mardi 28 août 2012
La perspective historique du « communisme » est la clé des luttes actuelles du prolétariat
La Fraction de la Gauche communiste
internationale a publié son bulletin #9 du 15/ 08/2012 Nous éditons l’article
ci-dessous avec lequel nous sommes totalement en accord.
Les Communistes Internationalistes
Klasbatalo
****************
Contraints de mentionner la mobilisation
ouvrière autour de la lutte des mineurs espagnols - ils ne pouvaient l'ignorer
au risquede se déconsidérer complètement -, les médias bourgeois se sont empressés
de faire à nouveau le black-out sur ce chapitre après la manifestation des
mineurs à Madrid (11 juillet) mettant à profit la période d'été et les jeux
olympiques. La censure que les médias internationaux exercent sur les réactions
ouvrières à la crise est une illustration en creux de la menace que représente
pour l'ordre capitaliste la dynamique de luttes ouvrières internationale et qui
parcourt tout particulièrement l'Europe. Après la Grèce, c'est donc au tour de
la péninsule ibérique, en Espagne et au Portugal, où le prolétariat est obligé
d'essayer de réagir face aux conditions de vie qui lui sont maintenant
imposées. Et le silence exercé par la classe dominante n'enlève rien à la
réalité des multiples ripostes ouvrières de cet été.
Après la Grèce, la mobilisation ouvrière autour de la lutte des mineurs des
Asturies a tendu à focaliser l'attention du prolétariat international et a
représenté pour la classe ouvrière en Espagne un foyer dans lequel tous se
reconnaissait. La participation massive de la population ouvrière de Madrid à
la «Marche noire » des mineurs ainsi que l'accueil chaleureux qu'ils ont reçu
dans tout le pays témoignent du fait que tous les ouvriers espagnols tendaient
à s'identifier à ce combat et étaient conscients de la nécessité d'une riposte
unie de tous les secteurs et de toutes les régions pour faire face à l'État.
L'exercice d'une violence de classe pour se défendre face à la répression
bourgeoise, les tentatives de paralyser le fonctionnement de l'État et de
l'économie capitaliste par le barrage des transports et l'occupation des villes
des bassins miniers, ont montré à tous la voie à suivre et c'est en cela que
l'ensemble du prolétariat espagnol s'est reconnu dans ce combat. C'est surtout
dans cette mobilisation d'un secteur « traditionnel » et « historique » de la classe ouvrière, fort de décennies
de luttes que ce soit sous la République espagnole dans les années 1930 comme
sous la dictature de Franco par la suite, a définitivement montré les « limites
» du fameux mouvement des « indignés » et, en réalité, l'exemple-piège que
celui-ci représentait pour le combat du prolétariat. Les mineurs asturiens ont
rappelé à tous que le combat contre les attaques capitalistes dues à la crise
n'était pas un combat de « citoyen » pour une meilleure démocratie, mais bel et
bien le combat d'une classe exploitée contre une autre classe dominante et
exploiteuse qu'elle soit « démocratique » ou non.
Dans ce sens, la lutte des mineurs et la mobilisation qu'elle a entraîné
dans tout le pays, est un exemple à suivre, la voie à reprendre dans tous les
pays.
Néanmoins, il faut aussi relever que cette mobilisation - à ce jour, les
mineurs ont globalement cessé leur grève sans rien obtenir et les mesures
d'austérité continuent de s'abattre sur la classe ouvrière espagnole - n'a pas
débouché sur une élévation du combat de classe contre la bourgeoisie et son
État au point d'ébranler ce dernier et lui faire, ne serait-ce que
momentanément, retirer ses attaques économiques.
Pourquoi la colère ouvrière réelle, généralisée, la volonté de se battre,
le sentiment qu'il faut y aller tous ensemble, n'ont-ils pas réussi à modifier
de manière significative le rapport de forces entre les classes ? La
manifestation ouvrière à Madrid, malgré son succès et le renfort de la
population ouvrière de la capitale espagnole, a fini par représenter une
impasse et une sorte de fin - momentanée au moins. Pourquoi ? Est-ce simplement
dû au fait que les syndicats ont gardé le contrôle sur la mobilisation
ouvrière, sur l'organisation de la Marche sur Madrid, sur les mots d'ordre et
les revendications - souvent régionalistes et corporatistes -, au fait qu'ils
ont même en partie réussi à retourner contre les ouvriers l'usage de
l'auto-défense contre la répression en en faisant un mythe et une fin en soi,
limitant ainsi au maximum tout risque de réelle extension et généralisation du
mouvement ? Certainement, les syndicats et les forces politiques de gauche ont
joué leur rôle et tout fait pour enfermer lesouvriers dans leur spécificité de «
mineurs » et dans les « sauvons notre région » - et malheureusement aucun
groupe communiste n'a pu, ou n'a su(Note 1), intervenir, s'opposer aux côtés
des ouvriers aux impasses et sabotages syndicaux, et avancer des mots d'ordre
et des perspectives d'actions alternatives. Mais ceci ne suffit pas à expliquer
les limites des luttes ouvrières actuelles - car les limites de la mobilisation en Espagne sont sensiblement les mêmes
que celles que le prolétariat international rencontre un peu partout.
Pourquoi le rôle des agents de la bourgeoisie en milieu ouvrier, syndicats,
partis de gauche, gauchistes, et leur action ne suffisent pas pour expliquer
que la classe ouvrière n'arrive pas à ce jour à porter ses luttes au niveau
requis par la situation (gravité de la crise capitaliste et des attaques) ?
Alors que jamais dans l'histoire du capitalisme - nous pesons nos mots -, les
conditions objectives n'ont autant favorisé l'évolution du rapport de forces
entre les classes en faveur du prolétariat. Jamais dans l'histoire du
capitalisme, la bourgeoisie a dû attaquer le prolétariat avec une telle force -
nous n'en sommes qu'au début - et de manière aussi frontale, dans tous les pays
et dans tous les secteurs, au même moment, alors que l'ensemble de la classe
ouvrière – bien que subissant le matraquage mensonger incessant de l'idéologie
bourgeoise - n'en reste pas moins loin d'adhérer aux grands thèmes
nationalistes, démocratiques, anti-terroristes, anti-fascistes ou autres de
cette idéologie.
Ces attaques frontales et massives ne font que commencer et vont même
redoubler, non seulement parce que la crise économique est insoluble du point
de vue capitaliste mais aussi justement parce que la bourgeoisie n'a d'autre
choix que de pousser à ce que l'ensemble de la société se mobilise et s'engage
dans une nouvelle guerre impérialiste généralisée. Cette autre « perspective
historique », celle « offerte » par la bourgeoisie, implique avant même son
déclenchement de nouveaux et plus terribles sacrifices. Or, à ce jour, et
contrairement à 1914 et 1939, la classe ouvrière n'est pas non plus disposée à
accepter et à adhérer à cette marche à la guerre généralisé. Pourquoi, alors
que jamais les conditions historiques objectives (la faillite de plus en plus
évidentes du capitalisme, l'affaiblissement historique de la classe
dominante...) n'ont été aussi favorables, nous le répétons, pourquoi le
prolétariat est-il encore incapable de mettre à profit cette situation pour
tourner la situation en sa faveur ? Pourquoi alors que ses illusions sur le capitalisme et la démocratie bourgeoise sont
en train de s'effondrer sous les coups des attaques des États bourgeois ?
Qu'est-ce qui manque ? De quoi souffre-t-il ?
La faiblesse essentielle du prolétariat international - les luttes
ouvrières en Grèce et maintenant en Espagne le manifestent -réside pour
l'essentiel au niveau de sa conscience de classe, au niveau de l'étendue et de
la profondeur de celle-ci dans ses rangs.Au moment où il retrouve, dans ses
masses, la conscience qu'il est une seule et même classe, il continue à
souffrir de l'impacténorme et en profondeur des campagnes anti-communistes qui
ont surtout fait suite à l'effondrement du stalinisme et qui s'appuient sur
l'assimilation mensongère du véritable communisme à la dictature stalinienne et
à l'URSS. Depuis, avec ces campagnes sans cesse assénées, la bourgeoisie fait
tout pour nous faire croire que le « communisme est mort » et surtout qu'il n'y
aucune alternative au capitalisme.
Un fait est significatif et va au-delà de l'anecdote : les photos de la
manifestation massive à Madrid montre une floraison de drapeaux régionalistes
ou syndicaux mais pratiquement pas de drapeaux rouges - quelqu'en soit
l'utilisation par les gauchistes. Cela est une illustration particulière du
fait que la conscience, aussi diffuse et confuse puisse-t-elle être dans les
rangs ouvriers, qu'une autre société est possible et qu'il faut donc détruire
le capitalisme, est particulièrement réduite et en grande partie absente des
mobilisations ouvrières. Cela a obligatoirement un impact négatif sur le
développement (en extension, en unité et en profondeur) des combats ouvriers d'aujourd'hui. Sans cette perspective
historique plus ou moins claire et présente dans la classe, la lutte du
prolétariat ne peut se hisser à la hauteur que la situation exige d'elle. Sans
perspective historique, elle est gravement affaiblie jusqu'au niveau même de
ses luttes immédiates qui ont peu de chances de faire reculer la bourgeoisie,
surtout aujourd'hui que le système capitaliste est en faillite. Car la
nécessité de paralyser la bourgeoisie et son pouvoir d'État, c'est-à-dire de
l'affronter politiquement et de lui disputer son pouvoir, perd de son fondement
sans la conscience que le prolétariat est une classe destinée à renverser le capitalisme et à instaurer par l'exercice de
son propre pouvoir la disparition des classes et l'avénement du communisme.
C'est toute la difficulté des combats de classe d'aujourd'hui et leur
limite. Cette faiblesse s'exprime aussi clairement au niveau de son avant-garde
politique et s'illustre particulièrement sur l'absence d'influence qu'exercent
les minorités communistes existantes.
Certes, par définition, les groupes et
organisations qui se réclament du communisme, se déterminent par rapport à
cette perspective. Néanmoins, ils ont aussi souffert des campagnes
anti-communistes post-1989. En particulier, l'opportunisme politique a exercé
des ravages en leur sein comme le montre amplement, par exemple, la dérive
politique catastrophique du CCI (Note 2)qui s'est ouvertement manifestée à
partir de 2001. Le sectarisme qui, par ailleurs, continue à toucher les groupes
existant et leur difficulté à assumer les tâches de confrontations et de débats
politiques en vue de favoriser l'indispensable regroupement des forces en est une autre manifestation.
En ce sens, le fait que nombre d'éléments et cercles, souvent issus... du
CCI, se fassent le relais des campagnes anti-communistes de la bourgeoisie en
ajoutant leur pierre et leur « supposée » autorité en la matière pour avoir
milité dans les rangs de la Gauche communiste durant des décennies, vient aussi
participer d'affaiblir directement le camp communiste et ses organisations.
Tout ceci fait que les grandes masses prolétariennes, avec le soutien
déterminé de leurs minorités les plus conscientes et les plus combatives que
sont les groupes politiques communistes, se doivent de retrouver la perspective
de la révolution prolétarienne et du communisme. Ce chemin passe par le retour aux générations ouvrières et
communistes du passé ; pour l'ensemble du prolétariat international, par
reprendre le chemin des combats ouvriers libérés des mensonges et des illusions
démocratiques ; pour les minorités communistes organisées, outre leur
intervention décidée dans les luttes ouvrières auxquelles elles peuvent
participer, par la défense des expériences ouvrières du passé, et tout
spécialement de la Révolution russe de 1917, de l'insurrection ouvrière, de
l'exercice de la dictature prolétarienne ; et du parti bolchevique de Lénine
que le bourgeoisie s'évertue à salir. Pour les grandes masses ouvrières, le retour dans les consciences
de la perspective révolutionnaire armera et rendra plus efficace les combats
immédiats lesquels, en retour, préciseront et renforceront de plus en plus
cette perspective. De possible, ces combats feront d'elle une
nécessité matérielle. Pour l'avant-garde politique, défendre le « programme
communiste » au sein de la classe, c'est mettre en avant l'héritage du passé,
c'est renouer les fils avec les générations précédentes de révolutionnaires.
Cela favorisera leur confiance et leur détermination dans leur rôle dirigeant
et dynamique d'avant-garde politique et ainsi ira dans lesens de leur rendre
l'influence sur les grandes masses ouvrières qu'il leur revient.
« Il n'y a qu'une seule lutte de classe, visant à la fois à limiter les
effets de l'exploitation capitaliste et à supprimer cette exploitation en même
temps que la société bourgeoise » (Rosa Luxemburg, Grève de masses, parti et syndicats, 1906).
Août 2012.
Note 1 .L'intervention du CCI a brillé par son
absence dans un premier temps, puis, après bien du retard, par son contenu
digne de l'idéologie « indignée » etanarchisante du « il faut se changer
soi-même » ! Voir l’encadré.
Note 2 Nous renvoyons le lecteur aux sommaires de nos bulletins et de ceux
de l'ex-Fraction interne du CCI pour l'étude de cette dérive opportuniste
catastrophique de cette organisation qui fut nôtre
(www.fractioncommuniste.org).
jeudi 23 août 2012
« Mouvement Étudiant Révolutionnaire » : Mouvement petit-bourgeois réformiste
Cet article provient du
supplément Québec au journal Le prolétaire d’août 2012, organe du Parti
Communiste International.
Même si nous n’avons pas de liens et
ne partageons pas toutes les positions politiques du Parti
Communiste International, nous sommes totalement en accord avec le contenu de
cet article.
Les Communistes
Internationalistes-Klasbatalo ( CIK)
***************
Les maoïstes du Mouvement
Étudiant Révolutionnaire (MER) aiment bien
se présenter comme l’avant-garde révolutionnaire du mouvement étudiant; à
l’issue de la mobilisation de ces derniers mois ils ont publié 5
« hypothèses » censées en tirer les leçons et les perspectives
qu’elle ouvre pour « l’avenir des luttes de classes au
Québec »(Note).
S’il le fallait, ce texte donne
une nouvelle démonstration de la nature politiquement petite-bourgeoise de nos
maoïstes. En effet la lutte des classes est évoquée dans la question disparaît
dans les hypothèses, où l’on ne parle jamais de classe ouvrière ou de prolétariat; à sa place nous n’avons que le
« peuple », les masses populaires ».
Prenant ses vessies pour des
lanternes, le MER affirme que les derniers mois ont constitué « un inestimable acquis pour les masses populaires en termes d’expérience
de lutte. La pratique politique des masses vient de connaître un bond
prodigieux et accéléré. Les structures sociales et politiques n’ont pas bougé –
pas encore –, mais le peuple, lui, en revanche, s’en trouve profondément marqué
et transformé ». La mobilisation autour des luttes
étudiantes et contre les mesures répressives du gouvernement ont été sans aucun
doute d’une ampleur inédite, et cela s’explique par l’ampleur du malaise
social, par la maturation des tensions entre les classes.
Mais pour les marxistes, ce
qui ressort d’une analyse de la situation actuelle, ce n’est pas que la
«pratique politique des masses» - concept cher à l’interclassisme maoïste –
aurait connu un «bond prodigieux» avec les grandes manifestations pacifiques et
démocratiques ; mais c’est l’énorme difficulté que connaît toujours la
classe ouvrière à se mobiliser contre son adversaire de classe, c’est la
faiblesse persistance des prolétaires à manifester leur solidarité avec leurs
frères de classe en lutte contre les patrons : bref, c’est l’absence (d’ailleurs reconnue en passant et de façon désinvolte par le MER) encore
aujourd’hui de la lutte prolétarienne de classe.
Et cette absence laisse
toute latitude aux confusionnistes politiques comme le MER pour entraîner les
prolétaires qui se mobilisent spontanément et individuellement, dans les
impasses mortelles de l’interclassisme et du démocratisme réformistes. Le
MER laisse entendre que «les structures sociales et politiques» pourraient «bouger» à la suite des mobilisations en cours :
il y aurait en effet un «important affaiblissement des institutions de
pouvoir et des figures d’autorité de la bourgeoisie : le gouvernement, le
parlement, les tribunaux, la police, les grands médias». On croît rêver : la police est-elle affaiblie ? Le parlement et
tout le système électoral, l’idéologie et la praxis démocratiques bourgeoises
ont-ils perdu leur influence ? L’État bougeois a-t-il le moins du monde
été ébranlé ? Il n’en est évidemment rien !
Si le MER raconte de telles
sottises, c’est qu’il veut faire passer la perte de popularité du gouvernement
Charest pour un affaiblissement de la domination de classe de la bourgeoisie.
La conclusion est logique : si le gouvernement est battu lors des
prochaines élections, c’est la bourgeoisie qui sera battue ! Le MER a beau
écrire que les élections sont une «mascarade pseudo-démocratique», il affirme cependant que «ces élections (…) seront l’occasion
privilégiée de porter un coup supplémentaire ( !) aux institutions et à
l’ordre bourgeois».
Les élections ne sont et ne
seront jamais rien de tel. Non pas parce qu’elles ne
seraient pas assez, ou pas vraiment démocratiques, mais parce que le mensonge
démocratique sert précisément à renforcer l’ordre
bourgeois en constituant l’antidote à la
lutte de classe : voter est l’alternative que présente le système
démocratique à l’entrée en lutte contre le système capitaliste. Il suffirait de
changer par le vote les politiciens au pouvoir pour qu’il n’y ait plus «de
parti pris du gouvernement pour la bourgeoisie», pour
que les institutions se mettent à «bouger» en
faveur des opprimés.
En réalité, on ne peut pas
faire «bouger» ni «porter des coups» - et encore moins renverser – les «institutions
de pouvoir» (i.e. l’État) bourgeois par des mobilisations
pacifiques même imposantes, ni par des bulletins de vote comme veulent le faire
croire tous les démocrates, mais seulement par la lutte révolutionnaire, par
l’insurrection armée ! L’État bourgeois est l’appareil de la domination de
classe de la bourgeoisie, qui ne peut pas changer de nature par des réformes
graduelles, mais qui doit être renversé et brisé par la révolution pour céder la place à l’appareil de
domination du prolétariat indispensable pour déraciner le capitalisme.
Mais cette fable est utile
au MER pour qu’il puisse présenter, à l’occasion des prochaines élections, son
utopie réformiste d’un «projet d’un véritable pouvoir populaire».
À cette fumeuse
perspective, le marxisme a opposé depuis qu’il existe la seule solution
révolutionnaire : la constitution du prolétariat en classe donc en parti, sa constitution en classe dominante par la prise du pouvoir et l’extension de la révolution à tous les
pays !
Note :Toutes les citations qui suivent sont
tirées de : « Les fruits du primtemps 2012 : 5 hypothèses sur
la crise sociale au Québec » cf
http://www.mer-pcr.com/2012/06/les-fruits-du-printemps-2012-5.html
Libellés :
Capitalisme en crise,
Débat,
Gauchisme,
Lutte de classe
mardi 17 juillet 2012
Les mineurs des Asturies (Espagne) refusent les règles capitalistes. Comme en Grèce, ces prolétaires n'hésitent pas à affronter les policiers, ces défenseurs de l'état bourgeois.
Videos: Affrontement entre mineurs et policiersEspagne, les mineurs résistent
Voir aussi un article de nos camarades de la Fraction de la Gauche Communiste Internationale
vendredi 8 juin 2012
Grève générale ou cirque électoral
La lutte étudiante contre les
frais de scolarité a pris un nouveau tournant avec l’adoption de la loi
matraque 78. Rappelons qu’avant d’être dirigée contre le mouvement étudiant,
cette loi est surtout dirigée contre
la classe ouvrière et vise toute manifestation de plus de 50 personnes avec de
fortes amendes. Ce sont les forces policières qui doivent décider si oui ou
non, la manifestation sera légale ou pas, s’ils accepteront l’itinéraire ou
non. Cette loi ne s’attaque pas seulement aux étudiants mais à l’ensemble des
prolétaires. Cette loi est le résultat de la démocratie bourgeoise et elle
n’est pas unique au Québec. Face au capitalisme en crise, plusieurs démocraties
ont passé ou passent des lois semblables. En 2001, sous prétexte de lutte
contre le terrorisme, plusieurs états ont passé des lois antiterroristes qui,
dans la pratique, s’attaquent aux luttes des prolétaires. En 2005, les ouvriers
du métro de New-York en grève ont fait face à des accusations d’actes de terrorisme.
Récemment une dizaine d’étudiants et d’étudiantes de Montréal ont été accusés
dans le cadre d’une loi semblable votée par le gouvernement fédéral en 2001.
La
lutte contre la hausse des frais de scolarité prend aussi de l’expansion
ailleurs au Canada. Des étudiants ont déjà entrepris des actions à Ottawa et à Toronto, et
d'autres groupes répartis à travers plusieurs provinces s'apprêteraient à se
joindre à leur cause. Une journée d'actions a été tenu le 5 juin, à Toronto, de même que dans d'autres villes
ontariennes. Des étudiants de Colombie-Britannique ont eux aussi témoigné de
leur solidarité avec ceux du Québec en condamnant la loi 78. Des manifestations
de soutien contre la loi 78 ont eu lieu à Ottawa, Toronto, Paris, Cannes,
New-York, Londres et au Chili. La lutte n’est plus seulement contre la hausse
des frais de scolarité. Depuis
le 21 mai, des prolétaires, chômeurs, chômeuses, étudiants et étudiantes
et retraités frappent sur des casseroles à 20h tous les soirs et un très grand
nombre vont jusqu’à manifester dans la rue, pour montrer leur ras-le-bol de la loi 78, des arrestations massives, de la
violence policière, du gouvernement corrompu et des politiques d’austérité On ne compte plus le
nombre de villes et villages qui ont participé à ces soirées des casseroles et
cela s’étend aux autres provinces canadiennes. Cette lutte s’inscrit dans une
lutte internationale contre le capitalisme en crise. Elle rejoint les
prolétaires de Grèce, d’Espagne, du Portugal, de la Chine, de l’Inde, de la
France, du Royaume-Uni, des Etats-Unis et ailleurs dans le monde.
Même si les manifestations de
casseroles ont pour but de montrer de l’indignation face aux politiques de
l’État, on peut s’interroger sur son résultat. Le ministre des finances Raymond
Bachand, quant à lui, s’est réjoui de ces manifestations comme un moyen créatif
et festif de faire entendre son opinion sans nuire à l’image touristique de la
métropole. C’est ce qu’il a exprimé devant une conférence d’hommes et de femmes
d’affaires à Montréal. Comme ailleurs dans le monde la bourgeoisie tente de
détourner les luttes en incitant les prolétaires à voter lors de prochaines
élections dans 6 mois, un an, deux ans. C’est ce qui tient le plus à cœur aux
syndicats et à tous les partis politiques : Québec Solidaire, Parti
Québécois, Libéraux, CAQ et autres, le détournement des actions vers le cirque électoral. Les élections
ne représentent pas du tout une
expression de la «volonté populaire».
La politique des partis qui se font élire est déterminée par les
intérêts des grandes entreprises capitalistes dont l’État bourgeois est un
serviteur. Les élections sont inutiles pour le prolétariat. C’est un terrain où il n’a aucune véritable place
sauf lorsque vient le temps de tracer un X à tous les quatre ans pour mettre au
pouvoir des bourgeois du même genre, comme les Charest, Marois, David, Khadir,
Legault, etc. Elles lui font croire que son bulletin de vote peut
contribuer à faire «changer les choses». Elles font perdurer les illusions
démocratiques, selon lesquelles tous les «citoyens» sont égaux et l’Etat est
neutre.
Les libéraux et la CAQ sont
connus pour être ouvertement au service des grandes entreprises capitalistes.
D’autres sont plus vicieux, c’est le cas des nationalistes du Parti Québécois
et de Québec Solidaire. Ils dénoncent les politiques de droite que les libéraux
mettent en vigueur et sa loi matraque 78. Ils insistent sur le fait que les orientations du
gouvernement iraient à «l’encontre de valeurs communes ». Il n’y a pas de
valeurs communes. C’est un langage typiquement petit-bourgeois et nationaliste
qui ne fait aucune mention de la classe ouvrière et de la lutte des classes et
qui propage les illusions d’un capitalisme « à visage humain ». Le
capitalisme est en faillite et pour survivre, il poursuit les mêmes attaques
partout : hausse des prix de
l’énergie, attaque contre les régimes de retraite, hausse des frais de
scolarité, nouvelles taxes, coupures de milliers d’emplois dans le secteur
public, coupures des prestations de chômage et fermetures massives d’usine.
La force de la classe ouvrière dont l’exploitation fait vivre toute la société bourgeoise, est
dans son action collective, menée et organisée sur des bases de classe. Seul le prolétariat en
résistant et en allant jusqu’à l’abolition de ce système pourri pourra changer
la société. Il y a des luttes de prolétaires en Grèce, en Espagne, au Portugal,
en Chine, en Inde, en France, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, au Chili et
ailleurs dans le monde qui forcent les fractions de la bourgeoisie à s’unir
contre la classe ouvrière. Ce sont des centaines et des centaines de milliers
de manifestants dans les pays du monde qui refusent ces mesures d’austérité.
Les médias menteurs censurent les luttes contre ces mesures dans le monde pour
empêcher une solidarité internationale. La lutte des étudiants et des
prolétaires québécois n’est pas isolée.
Prolétaires, chômeurs, chômeuses,
étudiants et étudiantes, retraités, nous devons cesser de suivre nos faux amis des
organisations syndicales et les politiciens comme ceux de QS qui veulent
réformer le capitalisme. Cessons de quêter auprès de l’État bourgeois par des
pétitions et des votes. Il faut prendre le contrôle des luttes à leur place.
Sinon ils détourneront nos luttes vers le cirque parlementaire ou la
négociation de notre exploitation.
Une grève générale, c'est ce
qu'il faut faire en élargissant les luttes au plus grand nombre en prenant exemple sur nos frères et sœurs, les
prolétaires grecs et espagnols. Les prolétaires de Grèce et d’Espagne nous
donnent l’exemple en s’unissant de plus en plus largement malgré le
nationalisme et le corporatisme des syndicats, en rejetant les politiciens et
en s’attaquant à toute la machine de l’État bourgeois. Par exemple, les
prolétaires grecs ont assiégé le parlement qui approuvait les mesures demandées
par les capitalistes européens. Les capitalistes sont responsables de cette
crise. Ce n’est pas à la classe ouvrière à payer. Un seul mot d’ordre,
rejoindre les prolétaires grecs et espagnols par la grève générale.
Oui à la grève générale ! Non au cirque électoral !
Pour mettre fin à ce système
barbare, il nous faut une autre société. Une société qui soit centrée sur la
production en vue de satisfaire les besoins humains réels plutôt qu’une société
centrée sur la production de profits. Une société où les moyens de production
et de distribution seraient à la portée de tous, socialisés, sans exploiteur
pour en tenir les rênes et s’accaparer les richesses produites socialement. Un
monde où l’environnement ne serait plus vu comme un immense parc à profits – à
piller et ruiner – comme c’est le cas présentement par la classe capitaliste.
Un monde basé sur la participation de tous et toutes, qui pourraient s’exprimer
grâce à de nouveaux organismes de coordination, de production, et de
distribution ; grâce à un système de délégation élue et révocable en tout temps
et représentant l’ensemble de la société. Pour ce faire, il est impératif de renverser l’État bourgeois basé sur la
démocratie parlementaire, véritable artifice pour asseoir et maintenir la
domination de la classe capitaliste. C’est au prolétariat, guidé par son parti
de classe, de prendre le pouvoir en chassant la classe qui l’exploite ; en
détruisant son État et en établissant ses propres organes. Seule la classe ouvrière dans sa totalité, à
travers ses propres organes autonomes, par exemple les conseils ouvriers, peut
instituer une nouvelle société sans classe ni État. Cette tâche ne peut être
déléguée, même pas au Parti de classe le plus conscient.
Communistes Internationalistes Klasbatalo Printemps Érable
2012
vendredi 1 juin 2012
Solidarité avec Battaglia Comunista (PCint) qui a subi des provocations à Parme (Italie).
Nous
publions le commentaire de la Fraction de la Gauche Communiste International et
voulons indiquer notre entière solidarité internationaliste avec les camarade
du Pcint-Battaglia Communista.
Les
Communistes Internationalistes Klasbatalo
*******************
Nous publions ci-après, in extenso, le "communiqué" que
les camarades du PCint-Battaglia Comunista (Tendance Communiste Internationaliste) ont
publié suite à diverses et louches provocations récemment exercées contre eux.
Nous estimons de la plus haute importance que tous les groupes et éléments se
revendiquant de la Gauche communiste expriment leur solidarité avec BC et la TCI. Cette expression
de solidarité va de soi, par principe, pouvons-nous dire, et doit s'afficher à
tout moment. Mais aujourd'hui, il nous semble qu'elle est encore plus
fondamentale, au moment où la confrontation entre les classes, entre la
bourgeoisie et le prolétariat, prend une ampleur beaucoup plus large que ces
dernières décennies du fait même de la profondeur et de l'impasse de la crise
économique du capitalisme. Partout, la bourgeoisie est contrainte d'attaquer
massivement et brutalement la classe ouvrière. Partout, elle sait que ces
attaques vont inévitablement provoquer des réactions ouvrières - elles ont
déjà commencé - massives et de plus en plus "radicales". Elle
s'y prépare. Economiquement bien sûr, mais surtout politiquement,
idéologiquement, et au niveau répressif.
En Italie, la bourgeoisie a une grande expérience de
l'affrontement et de la répression avec le prolétariat. Dans les années 1970,
face aux mouvements sociaux initiés par le "mai rampant", une de ses
armes essentielles pour détourner le prolétariat de son terrain de classe et le
défaire, avait été l'utilisation des provocations policières et l'usage cynique
et systématique du terrorisme - à coup d'attentats meurtriers de
soi-disant anarchistes et dans lesquels souvent les services secrets et
policiers étaient impliqués, tout comme ils n'étaient pas très loin des actions
terroristes commises par les Brigades Rouges... Il apparaît aujourd'hui
que la bourgeoisie italienne ressort de ses tiroirs cette arme et cette
tactique en remettant au premier plan de prétendues menaces de groupes
"violents" et divers attentats ou meurtres, un jour mis sur le compte
de la mafia, l'autre sur celui des anarchistes (la FAI), le troisième sur celui
d'un "fou". Elle crée ainsi un "climat de tension" que les
camarades de BC soulignent et dénoncent dans leur communiqué et qui ne se
limite pas à des événements d'ampleur nationale mais aussi à tout un tas
"d'incidents" locaux... comme à Parme, dont certains provoqués par
des éléments "fascistes". C'est dans ce contexte, que le siège du
PCint à Parme a été "visité".
Cette tactique de la tension a un seul but : entraver
l'inévitable reprise des luttes ouvrières et l'indispensable riposte ouvrière
aux attaques qu'elle subit ; et, dans ce sens, s'attaquer aux groupes et
éléments d'avant-garde de la classe qui appellent à la destruction de l'État
bourgeois et à la dictature du prolétariat. L'utilisation du terrorisme permet
de créer la suspicion sur ces derniers, d'en éloigner les ouvriers, et de
préparer ainsi leur répression, leur poursuite et leur interdiction. Les
communistes, comme leur classe, n'ont rien à voir avec le terrorisme et dénoncent
fermement l'usage du terrorisme et des actions "minoritaires" qui se
substituent à l'action de masse du prolétariat. Nous reproduisons, après le
communiqué des camarades de la TCI, un extrait de la Résolution sur terreur,
terrorisme et violence de classe - que nous avions adoptée dans le CCI en 1978 - qui
rappelle pourquoi le terrorisme ne peut être une arme du prolétariat et
pourquoi il ne peut être aujourd'hui qu' utilisé, manipulé, voire directement
créé par la bourgeoisie et son Etat.
Face à ces provocations qui vont sans doute se multiplier, nous
reprenons à notre compte la conclusion des camarades du PCint : "C'est
pour cela que nous continuerons notre combat communiste et défendrons notre
capacité d'action politique sans reculer d'un pas."
Solidarité avec les camarades de Battaglia Comunista !
La FGCI, le 30 mai 2012.
Communiqué de Battaglia Comunista
De graves épisodes au siège de Parme.
Dans la nuit du mercredi 16 au jeudi 17 mai, des inconnus se sont
introduits dans notre siège de Parme, au 5 faubourg San Giuseppe, et ont
emporté quelques dizaines de volumes de la bibliothèque Dimitri Papaioannoy. Le
vendredi matin suivant, un camarade passant au cercle a trouvé la boite à
lettre arrachée et jetée devant la porte.
Des faits tout aussi inquiétants avaient déjà eu lieu dans les
semaines précédentes : un jour, nous nous sommes aperçus qu'avait disparu
un des deux drapeaux que nous hissons à l'entrée du cercle quand nous
l'ouvrons ; quelques jours plus tard, nous avons trouvé l'autre drapeau
par terre avec une empreinte de chaussure laissée dessus.
Il est évident que ces inconnus ont été capables d'ouvrir la porte
sans effraction. Nous ne pouvons pas savoir qui sont les auteurs de ces
provocations à notre égard, mais celles-ci s'inscrivent dans un climat de
tension qui n'a cessé de croître dans la ville après l'agression criminelle du
samedi après-midi 11 mai à coup de barres de fer et de couteaux menée par les
fascistes de Casapound contre les camarades du comité anti-fasciste du quartier
Montanara.
Dans ces cas, il faut avoir des nerfs solides et beaucoup de
détermination. Pour ce qui nous concerne, nous ne nous laisserons intimider par
personne - en tant que communistes, nous savons que c'est la main de la
bourgeoisie qui est derrière ces provocations -, et nous ne tomberons pas
dans le piège de la riposte physique - c'est exactement ce que recherche
la classe ennemie. C'est pour cela que nous continuerons notre combat
communiste et défendrons notre capacité d'action politique sans reculer d'un
pas.
Battaglia Comunista, section "Guido Torricelli" de Parme.
Dimanche, 27 mai 2012.
Résolution sur terreur, terrorisme et violence de classe
(Extraits, CCI, 1978)
Nous reproduisons ci-après un extrait d'un document
programmatique du CCI qui précise la position des communistes vis-à-vis de la
question du terrorisme et que nous continuons à faire nôtre encore aujourd'hui.
La FGCI.
(...)
4) Le capitalisme est la dernière société divisée en classes de
l’histoire. La classe capitaliste fonde sa domination sur l’exploitation
économique de la classe ouvrière. Pour assurer cette exploitation et
l’accentuer au maximum, la classe capitaliste, comme toutes les classes
exploiteuses dans l’histoire recourt à tous les moyens de coercition,
d’oppression et de répression dont elle peut disposer. Aucun des moyens les
plus inhumains, les plus sauvages, les plus sanglants ne saurait être exclu par
elle pour assurer et perpétuer l’exploitation. Plus se manifestent des
difficultés internes, plus se manifeste la résistance des ouvriers et plus
sanglant est l’exercice de la répression. A cette fin, elle a développé tout un
arsenal de moyens de répression les prisons, les déportations, les assassinats,
les camps de concentration, les guerres génocides, la torture la plus raffinée
et nécessairement aussi tout un corps social spécialisé dans leur mise en
oeuvre -la police, la gendarmerie, l’armée, le corps juridique, les
tortionnaires qualifiés, les commandos et les bandes para militaires. La classe
capitaliste dépense une part de plus en plus grande de la plus-value extraite
de l’exploitation de la classe ouvrière à l’entretien de cet appareil de
répression, au point que ce secteur est devenu aujourd’hui le plus important et
le plus florissant champ de l’activité sociale. Dans le but de maintenir sa
domination, la classe capitaliste est en train de mener la société à la pire
des ruines et vouer toute l’humanité aux pires souffrances et à la mort. Ce
n’est pas là une description émotive de la barbarie capitaliste que nous
entendons faire mais plus prosaïquement la description de ce qui constitue sa
pratique.
Cette pratique qui imprègne toute la vie sociale, toutes les
relations entre les hommes et qui pénètre dans tous les pores de la société,
cette pratique, ce système de domination, nous l’appelons la terreur. La
terreur n’est pas tel ou tel acte de violence épisodique et circonstanciel. La
terreur est un mode particulier de la violence, inhérent aux classes
exploiteuses. C’est une violence concentrée, organisée, spécialisée, entretenue
et en constant développement et perfectionnement, en vue de perpétuer
l’exploitation.
Ses caractères principaux sont :
- d'être la violence d'une classe minoritaire contre la grande
majorité de la société ;
- de se perpétuer et de se perfectionner au point de trouver sa
raison d'être en elle-même ;
- de nécessiter un corps spécialisé et toujours plus spécialisé,
toujours plus détaché de la société, fermé sur lui-même, échappant à tout
contrôle, imposant avec la dernière brutalité sa férule sur l'ensemble de la
population et étouffant dans un silence de mort toute velléité de critique et
de contestation.
5) Le prolétariat n’est plus la seule classe à subir les rigueurs
de la terreur de l’État sur la société. La terreur s’exerce également sur
toutes les classes et couches petites-bourgeoises, paysans, artisans, petits
producteurs et commerçants, intellectuels et professions libérales,
scientifiques et jeunesse étudiante, et se prolonge jusque dans les rangs mêmes
de la classe bourgeoise. Ces couches et classes n’offrant aucune alternative
historique au capitalisme, excédées et exaspérées par la barbarie du système et
de sa terreur, ne peuvent lui opposer que des actes de désespoir : le
terrorisme.
Bien qu’il puisse être également utilisé par certains secteurs de
la bourgeoisie, le terrorisme est essentiellement le mode d’action, la pratique
des couches et classes désespérées et sans devenir. C’est pourquoi cette
pratique qui se veut “héroïque et exemplaire” n’est en fait qu’une action de
suicide. Elle n’offre aucune issue et n’a d’autre effet que de fournir des
victimes à la terreur de l’État. Elle n’a aucun effet positif sur la lutte de
classe du prolétariat et ne sert souvent qu’à entraver cette lutte dans la
mesure où elle fait naître des illusions parmi les ouvriers sur la possibilité
d’une autre voie que celle de la lutte de classe. C’est pour cela aussi que le
terrorisme, pratique de la petite-bourgeoisie peut être et est souvent
judicieusement exploité par l’État comme moyen de détourner les ouvriers du terrain
de la lutte de classe et sert également de prétexte pour renforcer sa terreur.
Ce qui caractérise le terrorisme, pratique de la
petite-bourgeoisie, c’est de rester une action de petites minorités ou
d’individus isolés, de ne jamais s’élever à des actions de masses, d’être mené
dans l’ombre de la petite conspiration, offrant ainsi un terrain de
prédilection aux manigances des agents de la police et de l’État, et en général
à toutes sortes de manipulations et d’intrigues les plus insolites. (...).
En ce sens, l’idée est à proscrire d’un “terrorisme ouvrier” qui
se voudrait l’oeuvre de détachements du prolétariat, “spécialistes” de l’action
armée, ou bien destinés à préparer les futurs combats en donnant l’exemple de
la lutte violente au reste de la classe, ou en “affaiblissant” l’État
capitaliste par des”attaques préliminaires”. Le prolétariat peut déléguer
certains détachements pour telle ou telle action ponctuelle (piquets,
patrouilles, etc.), mais sous son contrôle et dans le cadre de son mouvement
d’ensemble et, si, dans ce cadre, l’action plus décidée des secteurs
d’avant-garde peut servir de catalyseur à la lutte des larges masses, ce ne
peut jamais être à travers les méthodes conspiratives et individualistes
propres au terrorisme. Celui-ci, même s’il est pratiqué par des ouvriers ou des
groupes d’ouvriers, ne peut acquérir un caractère prolétarien, de la même façon
que la composition ouvrière des syndicats n’en fait pas des organes de la
classe ouvrière. (...)
La lutte du prolétariat, comme toute lutte sociale, est
nécessairement violente mais la pratique de sa violence est aussi distincte de
la violence des autres classes, comme sont distincts leurs projets et leurs
buts. Sa pratique, y compris la violence, est l’action d’immenses masses et non
de minorités; elle est libératrice, l’acte d’accouchement d’une société
nouvelle harmonieuse, et non la perpétuation d’un état de guerre permanent,
chacun contre tous et tous contre chacun. Sa pratique ne vise pas à
perfectionner et perpétuer la violence mais à bannir de la société les
criminels agissements de la classe capitaliste et l’immobiliser. (...).
Sa force (...) réside dans sa prise de conscience et dans sa
capacité de s’organiser de façon autonome et unitaire, dans la fermeté de ses
convictions et dans la vigueur de ses décisions. Telles sont les armes
fondamentales de la pratique et de la violence de classe du prolétariat. (...).
Revue internationale 15, Courant Communiste International, 1978
jeudi 17 mai 2012
Retour critique sur Contribution à un état des lieux de la Gauche Communiste Internationale
Ce texte vise à faire un retour critique sur notre texte publié l’an
passé «Contribution à un état des lieux de la Gauche Communiste ». Bien
des choses se sont passées depuis sa parution, en particulier des débats et des
appels faits par des groupes du milieu politique prolétarien. Nous tenons donc
absolument à revenir sur ce texte puisqu’aujourd’hui nous voyons bien ses
faiblesses politiques importantes qu’il nous faut absolument rectifier.
Deux
textes publiés par des organisations de la Gauche Communiste nous ont forcés à
réexaminer les positions que nous avons développées dans notre
« Contribution… ». Tout d’abord, le texte « Réponse au texte des Communistes Internationalistes – Klasbatalo sur leur Contribution à un état de la Gauche Communiste » de la Fraction de la Gauche Communiste Internationale (FGCI) qui
critique certains aspect de notre texte, en particulier son caractère centriste
par rapport au conseillisme. Deuxièmement, l’éditorial de la revue Revolutionnary Perspectives #59 de la Communist Worker Organisation qui est
venu démentir, en tout cas pour une majorité de sections territoriales de la
Tendance Communiste Internationaliste (TCI) seulement, les critiques que nous
avons adressé à celle-ci dans notre texte en ce qui concerne son refus en tant
qu’organisation internationale de prendre ses responsabilité de pôle de
regroupement. Ces deux textes ainsi que des débats intenses dans notre groupe
comme entre notre groupe et la FGCI pendant plusieurs mois, ont fait en sorte
que nous sommes capables aujourd’hui de faire ce retour critique nécessaire.
Mise en contexte
De
prime abord, remettons dans son contexte la rédaction de ce texte. Le milieu
politique prolétarien était, et est toujours, accablé par le sectarisme et
l’opportunisme alors que l’on voit éclore une crise économique sans égal depuis
1929, ce qui implique des attaques féroces de la bourgeoisie contre la classe
ouvrière, mais aussi des riposte de celle-ci contre la classe dominante. Notre proposition de site Web de la Gauche Communiste faite depuis quelques années
visant justement à rompre avec le sectarisme ambiant et permettre un espace de
débat et d’intervention politique de la Gauche Communiste n’a eu aucun écho
hormis l’appui cordial de la FGCI. Le Courant Communiste International (CCI)
amplifiait de plus en plus son ouverture vers l’anarchisme (Note 1), aggravant ainsi son tournant
opportuniste entamé depuis déjà quelques années. La Fraction Interne du Courant
Communiste International (FICCI) quant à elle scissionna à propos de sa fonction politique et de ses tâches futures.
Cela donna naissance à la FGCI qui resta trop peu bavarde sur les enjeux
politiques de la scission, s’en tenant à publier le strict minimum. La FICCI
n’assuma tout simplement pas ses responsabilités de groupe prolétarien en
intégrant Controverses sans annoncer publiquement ses raisons et en fermant son
site internet. Et finalement, nous apprenions aussi l’existence d’une scission dans Battaglia Communista (section italienne de la TCI). Il va sans dire que
tous ses événements politiques laissèrent un esprit très démoralisateur et
pessimiste dans notre groupe face au camp prolétarien. Bref, c’est avec ces
éléments en tête qu’il faut comprendre notre « Contribution… » ses
forces et surtout ses faiblesses. Mais nous avons aussi fait fi de toute la
portée politique des critiques de la FGCI envers Controverses dans son texte «Le
camp prolétarien a-t-il fait définitivement faillite ? »
À
notre sens, la « Contribution… » souffre de deux faiblesses
principales. La première étant une illusion politique quant au groupe
Controverses et son programme, ceci expliquant les glissements conseillistes de
notre texte. La deuxième étant notre critique de la TCI ainsi que de la
position de la FGCI qui reconnait en la TCI un pôle de regroupement des forces
communistes. Ce dernier aspect nous a amené à voir la TCI d’un point de vue
statique, c’est-à-dire ne voir que ces faiblesses actuelles et passer outre son
potentiel de pôle de regroupement. Dans l’élaboration de la critique de ses deux
faiblesses principales, nous rejoignons aujourd’hui les positions politiques
générales de la FGCI.
La
« Controverses » sur la faillite de la Gauche Communiste
Notre texte
« Contribution...» était entre autres choses une réponse au texte de
Controverses « Il est minuit dans la Gauche Communiste ». Notre
erreur a été de reprendre certaines thèses de Controverses tout en tentant de
critiquer son texte. À la base de cette erreur, figurent des illusions de notre
groupe face à Controverses. En effet, le fait que quelques années à peine après
avoir publié notre proposition de site web de la Gauche Communiste un groupe
fonde un « Forum de la Gauche Communiste Internationaliste » avait
fait forte impression. Nous nous rendions bien compte qu’au forum de Controverses
manquait les critères politiques clairs (dictature du prolétariat, parti
international, intervention dans la classe) que nous avions établi dans notre
propre proposition de site web. Plus grave encore, nous ne voyions pas à
l’époque que nos deux forums visaient des buts bien différents. Le forum de
Controverses n’est qu’un lien de rencontre informel pour permettre à des
intellectuels académiques (avec de fortes tendances conseillistes) de discuter
pour discuter, sans réels enjeux politiques derrière, alors que notre forum
visait un regroupement des forces communistes dans le but d’intervenir
activement et efficacement dans les luttes de notre classe ravivées par la
crise économique en tant qu’avant-garde révolutionnaire organisée. Ainsi, nous
avons été incapables de discerner les tares opportunistes de Controverses,
tares que la FGCI avait déjà très justement souligné : « Ils renoncent à la lutte pour le regroupement de la Gauche
communiste, c'est-à-dire qu'ils refusent et même renoncent à la confrontation
des positions politiques réelles qui sont exprimées et défendues par les
groupes les plus anciens et importants, en particulier dans leur presse et
intervention. Ces gens-là préfèrent bavarder dans des réseaux ou pire dans des
"structures" informelles où l'on entre et l'on sort quand on veut et
où chacun, comme dans les "auberges espagnoles", propose ou reprend,
selon son humeur, sa pauvre "production".»
Ces
illusions ont fait en sorte que nous avons cédé à une conception centriste par
rapport au conseillisme de l’organisation. En effet, nous donnions en partie
raison aux camarades de Controverses lorsqu’ils affirment que « Comme le surgissement
et la disparition des organisations révolutionnaires dépendent très étroitement
de l’évolution du rapport de force entre les classes, et que l’exacerbation des
conditions objectives et subjectives à la base des mobilisations ouvrières se
déploie sur un laps de temps relativement court, Marx et Engels concevaient que
l’existence de ces organisations était temporaire, intrinsèquement liée aux
flux et reflux des luttes. » Et on s’est trompé. On a là de la part des
camarades de Controverses une conception nettement conseilliste de
l’organisation qui est assez proche de la théorie « groupes
d’opinions » chez les conseillistes des années ’30 (GIK hollandais et
International Council Correspondance, par exemple). Ces derniers, comme
Controverses aujourd’hui, enlevait toute importance aux minorités organisées et
formées politiquement, c’est-à-dire à l’activité de parti, pour affirmé que les
organisations prolétariennes de lutte de masse comme les conseils ouvriers se
suffisent à eux-mêmes pour jouer leur rôle révolutionnaire. Les
« individus révolutionnaires » n’auraient qu’à aller donner leur
opinion aux conseils ouvriers qui, quant à eux, surgiraient et disparaîtraient
au gré des fluctuations de la lutte de classe.
Bien
qu’il soit vrai qu’un court ascendant ou descendant des luttes de classe ait
une certaine influence sur les organisations prolétariennes, un cours descendant
des luttes peut être une des diverses raisons de la dégénérescence d’une
organisation prolétarienne (Note 2)tout autant qu’un cours
favorable des luttes peut être une des diverses raisons du passage de la forme
fraction à la forme parti, l’organisation prolétarienne, parti ou fraction,
doit exister en permanence. Le caractère permanent de l’organisation a une explication très simple :
partie-prenante stable de la lutte de classe en tant qu’avant-garde révolutionnaire
pour la forme parti et défenseur de l’intégrité du programme contre les
attaques de l’opportunisme ainsi que passeur d’expériences politiques pour les
prochaines générations de révolutionnaires dans la forme fraction.
C’est
ainsi toute l’expérience des mouvements révolutionnaires passés, expérience
extrêmement précieuse transmise justement par les noyaux communistes ayant su
résister à la contre-révolution comme le CCI ou la TCI, qui serait mise aux
poubelles par la logique pernicieuse du programme de Controverses. Parce que
ces groupes (CCI et TCI) auraient selon Controverses fait faillite, ces
camarades viennent proposer explicitement de s’éloigner de ce qu’ils appellent
des chamailleries politiques pour se concentrer sur un travail théorique de
bilan (Note 3) de cette supposé faillite de la Gauche Communiste. Pour
Controverses, il faut « savoir se détacher des organisations formelles
qui n’ont pas su s’adapter aux besoins de l’évolution du rapport de force entre
les classes en se retirant des chamailleries stériles et en se consacrant à des
tâches meilleures. » Pire, les camarades affirment implicitement que pour
mettre en œuvre leurs propositions il faudrait dissoudre les organisations
existantes de la Gauche, pour « faire autre chose » ! Ce que
Controverses appellent des chamailleries politiques n’est en fait que le
processus certes rempli d’obstacles (entre autres, le sectarisme) mais
nécessaire du regroupement des forces communistes. De plus, la volonté
d’effectuer d’abord et avant tout un travail théorique, puisque selon
Controverses la Gauche Communiste n’aurait rien produit au niveau théorique
depuis trente ans, n’est qu’une rengaine d’intellectuel moderniste pour qui
tout a failli, sauf évidemment son propre petit cénacle. Mais le plus grand
danger, c’est que Controverses rejette la Gauche Communiste sous prétexte
qu’elle aurait fait faillite alors que la crise économique s’aggrave, aggravant
aussi la crise sociale : la lutte de classe. À quoi rime de rejeter les
expressions politiques les plus avancées du prolétariat à l’aube de conflits
sociaux d’ampleur historique ? Ça rime au conseillisme !
Or,
la Gauche Communiste n’a pas fait faillite. Un courant politique fait faillite
lorsqu’il passe à l’ennemi, c’est-à-dire lorsqu’il défend théoriquement et
pratiquement les politiques au sens large du terme de la bourgeoisie. La
social-démocratie a fait faillite. Le trotskysme a fait faillite. Mais aucun
groupe de la Gauche n’entre dans ces critères, elle n’est nullement en
faillite. Cela ne veut pas pour autant dire qu’elle n’a jamais fait d’erreurs
politiques ou de mauvaises analyses conjoncturelles.
Les
camarades de Controverses se mettent le doigt dans l’œil en essayant de
justifier leurs positions politiques avec l’histoire de l’activité de Marx dans
la Ligue des Communistes et dans la 1ere Internationale. En effet, ils
font de la faiblesse une vertu. La Ligue ainsi que la 1ere Internationale ont
été dissoute par leurs dirigeants parce qu’en tant que mouvement
révolutionnaire ouvrier jeune et embryonnaire elles avaient tout simplement déjà
cessé d’exister sous le regard impuissant de leurs militants. Controverses se
sert de l’état d’impuissance dans lequel trempait le très jeune et
inexpérimenté mouvement communiste du 19e siècle pour tenter de nous
vendre que le mouvement communiste actuel, fort de plus de 150 ans de luttes et
toujours bien vivant contre vents et marée, devrait se dissoudre, ou en tout
cas, « faire autre chose » !
La TCI et son rôle de
pôle de regroupement
Dans
notre « Contribution… », nous sommes restés perplexes et avons critiqué
la position de la FGCI qui voit dans la TCI un pôle de regroupement des groupes
communistes au niveau international. À la base de cette perplexité
politique face à la TCI, il y deux aspects importants. Premièrement, la
majorité de nos membres ont déjà été sympathisants du Groupe Internationaliste
Ouvrier (GIO), section nord-américaine de la TCI. Sans s’éterniser sur la
petite histoire, nous avons eu à combattre une tendance dans Klasbatalo à voir
la TCI à travers l’expérience plutôt difficile et négative de certains de nos
membres en tant que sympathisants d’un groupe, le GIO, dont les membres au
Canada ne sont jamais bien étranger au sectarisme et à l’opportunisme. Mais là
n’est pas le point principal.
Notre
erreur la plus importante a été de ne pas prendre en compte la portée politique
de la position de la FGCI qui voit en la TCI un pôle de regroupement de la
Gauche Communiste. Nous disions à l’époque : « Le fait est que pour les CI-K
actuellement, non seulement la TCI n’a pas la volonté d’accomplir ce rôle (et
c’est elle-même qui ne cesse de l’affirmer) mais nous pensons que, pire encore,
elle n’est pas en mesure de le faire. Cette organisation, tout en gardant le
cap sur les positions de classe, nous semble floue; on ne sait jamais trop ce
qu’est le bureau, qu’est-ce qu’il fait, quelle est son intervention dans la
classe. » Nous
n’avions pas absolument tord en affirmant cela. Mais, la question n’est pas là.
En effet, on ne peut pas rester les bras croisés devant les hésitations de la
TCI à prendre son rôle politique historique, il faut aussi essayer de la
convaincre à travers la discussion. Nous croyons justement que c’est ce que
fait la FGCI avec la TCI. Enfin, la manière dont nous comprenons aujourd’hui la
position de la FGCI n’est plus « d’octroyer le contrat du pôle de
regroupement à la plus base soumissionnaire en erreurs programmatiques » comme nous l’avions affirmé avec un grain
d’humour dans notre « Contribution… », mais bien lutter pour que la
TCI, seule organisation de la Gauche actuelle qui a le potentiel politique de
jouer un rôle de pôle de regroupement, devienne ce pôle de regroupement dont
les petits groupes communistes comme le nôtre ont évidemment besoin.
Mais voilà qu’entretemps la CWO publie dans sa revue
un éditorial dont les positions politiques sur le camp prolétarien ont, et
auront d’autant plus prochainement, une influence positive sur le camp et sur
le processus de regroupement. Nous avons fortement appuyé cet éditorial dont
voici un extrait d’une importance historique : « Sans attendre,
les authentiques révolutionnaires ont une vraie bataille à mener pour que le
prolétariat rejette non seulement les illusions des “anti-capitalistes” mais aussi les manipulations de la gauche
traditionnelle. Nous avons besoin de créer un mouvement qui unifie tous ceux
qui peuvent comprendre les problèmes dont nous parlons ici. Ce mouvement (ou
parti) doit être guidé par une vision claire de la société que nous voulons.
Nous l'appellerons “le programme communiste”. Il doit se baser sur les luttes autonomes de la classe ouvrière
qui se libère, de manière croissante, des chaînes qu'un siècle de réaction nous
a imposées. Son but doit être l'abolition de l'exploitation du travail salarié,
de celle de l'argent tout comme celle de l'État, des armées permanentes et des
frontières nationales. Nous devons réaffirmer la vision développée par Marx,
selon laquelle nous nous battons pour une société de “libres producteurs
associés”, société dans laquelle
le principe est “de chacun selon ses capacités et à chacun selon ses besoins”. Aujourd'hui, il y a beaucoup de groupes et
d'individus dans le monde qui, comme nous, défendent cela; mais, nous sommes
soit trop dispersés soit trop divisés pour prendre l'initiative de former un
tel mouvement unifié. Certains sont opposés, par principe, à la formation d'un
tel mouvement, car ils pensent que le mouvement spontané se suffit à lui même.
Nous aimerions partager leur confiance. Nous pensons que les révolutionnaires
responsables devraient réexaminer leurs divergences et se demander si, à la
lumière de cette période de la lutte de classe qui s'ouvre aujourd'hui, les
divisions qu'ils pensaient avoir jusque là persistent. Nous devrions nous baser
sur nos nombreux accords et non pas sur le peu de désaccords qui existent entre
nous. Nous devrions chercher à travailler ensemble dans les luttes, non pour
simplement recruter tel ou tel individu pour notre propre organisation, mais
pour chercher à élargir la conscience de ce que signifie réellement lutte de la
classe ouvrière. Face aux obstacles que nous avons soulignés plus haut, il
serait suicidaire de ne pas le faire. »
Que
dire de plus? Tout y est : la nécessité pour parvenir à l’objectif du
renversement révolutionnaire de la société bourgeoise d’un parti avec des
positions claires (le programme communiste) et la nécessité du regroupement des
forces vives communistes pour constituer ce parti par le débat et la
confrontation politique. La CWO, avec cet éditorial, a fait un grand pas vers
la direction assumée du rôle de pôle de regroupement puisque tous les groupes
communistes de par le monde peuvent se référer à cet « appel » de la
CWO et ainsi commencer un processus de regroupement. D’ailleurs, la conclusion du tract du 1er mai 2012 renforcit même cette position pour l’ensemble de la TCI : La
Tendance communiste internationaliste n’est ni « le parti », ni même le seul
noyau d’une telle organisation. Cela dit, nous nous sommes donnés comme but de
lutter aux cotés des militants et des militantes de la classe ouvrière et
d’autres révolutionnaires pour progresser dans la construction de la nouvelle
organisation révolutionnaire internationale. Nous invitons toutes les personnes
qui s’identifient à cette perspective, de nous contacter et d’en discuter avec
nous.
Bref, dans le contexte actuel d’une montée des luttes et d’une volonté plus
grande de regroupement des forces révolutionnaires internationalistes, le
besoin d’une revue internationale et centralisée se fait sentir pour la TCI. Pour
notre part, nous pouvons dire que nous sommes prêts à y participer par la
diffusion, un soutien financier et de la traduction dans la mesure de nos
faibles moyens.
Finalement,
nous devons rectifier une erreur de notre texte par rapport à la TCI et
concernant l’Institut Onorato Damen (IOD). Nous avons écrit : « Passons aussi sur le silence incroyable dont il
(Battaglia) a fait preuve concernant l’IOD et sa récente réponse dont le
caractère politique cherche encore à émaner. » Or, la TCI n’a pas garder silence longtemps sur la sortie de l’Institut de Battaglia Communista et
sa réponse à l’Institut était correcte du point de vue du programme communiste
et des principes prolétariens. L’Institut Onorato Damen, quant à lui a
pris un chemin opposé : celui de l’opportunisme et du modernisme
intellectuel. (Note 4)
Conclusion
Nous sommes aujourd’hui
plongés dans un processus de montée des luttes de notre classe dans un contexte
de crise économique inégalée depuis 1929. De part le monde, la classe ouvrière
commence à lutter ou reprend la lutte contre l’austérité économique que la
bourgeoisie internationale lui impose de force. Que ce soit par exemple en
Grèce ou encore en Égypte, le prolétariat se met à défier les organismes
d’encadrement bourgeois que sont les syndicats et les partis de la gauche du
capital. Il est impossible de dire aujourd’hui si se jouent en ce moment des
« années de vérités », mais les luttes de plus en plus massive de
notre classe nous donnent la responsabilité, en tant que communiste de gauche,
d’intervenir selon nos forces afin de transformer les luttes de désespoir sans
lendemain en luttes victorieuses de la révolution communiste internationale.
L’heure du regroupement de la Gauche Communiste approche. Un parti communiste
international et internationaliste manque actuellement dans nos luttes.
Dans
cet ordre d’idée laissons le dernier mot aux camarades de la FGCI concernant
ceux qui, dans le camp prolétarien, s’oppose au regroupement et au parti et
ceux qui ont la capacité d’en accélérer et d’en faciliter la
constitution :
« S'appuyant sur le constat immédiat, mais non moins réel, de division
et de sectarisme qui frappent les groupes se revendiquant de la Gauche
communiste, ces éléments en rupture d'organisation et en quête de "liberté
individuelle" affichent ainsi leur rupture - non déclarée, non ouvertement
revendiquée - avec les orientations politiques qu'ils avaient pourtant
défendues durant parfois des décennies au sein de leur organisation, en
l'occurrence pour ces derniers dans le CCI. »
« Enfin,
dans cette situation du camp prolétarien dans laquelle ces deux premiers
courants ("Bordiguisme" et CCI) ne sont plus en capacité de faire
face à leurs responsabilités historiques comme pôle de référence et de
regroupement, la Tendance Communiste Internationaliste (ex-BIPR), seule organisation
qui serait en capacité réelle d'occuper et d'assumer cette responsabilité, tend
à n'en pas saisir toute l'importance et toute la signification historique,
préférant en rester à ces certitudes immédiates. Certes, cette organisation
réussit par moment et en certaines occasions à s'imposer comme ce pôle, au
point de regrouper directement autour d'elle - ce que nous saluons et appuyons
-, mais elle ne réussit pas à appréhender toute la dimension d'une politique
déterminée de "regroupement" autour d'elle, se limitant justement à
n'en voir la finalité que comme une adhésion immédiate. Du coup, elle tend à
sous-estimer, voire à ignorer, les autres courants du camp prolétarien et
l'indispensable lutte politique contre les dérives opportunistes qui s'y
développent, n'y voyant, à son tour, elle-aussi, que des polémiques stériles.
Pourtant combien d'éléments révolutionnaires en recherche de clarification et
de cohérence politique - ils seront encore plus nombreux demain avec la crise
et les luttes ouvrières inévitables qui se développent - pourraient ainsi se
référer et s'orienter parmi les positions et groupes si la TCI assumait toutes
les dimensions du rôle que l'histoire lui offre aujourd'hui. Quel pas en avant
pour le regroupement ! »
16 mai 2012
Les Communistes Internationalistes
Klasbatalo
Note
1 :Voir l’édifiante série de textes « Gauche Communiste et anarchisme : ce que nous avons en commun » où CCI se tortille
théoriquement pour faire passer les anarchistes
« internationalistes » (sic) pour d’authentiques révolutionnaires. Le
CCI, au lieu de tenter de créer des liens politiques avec les autres groupes
communistes, en particulier la TCI, crée en falsifiant l’histoire un nouveau
courant de faux révolutionnaires : les anarchistes internationalistes. On
peut parler ici de la théorisation d’une tactique de front avec des
organisations petite-bourgeoises.
Note 2 :
Il existe un lien certain, qu’il faudrait certes approfondir, entre le fait que
le CCI appelait les années 1980 les années de vérités (ce qui était à l’époque tout
à fait légitime, par exemple avec la grève de masse en Pologne en 1980) alors
que cette décennie s’est terminé par un nette recul des luttes politiques qui
s’est encore aggravé dans les années 1990, années où le CCI innovait avec la
théorie révisionniste et opportuniste de la décomposition du capitalisme.
Note 3 : L’idée de faire un bilan de la Gauche
Communiste, ou plus particulièrement du CCI vu qu’il est l’organisation la plus
touché par l’opportunisme, n’est pas une mauvaise idée en soi. En effet, il y a
de nombreuses leçons politiques importantes à tirer des raisons pour lesquelles
une organisation prend un cours opportuniste. La FICCI (et maintenant la FGCI)
a fait un travail très valable de bilan du CCI, mais qui sous certains aspects
politiques est encore pour nous insuffisant. De son côté, Controverses ne fait
pas de bilan de la Gauche, mais rejette plutôt le programme communiste et les
organisations qui le porte pour adhérer à la logique révisionniste et
moderniste du « tout nouveau, tout beau ».
Inscription à :
Articles (Atom)