dimanche 10 février 2013
Notre réponse au rapport d'activités de la FGCI d'octobre 2012
Nous
répondons ci-dessous au rapport d'activités de la fraction de la Gauche communiste internationale d’Octobre 2012. Un élément de la conclusion du
rapport nous enthousiasme « … nous proposons à ceux qui nous sont les
plus proches, notamment les CIK, d'engager un processus de constitution d'une
nouvelle organisation après, bien sûr, des discussions approfondies et un
accord sur une plateforme de positions et des orientations communes. ».
Les
CIK trouvent logique voire
indispensable de commencer avec la FGCI un processus de discussion qui pourrait
éventuellement mener à une fusion entre les deux groupes.
Un des aspects de la conclusion de la réponse de
la TCI au rapport d'activités de la
fraction de la Gauche communiste ne peut aussi que nous enthousiasmer et
favoriser le regroupement des forces communistes internationalistes vers un des
pôles de regroupement.
« En
attendant, ce serait un grand pas en avant si vous pouviez participer à la
formation d'une organisation internationaliste basée sur des communistes
français qui pourrait agir comme un véritable noyau orienté, non seulement vers
le débat avec les internationalistes du monde, mais aussi vers la classe
ouvrière avec laquelle vous êtes directement en contact. »
Nous
convions les lecteurs et lectrices à lire le récent bulletin #10 de la FGCI
dont les articles suivants :
- Prise de position des CI-K sur le rapport
d'activités de la FGCI ci-dessous.
Janvier 2013
Très chers camarades,
Pour commencer, veuillez nous excuser pour le retard
concernant cette réponse à votre rapport d’activité. En effet, comme nous vous
l’avions déjà communiqué, au cours des dernières semaines, nous avons eu
beaucoup de difficultés à nous réunir à quatre et, par la suite, j’ai (Alex)
personnellement pris du retard à vous répondre. N’y voyez surtout pas un manque
d’enthousiasme de notre part. Au contraire, nous avons pris connaissance, avec
un grand intérêt, de votre document d’Octobre 2012 concernant le bilan de la
FICCI et de la FGCI des dix dernières années. À travers cette réponse de notre
part, vous nous verrez souvent revenir sur certains points : sur certains
constats, et prises de position. C’est que, comme vous, nous percevons
l’urgence de la situation politique mondiale, à la fois en ce qui a trait aux
attaques de la bourgeoisie qu’en ce qui concerne la réponse du prolétariat à
ses attaques, et l’opportunité d’y faire face en s’organisant différemment.
Aussi, commençons en vous exprimant que nous partageons
entièrement le préambule sur la nature et la nécessité du rapport d’activités
organisationnel. Comme vous, nous affirmons qu’une organisation d’allégeance
marxiste possède une histoire programmatique à laquelle elle doit se référer si
elle se veut réellement dialectique. Ceci implique effectivement un réexamen et
un retour critique sur les activités politiques de l’organisation afin de
dégager les positions programmatiques prolétariennes des éléments qui lui sont
étrangers ; car, bien sûr, aucune organisation révolutionnaire n’est à l’abri
d’une pénétration de l’idéologie bourgeoise en son sein. Nous l’avons
d’ailleurs, à un degré plus ou moins important, expérimenté au cours de l’année
2011, lorsque fut produit le document « Contribution à un état des lieux de la
GCI », un combat qui fut néanmoins, à plusieurs égards, salutaire !
En effet, à un certain moment, nous avons même caressé
l’idée de se fractionner. Dans les faits, nous avons évité une situation bien
pire car la fraction aurait probablement entraîné l’éclatement de notre groupe
vu le peu d’expérience politique que nous avons concernant cette question. Nous
pouvons cependant dire avec fierté que nous avons su éviter tout ceci en
restant unis malgré les divergences presque acerbes qui sont survenues, en
maintenant fortement le cap sur le débat, la critique… Pour finalement
entreprendre le repositionnement interne des CI-K. C’est donc une expérience
qui nous est chère et dont nous nous revendiquons entièrement malgré ce détour
effectué vers le marais de la Gauche Communiste (Controverses, IPPI, IOD).
Notre « Retour Critique », bien qu’il ait relativement soulevé moins de
discussions, nous a permis de remettre les pendules à l’heure et d’appréhender
plus clairement ce que représentent actuellement le véritable camp prolétarien
et notre rôle dans celui-ci.
Nous faisons donc nôtre cette formulation de votre part :
« Toute organisation communiste est responsable de son
histoire et doit l'assumer devant le prolétariat. »
Et ensuite :
« Même pour un tout petit groupe comme le nôtre, la
nécessité de tirer des bilans et de tracer des orientations d'activités à
partir de ces bilans s'impose ; aussi disproportionné ce travail et cet effort
puissent apparaître à première vue par rapport à nos forces. »
C’est sur quoi nous avons travaillé avec acharnement au
cours de l’année 2011, tout en réussissant à maintenir une activité
d’intervention au sein de certaines luttes, et ce malgré les divergences et
tiraillements d’ordre politique à l’intérieur du groupe causé par le document «
Contribution ». Nous y reviendrons souvent mais nous
pensons, jusqu’à un certain point, que le travail accompli peut s’avérer un
exemple pour les autres groupes qui composent à la fois le marais de la Gauche
Communiste, et la Gauche Communiste historique ; en ce sens où, actuellement,
parmi les groupes de la GC, les désaccords semblent davantage poindre en
direction des ruptures et scissions plutôt que vers l’émergence de discussions
internes et de tentatives de clarification devant l’ensemble du prolétariat.
C’est donc avec sérieux que nous considérons l’avenir des CI-K et que nous
continuons à intervenir avec assiduité au sein des luttes et mouvements qui
apparaissent ici et là. Par exemple, dimanche passé, le camarade RJ a donné une
conférence sur la crise économique actuelle devant une vingtaine de personnes
et a reçu un bon accueil, malgré le décès récent (dans la même semaine) de sa
mère. Bref, nous pensons composer solidement avec nos maigres forces.
Sur l’héritage de la FICCI, de la FGCI, et la défense
du CCI.
Nous continuons de considérer l’apport programmatique du
CCI comme possiblement le travail le plus important jamais produit par une
organisation appartenant à la Gauche Communiste, avec bien sûr celui de la
fraction italienne autour de Bilan. Nous constatons malgré cet apport (lequel devrait être
un véritable char d’assaut contre la dérive opportuniste) une confusion
grandissante face aux interventions du CCI au sein du prolétariat. C’est dire à
quel point une organisation quelle qu’elle soit n’est jamais à l’abri d’une
vague opportuniste, d’une trahison, et de la contre-révolution. Pour nous qui
nous sentons plus près de la plateforme du CCI, nous constatons avec regret les
divers traumatismes qu’a expérimenté l’organisation au cours des dernières
années en commençant par le départ de la FECCI, par la suite l’affaire JJ, et
ensuite par les activités du CCI dirigés contre la FICCI.
À cet égard, nous pensons que le travail politique mené
par la FICCI a porté fruit devant l’Histoire, sans toutefois malheureusement
empêcher le CCI de continuer son chemin vers l’opportunisme ambiant qui accable
les organisations appartenant à la Gauche Communiste (Note). Pour l’Histoire du
mouvement révolutionnaire, pour le redressement du CCI également, il aurait été
légitime que les activités de la FICCI se poursuivent sans relâche afin de
maintenir la véritable continuité du CCI en parallèle. Malheureusement,
l’éclatement de la fraction en 2010 est considérablement venu affaiblir son
action politique. Malgré l’analyse que vous avez produite et que nous
partageons concernant la dérive du CCI des dix dernières années, rien n’est
encore perdu pour celui-ci. Le travail de la fraction a été mené jusqu’où il
pouvait l’être dans les circonstances, avec acharnement, conviction, et brio.
La constitution de la FGCI – avec son mandat de poursuivre
à la fois le travail de la FICCI tout en s’ouvrant encore davantage aux autres
groupes du Milieu Politique Prolétarien – s’avère une tâche énorme pour les
forces qui la constitue, particulièrement avec la situation de Ldo qui ne
semble plus vouloir s’impliquer dans celle-ci.
Vous mentionnez dans le Bulletin no. 13 et dans votre
rapport :
« Depuis que nous avons décidé d'ouvrir nos bulletins
internes à l'ensemble du milieu politique prolétarien, organisations et
contacts, sympathisants de ces dernières, nous
considérons que notre espace de discussion interne ne
se limite plus au seul CCI mais à l'ensemble du milieu politique qui devra être
le facteur actif et déterminant de la construction du futur parti communiste
mondial. Nous estimons que les questions soulevées par la crise du CCI, sa
dérive opportuniste, intéressent et "appartiennent" à l'ensemble des
composantes de ce milieu. Par ailleurs, si nous estimons être encore dans la
phase de "fraction interne", de "redressement", du CCI avec
sa méthode et ses exigences politiques bien précises, nous avons aussi la
responsabilité de suppléer aux responsabilités que le CCI abandonne, tel le
combat pour l'unité et la défense de la Gauche communiste. »
Comme vous nous l’avons souligné en note de bas de page,
nous partageons la même appréhension du milieu politique prolétarien et nous
percevons la Gauche Communiste en tant que totalité appartenant à une critique
historique, avant même qu’elle ne soit un courant divisé en telle ou telle
organisation. Par ailleurs, dans le contexte actuel (exacerbation de la crise,
montée des luttes prolétariennes, menace d’une polarisation des forces ennemies
vers la guerre, faiblesse d’une véritable intervention révolutionnaire au sein
de notre classe pour faire face à tout ceci), nous pensons qu’il est temps pour
vous de clore le chapitre de la fraction et d’entreprendre une nouvelle activité
en vue de renforcer nos rangs ; en vue de concentrer les activités de la FGCI
vers le regroupement des militants révolutionnaires autour d’une organisation
capable de diriger la lutte. Nous constatons avec vous :
« Aujourd'hui, à l'heure de ce bilan, notre fraction ne
compte plus formellement que deux camarades dont l'un est particulièrement
diminué au plan physique. Le travail concret, matériel si l'on peut dire, de
notre groupe ne repose plus que sur un seul camarade.
Cette situation n'est pas simplement due à des réalités
"objectives" personnelles. Certes, la dispersion des 3 camarades de
la fraction, l'un au Mexique, les deux autres séparés en France, certes les
difficultés personnelles respectives dont certaines sont réelles et importantes
- les conditions de vie du camarade au Mexique, la santé d'un des deux
camarades en France -, sont des éléments matériels qui ont rendu de plus en
plus difficile l'engagement politique de l'ensemble. Néanmoins, il ne fait
guère de doute que les événements, pression des campagnes anti-communistes,
absence de résultats immédiats - les contacts en général, le processus avec les
CIK, la lenteur de l'évolution de nos rapports avec la TCI, l'isolement relatif
aussi - ont participé d'entamer notre compréhension de nos orientations et
d'affaiblir surtout nos convictions politiques et militantes. C'est particulièrement clair
pour ce qui concerne notre camarade au Mexique. Ces deux dernières années,
l'engagement du camarade s'est réduit au point où le reste de la fraction ne
pouvait plus compter sur lui pour ses activités régulières qui se voyaient
ainsi particulièrement amoindries : la réalisation du bulletin, les discussions
internes, l'intervention en particulier vis-à-vis des contacts, relativement
nombreux au Mexique... Englué dans des difficultés d'ordre personnel et
quotidienne, notre camarade s'est progressivement désengagé et ne participait
plus que formellement et par intermittence à l'activité de la fraction. Ce mal,
la faiblesse de compréhension et de conviction, est pour l'essentiel, nous le
rappelons, le fruit de l'offensive idéologique de la bourgeoisie. »
Les CIM et les CI-K ont eux-mêmes connu leur moment de
découragement et nous sommes bien placés pour comprendre la situation du
camarade Ldo. Alex a bien failli démissionner au printemps 2010 face au
sentiment d’isolement politique. Luie a lui-même aussi dû prendre un moment de
répit à l’été 2011, et Réal a également offert sa démission lors de nos
discussions autour de la Contribution. Il va sans dire toute la pression que
subissent les organisations du prolétariat depuis le début des années 1990.
L’isolement n’aide en effet pas du tout.
Aussi, si on revient à nos moutons, l’abandon du travail
de fraction de la part de la FGCI ne signifie aucunement l’abandon de possibles
interventions – de possibles adresses – en direction des militants du CCI. En
effet, pour les CI-K, depuis notre retour critique sur la Contribution, la
Gauche Communiste à tendance partidiste, avant même d’être un agglomérat
d’organisations avec des divergences plus ou moins prononcées, est d’abord et
avant tout un corpus programmatique à défendre et à perpétrer contre toutes
dérives, attaques, et interventions étrangères. Qu’il faille défendre le CCI ou
le PCI ! Car, la Gauche Communiste n’a pas fait faillite et est bien malin
celui qui croit pouvoir prononcer sa fin.
Prenons le CCI, qui menace à tout moment d’abandonner le
terrain de classe : rien n’empêche un prolétaire de reprendre les positions de
l’organisation… Et d’en trancher les positions prolétariennes de sa dérive
opportuniste. Un peu comme les organisations qui naguère ont formé les
fractions de Gauche ont pu reprendre à leur compte les premiers congrès de la
Troisième Internationale.
À cet égard, rappelons que les CI-K ont dû faire un long
cheminement sur plus d’une année afin de comprendre les limites du camp
prolétarien, et de voir plus clairement les enjeux qui découlaient d’une prise
de position conciliatrice envers un groupe tel que Controverses. C’est
d’ailleurs grâce à vous que nous pouvons aujourd’hui dire que nous avons
échappé de peu au marais des organisations de la Gauche Communiste.
Vers un premier regroupement
Camarades, vous nous offrez un rapprochement et nous vous
offrons un regroupement. En effet, de part et d’autre (FGCI et CI-K), la
nécessité de se regrouper en une seule organisation nous semble à la fois un
devoir historique et une chance de pouvoir lancer un appel au sein du camp
prolétarien. Qui plus est, nous sommes déjà « proches » politiquement, passons
en vitesse supérieure, sans pour autant taire nos possibles divergences. Ce
travail de clarification politique entre nous se fait officieusement depuis
2005. Parce que vos responsabilités politiques étaient ailleurs (travail de
fraction), et qu’il n’était pas pertinent pour vous d’ouvrir vos rangs à
d’autres militants, nous n’avons jamais réellement parlé de regroupement que du
bout des lèvres, sans réelle suite. Si vous êtes d’accord, nous croyons qu’il
est temps d’officialiser ce rapport groupusculaire en autre chose qu’un rapport
serré de camaraderies, de signatures conjointes de propagande, ou d’ouverture
mutuelle de nos publications.
Les dernières années ont plongé les organisations
historiques de la Gauche Communiste à travers plusieurs crises : démembrement
du PCI ; crises (avec un « s ») majeures au sein du CCI ; crise du BIPR/TCI à
s’organiser efficacement avec l’apparition de groupes précaires et disparition
de ceux-ci sans plus ou moins de commentaires à ce sujet, groupe avec des interventions
inexistantes ou médiocres (B&P, GIO), scission IOD. Bref, le camp
prolétarien subit plus d’assaut qu’il n’en donne. Sans compter l’apparition de
groupe se revendiquant de la GC qui émettent soudainement un appel et retombent
immédiatement dans le silence (les Australiens, par exemple). Bien sûr, il n’y
a pas eu que des déceptions. La TCI et le CCI sont arrivés à intégrer de
nouvelles cellules ; mais il ne nous semble pas que l’écho ait véritablement
porté fruit. Le CCI continue sa pente descendante et la TCI ne semble pas avoir
une véritable capacité d’intervention internationale.
Il nous semble donc qu’une adresse en direction du camp
prolétarien est de notre responsabilité. Si le CCI se dirige lentement vers le
camp ennemi en semant la confusion à travers ses diverses interventions ; et si
la TCI n’arrive pas à trouver une dynamique pour devenir un pôle de
regroupement – parfois elle semble le vouloir ainsi (ex : RP no.59), parfois
non (ex : sa politique à notre égard) – ; alors pourquoi ne commençons
nous-mêmes pas à nous organiser ensemble pour travailler vers ce regroupement ?
Car en ce qui concerne nos deux groupes, nous nous
entendons déjà sur plusieurs points même si nous avons considérablement à les
approfondir entre nous.
Vous revenez, en effet, dans votre rapport d’activités,
sur des discussions entre le BIPR et la FICCI, des discussions sur la
conscience que nous avions prévu nous-mêmes d’entamer à l’intérieur des CI-K.
Malheureusement, nous n’en avons débattu qu’en surface. C’est une discussion
que nous pourrions d’ailleurs mener avec vous, bien que nous puissions à
l’avance entrevoir une entente à ce sujet : aucun de nous n’est conseilliste ou
bordiguiste. Cependant, ce n’est pas tout de l’affirmer ainsi, il faut en effet
mener plus loin le débat.
Par ailleurs, en ce qui concernant l’héritage de la Gauche
italienne partidiste, nous pouvons vous dire avec plus d’assurance qu’il est la
principale référence des CI-K en ce qui concerne ses prises de positions
programmatiques, et ce même si nous considérons la tendance communisme de
conseils, devenue conseillisme, comme appartenant également à l’histoire de la
Gauche Communiste malgré son abandon d’un des principes marxistes que
représente l’organisation de l’avant-garde révolutionnaire en parti de classe
international.
Pour ce qui est de la conception organisationnelle de type
fédéraliste de la TCI, nous en partageons entièrement la critique car nous en
subissons nous-mêmes les contrecoups face au GIO. Nous considérons la
centralisation du CCI comme étant plus efficace, moins problématiques, et ce
même s’il y a toujours danger de voir un exécutif de manoeuvrier s’emparer des
rênes de l’organisation comme c’est le cas présentement au sein du CCI. Si
certains militants ont pu prendre la direction de la sorte, c’est donc dire à
un certain point que le travail d’autoformation des cadres organisationnels n’a
pas su répondre aux besoins opérationnels d’une telle organisation. En effet,
autant qu’il soit possible de le faire, les cadres d’une organisation marxiste
doivent se développer d’une façon assez uniforme pour, à la fois se relayer les
tâches ; pour rester vigilant par rapport aux interventions de celle-ci (afin
que ses prises de position demeurent fermement sur le terrain de classe) ; et pour
garder un oeil sur les opérations des comites exécutifs. Les errements
programmatiques récents du CCI peuvent ainsi laisser à penser qu’une relève peu
aguerrie aux positions originelles de l’organisation est présentement à
l’oeuvre et peu encadrée par les militants avec plus d’expérience. Cependant,
nous ignorons le fonctionnement d’autoformation interne du CCI et nous ne
pouvons nous prononcer d’avantage à cet effet.
Poursuivons :
Comme vous, nous nous revendiquons des analyses
fondamentales du CCI – avant sa période de liquidation – et du marxisme quant à
l'alternative "guerre impérialiste ou révolution prolétarienne" et
nous défendons la notion de cours historique telle que le CCI l’a définie et
précisée dans les années 1970-1980. Nous partageons ainsi avec vous ce constat
que le cours historique est aux affrontements de classe et qu’il y a un manque
à gagner quant à l’organisation du prolétariat face à la fois aux affrontements
en cours mais également et surtout face aux affrontements à venir (menace d’une
guerre globale).
Aussi, il nous semble plus que pertinent de reprendre à
notre compte cette affirmation de votre part et d’en profiter pour souligner le
bien-fondé d’une fusion entre nos deux groupes :
« Pour toute organisation communiste, l'intervention en
direction de la classe– publications, tracts, communiqués, etc... – dans la
situation historique, dans les luttes ouvrières évidemment mais pas uniquement,
est une dimension centrale de son activité quelle que soit sa taille et son
influence immédiate. Elle doit être une préoccupation permanente que seules les
conditions concrètes de sa réalisation – état réel des forces militantes,
rapport de forces entre les classes, degré de répression de la classe ennemie
et de son appareil d'État déterminé précisément par ce rapport de forces –
peuvent limiter l'ampleur et l'intensité.
En lien et en cohérence avec notre vision de la
construction du parti, en particulier en concordance avec la compréhension que
tout groupe communiste doit se constituer comme une organisation internationale
et centralisée,
comme un embryon de parti communiste, l'intervention doit être internationale
et historique ce qui n'exclut pas, et même au contraire, favorise sa
déclinaison indispensable aux plans immédiats et locaux en fonction des
circonstances. Croire que l'intervention décidée, et donc que l'effort et même
le combat politique pour sa réalisation ne sont que pour le parti de demain du
fait de la faiblesse à la fois des luttes ouvrières et des forces militantes,
de leur influence dans la classe – à quoi bon se mobiliser et fournir autant
d'efforts pour diffuser quelques milliers tracts qui ne changeront rien à la
situation puisque « personne ne nous lit » ? – tourne le dos aux
responsabilités de l'avant-garde politique du prolétariat. À leur tour, ces
réticences, hésitations, doutes – expressions d'une mauvaise compréhension du
rôle de la conscience de classe dans la lutte des classes, en particulier
expressions de concessions politiques aux visions anti-parti et a-politique
propre au courant politique opportuniste que Lénine définissait comme «
l'économisme », que nous qualifions aujourd'hui de « conseillisme » – viennent
renforcer et aggraver le manque initial de conviction militante et l'affaiblir
encore plus. C'est aussi sur ce plan que se manifeste « le danger du
conseillisme » tel que l'avait défini le CCI dans les années 1980 (cf. Revue
internationale 40 : La fonction des organisations révolutionnaires : le danger du conseillisme) et tel qu'il s'exerce au sein même du camp prolétarien et de
ses organisations politiques. Dans ce sens, sur le plan de l'intervention «
extérieure » tout comme sur le plan du fonctionnement « interne » – voir la
première partie sur pourquoi un rapport ? – nous nous revendiquons d'une méthode
de parti, y compris pour un tout petit groupe comme le nôtre. »
Les CI-K considèrent également :
« que la question du regroupement des révolutionnaires
ne peut se poser que dans le cadre théorique et politique de la Gauche
communiste et des partisans du rôle fondamental, indispensable, essentiel,
crucial, du parti communiste comme avant-garde et direction politique du
prolétariat. De ce fait, toute la mouvance "conseilliste" ne peut que
s'opposer au processus vers la formation du parti et se faire objectivement le
relais des thèmes idéologiques et politiques de la bourgeoisie. »
C’est également dire que la seule perspective de
regroupement pour les CI-K, malgré les difficultés présentes d’ordre
conflictuel, se veut actuellement la Tendance Communiste Internationaliste.
Il est également important pour nous de noter qu’en ce qui
nous concerne, ce regroupement ne se veut aucunement opportuniste puisque, si
on fait le bilan du rapport entre nos deux groupes, nous pouvons dire que nous
nous répondons depuis bientôt 8 ans – dans les accords (interventions
conjointes) et les critiques (la Contribution) – ; que nous partageons
essentiellement les mêmes positions programmatiques (héritage italien,
plateforme du CCI originelle) ; et que nous avons déjà su intervenir d’une
seule voix par le passé. De même, malgré les divergences que nous avons pu
avoir avec vous (certaines critiques de nos tracts, brochures, ou de façon plus
importante nos errements politiques quant à la « Contribution »), nous sommes
toujours restés liés, et nous avons continué de défendre l’esprit de la FGCI
(notamment face à Internationalist Voice). Il nous semble donc logique voire
indispensable de commencer avec vous un processus de discussion menant à notre
propre regroupement, en vue d’intervenir plus efficacement à la fois au sein
des luttes prolétariennes qu’en direction du camp prolétarien (CCI, TCI)!
Si vous êtes d’accord, nous pourrions mettre en place un
premier plan de travail et un échéancier à cet égard, ainsi que les modalités
dans lesquelles s’opéreront ces deux termes.
Fraternellement,
Les CI-K
Note : Une parenthèse à ce sujet, nous considérons
qu’il y a toujours un véritable courant révolutionnaire dont la dénomination
est Gauche Communiste, qui se revendique des apports programmatiques successifs
issus des fractions de Gauche de la Troisième Internationale et qui pige ses
racines à la fois dans la Gauche italienne et dans la Gauche
Germano-Hollandaise, contrairement à la Tendance Communiste Internationaliste
qui ne semble maintenant qu’endosser la dénomination « communiste
internationaliste ».
Libellés :
Capitalisme en crise,
Débat dans la Gauche Communiste
vendredi 1 février 2013
Table ronde : « Un bilan de la grève étudiante »
Samedi 9 février 2013, 12h, Bar Le Jockey (1309 St-Zotique Est, Montréal, entre la rue Chambord et la rue de Lanaudière)
Lunch gratuit à 12h et table ronde à 13h. Organisée par l'APAQ Rosemont Petite-Patrie.
Un membre des communistes internationalistes Klasbatalo (CIK) fera partie de la table ronde. Les CIK offriront sur place leur nouvelle brochure "Bilan: Lutte étudiante et assemblée de quartier".
lundi 21 janvier 2013
En Afrique, la France est le gendarme de l'Europe contre les USA et leurs acolytes
La Fraction de la Gauche Communiste Internationale a publié l’article
ci-dessous avec lequel nous sommes en accord.
Les Communistes Internationalistes Klasbatalo
*****************************
Guerre au Mali,
En Afrique, la France est le gendarme de l'Europe contre les USA et leurs
acolytes
L'intervention militaire de la France
au Mali marque une étape importante dans l'évolution des relations entre les
principales puissances impérialistes du monde. Cette guerre exprime
l'aggravation brutale des rivalités impérialistes que la crise économique du capitalisme impose à toutes les bourgeoisies nationales. Incapable de résoudre les contradictions économiques de leur système, chaque capital national, chaque Etat, chaque bourgeoisie, est inévitablement jeté contre tous les autres dans une course effrénée et barbare pour sa propre survie
sur l'arène mondiale. La seule et unique
« réponse » à la crise que le capitalisme puisse apporter est la
perspective de la guerre impérialiste généralisée.
Les ouvriers, prolétaires et autres
exploités, de France, d'Europe et d'ailleurs, auraient tort de se laisser
convaincre, et surtout de se laisser entraîner, par l'argumentaire
« humaniste » et « démocratique » d'une « guerre
contre le terrorisme ». Les terroristes en question, les groupes
islamistes, ont été créés et sont entretenus surtout par les grandes puissances
depuis maintenant plusieurs décennies via les financements et autres appuis de
pays comme l'Arabie Saoudite (qui, on peut en être certain, travaille pour
Washington), l'Algérie, le Qatar et autres. Les « terroristes » et
les barbares, ce sont les uns et les autres ! En matière de terrorisme,
les grandes puissances impérialistes sont comme les pompiers pyromanes qui
crient au feu après l'avoir mis !
En prenant l'initiative d'une
intervention militaire au Mali au nom de « la guerre contre le
terrorisme », l'impérialisme français reprend à son compte, et dans une
autre situation, la politique américaine de Bush père et fils en Irak –
initiative d'une guerre « morale » pour défendre leurs sordides
intérêts impérialistes, en obligeant les principaux rivaux à se ranger derrière
eux et à les soutenir. Fondamentalement, la France vise à profiter de
l'affaiblissement actuel de la bourgeoisie américaine – au plan impérialiste et
économique – pour regagner les positions qu'elle était en train de perdre en
Afrique au profit justement des USA et d'autres puissances comme la Chine –
cette dernière étant incapable d'intervenir militairement dans cette région.
Outre les intérêts économiques directs – mainmise sur des ressources et
richesses de cette région -, la bourgeoisie française vise aussi à poursuivre
sa contre-offensive initiée par la guerre en Libye et à s'assurer ainsi d'un
alignement généralisé des pays africains du pourtour méditerranéen à sa
politique impérialiste. D'ores et déjà, elle semble atteindre certains de ses
objectifs.
L'intervention au Mali est en train de
contraindre l'Algérie à abandonner sa politique impérialiste autonome dans la
région – elle "tolérait" jusqu'alors, pour ne pas dire qu'elle
utilisait pour son propre compte, certains groupes islamistes – et à se ranger
au côté de l'intervention française. L'autorisation de survol de son territoire
par l'aviation française a marqué son lâchage des groupes islamistes. La
réaction de ces derniers a été brutales et sanglantes – la prise d'otage à In
Amenas – et a accéléré encore plus l'alignement de la bourgeoisie algérienne
sur la politique française.
Les bourgeoisies américaines, anglaises
et japonaises ne s'y sont pas trompées et la reprise sanglante par l'armée
algérienne du site gazier leur a fourni l'occasion – une petite occasion – de
manifester leur opposition à l'intervention française.
Mais la bourgeoisie française ne vise
pas seulement à regagner le terrain perdu en Afrique subsaharienne et à
consolider l'alignement des pays méditerranéens de l'Afrique du Nord autour de
sa politique impérialiste... En défendant ses intérêts, elle défend aussi les
intérêts des bourgeoisies de l'Europe « continentale » dont l'axe
central est l'Allemagne. Cette dernière avec l'Italie, l'Espagne, la Belgique –
pour n'en citer que les principaux pays – appuient politiquement et
militairement l'intervention militaire française. Certes, il est vrai que la
bourgeoisie française essaie aussi de renforcer son poids politique au sein de
l'Union Européenne. Il est tout aussi vrai qu'elle essaie de rééquilibrer un
peu en sa faveur la relation franco-allemande en utilisant son atout militaire
unique en Europe et en poussant à une « défense européenne » dans
laquelle elle ne pourrait avoir qu'un rôle primordial. Il n'en reste pas moins
que le fait politique majeur est que les autres bourgeoisies européennes
s'associent complètement à la bourgeoisie française dans l'affirmation
impérialiste d'une Europe continentale contre ses rivaux – au premier chef les
USA.
Tout comme le refus de ces pays de
participer à la 2e guerre américaine en Irak en 2003, l'affirmation
des intérêts impérialistes européens portés par la France sur le continent
africain et dans le bassin méditerranéen, tout comme les discussions autour
d'une défense européenne, marque un moment supplémentaire de la dynamique à la
polarisation impérialiste autour de deux axes : l'un américain, l'autre
germano-européen.
Pour les prolétaires, pour les
ouvriers, il n'y a rien de bon dans cette dynamique d'affrontements
impérialistes croissants : outre les guerres et les massacres, outre
l'utilisation de la terreur et du terrorisme – les médias et spécialistes
bourgeois n'ont de cesse de clamer qu'il va y avoir encore plus d'attentats et
de prise d'otage, y compris au cœur même des principaux pays capitalistes –, la
militarisation croissante et le développement de la production d'armement – la
mise en place d'une « défense européenne » par exemple – viendront
encore plus s'ajouter au fardeau de la crise du capitalisme que la classe
ouvrière doit payer au prix d'une exploitation accrue et épuisante, du chômage
et de la misère, de la répression et de la terreur d'Etat. Pour les
prolétaires, rien de bon sinon la perspective de la guerre généralisée, de la
barbarie tout azimut, et des sacrifices en tout genre jusqu'à l'ultime, celui
de leur vie.
Qui est barbare et terroriste ? Le
capitalisme. Aux prolétaires de s'y opposer en refusant les sacrifices de tout
ordre afin d'en finir avec lui et d'établir leur propre pouvoir. Seule la
révolution prolétarienne, la destruction de l'Etat capitaliste et l'exercice du
pouvoir politique de la classe ouvrière, bref la guerre de classe contre la
bourgeoisie terroriste et barbare, ouvrira la voie à une autre société sans
misère et sans guerre : le communisme !
La FGCI, le 20 janvier 2013.
samedi 12 janvier 2013
Origines et conséquences de la crise actuelle : des solutions
Atelier et discussion organisés par l’APAQ Rosemont
Petite-Patrie Patrie.
Le dimanche 20 janvier 2013 à 14h, à la librairie Raffin,
6330 rue St-Hubert, Montréal.
La présentation sera faite par un membre des communistes
internationalistes Klasbatalo qui est aussi participant à l'APAQ Rosemont Petite-Patrie
dimanche 16 décembre 2012
L’organisation du prolétariat en dehors des périodes de luttes ouvertes (groupes, noyaux, cercles. etc.)
Nous avons trouvé ce texte du vieux* Courant Communiste
International (CCI) qui, partant d’un point de vue anticapitaliste et cela va
de soi internationaliste, tente de répondre à la question de Que
faire en dehors des luttes ouvertes? Le texte mentionne les comités, cercles, groupes, noyaux,
etc. Nous pourrions aussi mettre
Assemblée populaire Autonome de Quartier ou ville.
L’expérience, les acquis et erreurs de prolétaires en
Europe ne peuvent qu’aider les prolétaires du monde entier. Pour l’histoire, il
y a eu des conseils ouvriers en Allemagne, en Autriche, en Hongrie et en
Russie. Au Canada, il y a eu une forme de conseil à Winnipeg en 1919 et une
amorce de conseil à Sept-Îles en 1972 lors de la lutte du Front Commun. Ces
conseils ouvriers représentaient un niveau de conscience politique beaucoup plus
élevé que les Assemblées populaires Autonomes actuelles il va s’en dire. Les
conseils ouvriers étant de futurs organes de la dictature du prolétariat. À
terme la mise sur pied de conseils au niveau mondial aboutira à un échec s’il
n’y a pas un parti international et internationaliste. Le
rôle de ce parti ne sera pas de prendre le pouvoir au nom de la classe ouvrière
mais de participer à l’unification et à l’extension de ses luttes ainsi qu’à
leurs contrôles par les ouvriers eux-mêmes, et à la diffusion du programme
communiste afin de conscientiser le prolétariat en classe pour soi. Seule la
classe ouvrière dans sa totalité, à travers ses propres organes autonomes, par
exemple les conseils ouvriers, peut instituer le socialisme. Cette tâche ne
peut être déléguée, même pas au Parti de classe le plus conscient. Position 10 de bases des Communistes Internationalistes
Klasbatalo.
*Nous écrivons vieux CCI parce que depuis le début des années 2000,
cette organisation a rejeté dans les faits le regroupement des forces
révolutionnaires internationalistes anticapitalistes en s’accoquinant avec des
groupes anarchistes.
Les CIK
Les CIK
***************************
L’organisation du prolétariat en dehors des périodes de
luttes ouvertes (groupes, noyaux, cercles. etc.)
Les caractères gras ci-dessous sont de Klasbatalo.
Ce texte a été proposé pour
le Congrès d'Internationalisme (janvier 1980).
Réédité dans la Revue Internationale
le 28 Juillet, 2006
"Que faire en dehors des
luttes ouvertes? Comment s'organiser lorsque la grève est terminée? Comment
préparer la lutte à venir?"
Voilà quelques unes des questions
auxquelles la maturation actuelle de la lutte de classe impose de répondre.
Face à cette question, face
aux problèmes que posent les comités, cercles, groupes, noyaux, etc.,
regroupant de petites minorités d'ouvriers, nous n'avons aucune recette à
fournir. Entre les leçons morales ("organisez vous comme ceci ou
cela", "dissolvez-vous", rejoignez-nous") et les flatteries
démagogiques, nous n'avons pas à choisir. Notre souci est bien plutôt celui-ci
: comprendre ces expressions minoritaires du prolétariat comme une partie d'un
tout. Les insérer dans le mouvement général de la lutte de classes, de cette
manière nous pourrons comprendre à quelles nécessités générales ces organes
répondent. De cette manière nous pourrons également, en ne restant ni dans le
flou politique ni emprisonnés dans des schémas rigides, cerner les aspects
positifs de ces démarches et souligner les dangers qui les guettent.
CARACTERISTIQUES DE LA LUTTE
OUVRIERE DANS LE CAPITALISME DECADENT
Notre première préoccupation
dans l'appréhension de ce problème doit être de rappeler le contexte historique
général dans lequel nous nous trouvons. Nous devons nous remettre en mémoire la
nature de cette période historique (l'ère des révolutions sociales) et les
caractéristiques de la lutte de classe en période décadence. Cette
analyse est fondamentale car elle nous permet de comprendre le type
d'organisation de classe qui peut exister dans une telle période.
Sans entrer dans les détails,
rappelons simplement que le prolétariat au 19ème siècle existe comme un une
force organisée de manière permanente. Le prolétariat s'unifie comme classe au
travers d'une lutte économique et politique pour des réformes.
Le caractère progressif du
système capitaliste permet au prolétariat de faire pression sur la bourgeoisie
pour obtenir des réformes et pour ce faire regrouper de larges masses
d'ouvriers au sein des syndicats et des partis.
Dans la période de sénilité du
capitalisme les caractères et les formes d'organisation de la lutte changent.
Une mobilisation quasi permanente du prolétariat sur des intérêts immédiats et
politiques n'est plus possible ni viable. Les organes unitaires
permanents de la classe ne peuvent plus désormais exister qu'au cours de
la lutte elle-même. La fonction de ces organes ne se limite
plus désormais à simplement "négocier" une amélioration des
conditions de vie du prolétariat (car cette amélioration n'est plus possible à
long terme et parce que la seule issue réaliste est celle de la révolution)
mais à se préparer, à mesure que les luttes de développent, à la
prise du pouvoir.
Ces organes unitaires de la
dictature du prolétariat ce sont les conseils ouvriers. Ces organes
possèdent un certain nombre de caractéristiques que nous devons mettre en
évidence si nous voulons bien cerner tout le processus qui mène à
l'auto-organisation du prolétariat.
Ainsi nous devons mettre en
évidence que les conseils sont une expression directe de la lutte ouvrière. Ils
surgissent de manière spontanée (mais non mécanique) de cette lutte. C'est
pourquoi ils sont intimement liés au développement et à la maturité de cette
lutte, ils puisent en elle leur substance et leur vitalité.
Ils ne constituent donc pas une simple "délégation" des pouvoirs, une
parodie de Parlement, mais bien l'expression organisée de l'ensemble du
prolétariat et de son pouvoir. Leur tâche n'est pas d'organiser une
représentativité proportionnelle des groupes sociaux ou des partis politiques
mais de permettre à la volonté du prolétariat de se réaliser pratiquement.
C'est à travers eux que se prennent toutes les décisions. C'est pour cette
raison que les ouvriers doivent constamment en garder le contrôle (révocabilité
des délégués) par le biais des Assemblées Générales.
Seuls les conseils ouvriers
sont capables de réaliser l'identification vivante entre la lutte immédiate et
le but final des luttes. Par cette liaison entre la lutte pour des intérêts
immédiats et la lutte pour le pouvoir politique, les conseils posent
la base objective et subjective de la révolution. Ils constituent le creuset
par excellence de la conscience de classe. La constitution du prolétariat en
conseils n'est pas une simple question de forme d'organisation mais bien le
produit d'un développement de la lutte elle-même et de la conscience de classe.
Le surgissement des conseils n'est pas le fruit de recettes
organisationnelles, de structures préfabriquées, d'organes intermédiaires.
L'extension et la
centralisation de plus en plus consciente des luttes, au delà des usines et des
frontières, ne peut 'être un fait artificiel et volontariste. Pour se
convaincre de cette idée, il suffit de se rappeler l'expérience des ANU ([1])
et cette tentative artificielle de relier et de centraliser les
"organisations d'usines" dans une période où la lutte refluait.
Les conseils ne peuvent
subsister que tant que subsiste une lutte permanente, ouverte, signifiant la
participation d'un nombre toujours plus important d'ouvriers dans le combat.
Leur surgissement est essentiellement fonction d'un développement de la lutte
elle-même et de la conscience de classe.
TENTER DE COMBLER UN VIDE
Mais nous ne nous trouvons pas
encore dans une période de lutte permanente, dans un contexte révolutionnaire
qui permettrait au prolétariat de s'organiser en conseils ouvriers. La
constitution du prolétariat en conseils est fonction de conditions objectives
(degré de la crise, cours historique) et subjectives (maturité de la lutte et
de la conscience). Elle est le résultat de tout un apprentissage, de toute une
maturation tant organisationnelle que politique.
Nous devons être conscients que cette maturation, cette
fermentation politique ne se déroule pas suivant une ligne bien dessinée et
bien droite. Elle s'exprime bien plutôt à travers un processus bouillonnant et
confus, à travers un mouvement heurté et saccadé. Elle exige en outre une
participation active de minorités révolutionnaires. Incapable d'agir
mécaniquement selon des principes abstraits, selon des plans préconçus, selon
un volontarisme détaché de la réalité, le prolétariat mûrit son unité et sa
conscience au cours d'un apprentissage douloureux. Incapable de regrouper
toutes ses forces à un jour "J", il concentre ses rangs au cours de
la bataille elle-même, son "armée", il la forme dans le conflit
lui-même. Mais au cours de la lutte, il forme dans ses rangs des éléments plus
combatifs, des avant-gardes plus décidées. Celles-ci ne se regroupent pas
forcément au sein d'une organisation de révolutionnaires (car celle-ci dans
certaines périodes est peu connue). L'apparition de ces minorités combatives au
sein du prolétariat, que ce soit avant, après ou pendant les luttes ouvertes,
n'est pas un phénomène incompréhensible ou nouveau. Elle exprime bien ce
caractère irrégulier de la lutte, ce développement inégal et hétérogène de la
conscience de classe. Ainsi depuis la fin des années 60 nous assistons à la
fois à un développement de la lutte dans le sens d'une plus grande
auto-organisation, à un renforcement des minorités révolutionnaires, à
l'apparition de comités, noyaux, cercles, etc. où tente de se regrouper une
avant-garde ouvrière. Le développement d'un pôle politique cohérent, la
tendance du prolétariat à s'organiser en dehors des syndicats, procèdent d'une
même maturation de la lutte.
L'apparition de ces comités
cercles etc, répond donc bien à une nécessité de la lutte elle-même. Si des
éléments combatifs sentent la nécessité de rester groupés après qu'ils aient
lutté ensemble, c'est à la fois dans le but de continuer à "agir
ensemble" (éventuellement préparer une nouvelle grève) et à la fois dans
le but de tirer des leçons de la lutte (à travers une discussion politique). Le
problème qui se pose à ces ouvriers est autant celui de leur regroupement en
vue d'une action future que celui de leur regroupement en vue d'éclaircir
les questions posées par la lutte passée et à venir. Cette attitude est
compréhensible dans la mesure où l'absence de luttes permanentes, la
"faillite" des syndicats et une très grande faiblesse des
organisations révolutionnaires créent un vide tant organisationnel que
politique. La classe ouvrière lorsqu’elle reprend le chemin de son combat
historique a horreur du vide. Elle cherche donc à répondre à un besoin posé par
ce vide organisationnel et politique. Ces comités, noyaux, ces minorités
d'ouvriers qui ne comprennent pas encore clairement leur fonction répondent à
ce besoin. Ils sont à la fois une expression de la faiblesse générale de la
lutte de classe actuelle et l'expression d'une maturation de l'organisation
et de la conscience de classe. Ils cristallisent tout un travail
souterrain qui s'opère au sein du prolétariat.
LE REFLUX DE 1973-77
C'est pour cette raison que
nous devons faire attention à ne pas enfermer ces organes dans des tiroirs
hermétiques, dans des classifications rigides. Nous ne pouvons pas prévoir
l'apparition et le développement de ceux-ci de manière tout à fait précise. De
plus nous devons être attentifs à ne pas séparer artificiellement différents
moments dans la vie de ces comités et ne pas poser a un faux dilemme dans le
style :"l'action ou la discussion."
Ceci dit cela ne doit pas nous
empêcher d'avoir une intervention par rapport à ces organes. Nous devons
également être capables d'apprécier l'évolution de ces organes en fonction de
la période, suivant que nous nous trouvons dans une période de reprise
des luttes ou de reflux. En effet, dans la mesure où ils sont un produit
immédiat et spontané des luttes, qu'ils surgissent plus sur la base de
problèmes conjoncturels (à la différence de l'organisation des révolutionnaires
qui surgit sur la base des nécessités historiques du prolétariat), ces
organes restent très fortement dépendants du milieu ambiant de la lutte de
classe. Ils restent plus fortement prisonniers des faiblesses générales du
mouvement et ont tendance à suivre les hauts et les bas de la lutte.
C'est ainsi que nous devons
opérer une distinction dans le développement de ces comités etc. au moment du
reflux de la lutte entre 1973 et 77, et dans la période actuelle de reprise
internationale des luttes.
Tout en soulignant les dangers
qui restent identiques pour ces deux périodes, nous devons être capables de
cerner les différences d'évolution.
C'est ainsi qu'avec la fin de
la première vague de luttes à la fin des années 60 nous avons pu assister à
l'apparition de toute une série de confusions au sein de la classe ouvrière.
Ces confusions nous pouvons les mesurer surtout en fonction de l'attitude des
quelques éléments combatifs de la classe qui tentent de rester groupés.
Nous voyons ainsi se
développer :
- L'illusion du syndicalisme
de combat et la méfiance de tout ce qui-est politique (OHK, AAH,
Komiteewerking ([2]).
Dans la plupart des cas, les comités issus des luttes se transforment carrément
en para-syndicats. C'est le cas des Commissions Ouvrières en Espagne et des
"Conseils d'Usines" en Italie. Plus souvent encore, ils disparaissent
carrément.
- Un très fort corporatisme
(ce qui constitue la base même du syndicalisme "de combat").
- Lorsque des tentatives sont
faites pour dépasser le cadre de l'usine, une confusion et un éclectisme
politique très grand.
- Une très grande confusion
politique ce qui rend ces organes très fragiles aux menées des gauchistes et
les font tomber aussi dans des illusions du style de celles entretenues par le
PIC (voir le "bluff" des groupes ouvriers. ([3])
C'est également au cours de
cette période que se développe l'idéologie de "l'autonomie ouvrière"
avec tout ce qu'elle comporte comme apologie de l'immédiatise, de l'usinisme et
de l'économisme.
Toutes ces faiblesses sont
essentiellement fonction des faiblesses de la première vague de luttes de la
fin des années 60. C'est ainsi que ces mouvements se caractérisent par une
disproportion entre la force et l'extension des grèves et une faiblesse dans le
contenu des revendications. Ce qui marque surtout cette disproportion c'est une
absence de perspectives politiques claires dans le mouvement. Le repli ouvrier
de 73-77 est le produit de cette faiblesse utilisée par la bourgeoisie pour
opérer un travail de démobilisation et d'encadrement idéologique des luttes.
Chacun des points faibles de la première vague de grèves est
"récupéré" par la bourgeoisie à son profit :
"Ainsi l'idée d'une
organisation permanente de la classe à la fois politique et économique s'est
transformée ensuite en celle des "nouveaux syndicats" pour finalement
en revenir aux syndicats classiques. La vision de l'A.G. comme une forme
indépendante du contenu a abouti - via les légendes sur la démocratie directe
et le pouvoir populaire- au rétablissement de la confiance dans la démocratie
bourgeoise classique. Les idées d'autogestion et de contrôle ouvrier de la
production, confusions explicables dans un premier temps, furent théorisées par
le mythe de "l'autogestion généralisée", les "Îlots du
communisme" ou la "nationalisation sous contrôle ouvrier".
Tout ceci a préparé les ouvriers à faire confiance au plan de restructuration
"qui évite les licenciements" ou aux pactes de solidarité nationale
pour "sortir de la crise".
(Rapport sur la lutte de
classe présenté au 3ème Congrès international du CCI)
LA REPRISE DES LUTTES DEPUIS
1977
Avec la reprise des luttes
depuis 1977, nous voyons se dessiner d'autres tendances. Le prolétariat a mûri
par la "défaite", il a tiré même très confusément les leçons de ce
reflux et même si les dangers restent toujours présents de "syndicalisme
de combat", de corporatisme, etc, ils s'inscrivent dans une évolution
générale différente.
C'est ainsi que depuis 77 nous
voyons se développer timidement :
Une volonté plus ou moins
marquée de développer une discussion politique de la part d'une
avant-garde combative des ouvriers (rappelons l'AG des coordinamenti à Turin,
le débat mené à Anvers avec des ouvriers de Rotterdam, d'Anvers, etc., la
conférence des dockers à Barcelone,...([4]).
La volonté d'élargir le champ
de la lutte, de dépasser le ghetto de l'usinisme, de donner un cadre politique
plus global à la lutte. Cette volonté s'exprime par l'apparition de
"coordinamenti" et plus spécifiquement dans le manifeste politique
d'un des coordinamenti du nord de l'Italie. Ce manifeste réclame une
unification de l'avant-garde combative des usines, la nécessité d'une lutte
politique indépendante des ouvriers et insiste sur la nécessité de dépasser le
cadre de l'usine pour lutter; [Nous dirions dépasser le cadre du quartier, ajout par
Klasbatalo]
Le souci d'établir une liaison
entre l'aspect immédiat de la lutte et le but final. Ce souci s'exprime
particulièrement dans des groupes de travailleur: en Italie (FIAT) et en
Espagne FEYCU, FORD). Les premiers sont intervenus par voie de tract pour
dénoncer les menaces de licenciements faits au nom de
"l'anti-terrorisme", les seconds pour dénoncer l'illusion du
parlementarisme;
-Le souci de mieux préparer et
organiser les luttes à venir (cf.. action des "porte-parole" de Rotterdam
appelant à la formation d'AG).
Bien entendu, répétons le, les
dangers de corporatisme, de syndicalisme de combat, d'enfermement de la lutte
sur un terrain strictement économique subsistent même au cours de cette
période.
Mais ce dont nous devons tenir
compte c'est l'influence importante de la période sur l'évolution de comités,
noyaux, etc. surgissant avant ou après les luttes ouvertes. Lorsque la période
est à la combativité et à la remontée des luttes, l'intervention de telles
minorités ouvrières prend un autre sens et notre attitude également. C'est
ainsi que dans une période de recul généralisé des luttes, nous insisterons
plus sur les dangers pour de tels organes de se transformer en para-syndicats, de
tomber dans les bras des gauchistes et des illusions du
terrorisme, etc. Dans une période de remontée, nous insisterons plus sur les
dangers du volontarisme et de l'activisme (cf. les illusions exprimées à cet
égard dans le manifeste du coordinamento de Sesto Seovanni), sur les illusions
que pourraient avoir ces ouvriers combatifs de former les embryons des comités
de grève futurs, etc. Dans une période de reprise des luttes, nous serons
également plus ouverts face à l'apparition de minorités combatives se
regroupant en vue d'appeler à la lutte et à la formation de comités de grève,
d' d'A.G., etc.
LES POSSIBILITES DE CES
ORGANES
Ce souci de replacer ces
comités, noyaux, etc. dans le bain de la lutte de classe, de les comprendre en
fonction de la période dans laquelle ils se meuvent, n'implique pas pourtant
que nous changions nos analyses du tout au tout, suivant ces différentes étapes
de la lutte de classe.
Quel que soit le moment où naissent ces comités ou noyaux,
nous savons qu'ils ne constituent qu'UNE ETAPE D'UN-PROCESSUS DYNAMIQUE
GENERAL, un moment dans la maturation de l'organisation et de la conscience de
classe. Ils ne peuvent avoir un rôle positif que s'ils se donnent un cadre
large et souple pour ne pas figer ce processus. C'est pourquoi ils doivent être
vigilants et ne pas tomber dans les pièges suivants :
-
s'imaginer constituer la structure qui prépare le surgissement des comités de
grève ou des conseils.
-
s'imaginer être investis d'une sorte de "potentialité" en vue de
développer la lutte future (ce ne sont pas des minorités qui créent
artificiellement une grève ou font surgir une A.G. ou un comité même si elles
ont une intervention active dans ce processus).
-
se doter d'une plate-forme ou de statuts ou de tout élément risquant de figer
leur évolution et les condamnant à la confusion politique.
-
se présenter comme des organes intermédiaires entre la classe et une
organisation politique, comme une organisation à la fois unitaire et politique.
C'est pourquoi, quelle que
soit la période dans laquelle nous nous trouvons, notre attitude envers ces
organes minoritaires, si elle reste, ouverte, vise cependant à influencer
l'évolution de la réflexion politique en leur sein. Nous devons essayer de
faire en sorte que ces comités, noyaux, ne se figent ni dans un sens (une
structure qui s'imagine préfigurer les conseils), ni dans l'autre (fixation
politique). Ce qui doit nous guider avant tout, ce ne sont pas les intérêts et
les préoccupations conjoncturelles de ces organes (car nous ne pouvons pas leur
suggérer une recette organisationnelle et une réponse toute faite), mais les
intérêts généraux de l'ensemble de la classe. Notre souci est de toujours
homogénéiser et développer la conscience de classe de telle sorte que le
développement de la lutte se fasse avec une participation toujours plus massive
des ouvriers à celle-ci et une prise en main de la lutte par les ouvriers
eux-mêmes et non par une minorité, quelle qu'elle soit. C'est pour cette raison
que nous insistons tant sur la dynamique du mouvement et que nous mettons les
éléments combatifs du prolétariat en garde contre les tentatives de
substitutionnisme ou contre tout ce qui risque de bloquer le développement
ultérieur de la lutte et de la conscience. En orientant
l'évolution de ces organes dans une direction (réflexion et discussions
politiques), plutôt que dans une autre, nous répondons à ce souci de favoriser
la dynamique du mouvement. Bien entendu, cela ne signifie pas
que nous condamnions toute forme d'Intervention" ou d'action"
ponctuelle de la part de ces organes. Il est évident que dès l'instant où un
groupe d'ouvriers combatifs comprend que sa tâche n'est
pas d'agir en vue de se constituer en para-syndicats mais plutôt en vue de
tirer des leçons politiques des luttes passées, cela n'implique pas le fait que
cette réflexion politique se fasse dans le vide éthéré, dans l'abstrait et sans
aucune conséquence pratique. La clarification politique menée par ces ouvriers
combatifs va également les pousser à agir ensemble à l'intérieur de leur usine
(et dans des cas plus positifs même au delà de l'usine). Ils vont sentir la
nécessité de donner une expression politique matérielle à leur réflexion
politique (tracts, journaux, etc.), ils vont sentir la nécessité de prendre
position par rapport à des faits concrets qui touchent la classe ouvrière. En
vue de diffuser cette prise de position et de la défendre, ils vont donc avoir
une intervention concrète. Dans certaines circonstances ils vont proposer des
moyens d'action concrets (formation d'A.G., de comités de grève,...) en vue de
riposter ou de lutter. Au cours de la lutte elle-même, ils ressentent la
nécessité de se concerter pour développer une certaine orientation de la lutte,
pour appuyer des revendications permettant d'élargir la lutte, pour insister
sur l'élargissement de celle-ci, etc.
Mais, par rapport à cela, même
si nous restons attentifs à ne pas plaquer des schémas rigides, il est clair
que nous continuons à insister sur le fait que ce qui compte avant tout, c'est
la participation active de tous les ouvriers à la lutte, et qu'en aucun cas ces
éléments combatifs ne doivent se substituer à cette participation et mener
l'organisation et la coordination de la grève à la place de leurs camarades. De
plus, il est également clair que plus l'organisation des révolutionnaires
augmentera son influence au sein des luttes, plus ces éléments combatifs se
tourneront vers elle. Ceci, non pas parce que l'organisation aura mené une
politique de recrutement forcé envers ces éléments, mais tout simplement parce
que ces éléments prendront conscience qu'une intervention politique réellement
active et efficace ne peut se faire que dans le cadre d'une telle organisation
internationale.
L'INTERVENTION DES
REVOLUTIONNAIRES
Tout ce qui brille n'est pas
or. Mettre en évidence que la classe ouvrière fait surgir dans sa lutte des
minorités plus combatives ne signifie pas affirmer que l'impact de ces
minorités est décisif pour le déroulement ultérieur de la conscience de classe.
Nous ne devons pas faire une identification absolue entre expression d'une
maturation de la conscience et facteur actif dans le développement de celle-ci.
En réalité, l'influence que
peuvent avoir ces comités, cercles, etc. dans le déroulement ultérieur de la
lutte est très limitée. Elle est entièrement fonction de la combativité
générale du prolétariat et de la capacité de ces comités ou cercles à
poursuivre sans cesse un travail de clarification
politique. Or, à long terme, ce travail ne peut se poursuivre que dans le cadre
d'une organisation révolutionnaire.
Mais là encore aucun mécanisme
ne peut avoir cours. Ce n'est pas d'une manière artificielle que l'organisation
révolutionnaire gagnera ces éléments. Contrairement à des organisations comme
Battaglia Comunista ou le PIC, le CCI ne
cherche pas à combler d'une manière artificielle et volontariste un
"fossé" qui existerait entre le parti et la classe. Notre
compréhension de la classe ouvrière comme force historique et de notre rôle
nous empêche de vouloir figer ces comités dans des structures intermédiaires ou
de chercher à créer des "groupes d'usine", courroies de transmission
entre la classe et le parti.
Se pose alors la question de
savoir quelle est notre attitude par rapport à de tels comités, cercles etc. Tout
en leur reconnaissant une influente limitée, des faiblesses, nous restons
ouverts et attentifs au surgissement de tels organes. Nous leur proposons avant
tout une très grande ouverture dans la discussion et nous n'adoptons en aucun
cas une attitude de mépris, de condamnation sous prétexte de l'impureté"
politique de ces organes. Ceci est une chose. Une autre chose
serait de flatter ces organes ou même de concentrer notre énergie uniquement
sur eux. Nous n'avons pas à faire une psychose des "groupes ouvriers",
comme nous n'avons pas à les ignorer. Tout en reconnaissant le processus "
de maturation de la lutte et de la conscience de classe et ses tentatives à se
"hisser" vers le terrain politique, tout en ayant conscience que le
prolétariat dans ce processus fait surgir en son sein des minorités plus
combatives qui ne s'organisent pas nécessairement en organisation politique,
nous devons faire attention à ne pas identifier ce processus de maturation avec
celui qui caractérisait le développement de la lutte au siècle dernier. Cette
compréhension est très importante car elle nous permet d'apprécier en quoi ces
comités, cercles, etc. sont véritablement des expressions de la maturation de
la conscience de classe, mais des expressions avant tout temporaires et éphémères
et non pas des jalons fixes et structurés, des échelons organisationnels dans
le développement de la lutte de classe. Car la lutte de classe en période de
décadence se fait par explosions, par surgissements brusques qui surprennent
même les éléments les plus combatifs d'une lutte précédente et peuvent les
dépasser tout à fait en conscience et en maturité. Le prolétariat ne peut
s'organiser réellement au niveau unitaire qu'au sein de la lutte elle-même et
au fur et à mesure que la lutte devient permanente, il grossit et renforce ses
organisations unitaires.
C'est cette compréhension qui
nous permet de mieux cerner en quoi, même si dans certaines circonstances il
peut être très positif de mener une discussion suivie et systématique avec ces
cercles et de participer à leurs réunions, nous n'avons pas de politique
spécifique, de "tactique" spéciale à l'égard de ces comités ouvriers.
Nous reconnaissons la possibilité et une plus grande facilité de discuter avec
ces éléments combatifs (particulièrement quand la lutte n'est pas encore
ouverte) ; nous avons conscience que certains de ces éléments peuvent nous
rejoindre, mais nous ne focalisons pas toute notre attention à leur égard. Car
ce qui reste avant tout essentiel pour nous, c'est la dynamique générale de la
lutte à l'intérieur de la laquelle nous n'opérons aucune classification rigide,
aucune hiérarchisation. Nous nous adressons avant tout à la classe ouvrière
dans son ensemble. Contrairement aux autres groupes politiques qui essaient de
combler l'absence d'influence de minorités révolutionnaires par des procédés
artificiels en s'illusionnant sur ces "groupes
ouvriers ": le CCI reconnaît son peu d'impact dans la période
présente. Nous ne cherchons pas à développer, pour augmenter cette influence,
une confiance artificielle des ouvriers à notre égard. Nous ne sommes pas
ouvriéristes, comme nous ne sommes pas des mégalomanes. L'influence que nous
développerons progressivement au sein des luttes, viendra essentiellement de
notre PRATIQUE POLITIQUE en leur sein, et non d'un quelconque rôle de
"porteurs d'eau" ou d'une politique de flagorneries. De
plus, cette intervention politique, nous l'adressons aux ouvriers dans leur
ensemble, au prolétariat pris comme un tout et comme une classe. Nous
existons non pas pour nous satisfaire de la "confiance" que nous
accorderaient deux, trois ouvriers aux mains calleuses, mais pour homogénéiser
accélérer l'épanouissement de la conscience de classe. Et
soyons conscients que ce n'est qu'au cours du processus révolutionnaire lui-même
que le prolétariat nous accordera sa "confiance"
politique, dans la mesure où il reconnaîtra alors que le parti révolutionnaire
fait réellement PARTIE de son combat historique.
[1]
AAU, Allgemeine Arbeiter Union : Union Générale des Travailleurs. Les
'unions" ont été des tentatives de créer des formes d'organisation
permanentes regroupant l'ensemble des ouvriers en dehors des syndicats et
contre eux, en Allemagne, dans les années qui suivirent l'écrasement de
l'insurrection de Berlin en 1919. Elles exprimaient une nostalgie des conseils
ouvriers, mais ne parvinrent jamais à en remplir la fonction.
[2]
Groupes d'ouvriers en Belgique.
[3]
Le groupe français PIC (Pour une Intervention Communiste) vécut pendant
quelques mois convaincu et cherchant à convaincre tout le monde, qu'il
participait au développement d'un réseau de "groupes ouvriers", qui
constitueraient une puissante avant garde du mouvement révolutionnaire. Il
fondait et entretenait cette illusion sur la réalité squelettique de deux ou
trois groupes constitués pour l'essentiel d'éléments "ex-gauchistes".
Il ne reste plus grand chose de tout ce bluff.
[4]
Il s'agit de rencontres organisées regroupant des délégations de différents
groupes, collectifs, comités ouvriers...
Inscription à :
Articles (Atom)