lundi 14 octobre 2013

Solidarité ouvrière avec nos frères de classe de Port Saïd et d'Egypte !



Nous reproduisons ci-après une prise de position politique de la Tendance Communiste Internationale dont nous partageons l'analyse et les orientations politiques et que nous appuyons.
La FGCI, mars 2013.


Les événements à Port-Saïd

     (Tendance Communiste Internationaliste)


Nous publions cette prise de position sur ce qui se passe à Port-Saïd en Égypte bien que les nouvelles soient limitées (ignorées au niveau international par les médias officiels) et ne soient pas toujours cohérentes. Mais toutes les sources consultées sont d'accord pour attester de l'agitation politique qui existe dans la ville égyptienne.
L'information est encore rare mais quelques faits parlent d'eux-mêmes. Après des manifestations de rue, la colère a explosé à la suite des 21 condamnations à mort prononcées pour le massacre à Port-Saïd. Lors d'une manifestation spontanée contre ces sentences, la police de Morsi a fait 40 victimes supplémentaires. Après cela, la police a été obligée d'abandonner la ville en la laissant aux mains des manifestants. En ce moment même, l'ordre public, le trafic et la production liées au Canal de Suez sont aux mains des insurgés. Port-Saïd est devenu une sorte de zone libre où l'État a dû temporairement hisser le drapeau blanc. S'il est vrai que les condamnations à mort des 21 jeunes et les 40 victimes qui ont suivi, ont été les amorces tragiques de la rébellion, il est aussi vrai que les conséquences dévastatrices de la crise économique et l'arrogance réactionnaire du gouvernement islamiste de Morsi en ont été un élément décisif.
Finalement, après deux ans de tensions dans les rues, d'élections arrangées, de fraude et de trahison des espérances les plus basiques, quelque chose a rompu. Le principal fait, s'il est confirmé, est que les ouvriers de Port-Saïd ont été les premiers à déclencher la révolte, en particulier les travailleurs du port, ceux des transports et des ouvriers d'autres usines. Le trafic maritime a été stoppé, des usines fermées et la mobilisation de la ville semble être générale et déterminée. Le mouvement, tout en se protégeant contre l'inévitable réaction du gouvernement, doit aussi régler nombre de problèmes en son sein.
Le premier danger est le risque d'isolement. Les ouvriers de Port-Saïd doivent activement rechercher l'aide militante, pratique, de tous les travailleurs égyptiens, des usines du Caire à celles d'Alexandrie, d'Ismaïlia et d'Assiout. La seule manière d'éviter l'isolement et de pouvoir continuer le combat est d'élargir la lutte et d'ouvrir de plus grandes perspectives. Tout gouvernement bourgeois sait attendre. Il sait attendre que la colère se consume dans tel ou tel acte de protestation, même fort et violent, pour pouvoir reprendre en main par la force la situation qui lui échappait auparavant. La manœuvre est plus simple et plus efficace si le soulèvement est isolé, s'il concerne qu'un seul secteur de la production ou une zone restreinte du point de vue géographique. Rompre l'isolement, chercher la solidarité prolétarienne, ne sont pas seulement nécessaires tactiquement mais ce sont les conditions pour que la lutte continue ; sinon la répression s'abattra lourdement sur les manifestants.
Plus la lutte se développe de manière frontale, loin des sirènes conservatrices appelant au réformisme, qu'il soit laïc ou religieux, plus elle peut servir de modèle pour les prolétaires de toute l'Afrique du Nord avec l'espoir de donner un début de signification de classe à l'échec du « Printemps arabe ». A ce stade, les prolétaires de la zone du Canal de Suez ne doivent pas tomber dans le piège réformiste de croire qu'il est possible de gérer d'une manière différente les affaires publiques dans le cadre du capitalisme qui les entoure. Ce n'est pas en demandant seulement la chute du gouvernement Morsi et le respect des libertés démocratiques, ou en agissant dans le cadre politique de la désobéissance civile, que les choses changeront radicalement. Le mouvement qui a eu la force de se révolter contre l'autoritarisme meurtrier du gouvernement islamiste, de se libérer des chaînes des forces politiques traditionnelles, qui a essayé de se présenter comme sujet politique autonome, doit continuer sur cette voie sans retomber dans les options que le réformisme radical offre, ou se retrouver dans les oripeaux usés du jeu démocratique.
Le prolétariat européen qui subit aussi la même exploitation de l'autre côté de la Méditerranée, doit assumer son rôle. La solidarité de classe qui s'est exprimée récemment ici ou là au cours de quelques épisodes de lutte, devrait saisir l'occasion pour se réaffirmer sur la scène internationale. Il est vrai que toutes les raisons sont réunies pour que les rues des villes européennes se remplissent et s'agitent contre les différentes politiques et les lourds sacrifices qui leur sont demandés. Si elles le font, ce ne doit pas être dans un seul secteur ou sous le drapeau de telle ou telle politique syndicale, ou de telle ou telle force politique « réformiste de gauche » ; mais sur la base de la véritable solidarité de classe, au-delà des frontières nationales et des particularismes. C'est aujourd'hui une bonne occasion pour commencer.
Un dernier point. La spontanéité, la détermination d'une lutte qui s'oppose immédiatement au gouvernement, à sa police, est vouée à l'échec si elle n'élabore pas une tactique, une stratégie et un programme qui dépassent les pièges du capital, pour créer une véritable alternative sociale qui soit une autre manière de produire et de distribuer cette richesse dontprolétariat égyptien, comme la classe ouvrière internationale, est le seul créateur. Cependant, si nous en restons au niveau de la désobéissance civile, si le mouvement ne se fixe comme objectif que le renversement du gouvernement de Morsi au profit d'une « véritable démocratie », sujette à toutes les pressions du capitalisme, comme le mouvement de la Place Tahrir le fit avec Moubarak, le résultat en sera le même si ce n'est pire.
FD (TCI), 6 Mars 2013

La bourgeoisie prépare son appareil de répression

Bulletin communiste international #11 – FGCI 

La crise économique s’approfondissant, la bourgeoisie et ses instruments de répression se consolident. Partout dans le monde, les forces policières agissent de plus en plus violemment et avec la bénédiction des démocraties. C’est principalement dans les démocraties que la répression frappe : arrestations sans motif, arrestations massives, encerclement des manifestations et agents provocateurs à l’intérieur, surveillance des prolétaires en lutte, meurtres, tortures, nouvelles et anciennes lois (le "Patriot Act" américain a fait des petits partout) donnant à des individus et des policiers plus de pouvoir pour ne pas dire "tous les pouvoirs". Dans plusieurs pays, les forces policières bénéficient de l’aide des syndicats pour isoler les luttes ouvrières ou encadrer les manifestants. L’attirail d’armes augmente de plus en plus et est largement utilisé :Taser (Pistolet à décharge électrique), Flash Ball (balles de caoutchouc ou de plastique) et même balles réels. La police n’est pas neutre, elle est formée, armée et éduquée pour protéger le système capitaliste, c’est là son but principal.
Voici quelques exemples dans le monde qui ne représentent qu’une infime partie des agissements des forces policières et militaires et de la liberté qu’ils ont d’agir, cautionnés par les médias, juges, lois et commissions d’enquête. Les arrestations massives et les meurtres de manifestants et de militants sont de plus en plus banalisés par les médias des démocraties. Les armées se renforcent autant pour nous amener à la guerre que pour s'opposer aux soulèvements ouvriers.

USA
Le vigile George Zimmerman a été acquitté du meurtre de l’adolescent noir Trayvon Martin. Il avait plaidé la "légitime défense". Les faits remontent à février 2012. L’adolescent, qui ne portait pas d’arme, a été tué par Zimmerman d’une seule balle lors d’une ronde de surveillance. Une loi, valide dans un grand nombre d’États américains permet aux forces de répression bourgeoises de tuer quiconque si on "s'estime en danger" d’être agressé. C’est cette loi que l’avocat a mise de l’avant pour faire acquitter Zimmerman.
Et du côté militaire, l'armée américaine dispose d'un Centre d'entraînement urbain de 4 kilomètres carrés au centre-sud de l'Indiana qui se targue de plus de 1500 « structures d'entraînement » conçues pour simuler des maisons, des écoles, des hôpitaux et des usines. Le site web de ce centre affirme qu'il « peut être adapté pour reproduire des situations étrangères tout comme nationales. »

France

Des lésions oculaires irréversibles de manifestants en France ont été faites par des décharges de Flash-Ball (aux Mureaux en 2005, à Clichy-sous-Bois en 2006, à Nantes en 2007, à Toulouse, Montreuil, Neuilly-sur-Marne ou Villiers-le-Bel en 2009).
Et du côté militaire, l’armée française a fait construire une ville et un village. La ville de Jeoffrécourt est une ville factice, créée de toutes pièces par l'armée française afin d'entraîner ses troupes à la guérilla urbaine, le mode de combat le plus usité du XXIe siècle. Jeoffrécourt condense tous les scénarios des conflits récents, du Kosovo à l'Afghanistan, mixant pavillons périurbains et immeubles abandonnés. On y standardise les combats et les situations de guerre. Dans cette ville fantôme, les militaires en formation peuvent s'emparer d'une ville, d'une église ou se planquer dans un cimetière. Trottoirs, éclairage public et volets qui claquent, tout y est reproduit à l'échelle.
Quant au village Beausejour, il est constitué de 63 maisons, toutes différentes, de nombreux obstacles (barrières, barricades, gravats), de différents types de rues (larges, étroites, en S ou dégagées). Il se compose de différents modules : le village en lui-même, une zone de bidonville dans laquelle il est impossible d'entrer avec des véhicules, un camping formé de caravanes (peut-être pour s’y entraîner à expulser les Rom), une rue créée de toutes pièces et un hameau dit défensif.

Canada
- Un premier policier torontois à être traduit en justice sous des accusations criminelles à la suite des manifestations contre la réunion du G20 à Toronto en juin 2010 a été acquitté récemment. Le constable Glenn Weddell avait été accusé après que le journaliste Dorian Barton eut subi une fracture à l'épaule, le 26 juin 2010. Dorian Barton s'était aventuré sur le terrain de l'Assemblée législative de l'Ontario durant une manifestation. Il a raconté, dans son témoignage, avoir été heurté par-derrière alors qu'il photographiait des policiers à cheval.
- Un mois après que la police de Toronto eut abattu Sammy Yatim, la ministre ontarienne de la Sécuritaire communautaire, Madeleine Meilleur, a annoncé que tous les policiers de la province pourront être équipés d'un Taser.
- Suite à la répression féroce et scandaleuse exercée contre les étudiants, le chef du Service de police de la ville de Montréal et le directeur de la Sûreté du Québec se sont présenté devant une commission bidon d’enquête à propos des événements du printemps 2012 au Québec. Ils ont affirmé que les policiers ont fait un « travail remarquable » dans un contexte difficile et inédit. Rappelons qu’il y a eu plus de 3000 arrestations dont plusieurs avec blessures graves (œil crevé, oreille arraché et traumatisme crânien). Ils envisagent d’utiliser de nouvelles armes chimiques. Aucun policier n’a, bien évidemment, été un tant soit peu poursuivi.

Comme le disait, il y a un siècle déjà, Rosa Luxemburg : "Souillée, déshonorée, pataugeant dans le sang, voilà comment se présente la société bourgeoise, voilà ce qu'elle est."
Ouvrons bien les yeux et la conscience sur ce qu'est réellement la démocratie bourgeoise.
Steve (CIK), septembre 2013

Sur les rivalités impérialistes en Syrie et l'abandon des principes marxistes par le CCI



Bulletin communiste international #11 – FGCI 

Lutte contre l'opportunisme


Sur les rivalités impérialistes en Syrie et l'abandon des principes marxistes par le CCI




(Correspondance)



Nous venons juste de recevoir le texte qui suit d'un « groupe » que nous ne connaissons pas et signant Explorateurs en lendemains... Le lecteur pourra lire dans notre lettre de réponse qui suit les raisons pour lesquelles nous partageons le but politique que visent les camarades en rédigeant ce texte et en le faisant circuler même si nous ne sommes pas d'accord avec les éléments d'analyse et les conclusions en terme d'alignement impérialiste.


La Syrie


En parcourant les quelques articles du milieu révolutionnaire prolétarien consacrés à la tragédie qui se déroule en Syrie on est frappé par le sentiment dimpuissance de ce même milieu. Son incapacité congénitale à parler dune même voix et à se faire entendre est malheureusement patente et récurrente. Mais ce nest pas la seule faiblesse de ce milieu, loin sen faut.
Nous navons pas la prétention davoir lu tout ce que le milieu a pu écrire sur la Syrie depuis le début des évènements marquants dans ce pays en Mars 2011, mais la rareté des expressions sur ces évènements rejoint aussi lindigence des analyses. Certaines tournent le dos au marxisme et tendent à abandonner les principes fondamentaux du mouvement communiste et a glisser sur le terrain de ladversaire.
Cest le cas dun article de Révolution Internationale : « Syrie: guerre impérialiste ou solidarité de classe » (Révolution Internationale / Septembre 2013)
Si lon fait abstraction des habituelles litanies au sujet de la décadence, de la décomposition et du chaos, qui servent de cadre danalyse à ce courant, et de passe partout, ainsi que de lappel de principe au prolétariat mondial, entité parfaitement inexistante à lheure actuelle, que nous apprend cet article?
Tout dabord ce que tout le monde sait et que même la presse bourgeoise la plus vile rappelle dans ses torchons crasseux: les armes chimiques existent depuis la 1° guerre mondiale, et nont jamais cessé dêtre produites, perfectionnées, vendues et utilisées, y compris par ceux qui signent des traités et conventions contre elles.
Ensuite lauteur promet de nous révéler « quelles sont les véritables causes du conflit en Syrie ». Mais il nen fait rien, et à aucun moment ne cherche à le faire.
Dailleurs les arguments guerriers des impérialismes français et américains quon se doit de combattre 1 ne se rattachent pas à une quelconque explication des causes du conflit, mais aux moyens dempêcher Bachar Al Assad dutiliser les armes chimiques en sa possession, et de dissuader lIran de poursuivre son programme nucléaire. Que ces arguments ne soient que sophismes grossiers cachant mal leurs desseins impérialistes est une autre affaire quil serait intéressant de développer par ailleurs. Et cest entre autre ce quon était en droit dattendre au minimum dun tel article.
Mais en réalité cet article ne nous apprend rien du tout. Sa seule raison dêtre étant de ressasser la ligne du courant en cherchant à en prouver la prétendue validité dans lactualité.
Or cette ligne aboutit à des affirmations on ne peut plus naïves et dangereuses : « Depuis leffondrement de lURSS il ny a plus de blocs, plus de risques dune troisième guerre mondiale généralisée. »
Et en cela il chante la même berceuse aux prolétaires que les impérialistes eux-mêmes. Propagande soporifique.
Les guerres que les bourgeoisies impérialistes mènent un peu partout dans le monde viseraient justement, à les en croire, à éviter la prolifération des armes de destruction massive quils possèdent eux-mêmes en quantités hallucinantes et en qualité nécessairement considérablement supérieure à tous les Etats qui cherchent à sen doter, et par conséquent à éviter une troisième guerre mondiale. A chaque guerre on brandit limage dun nouvel Hitler quil faut écraser avant quil ne soit trop tard: Saddam Hussein, Kadhafi, Bachar Al Assad. Mais tout cela cache mal les intérêts proprement impérialistes qui les motivent. Au premier rang desquels le maintien de lordre capitaliste dans le monde entier et le renforcement de leur nation sur le marché mondial.
Le soutien indéfectible à certains régimes théocratiques, dictatoriaux, voire mafieux, par les Etats-Unis (Israël, Arabie Saoudite, Afghanistan ...) comme par la Russie et la Chine ( Syrie, Iran, Corée du Nord …) ou la France ( Maroc, Qatar, Emirats Arabes Unis…), rend caduque les mélopées de ces bourgeoisies sur lair des libertés démocratiques, quelles ne respectent même pas sur leur propre territoire national. Dailleurs, le peu de cas porté, même si officiellement on a assisté aux gémissements ridicules de Fabius et aux sermons d Obama, entrant en contradiction pour loccasion avec Kerry, à la violente et sanglante reprise en main parfaitement antidémocratique du pouvoir par larmée en Egypte dissimule mal lappui effectif apporté par tous les bons samaritains de limpérialisme aux généraux égyptiens (ceux-ci auront été privés de dessert: manœuvres militaires conjointes avec les USA), après avoir joué la carte des Frères Musulmans contre la révolution. Le précédent algérien avait déjà donné le ton il y a quelques décennies en matière de défense des droits démocratiques. Ce qui alimenta tout particulièrement le terrorisme des courants islamistes radicaux à léchelle internationale.
Un autre sophisme guerrier des impérialismes invoque la lutte contre le terrorisme. Mais si le terrorisme, principalement islamiste, constitue une menace pour les puissances impérialistes, cest quil vise à renverser les régimes quelles soutiennent en fonction des mêmes intérêts. Toutefois elles ne dédaignent pas de lutiliser contre les Etats qui coopèrent avec les impérialismes concurrents. Ce fut le cas en Afghanistan (notamment avec les Talibans et Ben Laden lui-même), ce fut aussi le cas au Caucase, en Lybie et actuellement en Syrie, pour ce qui est des impérialismes occidentaux, et de laxe franco-anglo-américain. Mais les impérialismes Russe et Chinois, voire limpérialisme naissant en Inde et au Pakistan, ne sont pas en reste (Cachemire, Népal, Tibet, Caucase, Indochine, Sri Lanka, Indonésie…).
Au lieu dapercevoir la recomposition inéluctable des alliances impérialistes et la dynamique inexorable du MPC qui tend vers le conflit généralisé, RI voit tout le contraire:
« Seulement la discipline de bloc aussi a volé en éclats. Chaque nation joue depuis sa propre carte, les alliances impérialistes sont de plus en plus éphémères et de circonstance… ainsi les conflits se multiplient sans quaucune bourgeoisie ne puisse plus rien contrôler. Cest le chaos, la décomposition grandissante de la société. »
Comme si dans les alliances qui ont provoqué la première guerre mondiale chacun navait pas « joué sa propre carte »! Comme si dans les nouvelles alliances qui se sont nouées pour la deuxième il ny avait pas eu un grand jeu, un double et triple jeu de la part de chaque nation concurrente! Quelle pitoyable innocence! Comme si les Etats-Unis navaient pas agressés leurs propres alliés européens, comme si lURSS navait pas pactisé avec lAllemagne hitlérienne avant de passer un accord avec les Etats-Unis, et le rompre dès quil lui fut possible. Comme si dans les deux blocs daprès guerre il ny avait pas une guerre permanente entre membres dun même bloc, et comme sil ny avait pas eu de non-alignés, etc. Et pourtant, cest bien à cette époque des blocs que le danger dun troisième conflit sétait en réalité le plus éloigné.
On ne peut pourtant pas dire non plus que lalliance entre la France, lAngleterre et les Etats-Unis soit vraiment éphémère et de circonstance depuis 2001! La France est aux côtés de lAngleterre et des Etats-Unis en Afghanistan (2002), en Irak (2003), en Lybie (2011), au Mali (2012), en Syrie (2013). On lentend hurler au loup avec ses acolytes contre lIran, comme contre Bachar Al Assad.
Depuis la fin des années 90 la bourgeoisie française a opéré un tournant en politique extérieure. Avec le retour des socialistes au pouvoir et la cohabitation Jospin/Chirac, la politique atlantiste fut ravivée. Cette derniere opéra un rapprochement avec Israël au détriment des palestiniens. Encore une fois la politique extérieure de la bourgeoisie française a favorisé le développement du terrorisme islamiste, en loccurrence celui du Hamas en Palestine, comme elle avait attisé celui du GIA en Algérie. On doit dailleurs considérer pareillement la responsabilité de cette bourgeoisie néocoloniale dans les affaires intérieures au Liban via la fraction chrétienne.
Lacharnement de celle-ci à vouloir intervenir militairement dans cette région contre vents et marée trouve sa raison dêtre réelle dans sa tentative de retrouver une influence prépondérante dans ce qui fut ses anciennes colonies après le Traité de Sèvres en 1920. Le recul de son influence au Liban, surtout avec la montée en puissance du Hezbollah allié à la Syrie, est un des motifs du revirement de la politique extérieure de la bourgeoisie française au proche orient à la fin des années 90.
Cette politique extérieure qui vit se resserrer les liens diplomatiques et militaires entre la France et les Etats-Unis fut confirmée par le retour de la droite au pouvoir avec lappui de toutes les forces de gauche… sous la présidence de Chirac. Elle fut même consolidée sous Sarkozy malgré certaines frictions apparentes et trouve son couronnement avec Hollande et la gauche au pouvoir.
Néanmoins une alliance impérialiste nopère pas seulement sur le plan de la diplomatie, elle trouve son point dorgue dans une alliance militaire et son opérationnalité sur le terrain des conflits. Or cest bien ce qui se réalise au travers des conflits successifs en Lybie, au Mali et en perspective en Syrie, même si un certain recul momentané des préparatifs militaires semblent officiellement avérés. Lefficacité du dispositif militaire entre les trois puissances a été rodé pour ainsi dire au cours des guerres doccupation en Afghanistan et en Irak. Mais il a été véritablement opérationnel avec la guerre en Lybie, puis au Mali.
Mais lapothéose de cet article réside dans lidée que lopinion publique a fait reculer la bourgeoisie anglaise au… parlement! Comble du crétinisme parlementaire. Le CCI a oublié que le parlement ne reflète pas lopinion publique mais le point de vue dominant dans la bourgeoisie elle-même, et que celui-ci modèle à son tour lopinion publique (la bourgeoisie détenant tous les médias et tous les moyens de propagande). Opinion publique matière plastique disait BORDIGA!
Et le CCI emboîte le pas à la presse bourgeoise. Après avoir anesthésié les prolétaires avec la chansonnette sur limpossibilité dune nouvelle guerre mondiale, le CCI finit de lendormir avec la berceuse sur la démocratie et lopinion publique.
La même magie de la démocratie agirait aux Etats-Unis. Mais en réalité, et contrairement à ce qui est affirmé aussi dans un article paru dans Le Monde le 26/09/2013, ce nest pas lopinion publique qui a freiné les ardeurs de la bourgeoisie américaine, mais, derrière les menaces militaires, un calcul diplomatique et le danger évident dune escalade incontrôlable non seulement au plan régional, mais encore au plan mondial.
Sur le plan intérieur à la Syrie les progrès constants des groupes islamistes armés et notamment ceux qui sont directement liés à Al Qaïda vient de sillustrer par une rupture de plus dune dizaine de ces groupes parmi les plus efficaces militairement, à commencer par lArmée syrienne libre elle-même davec la Coalition nationale syrienne, seule interlocutrice des impérialistes occidentaux. Par conséquent, une intervention sans troupes au sol est beaucoup trop risquée quand à savoir qui semparera du pouvoir quand le dictateur de Damas sera éliminé par les missiles.
Ce nest pas que ces troupes ne pourraient pas intervenir, car elles sont pré-positionnées en Jordanie et certainement aussi en Israël et en Turquie, Le Figaro ayant révélé quen Jordanie stationnaient non seulement les forces spéciales, mais encore 2 compagnies de combat et un détachement du 13° régiment de Dragons parachutistes. Une autre information du Figaro relatait que larmée syrienne aurait utilisé larme chimique en Aout suite à la pénétration des forces spéciales en Syrie. En somme il sagissait dun avertissement. Quoiquil en fut réellement, et il y a de forte chance pour que nous ne le sachions jamais, on comprend mieux la fameuse ligne rouge des EU…
Au plan mondial, les autres impérialismes, au premier rang desquels limpérialisme russe, principal soutient de lEtat syrien, sont résolument opposés à toute intervention militaire adverse. Or non seulement la Russie possède une base militaire en Syrie, dans le port de Tartous, et il sagit de la seule base russe en Méditerranée, mais encore elle est en train de déployer des navires de guerre un peu partout. Il en est de même, dans une moindre mesure, de la Chine.
La plupart des puissances émergentes y sont aussi opposées. Non seulement laxe franco-anglo-américain se trouve entravé au niveau de lONU, mais encore il peine à réunir une coalition de pays à même de le soutenir en cas de dérapage. Au contraire il voit se dessiner une alliance adverse qui trouve un appui relativement important dans ces puissances émergentes.
Cest pour toutes ces raisons que laxe occidental a reculé en bon ordre et a fait mine davoir fait avancer les choses sur le plan diplomatique. Et certainement pas par respect de lopinion publique et de la démocratie. Il en faudra beaucoup plus pour faire reculer limpérialisme, à commencer par un petit peu plus de rigueur marxiste (défaitisme et internationalisme ) et dunité dans la propagande du milieu révolutionnaire dans les pays des camps qui se dessinent. Mais surtout une véritable mobilisation prolétarienne de classe contre la bourgeoisie.
Explorateurs en lendemains, Septembre 2013.


Rosa Luxemburg contre l'opportunisme... du CCI actuel et sa liquidation d'un des principes marxistes quant à la seule perspective du capitalisme : 

une 3ème guerre impérialiste généralisée


« Ces événements, qui se succédèrent coup sur coup, créèrent de nouveaux antagonismes en dehors de l'Europe : entre l'Italie et la France en Afrique du Nord, entre la France et l'Angleterre en Égypte, entre l'Angleterre et la Russie en Asie centrale, entre la Russie et le Japon en Asie orientale, entre le Japon et l'Angleterre en Chine, entre les États-Unis et le Japon dans l'océan Pacifique - une mer mouvante, un flux et reflux d'oppositions aiguës et d'alliances passagères, de tensions et de détentes, au milieu de laquelle une guerre partielle menaçait d'éclater à intervalle régulier entre les puissances européennes, mais, chaque fois, était différée à nouveau. Dès lors, il était clair pour tout le monde :
1) Que cette guerre de tous les États capitalistes les uns contre les autres sur le dos des peuples d'Asie et d'Afrique, guerre qui restait étouffée mais qui couvait sourdement, devait conduire tôt ou tard à un règlement de comptes général, que le vent semé en Afrique et en Asie devait un jour s'abattre en retour sur l'Europe sous la forme d'une terrible tempête, d'autant plus que ce qui se passait en Asie et en Afrique avait comme contre-coup une intensification de la course aux armements en Europe.
2) Que la guerre mondiale éclaterait enfin aussitôt que les oppositions partielles et changeantes entre les États impérialistes trouveraient un axe central, une opposition forte et prépondérante autour de laquelle ils puissent se condenser temporairement. Cette situation se produisit lorsque l'impérialisme allemand fit son apparition. »
(La Brochure de Junius, ch.3, le développement de l'impérialisme, 1915, nous soulignons).


1 Primo parce que les communistes doivent face aux menées impérialistes mettre en œuvre, lorsque c’est possible, mais en défendre en toutes circonstances le principe, le défaitisme révolutionnaire qui consiste à s’opposer à sa propre bourgeoisie, en l’occurrence la bourgeoisie française alliée pour l’heure à celle des Etats-Unis. Secundo parce que la bourgeoisie française est au premier plan de cette croisade. Tertio parce qu’elle constitue avec ses alliés le centre de la contre-révolution, le cœur même du capitalisme le plus avancé et le plus mystificateur et qu’il faut en finir avec le chauvinisme occidentalo-centrique cultivé dans les masses ouvrières de petits blancs et dont le réformisme ouvrier s’est fait le champion.

Notre réponse aux Explorateurs en lendemains...

La Fraction de la Gauche communiste internationale
Aux Explorateurs en lendemains,
Chers camarades,
Nous avons reçu et discuté votre prise de position « La Syrie ». Même si nous ne partageons pas l'analyse de la dynamique des rivalités impérialistes qui est avancée dans le texte, nous nous associons complètement à la défense des principes du mouvement communiste qui y est présentée contre leur remise en cause – en général – et leur liquidation – en particulier – par le CCI actuel au nom de la théorie de la « Décomposition ».
En particulier, nous partageons complètement les passages suivants :
  • Au lieu dapercevoir la recomposition inéluctable des alliances impérialistes et la dynamique inexorable du MPC qui tend vers le conflit généralisé, RI voit tout le contraire” ;
  • Mais l’apothéose de cet article réside dans l’idée que l’opinion publique a fait reculer la bourgeoisie anglaise au… parlement! Comble du crétinisme parlementaire.” ;
  • Or cette ligne aboutit à des affirmations on ne peut plus naïves et dangereuses : « Depuis leffondrement de lURSS il ny a plus de blocs, plus de risques dune troisième guerre mondiale généralisée. » Et en cela il chante la même berceuse aux prolétaires que les impérialistes eux-mêmes. “
Le fait que nous soyons en désaccord avec l'analyse sur les “alliances” impérialistes d'aujourd'hui, par exemple l'affirmation “pro-américaine” de l'alignement impérialiste de la France1 selon votre texte, n'est à nos yeux qu'une question secondaire, même si c'est bien sûr important, et non pas une question de “principe”. Aujourd'hui, la ligne de fracture ou d'opposition, l'enjeu du combat politique autour de la question impérialiste, dans le camp prolétarien – et évidemment aussi face à la propagande de la bourgeoisie – n'est pas sur l'analyse de la dynamique des alignements des rivalités impéralistes, sur quelle tendance à la “polarisation”, mais sur la défense des “principes fondamentaux du mouvement communiste” telle que le texte la développe.
De même, nous pouvons être d'accord en soi avec le constat du sentiment d'impuissance du milieu révolutionnaire prolétarien et son incapacité à parler d'une seule voix. Néanmoins, nous ne sommes pas sûrs que nous ayons la même vision et compréhension de ce camp communiste ce qui nous amène, pour notre part, à avoir une vision définie et concrète de comment lutter pour cet objectif. Pour ce qui est de notre vision des forces révolutionnaires aujourd'hui et dans l'intervention que nous voulons y donner, vous pouvez vous réfèrer à nos prises de position dans nos bulletins ; en particulier à nos débats2 avec les Communistes Internationalistes -Klabastalo de Montréal à qui nous venons d'envoyer ton texte.
Donc, il résulte de tout cela que nous sommes “interpellés” positivement, “curieux” et intéressés à en savoir plus tant sur l'objet de votre texte et son envoi que sur votre démarche générale – voire sur votre positionnement par rapport à nos positions et notre orientation politique. Nous sommes donc ouverts à toute discussion, contradictoire ou non, avec vous.
Dans l'attente de votre réponse, salutations communistes.
La FGCI, le 28 septembre 2013
1Le texte semble mettre en avant un pôle « emergent » autour de la Russie avec la Chine et les principaux pays dits émergents contre l'alliance autour des Etats-Unis. Nous relevons aussi que le texte – certes court et pour cela sans doute incomplet de votre point de vue – ne dit rien sur le rôle historique de l'Allemagne comme puissance impérialiste. Pour notre part (cf. nos prises de position dans nos bulletins de la FICCI et de la FGCI), nous défendons l'analyse selon laquelle la dynamique des rivalités impérialistes menant à la guerre généralisée si le prolétariat ne réussit pas à imposer sa perspective révolutionnaire, pousse à l'affirmation croissante – mais non moins contradictoire comme tout processus – d'un pôle « européen » autour de l'Allemagne – pour « faire simple » – et opposée à un pôle « anglo-saxon » – pour « faire encore plus simple ».