliquer ces ordres, il ne pouvait compter que sur les cadets des écoles d'officiers, sur un bataillon de choc féminin et sur un régiment de fusiliers composé de blessés de guerre. La prise par la force de l'imprimerie Trud où le Rabochii Put, un journal bolchévique s'adressant aux ouvriers, était publié, fut le signal de la riposte pour le Comité militaire révolutionnaire. Très vite les ouvriers reprirent le contrôle de l'imprimerie et les troupes fidèles au Comité militaire révolutionnaire persuadèrent ceux qui pensaient répondre aux appels de Kerenski de rester neutres. Tout comme lors de l'épisode de Kornilov, les troupes envoyées vers la capitale furent aussi persuadées qu'elles n'avaient pas intérêt à soutenir les forces contre-révolutionnaires.

Il n'y avait plus alors d'obstacles militaires à la prise du pouvoir par la classe ouvrière, mais subsistaient les questions du "quand" et du "comment". Ce débat, qui avait fait rage dans le parti bolchévique tout au long de septembre, n'avait pas encore été complétement résolu malgré le vote du 10 octobre. Alors que certains membres du Comité militaire révolutionnaire voulaient le renversement immédiat de Kerenski, d'autres bolchéviks continuaient à considérer erroné ou prématuré un tel soulèvement. Trotsky résuma la situation correctement :
"Le gouvernement est impuissant ; nous n'en avons pas peur parce que nous nous sentons suffisamment forts… Certains de nos camarades, notamment Kamenev et Riazanov, n'approuvent pas notre évaluation de la situation. Pourtant, nous ne penchons ni à droite ni à gauche. Ce sont les circonstances et leur évolution qui nous ont permis de développer notre ligne tactique. Nous nous renforçons chaque jour. Notre objectif est de nous défendre et de développer progressivement notre sphère d'influence pour donner une base solide au Congrès des Soviets de demain." (extrait du livre de Rabinovitch, page 253)

De façon évidente, Lénine ne voyait pas la situation ainsi. Après 7 semaines de combat politique pour un soulèvement immédiat contre un ennemi affaibli, il ne put se contenir. Pour la deuxième fois en un mois, il désobéit au Comité central qui le sommait de rester caché et il prit son fameux tramway pour rejoindre l'état-major bolchévique à l'Institut Smolny. Il avait déjà adressé un appel aux niveaux inférieurs du parti afin de les exhorter à faire pression sur le Comité central. Il y résumait tout ce qu'il avait mis en avant précédemment :
"L'histoire ne pardonnera pas l'ajournement aux révolutionnaires qui peuvent vaincre aujourd'hui (et qui vaincront aujourd'hui à coup sûr) ; ils risqueraient de perdre beaucoup demain, ils risqueraient de tout perdre.
En prenant le pouvoir aujourd'hui, nous le faisons non pas contre les Soviets, mais pour eux.
La prise du pouvoir est la tâche de l'insurrection ; son but politique apparaîtra clairement après.
Ce serait notre perte, ce serait du formalisme d'attendre le vote indécis du 25 octobre ; le peuple a le droit et le devoir de trancher de telles questions non pas par des votes, mais par la force (...) dans les moments critiques de la révolution (...). Le gouvernement hésite. Il faut l'achever à tout prix ! Attendre pour agir, c'est la mort." (Lénine, Lettre aux membres du Comité central, 24 octobre 1917).
En fait, les deux positions contiennent d'important éléments de vérité. Pour Trotsky, une nouvelle affaire Kornilov n'avait plus aucune chance de se produire..
Il estimait que les choses allaient suffisamment vite pour aller jusqu'au dénouement final (et Trotsky était parmi les plus capables de faire que ce processus s'accélère). De plus, Trotsky était au courant de quelque chose que Lénine ignorait encore, à savoir que la composition du Second congrès des Soviets de toute les Russies serait, de manière écrasante, en faveur du renversement du Gouvernement provisoire. Lénine, de son côté, craignait que ce dernier ait encore, en son sein, suffisamment de mencheviks et de S.R pour retarder toute décision sur le pouvoir du soviet jusqu'à la tenue de l'Assemblée constituante qui, selon lui, "ne peut nous être favorable". Il voulait arriver devant les autres "partis socialistes" avec un fait accompli. Et si les mencheviks en venaient à le rejeter, ils s'affirmeraient eux-mêmes comme des bourgeois face à la classe ouvrière. En fait, c'est quasiment ainsi que les choses se sont déroulées.

L'Octobre prolétarien

La Révolution d'Octobre a été considérée comme la révolution la plus planifiée de tous les temps. C'est un prolétariat combatif, armé pour la bataille et fort de son propre instrument politique, le parti bolchévique, qui prit le pouvoir grâce à la plus ordonnée des actions de masse de l'histoire. Mais, cela ne doit pas nous faire perdre de vue certains faits qui caractérisent clairement le rapport entre le parti et la classe. Le Comité central bolchévique n'a jamais, à aucun moment, décidé de la date de l'insurrection. Il a simplement été porté par la marche des événements et ce fut le Comité militaire révolutionnaire du Soviet de Saint-Petersbourg, contrôlé par les bolcheviks, qui dirigea l'attaque finale. Là aussi, la véritable direction politique du parti bolchévique se situait non dans les salles de réunion des comités mais dans les rues.

Quand Kerenski envoya les cadets fermer les ponts sur la Neva (coupant ainsi le centre de Saint-Petersbourg des quartiers ouvriers du côté de Vyborg) comme il l'avait fait en juillet :
"... ils furent accueillis par une foule furieuse de citoyens, beaucoup portant des armes. Forcés d'abandonner leurs armes, les cadets humiliés furent ramenés à leur école ; pour ce qu'on en sait, cette action se déroula sans aucune directive spécifique du Comité militaire révolutionnaire. De même, dès que le combat pour les ponts débuta, Ilyin-Zhenevsky, agissant de lui-même, poussa les soldats de la garnison à prendre le contrôle des petits ponts de Grenadesky et de Samsonesky..." (Rabinowitch p.261)
En bref, on peut dire que malgré toute la planification et tous les débats, la révolution ne fut pas l'oeuvre d'une minorité menant simplement une majorité passive. Les bolcheviks en tant que centre de commandement militaire n'étaient pas aussi bien préparés que ce que l'histoire stalinienne a prétendu. Leur vrai succès, en tant que dirigeant de la classe ouvrière, fut d'entraîner le mouvement de masse vers des objectifs clairs qu'il pouvait suivre. Ainsi, les ouvriers, agissant avec la pleine conscience de l'importance de la situation, coupèrent le pont Liteiny, alors qu'un bolchevik (Ilyin-Zhenevsky), tout seul, n'a pas attendu les instructions venant du "centre" et a pu agir de sa propre initiative en adéquation avec les besoins de la situation. Comme nous l'avons montré tout au long de ce texte, la prédisposition des bolcheviks pour la tâche révolutionnaire n'était pas le fruit d'une supposée infaillibilité au niveau de la stratégie et des tactiques mais dans le fait qu'il était un parti véritablement enraciné dans l'avant-garde consciente de la classe ouvrière – et un parti capable d'apprendre de ses erreurs. Dans ce sens, il était l'organisateur du prolétariat dans la Révolution d'Octobre.
Sans la direction qu'il a exercé au niveau de l'avant-garde de la classe, la Révolution d'Octobre serait devenue une nouvelle défaite héroïque à rajouter dans la liste historique du prolétariat, qui est déjà trop longue.

La dernière démonstration du leadership des bolcheviks vis-à-vis des masses fut fournie par la répartition des délégués au Second congrès des Soviets de toute les Russies, qui donna 300 délégués pour les bolcheviks et 193 pour les Socialiste-Révolutionnaires (dont la moitié était formée par des SR de gauche qui étaient d'accord sur le renversement du Gouvernement provisoire) alors qu'il y avait 68 mencheviks et 14 mencheviks internationalistes autour de Martov. Les autres étaient, pour l'essentiel, des sans-parti mais, ainsi que les votes le montrèrent rapidement, la plupart soutenaient les bolcheviks. Les bolcheviks appuyèrent une motion proposée par Martov pour l'établissement d'un gouvernement de coalition de tous les partis socialistes. Mais, celle-ci fut sabotée par les mencheviks et les SR qui menacèrent de quitter le congrès. Ils espéraient ainsi mobiliser le prolétariat contre les bolcheviks ; mais, en fait, comme le prolétariat était derrière les bolcheviks, ils ne purent qu'échouer, selon Trotsky, dans "les poubelles de l'histoire". Le menchevik internationaliste Soukhanov le reconnaîtra quant il écrira par la suite :
"En quittant le Congrès, nous avons, nous-mêmes, laissé aux bolcheviks le monopole sur le Soviet, sur les masses et sur la révolution."
Malgré plusieurs tentatives faites, par la suite, par les menchéviks internationalistes de Martov afin d'essayer de former une coalition incluant les partis qui rejetaient le pouvoir des soviets, le Congrès décida de l'insurrection. Au même moment quasiment, le Palais d'hiver tombait entre les mains de la classe ouvrière et les membres du Gouvernement provisoire étaient arrêtés - ce sont les seules arrestations qui ont été faites par la classe ouvrière. Kerensky s'était, auparavant, échappé pour essayer de rejoindre les régiments situés sur le front. Cette mésaventure devait être une nouvelle manifestation de l'écrasante victoire des bolcheviks, car ses efforts aboutirent quasiment à sa propre arrestation. Déguisé en femme, il s'échappa de Russie ; et, durant le demi-siècle suivant, à l'école de droit d'Harvard, il écrivit des mémoires mensongères.
Pendant ce temps, Lénine sortit de sa cachette et salua le Congrès des Soviets en mettant en avant le mot d'ordre : "nous devons maintenant construire l'ordre socialiste". La véritable histoire de la révolution de la classe ouvrière russe avait commencé...

Note 1 : Nous ne pouvons développer sur cette question ici. Mentionnons juste que l'expérience du parti bolchévique et surtout de Lénine – on pourrait citer aussi dans une certaine mesure Trotsky - depuis les débuts même de la sociale-démocratie russe, est marquée par leur capacité à juger chaque situation et à déterminer l'intervention communiste en fonction de ce principe, en fonction du rapport à l'Etat bourgeois, c'est-à-dire du nécessaire et inévitable affrontement politique de classe avec celui-ci, et cela à tout moment, à toutes les étapes, de la lutte des classes.
Note 2 :La dimension concrète et réelle de l'internationalisme du parti bolchévique est d'autant plus à souligner ici qu'elle est remise en cause par des nouveaux "innovateurs" qui la mettent en doute comme nous le soulignons dans l'introduction du texte La Russie que nous aimons et défendons d'Onorato Damen écrit en 1943 que nous reproduisons dans ce numéro.