dimanche 10 février 2013

Notre réponse au rapport d'activités de la FGCI d'octobre 2012




Nous répondons ci-dessous au rapport d'activités de la fraction de la Gauche communiste internationale d’Octobre 2012. Un élément de la conclusion du rapport nous enthousiasme « … nous proposons à ceux qui nous sont les plus proches, notamment les CIK, d'engager un processus de constitution d'une nouvelle organisation après, bien sûr, des discussions approfondies et un accord sur une plateforme de positions et des orientations communes. ».

Les CIK trouvent  logique voire indispensable de commencer avec la FGCI un processus de discussion qui pourrait éventuellement mener à une fusion entre les deux groupes.

Un des aspects de la conclusion de la réponse de la TCI au rapport d'activités de la fraction de la Gauche communiste ne peut aussi que nous enthousiasmer et favoriser le regroupement des forces communistes internationalistes vers un des pôles de regroupement.
« En attendant, ce serait un grand pas en avant si vous pouviez participer à la formation d'une organisation internationaliste basée sur des communistes français qui pourrait agir comme un véritable noyau orienté, non seulement vers le débat avec les internationalistes du monde, mais aussi vers la classe ouvrière avec laquelle vous êtes directement en contact. »

Nous convions les lecteurs et lectrices à lire le récent bulletin #10 de la FGCI dont les articles suivants :
- Prise de position des CI-K sur le rapport d'activités de la FGCI ci-dessous.


                                                                                             Janvier 2013
Très chers camarades,

Pour commencer, veuillez nous excuser pour le retard concernant cette réponse à votre rapport d’activité. En effet, comme nous vous l’avions déjà communiqué, au cours des dernières semaines, nous avons eu beaucoup de difficultés à nous réunir à quatre et, par la suite, j’ai (Alex) personnellement pris du retard à vous répondre. N’y voyez surtout pas un manque d’enthousiasme de notre part. Au contraire, nous avons pris connaissance, avec un grand intérêt, de votre document d’Octobre 2012 concernant le bilan de la FICCI et de la FGCI des dix dernières années. À travers cette réponse de notre part, vous nous verrez souvent revenir sur certains points : sur certains constats, et prises de position. C’est que, comme vous, nous percevons l’urgence de la situation politique mondiale, à la fois en ce qui a trait aux attaques de la bourgeoisie qu’en ce qui concerne la réponse du prolétariat à ses attaques, et l’opportunité d’y faire face en s’organisant différemment.

Aussi, commençons en vous exprimant que nous partageons entièrement le préambule sur la nature et la nécessité du rapport d’activités organisationnel. Comme vous, nous affirmons qu’une organisation d’allégeance marxiste possède une histoire programmatique à laquelle elle doit se référer si elle se veut réellement dialectique. Ceci implique effectivement un réexamen et un retour critique sur les activités politiques de l’organisation afin de dégager les positions programmatiques prolétariennes des éléments qui lui sont étrangers ; car, bien sûr, aucune organisation révolutionnaire n’est à l’abri d’une pénétration de l’idéologie bourgeoise en son sein. Nous l’avons d’ailleurs, à un degré plus ou moins important, expérimenté au cours de l’année 2011, lorsque fut produit le document « Contribution à un état des lieux de la GCI », un combat qui fut néanmoins, à plusieurs égards, salutaire !

En effet, à un certain moment, nous avons même caressé l’idée de se fractionner. Dans les faits, nous avons évité une situation bien pire car la fraction aurait probablement entraîné l’éclatement de notre groupe vu le peu d’expérience politique que nous avons concernant cette question. Nous pouvons cependant dire avec fierté que nous avons su éviter tout ceci en restant unis malgré les divergences presque acerbes qui sont survenues, en maintenant fortement le cap sur le débat, la critique… Pour finalement entreprendre le repositionnement interne des CI-K. C’est donc une expérience qui nous est chère et dont nous nous revendiquons entièrement malgré ce détour effectué vers le marais de la Gauche Communiste (Controverses, IPPI, IOD). Notre « Retour Critique », bien qu’il ait relativement soulevé moins de discussions, nous a permis de remettre les pendules à l’heure et d’appréhender plus clairement ce que représentent actuellement le véritable camp prolétarien et notre rôle dans celui-ci.

Nous faisons donc nôtre cette formulation de votre part :

« Toute organisation communiste est responsable de son histoire et doit l'assumer devant le prolétariat. »

Et ensuite :

« Même pour un tout petit groupe comme le nôtre, la nécessité de tirer des bilans et de tracer des orientations d'activités à partir de ces bilans s'impose ; aussi disproportionné ce travail et cet effort puissent apparaître à première vue par rapport à nos forces. »

C’est sur quoi nous avons travaillé avec acharnement au cours de l’année 2011, tout en réussissant à maintenir une activité d’intervention au sein de certaines luttes, et ce malgré les divergences et tiraillements d’ordre politique à l’intérieur du groupe causé par le document «
Contribution ». Nous y reviendrons souvent mais nous pensons, jusqu’à un certain point, que le travail accompli peut s’avérer un exemple pour les autres groupes qui composent à la fois le marais de la Gauche Communiste, et la Gauche Communiste historique ; en ce sens où, actuellement, parmi les groupes de la GC, les désaccords semblent davantage poindre en direction des ruptures et scissions plutôt que vers l’émergence de discussions internes et de tentatives de clarification devant l’ensemble du prolétariat. C’est donc avec sérieux que nous considérons l’avenir des CI-K et que nous continuons à intervenir avec assiduité au sein des luttes et mouvements qui apparaissent ici et là. Par exemple, dimanche passé, le camarade RJ a donné une conférence sur la crise économique actuelle devant une vingtaine de personnes et a reçu un bon accueil, malgré le décès récent (dans la même semaine) de sa mère. Bref, nous pensons composer solidement avec nos maigres forces.

Sur l’héritage de la FICCI, de la FGCI, et la défense du CCI.

Nous continuons de considérer l’apport programmatique du CCI comme possiblement le travail le plus important jamais produit par une organisation appartenant à la Gauche Communiste, avec bien sûr celui de la fraction italienne autour de Bilan. Nous constatons malgré cet apport (lequel devrait être un véritable char d’assaut contre la dérive opportuniste) une confusion grandissante face aux interventions du CCI au sein du prolétariat. C’est dire à quel point une organisation quelle qu’elle soit n’est jamais à l’abri d’une vague opportuniste, d’une trahison, et de la contre-révolution. Pour nous qui nous sentons plus près de la plateforme du CCI, nous constatons avec regret les divers traumatismes qu’a expérimenté l’organisation au cours des dernières années en commençant par le départ de la FECCI, par la suite l’affaire JJ, et ensuite par les activités du CCI dirigés contre la FICCI.

À cet égard, nous pensons que le travail politique mené par la FICCI a porté fruit devant l’Histoire, sans toutefois malheureusement empêcher le CCI de continuer son chemin vers l’opportunisme ambiant qui accable les organisations appartenant à la Gauche Communiste (Note). Pour l’Histoire du mouvement révolutionnaire, pour le redressement du CCI également, il aurait été légitime que les activités de la FICCI se poursuivent sans relâche afin de maintenir la véritable continuité du CCI en parallèle. Malheureusement, l’éclatement de la fraction en 2010 est considérablement venu affaiblir son action politique. Malgré l’analyse que vous avez produite et que nous partageons concernant la dérive du CCI des dix dernières années, rien n’est encore perdu pour celui-ci. Le travail de la fraction a été mené jusqu’où il pouvait l’être dans les circonstances, avec acharnement, conviction, et brio.

La constitution de la FGCI – avec son mandat de poursuivre à la fois le travail de la FICCI tout en s’ouvrant encore davantage aux autres groupes du Milieu Politique Prolétarien – s’avère une tâche énorme pour les forces qui la constitue, particulièrement avec la situation de Ldo qui ne semble plus vouloir s’impliquer dans celle-ci.

Vous mentionnez dans le Bulletin no. 13 et dans votre rapport :

« Depuis que nous avons décidé d'ouvrir nos bulletins internes à l'ensemble du milieu politique prolétarien, organisations et contacts, sympathisants de ces dernières, nous
considérons que notre espace de discussion interne ne se limite plus au seul CCI mais à l'ensemble du milieu politique qui devra être le facteur actif et déterminant de la construction du futur parti communiste mondial. Nous estimons que les questions soulevées par la crise du CCI, sa dérive opportuniste, intéressent et "appartiennent" à l'ensemble des composantes de ce milieu. Par ailleurs, si nous estimons être encore dans la phase de "fraction interne", de "redressement", du CCI avec sa méthode et ses exigences politiques bien précises, nous avons aussi la responsabilité de suppléer aux responsabilités que le CCI abandonne, tel le combat pour l'unité et la défense de la Gauche communiste. »

Comme vous nous l’avons souligné en note de bas de page, nous partageons la même appréhension du milieu politique prolétarien et nous percevons la Gauche Communiste en tant que totalité appartenant à une critique historique, avant même qu’elle ne soit un courant divisé en telle ou telle organisation. Par ailleurs, dans le contexte actuel (exacerbation de la crise, montée des luttes prolétariennes, menace d’une polarisation des forces ennemies vers la guerre, faiblesse d’une véritable intervention révolutionnaire au sein de notre classe pour faire face à tout ceci), nous pensons qu’il est temps pour vous de clore le chapitre de la fraction et d’entreprendre une nouvelle activité en vue de renforcer nos rangs ; en vue de concentrer les activités de la FGCI vers le regroupement des militants révolutionnaires autour d’une organisation capable de diriger la lutte. Nous constatons avec vous :

« Aujourd'hui, à l'heure de ce bilan, notre fraction ne compte plus formellement que deux camarades dont l'un est particulièrement diminué au plan physique. Le travail concret, matériel si l'on peut dire, de notre groupe ne repose plus que sur un seul camarade.

Cette situation n'est pas simplement due à des réalités "objectives" personnelles. Certes, la dispersion des 3 camarades de la fraction, l'un au Mexique, les deux autres séparés en France, certes les difficultés personnelles respectives dont certaines sont réelles et importantes - les conditions de vie du camarade au Mexique, la santé d'un des deux camarades en France -, sont des éléments matériels qui ont rendu de plus en plus difficile l'engagement politique de l'ensemble. Néanmoins, il ne fait guère de doute que les événements, pression des campagnes anti-communistes, absence de résultats immédiats - les contacts en général, le processus avec les CIK, la lenteur de l'évolution de nos rapports avec la TCI, l'isolement relatif aussi - ont participé d'entamer notre compréhension de nos orientations et d'affaiblir surtout nos convictions politiques et militantes. C'est particulièrement clair pour ce qui concerne notre camarade au Mexique. Ces deux dernières années, l'engagement du camarade s'est réduit au point où le reste de la fraction ne pouvait plus compter sur lui pour ses activités régulières qui se voyaient ainsi particulièrement amoindries : la réalisation du bulletin, les discussions internes, l'intervention en particulier vis-à-vis des contacts, relativement nombreux au Mexique... Englué dans des difficultés d'ordre personnel et quotidienne, notre camarade s'est progressivement désengagé et ne participait plus que formellement et par intermittence à l'activité de la fraction. Ce mal, la faiblesse de compréhension et de conviction, est pour l'essentiel, nous le rappelons, le fruit de l'offensive idéologique de la bourgeoisie. »

Les CIM et les CI-K ont eux-mêmes connu leur moment de découragement et nous sommes bien placés pour comprendre la situation du camarade Ldo. Alex a bien failli démissionner au printemps 2010 face au sentiment d’isolement politique. Luie a lui-même aussi dû prendre un moment de répit à l’été 2011, et Réal a également offert sa démission lors de nos discussions autour de la Contribution. Il va sans dire toute la pression que subissent les organisations du prolétariat depuis le début des années 1990. L’isolement n’aide en effet pas du tout.
Aussi, si on revient à nos moutons, l’abandon du travail de fraction de la part de la FGCI ne signifie aucunement l’abandon de possibles interventions – de possibles adresses – en direction des militants du CCI. En effet, pour les CI-K, depuis notre retour critique sur la Contribution, la Gauche Communiste à tendance partidiste, avant même d’être un agglomérat d’organisations avec des divergences plus ou moins prononcées, est d’abord et avant tout un corpus programmatique à défendre et à perpétrer contre toutes dérives, attaques, et interventions étrangères. Qu’il faille défendre le CCI ou le PCI ! Car, la Gauche Communiste n’a pas fait faillite et est bien malin celui qui croit pouvoir prononcer sa fin.

Prenons le CCI, qui menace à tout moment d’abandonner le terrain de classe : rien n’empêche un prolétaire de reprendre les positions de l’organisation… Et d’en trancher les positions prolétariennes de sa dérive opportuniste. Un peu comme les organisations qui naguère ont formé les fractions de Gauche ont pu reprendre à leur compte les premiers congrès de la Troisième Internationale.

À cet égard, rappelons que les CI-K ont dû faire un long cheminement sur plus d’une année afin de comprendre les limites du camp prolétarien, et de voir plus clairement les enjeux qui découlaient d’une prise de position conciliatrice envers un groupe tel que Controverses. C’est d’ailleurs grâce à vous que nous pouvons aujourd’hui dire que nous avons échappé de peu au marais des organisations de la Gauche Communiste.

Vers un premier regroupement

Camarades, vous nous offrez un rapprochement et nous vous offrons un regroupement. En effet, de part et d’autre (FGCI et CI-K), la nécessité de se regrouper en une seule organisation nous semble à la fois un devoir historique et une chance de pouvoir lancer un appel au sein du camp prolétarien. Qui plus est, nous sommes déjà « proches » politiquement, passons en vitesse supérieure, sans pour autant taire nos possibles divergences. Ce travail de clarification politique entre nous se fait officieusement depuis 2005. Parce que vos responsabilités politiques étaient ailleurs (travail de fraction), et qu’il n’était pas pertinent pour vous d’ouvrir vos rangs à d’autres militants, nous n’avons jamais réellement parlé de regroupement que du bout des lèvres, sans réelle suite. Si vous êtes d’accord, nous croyons qu’il est temps d’officialiser ce rapport groupusculaire en autre chose qu’un rapport serré de camaraderies, de signatures conjointes de propagande, ou d’ouverture mutuelle de nos publications.

Les dernières années ont plongé les organisations historiques de la Gauche Communiste à travers plusieurs crises : démembrement du PCI ; crises (avec un « s ») majeures au sein du CCI ; crise du BIPR/TCI à s’organiser efficacement avec l’apparition de groupes précaires et disparition de ceux-ci sans plus ou moins de commentaires à ce sujet, groupe avec des interventions inexistantes ou médiocres (B&P, GIO), scission IOD. Bref, le camp prolétarien subit plus d’assaut qu’il n’en donne. Sans compter l’apparition de groupe se revendiquant de la GC qui émettent soudainement un appel et retombent immédiatement dans le silence (les Australiens, par exemple). Bien sûr, il n’y a pas eu que des déceptions. La TCI et le CCI sont arrivés à intégrer de nouvelles cellules ; mais il ne nous semble pas que l’écho ait véritablement porté fruit. Le CCI continue sa pente descendante et la TCI ne semble pas avoir une véritable capacité d’intervention internationale.

Il nous semble donc qu’une adresse en direction du camp prolétarien est de notre responsabilité. Si le CCI se dirige lentement vers le camp ennemi en semant la confusion à travers ses diverses interventions ; et si la TCI n’arrive pas à trouver une dynamique pour devenir un pôle de regroupement – parfois elle semble le vouloir ainsi (ex : RP no.59), parfois non (ex : sa politique à notre égard) – ; alors pourquoi ne commençons nous-mêmes pas à nous organiser ensemble pour travailler vers ce regroupement ?

Car en ce qui concerne nos deux groupes, nous nous entendons déjà sur plusieurs points même si nous avons considérablement à les approfondir entre nous.

Vous revenez, en effet, dans votre rapport d’activités, sur des discussions entre le BIPR et la FICCI, des discussions sur la conscience que nous avions prévu nous-mêmes d’entamer à l’intérieur des CI-K. Malheureusement, nous n’en avons débattu qu’en surface. C’est une discussion que nous pourrions d’ailleurs mener avec vous, bien que nous puissions à l’avance entrevoir une entente à ce sujet : aucun de nous n’est conseilliste ou bordiguiste. Cependant, ce n’est pas tout de l’affirmer ainsi, il faut en effet mener plus loin le débat.

Par ailleurs, en ce qui concernant l’héritage de la Gauche italienne partidiste, nous pouvons vous dire avec plus d’assurance qu’il est la principale référence des CI-K en ce qui concerne ses prises de positions programmatiques, et ce même si nous considérons la tendance communisme de conseils, devenue conseillisme, comme appartenant également à l’histoire de la Gauche Communiste malgré son abandon d’un des principes marxistes que représente l’organisation de l’avant-garde révolutionnaire en parti de classe international.

Pour ce qui est de la conception organisationnelle de type fédéraliste de la TCI, nous en partageons entièrement la critique car nous en subissons nous-mêmes les contrecoups face au GIO. Nous considérons la centralisation du CCI comme étant plus efficace, moins problématiques, et ce même s’il y a toujours danger de voir un exécutif de manoeuvrier s’emparer des rênes de l’organisation comme c’est le cas présentement au sein du CCI. Si certains militants ont pu prendre la direction de la sorte, c’est donc dire à un certain point que le travail d’autoformation des cadres organisationnels n’a pas su répondre aux besoins opérationnels d’une telle organisation. En effet, autant qu’il soit possible de le faire, les cadres d’une organisation marxiste doivent se développer d’une façon assez uniforme pour, à la fois se relayer les tâches ; pour rester vigilant par rapport aux interventions de celle-ci (afin que ses prises de position demeurent fermement sur le terrain de classe) ; et pour garder un oeil sur les opérations des comites exécutifs. Les errements programmatiques récents du CCI peuvent ainsi laisser à penser qu’une relève peu aguerrie aux positions originelles de l’organisation est présentement à l’oeuvre et peu encadrée par les militants avec plus d’expérience. Cependant, nous ignorons le fonctionnement d’autoformation interne du CCI et nous ne pouvons nous prononcer d’avantage à cet effet.

Poursuivons :

Comme vous, nous nous revendiquons des analyses fondamentales du CCI – avant sa période de liquidation – et du marxisme quant à l'alternative "guerre impérialiste ou révolution prolétarienne" et nous défendons la notion de cours historique telle que le CCI l’a définie et précisée dans les années 1970-1980. Nous partageons ainsi avec vous ce constat que le cours historique est aux affrontements de classe et qu’il y a un manque à gagner quant à l’organisation du prolétariat face à la fois aux affrontements en cours mais également et surtout face aux affrontements à venir (menace d’une guerre globale).

Aussi, il nous semble plus que pertinent de reprendre à notre compte cette affirmation de votre part et d’en profiter pour souligner le bien-fondé d’une fusion entre nos deux groupes :
« Pour toute organisation communiste, l'intervention en direction de la classe– publications, tracts, communiqués, etc... – dans la situation historique, dans les luttes ouvrières évidemment mais pas uniquement, est une dimension centrale de son activité quelle que soit sa taille et son influence immédiate. Elle doit être une préoccupation permanente que seules les conditions concrètes de sa réalisation – état réel des forces militantes, rapport de forces entre les classes, degré de répression de la classe ennemie et de son appareil d'État déterminé précisément par ce rapport de forces – peuvent limiter l'ampleur et l'intensité.

En lien et en cohérence avec notre vision de la construction du parti, en particulier en concordance avec la compréhension que tout groupe communiste doit se constituer comme une organisation internationale et centralisée, comme un embryon de parti communiste, l'intervention doit être internationale et historique ce qui n'exclut pas, et même au contraire, favorise sa déclinaison indispensable aux plans immédiats et locaux en fonction des circonstances. Croire que l'intervention décidée, et donc que l'effort et même le combat politique pour sa réalisation ne sont que pour le parti de demain du fait de la faiblesse à la fois des luttes ouvrières et des forces militantes, de leur influence dans la classe – à quoi bon se mobiliser et fournir autant d'efforts pour diffuser quelques milliers tracts qui ne changeront rien à la situation puisque « personne ne nous lit » ? – tourne le dos aux responsabilités de l'avant-garde politique du prolétariat. À leur tour, ces réticences, hésitations, doutes – expressions d'une mauvaise compréhension du rôle de la conscience de classe dans la lutte des classes, en particulier expressions de concessions politiques aux visions anti-parti et a-politique propre au courant politique opportuniste que Lénine définissait comme « l'économisme », que nous qualifions aujourd'hui de « conseillisme » – viennent renforcer et aggraver le manque initial de conviction militante et l'affaiblir encore plus. C'est aussi sur ce plan que se manifeste « le danger du conseillisme » tel que l'avait défini le CCI dans les années 1980 (cf. Revue internationale 40 : La fonction des organisations révolutionnaires : le danger du conseillisme) et tel qu'il s'exerce au sein même du camp prolétarien et de ses organisations politiques. Dans ce sens, sur le plan de l'intervention « extérieure » tout comme sur le plan du fonctionnement « interne » – voir la première partie sur pourquoi un rapport ? – nous nous revendiquons d'une méthode de parti, y compris pour un tout petit groupe comme le nôtre. »

Les CI-K considèrent également :

« que la question du regroupement des révolutionnaires ne peut se poser que dans le cadre théorique et politique de la Gauche communiste et des partisans du rôle fondamental, indispensable, essentiel, crucial, du parti communiste comme avant-garde et direction politique du prolétariat. De ce fait, toute la mouvance "conseilliste" ne peut que s'opposer au processus vers la formation du parti et se faire objectivement le relais des thèmes idéologiques et politiques de la bourgeoisie. »

C’est également dire que la seule perspective de regroupement pour les CI-K, malgré les difficultés présentes d’ordre conflictuel, se veut actuellement la Tendance Communiste Internationaliste.

Il est également important pour nous de noter qu’en ce qui nous concerne, ce regroupement ne se veut aucunement opportuniste puisque, si on fait le bilan du rapport entre nos deux groupes, nous pouvons dire que nous nous répondons depuis bientôt 8 ans – dans les accords (interventions conjointes) et les critiques (la Contribution) – ; que nous partageons essentiellement les mêmes positions programmatiques (héritage italien, plateforme du CCI originelle) ; et que nous avons déjà su intervenir d’une seule voix par le passé. De même, malgré les divergences que nous avons pu avoir avec vous (certaines critiques de nos tracts, brochures, ou de façon plus importante nos errements politiques quant à la « Contribution »), nous sommes toujours restés liés, et nous avons continué de défendre l’esprit de la FGCI (notamment face à Internationalist Voice). Il nous semble donc logique voire indispensable de commencer avec vous un processus de discussion menant à notre propre regroupement, en vue d’intervenir plus efficacement à la fois au sein des luttes prolétariennes qu’en direction du camp prolétarien (CCI, TCI)!

Si vous êtes d’accord, nous pourrions mettre en place un premier plan de travail et un échéancier à cet égard, ainsi que les modalités dans lesquelles s’opéreront ces deux termes.

Fraternellement,
Les CI-K

Note : Une parenthèse à ce sujet, nous considérons qu’il y a toujours un véritable courant révolutionnaire dont la dénomination est Gauche Communiste, qui se revendique des apports programmatiques successifs issus des fractions de Gauche de la Troisième Internationale et qui pige ses racines à la fois dans la Gauche italienne et dans la Gauche Germano-Hollandaise, contrairement à la Tendance Communiste Internationaliste qui ne semble maintenant qu’endosser la dénomination « communiste internationaliste ».


vendredi 1 février 2013

Table ronde : « Un bilan de la grève étudiante »


Samedi 9 février 2013, 12h, Bar Le Jockey (1309 St-Zotique Est, Montréal, entre la rue Chambord et la rue de Lanaudière)
Lunch gratuit à 12h et table ronde à 13h.  Organisée par l'APAQ Rosemont Petite-Patrie.

Un membre des communistes internationalistes Klasbatalo (CIK) fera partie de la table ronde. Les CIK offriront sur place leur nouvelle brochure "Bilan: Lutte étudiante et assemblée de quartier".

lundi 21 janvier 2013

En Afrique, la France est le gendarme de l'Europe contre les USA et leurs acolytes


La Fraction de la Gauche Communiste Internationale a publié l’article ci-dessous avec lequel nous sommes en accord.
Les Communistes Internationalistes Klasbatalo
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Guerre au Mali,           

 En Afrique, la France est le gendarme de l'Europe contre les USA et leurs acolytes


L'intervention militaire de la France au Mali marque une étape importante dans l'évolution des relations entre les principales puissances impérialistes du monde. Cette guerre exprime l'aggravation brutale des rivalités impérialistes que la crise économique du capitalisme impose à toutes les bourgeoisies nationales. Incapable de résoudre les contradictions économiques de leur système, chaque capital national, chaque Etat, chaque bourgeoisie, est inévitablement jeté contre tous les autres dans une course effrénée et barbare pour sa propre  survie

 sur l'arène mondiale. La seule et unique « réponse » à la crise que le capitalisme puisse apporter est la perspective de la guerre impérialiste généralisée.

Les ouvriers, prolétaires et autres exploités, de France, d'Europe et d'ailleurs, auraient tort de se laisser convaincre, et surtout de se laisser entraîner, par l'argumentaire « humaniste » et « démocratique » d'une « guerre contre le terrorisme ». Les terroristes en question, les groupes islamistes, ont été créés et sont entretenus surtout par les grandes puissances depuis maintenant plusieurs décennies via les financements et autres appuis de pays comme l'Arabie Saoudite (qui, on peut en être certain, travaille pour Washington), l'Algérie, le Qatar et autres. Les « terroristes » et les barbares, ce sont les uns et les autres ! En matière de terrorisme, les grandes puissances impérialistes sont comme les pompiers pyromanes qui crient au feu après l'avoir mis !

En prenant l'initiative d'une intervention militaire au Mali au nom de « la guerre contre le terrorisme », l'impérialisme français reprend à son compte, et dans une autre situation, la politique américaine de Bush père et fils en Irak – initiative d'une guerre « morale » pour défendre leurs sordides intérêts impérialistes, en obligeant les principaux rivaux à se ranger derrière eux et à les soutenir. Fondamentalement, la France vise à profiter de l'affaiblissement actuel de la bourgeoisie américaine – au plan impérialiste et économique – pour regagner les positions qu'elle était en train de perdre en Afrique au profit justement des USA et d'autres puissances comme la Chine – cette dernière étant incapable d'intervenir militairement dans cette région. Outre les intérêts économiques directs – mainmise sur des ressources et richesses de cette région -, la bourgeoisie française vise aussi à poursuivre sa contre-offensive initiée par la guerre en Libye et à s'assurer ainsi d'un alignement généralisé des pays africains du pourtour méditerranéen à sa politique impérialiste. D'ores et déjà, elle semble atteindre certains de ses objectifs.
L'intervention au Mali est en train de contraindre l'Algérie à abandonner sa politique impérialiste autonome dans la région – elle "tolérait" jusqu'alors, pour ne pas dire qu'elle utilisait pour son propre compte, certains groupes islamistes – et à se ranger au côté de l'intervention française. L'autorisation de survol de son territoire par l'aviation française a marqué son lâchage des groupes islamistes. La réaction de ces derniers a été brutales et sanglantes – la prise d'otage à In Amenas – et a accéléré encore plus l'alignement de la bourgeoisie algérienne sur la politique française.
Les bourgeoisies américaines, anglaises et japonaises ne s'y sont pas trompées et la reprise sanglante par l'armée algérienne du site gazier leur a fourni l'occasion – une petite occasion – de manifester leur opposition à l'intervention française.

Mais la bourgeoisie française ne vise pas seulement à regagner le terrain perdu en Afrique subsaharienne et à consolider l'alignement des pays méditerranéens de l'Afrique du Nord autour de sa politique impérialiste... En défendant ses intérêts, elle défend aussi les intérêts des bourgeoisies de l'Europe « continentale » dont l'axe central est l'Allemagne. Cette dernière avec l'Italie, l'Espagne, la Belgique – pour n'en citer que les principaux pays – appuient politiquement et militairement l'intervention militaire française. Certes, il est vrai que la bourgeoisie française essaie aussi de renforcer son poids politique au sein de l'Union Européenne. Il est tout aussi vrai qu'elle essaie de rééquilibrer un peu en sa faveur la relation franco-allemande en utilisant son atout militaire unique en Europe et en poussant à une « défense européenne » dans laquelle elle ne pourrait avoir qu'un rôle primordial. Il n'en reste pas moins que le fait politique majeur est que les autres bourgeoisies européennes s'associent complètement à la bourgeoisie française dans l'affirmation impérialiste d'une Europe continentale contre ses rivaux – au premier chef les USA.
Tout comme le refus de ces pays de participer à la 2e guerre américaine en Irak en 2003, l'affirmation des intérêts impérialistes européens portés par la France sur le continent africain et dans le bassin méditerranéen, tout comme les discussions autour d'une défense européenne, marque un moment supplémentaire de la dynamique à la polarisation impérialiste autour de deux axes : l'un américain, l'autre germano-européen.

Pour les prolétaires, pour les ouvriers, il n'y a rien de bon dans cette dynamique d'affrontements impérialistes croissants : outre les guerres et les massacres, outre l'utilisation de la terreur et du terrorisme – les médias et spécialistes bourgeois n'ont de cesse de clamer qu'il va y avoir encore plus d'attentats et de prise d'otage, y compris au cœur même des principaux pays capitalistes –, la militarisation croissante et le développement de la production d'armement – la mise en place d'une « défense européenne » par exemple – viendront encore plus s'ajouter au fardeau de la crise du capitalisme que la classe ouvrière doit payer au prix d'une exploitation accrue et épuisante, du chômage et de la misère, de la répression et de la terreur d'Etat. Pour les prolétaires, rien de bon sinon la perspective de la guerre généralisée, de la barbarie tout azimut, et des sacrifices en tout genre jusqu'à l'ultime, celui de leur vie.

Qui est barbare et terroriste ? Le capitalisme. Aux prolétaires de s'y opposer en refusant les sacrifices de tout ordre afin d'en finir avec lui et d'établir leur propre pouvoir. Seule la révolution prolétarienne, la destruction de l'Etat capitaliste et l'exercice du pouvoir politique de la classe ouvrière, bref la guerre de classe contre la bourgeoisie terroriste et barbare, ouvrira la voie à une autre société sans misère et sans guerre : le communisme !

La FGCI, le 20 janvier 2013.

samedi 12 janvier 2013

Origines et conséquences de la crise actuelle : des solutions


Atelier et discussion organisés par l’APAQ Rosemont Petite-Patrie Patrie.

Le dimanche 20 janvier 2013 à 14h, à la librairie Raffin, 6330 rue St-Hubert, Montréal.

La présentation sera faite par un membre des communistes internationalistes Klasbatalo qui est aussi participant à l'APAQ Rosemont Petite-Patrie

dimanche 16 décembre 2012

L’organisation du prolétariat en dehors des périodes de luttes ouvertes (groupes, noyaux, cercles. etc.)


Nous avons trouvé ce texte du vieux* Courant Communiste International (CCI) qui, partant d’un point de vue anticapitaliste et cela va de soi internationaliste, tente de répondre à la question de Que faire en dehors des luttes ouvertes? Le texte mentionne les comités, cercles, groupes, noyaux, etc. Nous  pourrions aussi mettre Assemblée populaire Autonome de Quartier ou ville.
L’expérience, les acquis et erreurs de prolétaires en Europe ne peuvent qu’aider les prolétaires du monde entier. Pour l’histoire, il y a eu des conseils ouvriers en Allemagne, en Autriche, en Hongrie et en Russie. Au Canada, il y a eu une forme de conseil à Winnipeg en 1919 et une amorce de conseil à Sept-Îles en 1972 lors de la lutte du Front Commun. Ces conseils ouvriers représentaient un niveau de conscience politique beaucoup plus élevé que les Assemblées populaires Autonomes actuelles il va s’en dire. Les conseils ouvriers étant de futurs organes de la dictature du prolétariat. À terme la mise sur pied de conseils au niveau mondial aboutira à un échec s’il n’y a pas un parti international et internationaliste.  Le rôle de ce parti ne sera pas de prendre le pouvoir au nom de la classe ouvrière mais de participer à l’unification et à l’extension de ses luttes ainsi qu’à leurs contrôles par les ouvriers eux-mêmes, et à la diffusion du programme communiste afin de conscientiser le prolétariat en classe pour soi. Seule la classe ouvrière dans sa totalité, à travers ses propres organes autonomes, par exemple les conseils ouvriers, peut instituer le socialisme. Cette tâche ne peut être déléguée, même pas au Parti de classe le plus conscient.  Position 10 de  bases des Communistes Internationalistes Klasbatalo.

*Nous écrivons vieux CCI parce que depuis le début des années 2000, cette organisation a rejeté dans les faits le regroupement des forces révolutionnaires internationalistes anticapitalistes en s’accoquinant avec des groupes anarchistes.
Les CIK
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L’organisation du prolétariat en dehors des périodes de luttes ouvertes (groupes, noyaux, cercles. etc.)

Les caractères gras ci-dessous sont de Klasbatalo.

Ce texte a été proposé pour le Congrès d'Internationalisme (janvier 1980).
Réédité  dans la Revue Internationale le 28 Juillet, 2006

"Que faire en dehors des luttes ouvertes? Comment s'organiser lorsque la grève est terminée? Comment préparer la lutte à venir?"

Voilà quelques unes des questions auxquelles la maturation actuelle de la lutte de classe impose de répondre.

Face à cette question, face aux problèmes que posent les comités, cercles, groupes, noyaux, etc., regroupant de petites minorités d'ouvriers, nous n'avons aucune recette à fournir. Entre les leçons morales ("organisez vous comme ceci ou cela", "dissolvez-vous", rejoignez-nous") et les flatteries démagogiques, nous n'avons pas à choisir. Notre souci est bien plutôt celui-ci : comprendre ces expressions minoritaires du prolétariat comme une partie d'un tout. Les insérer dans le mouvement général de la lutte de classes, de cette manière nous pourrons comprendre à quelles nécessités générales ces organes répondent. De cette manière nous pourrons également, en ne restant ni dans le flou politique ni emprisonnés dans des schémas rigides, cerner les aspects positifs de ces démarches et souligner les dangers qui les guettent.

CARACTERISTIQUES DE LA LUTTE OUVRIERE DANS LE CAPITALISME DECADENT

Notre première préoccupation dans l'appréhension de ce problème doit être de rappeler le contexte historique général dans lequel nous nous trouvons. Nous devons nous remettre en mémoire la nature de cette période historique (l'ère des révolutions sociales) et les caractéristiques de la  lutte de classe en période décadence. Cette analyse est fondamentale car elle nous permet de comprendre le type d'organisation de classe qui peut exister dans une telle période.

Sans entrer dans les détails, rappelons simplement que le prolétariat au 19ème siècle existe comme un une force organisée de manière permanente. Le prolétariat s'unifie comme classe au travers d'une lutte économique et politique pour des réformes.

Le caractère progressif du système capitaliste permet au prolétariat de faire pression sur la bourgeoisie pour obtenir des réformes et pour ce faire regrouper de larges masses d'ouvriers au sein des syndicats et des partis.

Dans la période de sénilité du capitalisme les caractères et les formes d'organisation de la lutte changent. Une mobilisation quasi permanente du prolétariat sur des intérêts immédiats et politiques n'est plus possible ni viable. Les organes  unitaires permanents de la classe ne peuvent plus  désormais exister qu'au cours de la lutte elle-même. La fonction de ces organes ne se limite plus désormais à simplement "négocier" une amélioration des conditions de vie du prolétariat (car cette amélioration n'est plus possible à long terme et parce que la seule issue réaliste est celle de la révolution) mais à se préparer, à mesure que les luttes de développent, à la prise du pouvoir.

Ces organes unitaires de la dictature du prolétariat ce sont les conseils ouvriers. Ces organes possèdent un certain nombre de caractéristiques que nous devons mettre en évidence si nous voulons bien cerner tout le processus qui mène à l'auto-organisation du prolétariat.

Ainsi nous devons mettre en évidence que les conseils sont une expression directe de la lutte ouvrière. Ils surgissent de manière spontanée (mais non mécanique) de cette lutte. C'est pourquoi ils sont intimement liés au développement et à la maturité de cette lutte, ils puisent en elle leur substance et leur vitalité. Ils ne constituent donc pas une simple "délégation" des pouvoirs, une parodie de Parlement, mais bien l'expression organisée de l'ensemble du prolétariat et de son pouvoir. Leur tâche n'est pas d'organiser une représentativité proportionnelle des groupes sociaux ou des partis politiques mais de permettre à la volonté du prolétariat de se réaliser pratiquement. C'est à travers eux que se prennent toutes les décisions. C'est pour cette raison que les ouvriers doivent constamment en garder le contrôle (révocabilité des délégués) par le biais des Assemblées Générales.

Seuls les conseils ouvriers sont capables de réaliser l'identification vivante entre la lutte immédiate et le but final des luttes. Par cette liaison entre la lutte pour des intérêts immédiats et la lutte pour le pouvoir politique, les conseils posent la base objective et subjective de la révolution. Ils constituent le creuset par excellence de la conscience de classe. La constitution du prolétariat en conseils n'est pas une simple question de forme d'organisation mais bien le produit d'un développement de la lutte elle-même et de la conscience de classe. Le surgissement des conseils  n'est pas le fruit de recettes organisationnelles, de structures préfabriquées, d'organes intermédiaires.

L'extension et la centralisation de plus en plus consciente des luttes, au delà des usines et des frontières, ne peut 'être un fait artificiel et volontariste. Pour se convaincre de cette idée, il suffit de se rappeler l'expérience des ANU ([1]) et cette tentative artificielle de relier et de centraliser les "organisations d'usines" dans une période où la lutte refluait.

Les conseils ne peuvent subsister que tant que subsiste une lutte permanente, ouverte, signifiant la participation d'un nombre toujours plus important d'ouvriers dans le combat. Leur surgissement est essentiellement fonction d'un développement de la lutte elle-même et de la conscience de classe.

TENTER DE COMBLER UN VIDE

Mais nous ne nous trouvons pas encore dans une période de lutte permanente, dans un contexte révolutionnaire qui permettrait au prolétariat de s'organiser en conseils ouvriers. La constitution du prolétariat en conseils est fonction de conditions objectives (degré de la crise, cours historique) et subjectives (maturité de la lutte et de la conscience). Elle est le résultat de tout un apprentissage, de toute une maturation tant organisationnelle que politique.

Nous devons être conscients que cette maturation, cette fermentation politique ne se déroule pas suivant une ligne bien dessinée et bien droite. Elle s'exprime bien plutôt à travers un processus bouillonnant et confus, à travers un mouvement heurté et saccadé. Elle exige en outre une participation active de minorités révolutionnaires. Incapable d'agir mécaniquement selon des principes abstraits, selon des plans préconçus, selon un volontarisme détaché de la réalité, le prolétariat mûrit son unité et sa conscience au cours d'un apprentissage douloureux. Incapable de regrouper toutes ses forces à un jour "J", il concentre ses rangs au cours de la bataille elle-même, son "armée", il la forme dans le conflit lui-même. Mais au cours de la lutte, il forme dans ses rangs des éléments plus combatifs, des avant-gardes plus décidées. Celles-ci ne se regroupent pas forcément au sein d'une organisation de révolutionnaires (car celle-ci dans certaines périodes est peu connue). L'apparition de ces minorités combatives au sein du prolétariat, que ce soit avant, après ou pendant les luttes ouvertes, n'est pas un phénomène incompréhensible ou nouveau. Elle exprime bien ce caractère irrégulier de la lutte, ce développement inégal et hétérogène de la conscience de classe. Ainsi depuis la fin des années 60 nous assistons à la fois à un développement de la lutte dans le sens d'une plus grande auto-organisation, à un renforcement des minorités révolutionnaires, à l'apparition de comités, noyaux, cercles, etc. où tente de se regrouper une avant-garde ouvrière. Le développement d'un pôle politique cohérent, la tendance du prolétariat à s'organiser en dehors des syndicats, procèdent d'une même maturation de la lutte.

L'apparition de ces comités cercles etc, répond donc bien à une nécessité de la lutte elle-même. Si des éléments combatifs sentent la nécessité de rester groupés après qu'ils aient lutté ensemble, c'est à la fois dans le but de continuer à "agir ensemble" (éventuellement préparer une nouvelle grève) et à la fois dans le but de tirer des leçons de la lutte (à travers une discussion politique). Le problème qui se pose à ces ouvriers est autant celui de leur regroupement en vue d'une action future que celui de leur regroupement en vue  d'éclaircir les questions posées par la lutte  passée et à venir. Cette attitude est compréhensible dans la mesure où l'absence de luttes permanentes, la "faillite" des syndicats et une très grande faiblesse des organisations révolutionnaires créent un vide tant organisationnel que politique. La classe ouvrière lorsqu’elle reprend le chemin de son combat historique a horreur du vide. Elle cherche donc à répondre à un besoin posé par ce vide organisationnel et politique. Ces comités, noyaux, ces minorités d'ouvriers qui ne comprennent pas encore clairement leur fonction répondent à ce besoin. Ils sont à la fois une expression de la faiblesse générale de la lutte de classe actuelle et l'expression d'une maturation de l'organisation et  de la conscience de classe. Ils cristallisent tout un travail souterrain qui s'opère au sein du prolétariat.

LE REFLUX DE 1973-77

C'est pour cette raison que nous devons faire attention à ne pas enfermer ces organes dans des tiroirs hermétiques, dans des classifications rigides. Nous ne pouvons pas prévoir l'apparition et le développement de ceux-ci de manière tout à fait précise. De plus nous devons être attentifs à ne pas séparer artificiellement différents moments dans la vie de ces comités et ne pas poser a un faux dilemme dans le style :"l'action ou la discussion."

Ceci dit cela ne doit pas nous empêcher d'avoir une intervention par rapport à ces organes. Nous devons également être capables d'apprécier l'évolution de ces organes en fonction de la période, suivant que nous nous trouvons dans une  période de reprise des luttes ou de reflux. En effet, dans la mesure où ils sont un produit immédiat et spontané des luttes, qu'ils surgissent plus sur la base de problèmes conjoncturels (à la différence de l'organisation des révolutionnaires qui surgit sur la base des nécessités historiques du prolétariat), ces organes restent très fortement dépendants du milieu ambiant de la lutte de classe. Ils restent plus fortement prisonniers des faiblesses générales du mouvement et ont tendance à suivre les hauts et les bas de la lutte.
C'est ainsi que nous devons opérer une distinction dans le développement de ces comités etc. au moment du reflux de la lutte entre 1973 et 77, et dans la période actuelle de reprise internationale des luttes.

Tout en soulignant les dangers qui restent identiques pour ces deux périodes, nous devons être capables de cerner les différences d'évolution.

C'est ainsi qu'avec la fin de la première vague de luttes à la fin des années 60 nous avons pu assister à l'apparition de toute une série de confusions au sein de la classe ouvrière. Ces confusions nous pouvons les mesurer surtout en fonction de l'attitude des quelques éléments combatifs de la classe qui tentent de rester groupés.

Nous voyons ainsi se développer :

- L'illusion du syndicalisme de combat  et la méfiance de tout ce qui-est politique (OHK, AAH, Komiteewerking ([2]). Dans la plupart des cas, les comités issus des luttes se transforment carrément en para-syndicats. C'est le cas des Commissions Ouvrières en Espagne et des "Conseils d'Usines" en Italie. Plus souvent encore, ils disparaissent carrément.

- Un très fort corporatisme (ce qui constitue la base même du syndicalisme "de combat").

- Lorsque des tentatives sont faites pour dépasser le cadre de l'usine, une confusion et un éclectisme politique très grand.

- Une très grande confusion politique ce qui rend ces organes très fragiles aux menées des gauchistes et les font tomber aussi dans des illusions du style de celles entretenues par le PIC (voir le "bluff" des groupes ouvriers. ([3])

C'est également au cours de cette période que se développe l'idéologie de "l'autonomie ouvrière" avec tout ce qu'elle comporte comme apologie de l'immédiatise, de l'usinisme et de l'économisme.

Toutes ces faiblesses sont essentiellement fonction des faiblesses de la première vague de luttes de la fin des années 60. C'est ainsi que ces mouvements se caractérisent par une disproportion entre la force et l'extension des grèves et une faiblesse dans le contenu des revendications. Ce qui marque surtout cette disproportion c'est une absence de perspectives politiques claires dans le mouvement. Le repli ouvrier de 73-77 est le produit de cette faiblesse utilisée par la bourgeoisie pour opérer un travail de démobilisation et d'encadrement idéologique des luttes. Chacun des points faibles de la première vague de grèves est "récupéré" par la bourgeoisie à son profit :

"Ainsi l'idée d'une organisation permanente de la classe à la fois politique et économique s'est transformée ensuite en celle des "nouveaux syndicats" pour finalement en revenir aux syndicats classiques. La vision de l'A.G. comme une forme indépendante du contenu a abouti - via les légendes sur la démocratie directe et le pouvoir populaire- au rétablissement de la confiance dans la démocratie bourgeoise classique. Les idées d'autogestion et de contrôle ouvrier de la production, confusions explicables dans un premier temps, furent théorisées par le mythe de "l'autogestion généralisée", les "Îlots du communisme" ou la "nationalisation sous contrôle ouvrier". Tout ceci a préparé les ouvriers à faire confiance au plan de restructuration "qui évite les licenciements" ou aux pactes de solidarité nationale pour "sortir de la crise".

(Rapport sur la lutte de classe présenté au 3ème Congrès international du CCI)

LA REPRISE DES LUTTES DEPUIS 1977

Avec la reprise des luttes depuis 1977, nous voyons se dessiner d'autres tendances. Le prolétariat a mûri par la "défaite", il a tiré même très confusément les leçons de ce reflux et même si les dangers restent toujours présents de "syndicalisme de combat", de corporatisme, etc, ils s'inscrivent dans une évolution générale différente.

C'est ainsi que depuis 77 nous voyons se développer timidement :

Une volonté plus ou moins marquée de développer  une discussion politique de la part d'une avant-garde combative des ouvriers (rappelons l'AG des coordinamenti à Turin, le débat mené à Anvers avec des ouvriers de Rotterdam, d'Anvers, etc., la conférence des dockers à Barcelone,...([4]).

La volonté d'élargir le champ de la lutte, de dépasser le ghetto de l'usinisme, de donner un cadre politique plus global à la lutte. Cette volonté s'exprime par l'apparition de "coordinamenti" et plus spécifiquement dans le manifeste politique d'un des coordinamenti du nord de l'Italie. Ce manifeste réclame une unification de l'avant-garde combative des usines, la nécessité d'une lutte politique indépendante des ouvriers et insiste sur la nécessité de dépasser le cadre de l'usine pour lutter;  [Nous dirions dépasser le cadre du quartier, ajout par Klasbatalo]

Le souci d'établir une liaison entre l'aspect immédiat de la lutte et le but final. Ce souci s'exprime particulièrement dans des groupes de travailleur: en Italie (FIAT) et en Espagne FEYCU, FORD). Les premiers sont intervenus par voie de tract pour dénoncer les menaces de licenciements faits au nom de "l'anti-terrorisme", les seconds pour dénoncer l'illusion du parlementarisme;

-Le souci de mieux préparer et organiser les luttes à venir (cf.. action des "porte-parole" de Rotterdam appelant à la formation d'AG).

Bien entendu, répétons le, les dangers de corporatisme, de syndicalisme de combat, d'enfermement de la lutte sur un terrain strictement économique subsistent même au cours de cette période.

Mais ce dont nous devons tenir compte c'est l'influence importante de la période sur l'évolution de comités, noyaux, etc. surgissant avant ou après les luttes ouvertes. Lorsque la période est à la combativité et à la remontée des luttes, l'intervention de telles minorités ouvrières prend un autre sens et notre attitude également. C'est ainsi que dans une période de recul généralisé des luttes, nous insisterons plus sur les dangers pour de tels organes de se transformer en para-syndicats, de tomber dans les bras des gauchistes et des illusions du terrorisme, etc. Dans une période de remontée, nous insisterons plus sur les dangers du volontarisme et de l'activisme (cf. les illusions exprimées à cet égard dans le manifeste du coordina­mento de Sesto Seovanni), sur les illusions que pourraient avoir ces ouvriers combatifs de former les embryons des comités de grève futurs, etc. Dans une période de reprise des luttes, nous serons également plus ouverts face à l'apparition de minorités combatives se regroupant en vue d'appeler à la lutte et à la formation de comités de grève, d' d'A.G., etc.

LES POSSIBILITES DE CES ORGANES

Ce souci de replacer ces comités, noyaux, etc. dans le bain de la lutte de classe, de les comprendre en fonction de la période dans laquelle ils se meuvent, n'implique pas pourtant que nous changions nos analyses du tout au tout, suivant ces différentes étapes de la lutte de classe.

Quel que soit le moment où naissent ces comités ou noyaux, nous savons qu'ils ne constituent qu'UNE ETAPE D'UN-PROCESSUS DYNAMIQUE GENERAL, un moment dans la maturation de l'organisation et de la conscience de classe. Ils ne peuvent avoir un rôle positif que s'ils se donnent un cadre large et souple pour ne pas figer ce processus. C'est pourquoi ils doivent être vigilants et ne pas tomber dans les pièges suivants :

-                      s'imaginer constituer la structure qui prépare le surgissement des comités de grève ou des conseils.

-                      s'imaginer être investis d'une sorte de "potentialité" en vue de développer la lutte future (ce ne sont pas des minorités qui créent artificiellement une grève ou font surgir une A.G. ou un comité même si elles ont une intervention active dans ce processus).

-                      se doter d'une plate-forme ou de statuts ou de tout élément risquant de figer leur évolution et les condamnant à la confusion politique.

-                      se présenter comme des organes intermédiaires entre la classe et une organisation politique, comme une organisation à la fois unitaire et politique.

C'est pourquoi, quelle que soit la période dans laquelle nous nous trouvons, notre attitude envers ces organes minoritaires, si elle reste, ouverte, vise cependant à influencer l'évolution de la réflexion politique en leur sein. Nous devons essayer de faire en sorte que ces comités, noyaux, ne se figent ni dans un sens (une structure qui s'imagine préfigurer les conseils), ni dans l'autre (fixation politique). Ce qui doit nous guider avant tout, ce ne sont pas les intérêts et les préoccupations conjoncturelles de ces organes (car nous ne pouvons pas leur suggérer une recette organisationnelle et une réponse toute faite), mais les intérêts généraux de l'ensemble de la classe. Notre souci est de toujours homogénéiser et développer la conscience de classe de telle sorte que le développement de la lutte se fasse avec une participation toujours plus massive des ouvriers à celle-ci et une prise en main de la lutte par les ouvriers eux-mêmes et non par une minorité, quelle qu'elle soit. C'est pour cette raison que nous insistons tant sur la dynamique du mouvement et que nous mettons les éléments combatifs du prolétariat en garde contre les tentatives de substitutionnisme ou contre tout ce qui risque de bloquer le développement ultérieur de la lutte et de la conscience. En orientant l'évolution de ces organes dans une direction (réflexion et discussions politiques), plutôt que dans une autre, nous répondons à ce souci de favoriser la dynamique du mouvement. Bien entendu, cela ne signifie pas que nous condamnions toute forme d'Intervention" ou d'action" ponctuelle de la part de ces organes. Il est évident que dès l'instant où un groupe d'ouvriers combatifs comprend que sa tâche n'est pas d'agir en vue de se constituer en para-syndicats mais plutôt en vue de tirer des leçons politiques des luttes passées, cela n'implique pas le fait que cette réflexion politique se fasse dans le vide éthéré, dans l'abstrait et sans aucune conséquence pratique. La clarification politique menée par ces ouvriers combatifs va également les pousser à agir ensemble à l'intérieur de leur usine (et dans des cas plus positifs même au delà de l'usine). Ils vont sentir la nécessité de donner une expression politique matérielle à leur réflexion politique (tracts, journaux, etc.), ils vont sentir la nécessité de prendre position par rapport à des faits concrets qui touchent la classe ouvrière. En vue de diffuser cette prise de position et de la défendre, ils vont donc avoir une intervention concrète. Dans certaines circonstances ils vont proposer des moyens d'action concrets (formation d'A.G., de comités de grève,...) en vue de riposter ou de lutter. Au cours de la lutte elle-même, ils ressentent la nécessité de se concerter pour développer une certaine orientation de la lutte, pour appuyer des revendications permettant d'élargir la lutte, pour insister sur l'élargissement de celle-ci, etc.

Mais, par rapport à cela, même si nous restons attentifs à ne pas plaquer des schémas rigides, il est clair que nous continuons à insister sur le fait que ce qui compte avant tout, c'est la participation active de tous les ouvriers à la lutte, et qu'en aucun cas ces éléments combatifs ne doivent se substituer à cette participation et mener l'organisation et la coordination de la grève à la place de leurs camarades. De plus, il est également clair que plus l'organisation des révolutionnaires augmentera son influence au sein des luttes, plus ces éléments combatifs se tourneront vers elle. Ceci, non pas parce que l'organisation aura mené une politique de recrutement forcé envers ces éléments, mais tout simplement parce que ces éléments prendront conscience qu'une intervention politique réellement active et efficace ne peut se faire que dans le cadre d'une telle organisation internationale.

L'INTERVENTION DES REVOLUTIONNAIRES

Tout ce qui brille n'est pas or. Mettre en évidence que la classe ouvrière fait surgir dans sa lutte des minorités plus combatives ne signifie pas affirmer que l'impact de ces minorités est décisif pour le déroulement ultérieur de la conscience de classe. Nous ne devons pas faire une identification absolue entre expression d'une maturation de la conscience et facteur actif dans le développement de celle-ci.

En réalité, l'influence que peuvent avoir ces comités, cercles, etc. dans le déroulement ultérieur de la lutte est très limitée. Elle est entièrement fonction de la combativité générale du prolétariat et de la capacité de ces comités ou cercles à poursuivre sans cesse un travail de clarification politique. Or, à long terme, ce travail ne peut se poursuivre que dans le cadre d'une organisation révolutionnaire.

Mais là encore aucun mécanisme ne peut avoir cours. Ce n'est pas d'une manière artificielle que l'organisation révolutionnaire gagnera ces éléments. Contrairement à des organisations comme Battaglia Comunista ou le PIC, le CCI ne cherche pas à combler d'une manière artificielle et volontariste un "fossé" qui existerait entre le parti et la classe. Notre compréhension de la classe ouvrière comme force historique et de notre rôle nous empêche de vouloir figer ces comités dans des structures intermédiaires ou de chercher à créer des "groupes d'usine", courroies de transmission entre la classe et le parti.

Se pose alors la question de savoir quelle est notre attitude par rapport à de tels comités, cercles etc. Tout en leur reconnaissant une influente limitée, des faiblesses, nous restons ouverts et attentifs au surgissement de tels organes. Nous leur proposons avant tout une très grande ouverture dans la discussion et nous n'adoptons en aucun cas une attitude de mépris, de condamnation sous prétexte de l'impureté" politique de ces organes. Ceci est une chose. Une autre chose serait de flatter ces organes ou même de concentrer notre énergie uniquement sur eux. Nous n'avons pas à faire une psychose des "groupes ouvriers", comme nous n'avons pas à les ignorer. Tout en reconnaissant le processus " de maturation de la lutte et de la conscience de classe et ses tentatives à se "hisser" vers le terrain politique, tout en ayant conscience que le prolétariat dans ce processus fait surgir en son sein des minorités plus combatives qui ne s'organisent pas nécessairement en organisation politique, nous devons faire attention à ne pas identifier ce processus de maturation avec celui qui caractérisait le développement de la lutte au siècle dernier. Cette compréhension est très importante car elle nous permet d'apprécier en quoi ces comités, cercles, etc. sont véritablement des expressions de la maturation de la conscience de classe, mais des expressions avant tout temporaires et éphémères  et non pas des jalons fixes et structurés, des échelons organisationnels dans le développement de la lutte de classe. Car la lutte de classe en période de décadence se fait par explosions, par surgissements brusques qui surprennent même les éléments les plus combatifs d'une lutte précédente et peuvent les dépasser tout à fait en conscience et en maturité. Le prolétariat ne peut s'organiser réellement au niveau unitaire qu'au sein de la lutte elle-même et au fur et à mesure que la lutte devient permanente, il grossit et renforce ses organisations unitaires.

C'est cette compréhension qui nous permet de mieux cerner en quoi, même si dans certaines circonstances il peut être très positif de mener une discussion suivie et systématique avec ces cercles et de participer à leurs réunions, nous n'avons pas de politique spécifique, de "tactique" spéciale à l'égard de ces comités ouvriers. Nous reconnaissons la possibilité et une plus grande facilité de discuter avec ces éléments combatifs (particulièrement quand la lutte n'est pas encore ouverte) ; nous avons conscience que certains de ces éléments peuvent nous rejoindre, mais nous ne focalisons pas toute notre attention à leur égard. Car ce qui reste avant tout essentiel pour nous, c'est la dynamique générale de la lutte à l'intérieur de la laquelle nous n'opérons aucune classification rigide, aucune hiérarchisation. Nous nous adressons avant tout à la classe ouvrière dans son ensemble. Contrairement aux autres groupes politiques qui essaient de combler l'absence d'influence de minorités révolutionnaires par des procédés artificiels en s'illusionnant sur ces "groupes ouvriers ": le CCI reconnaît son peu d'impact dans la période présente. Nous ne cherchons pas à développer, pour augmenter cette influence, une confiance artificielle des ouvriers à notre égard. Nous ne sommes pas ouvriéristes, comme nous ne sommes pas des mégalomanes. L'influence que nous développerons progressivement au sein des luttes, viendra essentiellement de notre PRATIQUE POLITIQUE en leur sein, et non d'un quelconque rôle de "porteurs d'eau" ou d'une politique de flagorneries. De plus, cette intervention politique, nous l'adressons aux ouvriers dans leur ensemble, au prolétariat pris comme un tout et comme une classe. Nous existons non pas pour nous satisfaire de la "confiance" que nous accorderaient deux, trois ouvriers aux mains calleuses, mais pour homogénéiser accélérer l'épanouissement de la conscience de classe. Et soyons conscients que ce n'est qu'au cours du processus révolutionnaire lui-même que le prolétariat nous accordera sa "confiance" politique, dans la mesure où il reconnaîtra alors que le parti révolutionnaire fait réellement PARTIE de son combat historique.

[1] AAU, Allgemeine Arbeiter Union : Union Générale des Travailleurs. Les 'unions" ont été des tentatives de créer des formes d'organisation permanentes regroupant l'ensemble des ouvriers en dehors des syndicats et contre eux, en Allemagne, dans les années qui suivirent l'écrasement de l'insurrection de Berlin en 1919. Elles exprimaient une nostalgie des conseils ouvriers, mais ne parvinrent jamais à en remplir la fonction.
[2] Groupes d'ouvriers en Belgique.
[3] Le groupe français PIC (Pour une Intervention Communiste) vécut pendant quelques mois convaincu et cherchant à convaincre tout le monde, qu'il participait au développement d'un réseau de "groupes ouvriers", qui constitueraient une puissante avant garde du mouvement révolutionnaire. Il fondait et entretenait cette illusion sur la réalité squelettique de deux ou trois groupes constitués pour l'essentiel d'éléments "ex-gauchistes". Il ne reste plus grand chose de tout ce bluff.
[4] Il s'agit de rencontres organisées regroupant des délégations de différents groupes, collectifs, comités ouvriers...