lundi 14 octobre 2013
Intervention dans la lutte des classes
Nous
republions ici une prise de position de la Tendance Communiste
Internationaliste et un tract que les CIK et que nos deux groupes
(CI-K et FGCI) ont distribué lors des luttes ouvrières en Égypte,
en Turquie et en Grèce (les deux ayant été reproduites sur notre
site internet). Bien que datant de plusieurs mois, il est toujours
utile de les relire aujourd'hui à la fois pour juger de leur
validité au moment où elles ont été émises mais aussi pour
revenir sur les démarches politiques qui les ont sous-tendues.
Bien
que différentes dans leurs formes, un article
« d'intervention-propagande » de la TCI alors même que
les médias bourgeois essayaient de maintenir l'ignorance et la
censure sur les manifestations de rue en Égypte, et un tract plus
immédiat « d'intervention-agitation » réalisé le soir
même de l'annonce de la fermeture de la télévision grecque, les
deux prises de position ont pour objet de présenter des orientations
générales de lutte – du fait de l'impossibilité d'intervenir
directement sur place – qui peuvent être reprises et déclinées
« localement ». De plus, elles fournissent pour
l'ensemble du prolétariat mondial des orientations à reprendre dans
les combats ouvriers d'aujourd'hui. De même, les deux prises de
position mettent en garde contre les dangers et les pièges –
isolement et illusions démocratiques – que les forces politiques
et syndicales des États bourgeois opposent au développement de la
lutte ; pièges qui se sont finalement refermés sur les
différentes mobilisations ouvrières. En les relisant aujourd'hui,
il nous semble que les deux interventions étaient correctes et ne
souffrent pas d'erreurs ou de faiblesses particulières1.
Depuis
lors, et malgré la censure ou les déformations des médias
bourgeois, les luttes ouvrières répondant aux effets de la crise du
capital ne cessent pas, même si elles semblent marquer une baisse
dans leur intensité ; une sorte d'hésitation ; comme pour
reprendre son souffle. En effet, on peut estimer qu'une première
période de luttes vient de se terminer et que nous passons à une
nouvelle étape. La période 2008-2013 est caractérisée – nous
semble-t-il et évidemment à grand trait – par « le
prolétariat en Grèce nous montre le chemin ». Bien sûr, loin
de nous l'idée de tout réduire aux luttes ouvrières en Grèce.
Mais la combativité et la volonté ouvrières d'affrontement à
l’État bourgeois pour s'opposer à ses attaques tant sur le plan
économique comme politique, à la fois comme caractéristique
tendancielle de certaines luttes et comme objectif et perspective, se
sont exprimées plus particulièrement, de manière plus décidée et
plus massive, en Grèce que dans les autres pays2.
C'était là la voie à suivre que les communistes devaient mettre en
avant en adaptant leur mots d'ordre aux différentes moments et
étapes de ces combats.
Aujourd'hui,
il apparaît que la dynamique politique
de lutte en Grèce développée depuis 2008 soit en voie d'épuisement
du fait de son isolement international, du fait que dans aucun autre
pays la classe ouvrière n'ait réussi à reprendre le flambeau et la
dynamique de la « grève de masse » au niveau posé par
les ouvriers d'Athènes et requis par l'offensive bourgeoise, malgré
quelques tentatives ici ou là. Les ouvriers grecs épuisés par
l'absence de relais international significatif et incapables d'élever
leur combat à un niveau supérieur, la bourgeoisie en profite
aussitôt pour prendre l'initiative politique en focalisant
l'attention des ouvriers grecs – et ailleurs – sur la défense de
l’État démocratique en montant de toutes pièces des provocations
d'extrême droite ou des prétendus « dangers terroristes ».
Le rapport de force entre les classes, en termes de dynamique locale
et immédiate, s'est inversé en Grèce du fait même que le
prolétariat international reste encore faible. Faible est-il au sens
où il reste encore largement soumis à l'idéologie bourgeoise et en
particulier aux thèmes – essentiellement – démocratiques portés
par les forces syndicales et de gauche et visant à attacher les
ouvriers à « leurs » État et nation.
Pour
autant, nous sommes convaincus qu'il ne s'agit que d''un moment
« d'hésitation relative » – relative car les attaques
ne font que redoubler chaque jour du fait même de la crise
économique insoluble du capital et de ses conséquences économiques,
politiques et... guerrières entre puissances impérialistes. Mais,
n'est-ce pas le début
d'une réponse qu'ont donné cet été les ouvriers brésiliens à
ceux d'Athènes ? En plein milieu d'une compétition internationale
(la coupe des Confédérations qui est une sorte de répétition
générale de la coupe du monde à venir) de football (importante
mystification dans ce pays) que leur bourgeoisie organisait, ils se
sont lancés dans des mouvements massifs et violents pour exprimer
leur colère contre la bourgeoisie et son idéologie, défendant
ainsi clairement leurs intérêts de classe sans tenir compte des
appels à l'unité nationale pour la bonne tenue des matchs de foot
et malgré la répression massive et brutale .
Les
grandes masses ouvrières tout comme leur minorités ou secteurs les
plus combatifs hésitent devant l'ampleur de la tâche, devant la
nécessité de se détourner des pièges et des errements d'ordre
démocratique – du genre de l'idéologie des « indignés »
par exemple –, c'est-à-dire
devant la nécessité concrète, pratique, d'assumer le combat
politique contre les forces du capital, au premier plan desquels les
syndicats qui se disent « ouvriers », dans les luttes.
Voilà
l'appel de fond que les deux prises de position qui suivent lancent
aux prolétaires. Dans ce sens aussi, elles restent valables car il
appartient aux minorités communistes organisées d'indiquer la voie
à suivre et d'assumer sans attendre, à leur niveau et en fonction
des possibilités réelles, la direction politique de ces combats.
Les
CI-Klasbatalo et la FGCI, septembre 2013.
1Toute
critique éventuelle ou commentaires sont les bienvenus.
2Nous
renvoyons à nos différentes prises de position sur les luttes
ouvrières internationales tout au long des ces années (cf. le blog
des CIK et notre site : www.fractioncommuniste.org).
Solidarité ouvrière avec nos frères de classe de Port Saïd et d'Egypte !
Nous
reproduisons ci-après une prise de position politique de la Tendance
Communiste Internationale dont nous partageons l'analyse et les
orientations politiques et que nous appuyons.
La
FGCI, mars 2013.
Les événements à Port-Saïd
Les événements à Port-Saïd
Les événements à Port-Saïd
(Tendance Communiste Internationaliste)
(Tendance Communiste Internationaliste)
Nous
publions cette prise de position sur ce qui se passe à Port-Saïd en
Égypte bien que les nouvelles soient limitées (ignorées au niveau
international par les médias officiels) et ne soient pas toujours
cohérentes. Mais toutes les sources consultées sont d'accord pour
attester de l'agitation politique qui existe dans la ville
égyptienne.
L'information
est encore rare mais quelques faits parlent d'eux-mêmes. Après des
manifestations de rue, la colère a explosé à la suite des 21
condamnations à mort prononcées pour le massacre à Port-Saïd.
Lors d'une manifestation spontanée contre ces sentences, la police
de Morsi a
fait 40 victimes supplémentaires. Après cela, la police a été
obligée d'abandonner
la ville en la laissant aux mains des manifestants. En ce moment
même, l'ordre public, le trafic et la production liées au Canal de
Suez sont aux mains des insurgés. Port-Saïd est devenu une sorte de
zone libre où l'État a dû temporairement hisser le drapeau blanc.
S'il est vrai que les condamnations à mort des 21 jeunes et les 40
victimes qui ont suivi, ont été les amorces tragiques de la
rébellion, il est aussi vrai que les conséquences dévastatrices de
la crise économique et l'arrogance réactionnaire du gouvernement
islamiste de Morsi en ont été un élément décisif.
Finalement,
après deux ans de tensions dans les rues, d'élections arrangées,
de fraude et de trahison des espérances les plus basiques, quelque
chose a rompu. Le principal fait, s'il est confirmé, est que les
ouvriers de Port-Saïd ont été les premiers à déclencher la
révolte, en particulier les travailleurs du port, ceux des
transports et des ouvriers d'autres usines. Le trafic maritime a été
stoppé, des usines fermées et la mobilisation de la ville semble
être générale et déterminée. Le mouvement, tout en se protégeant
contre l'inévitable réaction du gouvernement, doit aussi régler
nombre de problèmes en son sein.
Le
premier danger est le risque d'isolement. Les ouvriers de Port-Saïd
doivent activement rechercher l'aide militante, pratique, de tous les
travailleurs égyptiens, des usines du Caire à celles d'Alexandrie,
d'Ismaïlia et d'Assiout. La seule manière d'éviter l'isolement et
de pouvoir continuer le combat est d'élargir la lutte et d'ouvrir de
plus grandes perspectives. Tout gouvernement bourgeois sait attendre.
Il sait attendre que la colère se consume dans tel ou tel acte de
protestation, même fort et violent, pour pouvoir reprendre en main
par la force la situation qui lui échappait auparavant. La manœuvre
est plus simple et plus efficace si le soulèvement est isolé, s'il
concerne qu'un seul secteur de la production ou une zone restreinte
du point de vue géographique. Rompre l'isolement, chercher la
solidarité prolétarienne, ne sont pas seulement nécessaires
tactiquement mais ce sont les conditions pour que la lutte continue ;
sinon la répression s'abattra lourdement sur les manifestants.
Plus
la lutte se développe de manière frontale, loin des sirènes
conservatrices appelant au réformisme, qu'il soit laïc ou
religieux, plus elle peut servir de modèle pour les prolétaires de
toute l'Afrique du Nord avec l'espoir de donner un début de
signification de classe à l'échec du « Printemps arabe ».
A ce stade, les prolétaires de la zone du Canal de Suez ne doivent
pas tomber dans le piège réformiste de croire qu'il est possible de
gérer d'une manière différente les affaires publiques dans le
cadre du capitalisme qui les entoure. Ce n'est pas en demandant
seulement la chute du gouvernement Morsi et le respect des libertés
démocratiques, ou en agissant dans le cadre politique de la
désobéissance civile, que les choses changeront radicalement. Le
mouvement qui a eu la force de se révolter contre l'autoritarisme
meurtrier du gouvernement islamiste, de se libérer des chaînes des
forces politiques traditionnelles, qui a essayé de se présenter
comme sujet politique autonome, doit continuer sur cette voie sans
retomber dans les options que le réformisme radical offre, ou se
retrouver dans les oripeaux usés du jeu démocratique.
Le
prolétariat européen qui subit aussi la même exploitation de
l'autre côté de la Méditerranée, doit assumer son rôle. La
solidarité de classe qui s'est exprimée récemment ici ou là au
cours de quelques épisodes de lutte, devrait saisir l'occasion pour
se réaffirmer sur la scène internationale. Il est vrai que toutes
les raisons sont réunies pour que les rues des villes européennes
se remplissent et s'agitent contre les différentes politiques et les
lourds sacrifices qui leur sont demandés. Si elles le font, ce ne
doit pas être dans un seul secteur ou sous le drapeau de telle ou
telle politique syndicale, ou de telle ou telle force politique
« réformiste de gauche » ; mais sur la base de la
véritable solidarité de classe, au-delà des frontières nationales
et des particularismes. C'est aujourd'hui une bonne occasion pour
commencer.
Un
dernier point. La spontanéité, la détermination d'une lutte qui
s'oppose immédiatement au gouvernement, à sa police, est vouée à
l'échec si elle n'élabore pas une tactique, une stratégie et un
programme qui dépassent les pièges du capital, pour créer une
véritable alternative sociale qui soit une autre manière de
produire et de distribuer cette richesse dontprolétariat égyptien,
comme la classe ouvrière internationale, est le seul créateur.
Cependant, si nous en restons au niveau de la désobéissance civile,
si le mouvement ne se fixe comme objectif que le renversement du
gouvernement de Morsi au profit d'une « véritable
démocratie », sujette à toutes les pressions du capitalisme,
comme le mouvement de la Place Tahrir le fit avec Moubarak, le
résultat en sera le même si ce n'est pire.
FD
(TCI), 6 Mars 2013
La bourgeoisie prépare son appareil de répression
Bulletin communiste international #11 – FGCI
La crise économique s’approfondissant, la bourgeoisie et ses instruments de répression se consolident. Partout dans le monde, les forces policières agissent de plus en plus violemment et avec la bénédiction des démocraties. C’est principalement dans les démocraties que la répression frappe : arrestations sans motif, arrestations massives, encerclement des manifestations et agents provocateurs à l’intérieur, surveillance des prolétaires en lutte, meurtres, tortures, nouvelles et anciennes lois (le "Patriot Act" américain a fait des petits partout) donnant à des individus et des policiers plus de pouvoir pour ne pas dire "tous les pouvoirs". Dans plusieurs pays, les forces policières bénéficient de l’aide des syndicats pour isoler les luttes ouvrières ou encadrer les manifestants. L’attirail d’armes augmente de plus en plus et est largement utilisé :Taser (Pistolet à décharge électrique), Flash Ball (balles de caoutchouc ou de plastique) et même balles réels. La police n’est pas neutre, elle est formée, armée et éduquée pour protéger le système capitaliste, c’est là son but principal.
Voici
quelques exemples dans le monde qui ne représentent qu’une infime
partie des agissements des forces policières et militaires et de la
liberté qu’ils ont d’agir, cautionnés par les médias, juges,
lois et commissions d’enquête. Les arrestations massives et les
meurtres de manifestants et de militants sont de plus en plus
banalisés par les médias des démocraties. Les armées se
renforcent autant pour nous amener à la guerre que pour s'opposer
aux soulèvements ouvriers.
USA
Le vigile
George Zimmerman a été acquitté du meurtre de l’adolescent noir
Trayvon Martin. Il avait plaidé la "légitime défense".
Les faits remontent à février 2012. L’adolescent, qui ne portait
pas d’arme, a été tué par Zimmerman d’une seule balle lors
d’une ronde de surveillance. Une loi, valide dans un grand nombre
d’États américains permet aux forces de répression bourgeoises
de tuer quiconque si on "s'estime en danger" d’être
agressé. C’est cette loi que l’avocat a mise de l’avant pour
faire acquitter Zimmerman.
Et
du côté militaire, l'armée
américaine dispose d'un Centre d'entraînement urbain de 4
kilomètres carrés au centre-sud de l'Indiana qui se targue de plus
de 1500 « structures d'entraînement » conçues pour simuler des
maisons, des écoles, des hôpitaux et des usines. Le site web de ce
centre affirme qu'il « peut être adapté pour reproduire des
situations étrangères tout comme nationales. »
France
Des lésions
oculaires irréversibles de manifestants en France ont été faites
par des décharges de Flash-Ball (aux Mureaux en 2005, à
Clichy-sous-Bois en 2006, à Nantes en 2007, à Toulouse, Montreuil,
Neuilly-sur-Marne ou Villiers-le-Bel en 2009).
Et
du côté militaire, l’armée française a fait construire une
ville et un village. La ville de Jeoffrécourt
est une ville factice, créée de toutes pièces par l'armée
française afin d'entraîner ses troupes à la guérilla urbaine, le
mode de combat le plus usité du XXIe siècle. Jeoffrécourt condense
tous les scénarios des conflits récents, du Kosovo à
l'Afghanistan, mixant pavillons périurbains et immeubles abandonnés.
On y standardise les combats et les situations de guerre. Dans cette
ville fantôme, les militaires en formation peuvent s'emparer d'une
ville, d'une église ou se planquer dans un cimetière. Trottoirs,
éclairage public et volets qui claquent, tout y est reproduit à
l'échelle.
Quant au village
Beausejour, il est constitué de 63 maisons, toutes différentes, de
nombreux obstacles (barrières, barricades, gravats), de différents
types de rues (larges, étroites, en S ou dégagées). Il se compose
de différents modules : le village en lui-même, une zone de
bidonville dans laquelle il est impossible d'entrer avec des
véhicules, un camping formé de caravanes (peut-être pour s’y
entraîner à expulser les Rom), une rue créée de toutes pièces et
un hameau dit défensif.
Canada
- Un premier
policier torontois à être traduit en justice sous des accusations
criminelles à la suite des manifestations contre la réunion du G20
à Toronto en juin 2010 a été acquitté récemment. Le constable
Glenn Weddell avait été accusé après que le journaliste Dorian
Barton eut subi une fracture à l'épaule, le 26 juin 2010. Dorian
Barton s'était aventuré sur le terrain de l'Assemblée législative
de l'Ontario durant une manifestation. Il a raconté, dans son
témoignage, avoir été heurté par-derrière alors qu'il
photographiait des policiers à cheval.
- Un mois après que
la police de Toronto eut abattu Sammy Yatim, la ministre ontarienne
de la Sécuritaire communautaire, Madeleine Meilleur, a annoncé que
tous les policiers de la province pourront être équipés d'un
Taser.
- Suite à la
répression féroce et scandaleuse exercée contre les étudiants, le
chef du Service de police de la ville de Montréal et le directeur de
la Sûreté du Québec se sont présenté devant une commission bidon
d’enquête à propos des événements du printemps 2012 au Québec.
Ils ont affirmé que les policiers ont fait un « travail
remarquable » dans un contexte difficile et inédit. Rappelons
qu’il y a eu plus de 3000 arrestations dont plusieurs avec
blessures graves (œil crevé, oreille arraché et traumatisme
crânien). Ils envisagent d’utiliser de nouvelles armes chimiques.
Aucun policier n’a, bien évidemment, été un tant soit peu
poursuivi.
Comme
le disait, il y a un siècle déjà, Rosa Luxemburg : "Souillée,
déshonorée, pataugeant dans le sang, voilà comment se présente la
société bourgeoise, voilà ce qu'elle est."
Ouvrons
bien les yeux et la conscience sur ce qu'est réellement la
démocratie bourgeoise.
Steve (CIK),
septembre 2013
Sur les rivalités impérialistes en Syrie et l'abandon des principes marxistes par le CCI
Bulletin communiste international #11 – FGCI
Lutte
contre l'opportunisme
Sur les rivalités
impérialistes en Syrie et l'abandon des principes marxistes par le
CCI
(Correspondance)
Nous
venons juste de recevoir le texte qui suit d'un « groupe »
que nous ne connaissons pas et signant Explorateurs
en lendemains...
Le lecteur pourra lire dans notre lettre de réponse qui suit les
raisons pour lesquelles nous partageons le but politique que visent
les camarades en rédigeant ce texte et en le faisant circuler même
si nous ne sommes pas d'accord avec les éléments d'analyse et les
conclusions en terme d'alignement impérialiste.
Lutte contre l'opportunisme
Sur les rivalités
impérialistes en Syrie et l'abandon des principes marxistes par le
CCI
Sur les rivalités impérialistes en Syrie et l'abandon des principes marxistes par le CCI
(Correspondance)
La Syrie
En
parcourant les quelques articles du milieu révolutionnaire
prolétarien consacrés à la tragédie qui se déroule en Syrie on
est frappé par le sentiment d’impuissance
de ce même milieu. Son incapacité congénitale à parler d’une
même voix et à se faire entendre est malheureusement patente et
récurrente. Mais ce n’est
pas la seule faiblesse de ce milieu, loin s’en
faut.
Nous
n’avons
pas la prétention d’avoir
lu tout ce que le milieu a pu écrire sur la Syrie depuis le début
des évènements marquants dans ce pays en Mars 2011, mais la rareté
des expressions sur ces évènements rejoint aussi l’indigence
des analyses. Certaines tournent le dos au marxisme et tendent à
abandonner les principes fondamentaux du mouvement communiste et a
glisser sur le terrain de l’adversaire.
C’est
le cas d’un
article de Révolution
Internationale :
« Syrie: guerre impérialiste ou solidarité de classe »
(Révolution
Internationale
/ Septembre 2013)
Si
l’on
fait abstraction des habituelles litanies au sujet de la décadence,
de la décomposition et du chaos, qui servent de cadre d’analyse
à ce courant, et de passe partout, ainsi que de l’appel
de principe au prolétariat mondial, entité parfaitement inexistante
à l’heure
actuelle, que nous apprend cet article?
Tout
d’abord
ce que tout le monde sait et que même la presse bourgeoise la plus
vile rappelle dans ses torchons crasseux: les armes chimiques
existent depuis la 1° guerre mondiale, et n’ont
jamais cessé d’être
produites, perfectionnées, vendues et utilisées, y compris par ceux
qui signent des traités et conventions contre elles.
Ensuite
l’auteur
promet de nous révéler « quelles
sont les véritables causes du conflit en Syrie ».
Mais il n’en
fait rien, et à aucun moment ne cherche à le faire.
D’ailleurs
les arguments guerriers des impérialismes français et américains
qu’on
se doit de combattre
1
ne se rattachent pas à une quelconque explication des causes du
conflit, mais aux moyens d’empêcher
Bachar Al Assad d’utiliser
les armes chimiques en sa possession, et de dissuader l’Iran
de poursuivre son programme nucléaire. Que ces arguments ne soient
que sophismes grossiers cachant mal leurs desseins impérialistes est
une autre affaire qu’il
serait intéressant de développer par ailleurs. Et c’est
entre autre ce qu’on
était en droit d’attendre
au minimum d’un
tel article.
Mais
en réalité cet article ne nous apprend rien du tout. Sa seule
raison d’être
étant de ressasser la ligne du courant en cherchant à en prouver la
prétendue validité dans l’actualité.
Or
cette ligne aboutit à des affirmations on ne peut plus naïves et
dangereuses : « Depuis
l’effondrement
de l’URSS
il n’y
a plus de blocs,
plus
de risques d’une
troisième guerre mondiale généralisée. »
Et
en cela il chante la même berceuse aux prolétaires que les
impérialistes eux-mêmes. Propagande soporifique.
Les
guerres que les bourgeoisies impérialistes mènent un peu partout
dans le monde viseraient justement, à les en croire, à éviter la
prolifération des armes de destruction massive qu’ils
possèdent eux-mêmes en quantités hallucinantes et en qualité
nécessairement considérablement supérieure à tous les Etats qui
cherchent à s’en
doter, et par conséquent à éviter une troisième guerre mondiale.
A chaque guerre on brandit l’image
d’un
nouvel Hitler qu‘il
faut écraser avant qu‘il
ne soit trop tard: Saddam Hussein, Kadhafi, Bachar Al Assad. Mais
tout cela cache mal les intérêts proprement impérialistes qui les
motivent. Au premier rang desquels le maintien de l’ordre
capitaliste dans le monde entier et le renforcement de leur nation
sur le marché mondial.
Le
soutien indéfectible à certains régimes théocratiques,
dictatoriaux, voire mafieux, par les Etats-Unis (Israël, Arabie
Saoudite, Afghanistan ...) comme par la Russie et la Chine ( Syrie,
Iran, Corée du Nord …) ou la France ( Maroc, Qatar, Emirats
Arabes Unis…), rend caduque les mélopées de ces bourgeoisies sur
l’air
des libertés démocratiques, qu’elles
ne respectent même pas sur leur propre territoire national.
D’ailleurs,
le peu de cas porté, même si officiellement on a assisté aux
gémissements ridicules de Fabius et aux sermons d’
Obama, entrant en contradiction pour l’occasion
avec Kerry, à la violente et sanglante reprise en main parfaitement
antidémocratique du pouvoir par l’armée
en Egypte dissimule mal l’appui
effectif apporté par tous les bons samaritains de l’impérialisme
aux généraux égyptiens (ceux-ci auront été privés de dessert:
manœuvres militaires conjointes avec les USA), après avoir joué la
carte des Frères Musulmans contre la révolution. Le précédent
algérien avait déjà donné le ton il y a quelques décennies en
matière de défense des droits démocratiques. Ce qui alimenta tout
particulièrement le terrorisme des courants islamistes radicaux à
l’échelle
internationale.
Un
autre sophisme guerrier des impérialismes invoque la lutte contre le
terrorisme. Mais si le terrorisme, principalement islamiste,
constitue une menace pour les puissances impérialistes, c’est
qu’il
vise à renverser les régimes qu’elles
soutiennent en fonction des mêmes intérêts. Toutefois elles ne
dédaignent pas de l’utiliser
contre les Etats qui coopèrent avec les impérialismes concurrents.
Ce fut le cas en Afghanistan (notamment avec les Talibans et Ben
Laden lui-même), ce fut aussi le cas au Caucase, en Lybie et
actuellement en Syrie, pour ce qui est des impérialismes
occidentaux, et de l’axe
franco-anglo-américain. Mais les impérialismes Russe et Chinois,
voire l’impérialisme
naissant en Inde et au Pakistan, ne sont pas en reste (Cachemire,
Népal, Tibet, Caucase, Indochine, Sri Lanka, Indonésie…).
Au
lieu d’apercevoir
la recomposition inéluctable des alliances impérialistes et la
dynamique inexorable du MPC qui tend vers le conflit généralisé,
RI voit tout le contraire:
« Seulement
la discipline de bloc aussi a volé en éclats. Chaque nation joue
depuis sa propre carte, les alliances impérialistes sont de plus en
plus éphémères et de circonstance… ainsi les conflits se
multiplient sans qu’aucune
bourgeoisie ne puisse plus rien contrôler. C’est
le chaos, la décomposition grandissante de la société. »
Comme
si dans les alliances qui ont provoqué la première guerre mondiale
chacun n’avait
pas « joué sa propre carte »! Comme si dans les
nouvelles alliances qui se sont nouées pour la deuxième il n’y
avait pas eu un grand jeu, un double et triple jeu de la part de
chaque nation concurrente! Quelle pitoyable innocence! Comme si les
Etats-Unis n’avaient
pas agressés leurs propres alliés européens, comme si l’URSS
n’avait
pas pactisé avec l’Allemagne
hitlérienne avant de passer un accord avec les Etats-Unis, et le
rompre dès qu’il
lui fut possible. Comme si dans les deux blocs d’après
guerre il n’y
avait pas une guerre permanente entre membres d’un
même bloc, et comme s’il
n’y
avait pas eu de non-alignés, etc. Et pourtant, c’est
bien à cette époque des blocs que le danger d’un
troisième conflit s’était
en réalité le plus éloigné.
On
ne peut pourtant pas dire non plus que l’alliance
entre la France, l’Angleterre
et les Etats-Unis soit vraiment éphémère et de circonstance depuis
2001! La France est aux côtés de l’Angleterre
et des Etats-Unis en Afghanistan (2002), en Irak (2003), en Lybie
(2011), au Mali (2012), en Syrie (2013). On l’entend
hurler au loup avec ses acolytes contre l’Iran,
comme contre Bachar Al Assad.
Depuis
la fin des années 90 la bourgeoisie française a opéré un tournant
en politique extérieure. Avec le retour des socialistes au pouvoir
et la cohabitation Jospin/Chirac, la politique atlantiste fut
ravivée. Cette derniere opéra un rapprochement avec Israël au
détriment des palestiniens. Encore une fois la politique extérieure
de la bourgeoisie française a favorisé le développement du
terrorisme islamiste, en l’occurrence
celui du Hamas en Palestine, comme elle avait attisé celui du GIA en
Algérie. On doit d’ailleurs
considérer pareillement la responsabilité de cette bourgeoisie
néocoloniale dans les affaires intérieures au Liban via la fraction
chrétienne.
L’acharnement
de celle-ci à vouloir intervenir militairement dans cette région
contre vents et marée trouve sa raison d’être
réelle dans sa tentative de retrouver une influence prépondérante
dans ce qui fut ses anciennes colonies après le Traité de Sèvres
en 1920. Le recul de son influence au Liban, surtout avec la montée
en puissance du Hezbollah allié à la Syrie, est un des motifs du
revirement de la politique extérieure de la bourgeoisie française
au proche orient à la fin des années 90.
Cette
politique extérieure qui vit se resserrer les liens diplomatiques et
militaires entre la France et les Etats-Unis fut confirmée par le
retour de la droite au pouvoir avec l’appui
de toutes les forces de gauche… sous la présidence de Chirac. Elle
fut même consolidée sous Sarkozy malgré certaines frictions
apparentes et trouve son couronnement avec Hollande et la gauche au
pouvoir.
Néanmoins
une alliance impérialiste n’opère
pas seulement sur le plan de la diplomatie, elle trouve son point
d’orgue
dans une alliance militaire et son opérationnalité sur le terrain
des conflits. Or c’est
bien ce qui se réalise au travers des conflits successifs en Lybie,
au Mali et en perspective en Syrie, même si un certain recul
momentané des préparatifs militaires semblent officiellement
avérés. L’efficacité
du dispositif militaire entre les trois puissances a été rodé pour
ainsi dire au cours des guerres d’occupation
en Afghanistan et en Irak. Mais il a été véritablement
opérationnel avec la guerre en Lybie, puis au Mali.
Mais
l’apothéose
de cet article réside dans l’idée
que l’opinion
publique a fait reculer la bourgeoisie anglaise au… parlement!
Comble du crétinisme parlementaire. Le CCI a oublié que le
parlement ne reflète pas l’opinion
publique mais le point de vue dominant dans la bourgeoisie elle-même,
et que celui-ci modèle à son tour l’opinion
publique (la bourgeoisie détenant tous les médias et tous les
moyens de propagande). Opinion publique matière plastique disait
BORDIGA!
Et
le CCI emboîte le pas à la presse bourgeoise. Après avoir
anesthésié les prolétaires avec la chansonnette sur
l’impossibilité
d’une
nouvelle guerre mondiale, le CCI finit de l’endormir
avec la berceuse sur la démocratie et l’opinion
publique.
La
même magie de la démocratie agirait aux Etats-Unis. Mais en
réalité, et contrairement à ce qui est affirmé aussi dans un
article paru dans Le Monde le 26/09/2013, ce n’est
pas l’opinion
publique qui a freiné les ardeurs de la bourgeoisie américaine,
mais, derrière les menaces militaires, un calcul diplomatique et le
danger évident d’une
escalade incontrôlable non seulement au plan régional, mais encore
au plan mondial.
Sur
le plan intérieur à la Syrie les progrès constants des groupes
islamistes armés et notamment ceux qui sont directement liés à Al
Qaïda vient de s’illustrer
par une rupture de plus d’une
dizaine de ces groupes parmi les plus efficaces militairement, à
commencer par l’Armée
syrienne libre elle-même d’avec
la Coalition nationale syrienne, seule interlocutrice des
impérialistes occidentaux. Par conséquent, une intervention sans
troupes au sol est beaucoup trop risquée quand à savoir qui
s’emparera
du pouvoir quand le dictateur de Damas sera éliminé par les
missiles.
Ce
n’est
pas que ces troupes ne pourraient pas intervenir, car elles sont
pré-positionnées en Jordanie et certainement aussi en Israël et en
Turquie, Le Figaro ayant révélé qu’en
Jordanie stationnaient non seulement les forces spéciales, mais
encore 2 compagnies de combat et un détachement du 13° régiment de
Dragons parachutistes. Une autre information du Figaro relatait que
l’armée
syrienne aurait utilisé l’arme
chimique en Aout suite à la pénétration des forces spéciales en
Syrie. En somme il s’agissait
d’un
avertissement. Quoiqu’il
en fut réellement, et il y a de forte chance pour que nous ne le
sachions jamais, on comprend mieux la fameuse ligne rouge des EU…
Au
plan mondial, les autres impérialismes, au premier rang desquels
l’impérialisme
russe, principal soutient de l’Etat
syrien, sont résolument opposés à toute intervention militaire
adverse. Or non seulement la Russie possède une base militaire en
Syrie, dans le port de Tartous, et il s’agit
de la seule base russe en Méditerranée, mais encore elle est en
train de déployer des navires de guerre un peu partout. Il en est de
même, dans une moindre mesure, de la Chine.
La
plupart des puissances émergentes y sont aussi opposées. Non
seulement l’axe
franco-anglo-américain se trouve entravé au niveau de l’ONU,
mais encore il peine à réunir une coalition de pays à même de le
soutenir en cas de dérapage. Au contraire il voit se dessiner une
alliance adverse qui trouve un appui relativement important dans ces
puissances émergentes.
C’est
pour toutes ces raisons que l’axe
occidental a reculé en bon ordre et a fait mine d’avoir
fait avancer les choses sur le plan diplomatique. Et certainement pas
par respect de l’opinion
publique et de la démocratie. Il en faudra beaucoup plus pour faire
reculer l’impérialisme,
à commencer par un petit peu plus de rigueur marxiste (défaitisme
et internationalisme ) et d’unité
dans la propagande du milieu révolutionnaire dans les pays des camps
qui se dessinent. Mais surtout une véritable mobilisation
prolétarienne de classe contre la bourgeoisie.
Explorateurs
en lendemains,
Septembre 2013.
Rosa
Luxemburg contre l'opportunisme... du CCI actuel et sa
liquidation d'un des principes marxistes quant à la seule
perspective du capitalisme :
une 3ème guerre impérialiste
généralisée
« Ces événements, qui se
succédèrent coup sur coup, créèrent de nouveaux antagonismes en
dehors de l'Europe : entre l'Italie et la France en Afrique du
Nord, entre la France et l'Angleterre en Égypte, entre l'Angleterre
et la Russie en Asie centrale, entre la Russie et le Japon en Asie
orientale, entre le Japon et l'Angleterre en Chine, entre les
États-Unis et le Japon dans l'océan Pacifique - une mer mouvante,
un flux et reflux d'oppositions aiguës et d'alliances passagères,
de tensions et de détentes, au milieu de laquelle une guerre
partielle menaçait d'éclater à intervalle régulier entre les
puissances européennes, mais, chaque fois, était différée à
nouveau. Dès lors, il était clair pour tout le monde :
1)
Que cette guerre de tous les États capitalistes les
uns contre les autres sur le dos des peuples d'Asie et d'Afrique,
guerre qui restait étouffée mais qui couvait sourdement, devait
conduire tôt ou tard à un règlement de comptes général,
que le vent semé en Afrique et en Asie devait un jour s'abattre en
retour sur l'Europe sous la forme d'une terrible tempête, d'autant
plus que ce qui se passait en Asie et en Afrique avait comme
contre-coup une intensification de la course aux armements en Europe.
2) Que la guerre mondiale
éclaterait enfin aussitôt que les oppositions partielles
et changeantes entre les États impérialistes trouveraient un axe
central, une opposition forte et prépondérante autour de laquelle
ils puissent se condenser temporairement. Cette situation
se produisit lorsque l'impérialisme allemand fit son apparition. »
(La Brochure de Junius, ch.3, le développement de l'impérialisme,
1915, nous soulignons).
1
Primo parce que les communistes doivent face aux menées
impérialistes mettre en œuvre, lorsque c’est possible, mais en
défendre en toutes circonstances le principe, le défaitisme
révolutionnaire qui consiste à s’opposer à sa propre
bourgeoisie, en l’occurrence la bourgeoisie française alliée
pour l’heure à celle des Etats-Unis. Secundo parce que la
bourgeoisie française est au premier plan de cette croisade.
Tertio parce qu’elle constitue avec ses alliés le centre de la
contre-révolution, le cœur même du capitalisme le plus avancé et
le plus mystificateur et qu’il faut en finir avec le chauvinisme
occidentalo-centrique cultivé dans les masses ouvrières de petits
blancs et dont le réformisme ouvrier s’est fait le champion.
Inscription à :
Articles (Atom)