lundi 30 mai 2011
Les anarchistes contre la classe ouvrière
mardi 17 mai 2011
Moyen-Orient, gaz de schiste, élections…lettre d’un sympathisant et notre réponse
Salut
Tout va très bien, désolé pour mon silence mais j'ai de nombreux projets en cours : verger biologique, restauration lacs, et en plus producteur acéricole et forestier. J'ai lit le tract sur l'égypte et d'autres textes que vous m'avez envoyer qui sont très représentatifs de la situation. Cette vague de colère est exploité par nos médias qui dénonce les méchants dictateurs tandis que la démocratie à l'occidentale est tellement irréprochable et la vois de l'avenir. Le dossier inquiétant du moment à mon avis c'est l'exploitation des gazs de schiste au québec, à ce sujet le documentaire ``gasland`` nous dresse un portrait de ce qui nous attend si nous nous mobilisons pas. Et tant qu'on vivra dans une société capitaliste nous devrons nous défendre contres ses bandits. Si on élimine l'argent et le profit pour établir une société équitable et éthique où tout abus envers dame nature sera proscrit, là nous pourrons dire que nous avons pris le droit chemin.
Continuez de m'envoyer vos tracts, source d'espoir.
Un sympathisant
Salut
Nous sommes tous biens contents d’avoir de tes nouvelles. Nous sommes aussi très enthousiastes à l’idée que tu lis les textes et tracts que l’on t’envoie de temps à autre.
Bravo de ne pas avoir tombé dans le piège démocratique lors des derniers événements du monde arabe. En effet comme tu l’affirmes, que ce soit la démocratie libérale ou une dictature militaire qui règne au Maghreb, le seul grand maître de la société actuellement et internationalement est le capitalisme. C’est donc un leurre de combattre en ce moment au Moyen-Orient pour la démocratie alors qu’un nouveau régime démocratique là-bas ne changerait rien sur le fond : le capital exploiterait le prolétariat de toute façon! La plupart de groupes de gauche ont soutenu les « révolutions » sous prétexte que la démocratie est un moindre mal comparé à la dictature. En fait, ils se démasquent en tant que partisans d’un capitalisme à visage humain. Or, un tel capitalisme n’existe pas! En effet, parce qu’il est un système composé de cycles économiques (et donc politiques), un cadre systémique compétitif, il n'est pas gouvernable par les sentiments ou le bon-vouloir moral de ses dirigeants. Et c’est donc pour cela que nous organisons pour de renverser le capitalisme!
Au sujet de l’exploitation des gaz de schiste, en effet c’est très préoccupant comme tu l’affirme. Seulement, on ne peut pas comprendre pourquoi l’industrie pétrolifère au Québec tient tant à ses puits de gaz de schiste sans comprendre les logiques mêmes du capitalisme. Le capital doit toujours faire de plus en plus de profit pour se maintenir en tant que capital, sinon il dépérit face à la concurrence. En d’autres mots, les big boss de l’industrie du pétrole et du gaz doivent toujours trouver d’autres moyens pour faire plus de profits, sinon d’autres big boss vont les manger tout rond. Un de ceux-là est de développer des nouveaux marchés en exploitant des ressources naturelles qui étaient jusqu'à maintenant inexploitées, comme les gaz de schiste. Ainsi, pour nous, lutter contre le développement des puits de gaz de schiste, une lutte importante au niveau de la protection de l’écosystème, ne peut se concevoir que dans le cadre d’une lutte générale contre le capitalisme, donc une lutte pour la révolution prolétarienne.
Qu’en penses-tu?
Nous continuerons de t’envoyer tous nos tracts, textes, prises de position et brochures. Je t’invite fortement à visiter, en complément à notre matériel et seulement dans la mesure où tu as du temps libre, les sites internet de d’autres organisations de la Gauche Communiste :
http://www.leftcommunism.org/index.php?lang=fr
http://fr.internationalism.org/
http://fractioncommuniste.org/
http://proletariatuniversel.blogspot.com/
http://www.pcint.org/
http://www.leftcom.org/fr
Et bien sûr notre blogue :
http://klasbatalo.blogspot.com/
Porte-toi bien!
… pour les Communistes internationalistes – Klasbatalosamedi 23 avril 2011
ÉLECTIONS CANADIENNES : A BAS LE CIRQUE ÉLECTORAL, VIVE LA LUTTE PROLÉTARIENNE!
Le 2 mai prochain le cirque parlementaire jouera son énième représentation au Canada pour l’élection d’un nouveau gouvernement fédéral. Les divers partis de la bourgeoisie se sont rués pour participer à cette mascarade une fois de plus et pour convaincre les travailleurs qu’en votant pour eux ils amélioreront leur sort!
Pendant ce temps les conditions de vie de la classe prolétarienne continuent de se détériorer avec notamment des suppressions d’emploi, comme avec la fermeture annoncée pour 2012 de l’usine d’électroménagers Electrolux située dans la ville de l’Assomption au Québec. Les attaques contre les acquis sociaux(Note 1 des CIK), gagnés grâce à de dures luttes ouvrières, se poursuivent partout au Canada, comme avec le dernier budget du ministre des Finances Raymond Bachand au Québec. Les frais de scolarité des universités québécoises, qui sont historiquement les plus bas en Amérique du Nord, vont augmenter de 325$ par année à compter de 2012 dans le but de rattraper la moyenne canadienne, passant de 2168$ (leur niveau actuel) à 3793$ pour chaque année de scolarité! Les cotisations au régime de retraite québécois ont aussi été augmentés, accroissant ainsi les ponctions sur le revenu prolétarien, et une hausse des pénalités de 0.5% à 0.6% pour ceux et celles qui prendront leur retraite avant 65 ans a été institué. A Toronto, principale ville canadienne, le maire nouvellement élu en 2010 Rob Ford, veut privatiser la majeure partie de la collecte de déchets, la Société d’habitation de Toronto et «tout ce qui n’est pas coulé dans le ciment», autrement dit une bonne partie des services publics de cette ville. Le but est de faire baisser le plus possible les conditions de travail des prolétaires qui travaillent dans les services publics. Le dernier budget du gouvernement Harper en mars dernier a institué une augmentation les cotisations au régime d’assurance-emploi, diminué les impôts des grandes entreprises, gelé les dépenses d’exploitation des sociétés d’États comme Radio-Canada et Postes Canada pour bloquer toute hausse salariale pour les employés, etc.
Tout ceci n’est qu’un avant-goût de ce qui attend la classe ouvrière canadienne, car les effets de la crise capitaliste qui va s’intensifiant obligent la bourgeoisie à accroître son exploitation en s’attaquant toujours plus à ses conditions de vie et de travail, y compris en rognant les acquis concédés autrefois pour maintenir la paix sociale. Le prolétariat ne pourra y répondre que la lutte, pas par les élections.
En effet, contrairement au mythe répandu par la classe dominante, ses médias monopolisés, les institutions bourgeoises (école, églises, etc…) et par les partis et syndicats réformistes (Voir la note 2 des CIK) , les élections ne représentent nullement une quelconque expression d’une «volonté populaire». L’orientation des politiques gouvernementales est déterminée par les intérêts des grands groupes capitalistes dont l’État bourgeois est un serviteur. Les élections ne servent à rien sinon à mystifier le prolétariat en lui faisant croire que son bulletin de vote peut contribuer à faire «changer les choses». Elles font perdurer les illusions démocratiques, selon lesquelles tous les «citoyens» sont égaux et l’Etat est une institution neutre obéissant gentiment aux bouts de papier déposés dans les urnes, et qu’il n’est donc pas besoin de la lutte de classe. Ces illusions, qui sont un obstacle majeur à la reprise de la lutte des classes, contribuent à maintenir le mythe puissant à l’effet que les institutions démocratiques peuvent servir à faire avancer les intérêts du prolétariat, alors que les institutions politiques de la démocratie bourgeoise sont au service exclusif de la classe dominante et sont utilisées pour réprimer la lutte prolétarienne.
Un des aspects de ces élections (la quatrième en 7 ans!) est la campagne, initiée par la gauche réformiste, qui appelle à ne pas voter pour le Parti Conservateur du premier ministre Stephen Harper, au pouvoir depuis janvier 2006, et qui serait particulièrement dangereux et réactionnaire. Nul doute que ce parti soit profondément rétrograde et anti-ouvrier, mais en quoi est-il si différent des autres partis bourgeois?
Le Parti Libéral du Canada a représenté le principal parti de la bourgeoisie canadienne depuis la Confédération de 1867 et a constamment attaqué les droits et intérêts du prolétariat, notamment avec la Loi sur les mesures de guerre en 1970 sous le prétexte de mater une insurrection appréhendée au Québec. Le chef du PLC, Michael Ignatieff, vient de promettre qu’il poursuivra l’intervention impérialiste canadienne en Afghanistan s’il est réélu! Quand il était au pouvoir dans les années 90, le Parti Libéral a sabré sauvagement dans l’assurance-chômage et a détourné des fonds destinés à ce programme pour éponger le déficit fédéral!
Le Nouveau Parti Démocratique, membre sur le papier de la IIème Internationale réformiste, axe son discours sur l’aide aux familles ou l’amélioration des soins de santé pour les aînés. Le Bloc Québécois régionaliste, nationaliste bourgeois, ne parle que des «intérêts du Québec», comme si les travailleurs et les patrons québécois avaient des intérêts similaires!
Quant au Parti Vert du Canada, il propose tout simplement d’humaniser la gestion de l’environnement à l’intérieur du capitalisme, qui est pourtant le responsable de la détérioration continue de l’environnement. Tout ceci dévoile on peut plus clairement les fausses alternatives qui nous sont présentées par le cirque électoral et démontre l’imposture de la campagne Tout sauf Harper qui s’insère parfaitement dans la défense du système capitaliste d’exploitation en mettant de l’avant un «moindre mal» au Parti Conservateur. Les promoteurs de cette campagne sont des adversaires de classe des prolétaires au même titre que les Conservateurs.
Tous les partis représentés au Parlement canadien ont voté à l’unanimité en faveur de l’intervention impérialiste en Libye sous le prétexte de «protéger la vie des civils libyens»! Le Parti Vert se prononce en faveur d’une «intervention diplomatique rapide et soutenue en Libye afin d’empêcher la situation de dégénérer en guerre civile». « Nous ne devons pas perdre de vue notre priorité – prévenir la mort d’innombrables civils libyens innocents », a rappelé Ellen Michelson, porte-parole des verts en matière de Paix et de Sécurité. « Les efforts diplomatiques doivent faire contrepoids à la présence militaire pour faire en sorte d’éviter au maximum les pertes de vie et les dommages structurels ». Tout ce verbiage représente un appui à peine déguisé à la guerre impérialiste contre la Libye enrobé de «préoccupations humanitaires». La campagne électorale détourne l’attention des prolétaires de leurs intérêts immédiats, mais elle détourne aussi l’attention des interventions impérialistes en cours.
Le parti de la gauche réformiste et petite-bourgeoise au Québec, Québec Solidaire participe pleinement à la campagne contre les Conservateurs. Il dénonce notamment les politiques de droite que ce parti a mis en vigueur et son obsession sécuritaire, commune à tous les gouvernements bourgeois et insiste sur le fait que les orientations du gouvernement Harper iraient à «l’encontre de valeurs largement partagées par la population québécoise : justice sociale, défense de la culture et de la langue française, égalité entre les femmes et les hommes, développement d’un Québec vert, respect des droits humains, solidarité internationale, démocratie» (1). Une phraséologie typiquement petite-bourgeoise et nationaliste qui ne fait aucune mention de la classe ouvrière et de la lutte des classes et qui propage les illusions d’un possible monde «meilleur» sous le joug du capital! Quant à l’obsession sécuritaire des Conservateurs, il est important de rappeler le système des certificats de sécurité qui permettent de mettre en détention sans accusations ni jugement des personnes immigrantes qui n’ont pas la citoyenneté canadienne sous le prétexte de «terrorisme». L’appel à ne pas voter pour le parti Conservateur représente simplement un soutien à une fraction de la classe dominante, considérée comme étant plus «éclairée», contre une autre qui serait plus réactionnaire. Le prolétariat n’a absolument aucun intérêt à se laisser enrôler dans cette campagne qui vise à maintenir intacte la domination de classe de la bourgeoisie.
Des militants d’extrême-gauche, dont les maoïstes du Parti Communiste Révolutionnaire, ont lancé une campagne pour le boycott des élections fédérales de 2011 (2). C’est une campagne démocratique de boycott des élections. Ses promoteurs n’appellent pas les prolétaires à boycotter les élections afin de faire avancer la rupture avec les illusions démocratiques et le retour à la lutte de classe, mais parce que ces élections ne sont pas assez démocratiques ! Ils disent que leur campagne de boycottage leur servira à montrer la nature « non-démocratique » de ces élections et à appeler à la lutte pour une « démocratie populaire » et un « pouvoir populaire » ; apparemment cette lutte consistera à… « commencer la conversation sur comment créer une véritable égalité et une véritable démocratie » ! Puisqu’ils s’efforcent de renforcer les illusions dans la démocratie, il est naturel qu’ils ne parlent pas de la division du « peuple » en classes opposées et qu’ils cachent qu’il ne pourra exister de « véritable égalité » qu’après la révolution, la destruction de l’Etat bourgeois et l’instauration de la dictature du prolétariat, étape indispensable pour démanteler le capitalisme et passer à la société communiste sans classes.
Pour ces élections, comme pour toutes les autres, la seule position qui correspond aux intérêts de classe du prolétariat est l’abstentionnisme révolutionnaire. Ceci correspond aux positions défendues par la Gauche Communiste dès les années vingt (3).
La force du prolétariat, dont l’exploitation fait vivre toute la société bourgeoise, ne réside que dans son action collective, menée et organisée sur des bases de classe. Le terrain électoral, par définition interclassiste, où chaque prolétaire va isolément déposer son bulletin aux côtés des individus de toutes les autres classes, est un terrain truqué qui ne sert que la classe dominante. D’une part parce que celle-ci a mis sur pied et entretient un gigantesque et multiforme appareil (médias, partis, institutions diverses…) anti-prolétarien de propagande et de formation de l’ « opinion publique » ; d’autre part parce que le parlement et tout le système politique démocratique ne sont plus depuis longtemps des centres du pouvoir réel dans la société bourgeoise : leur fonction principale est de dévier le mécontentement dans les méandres des alternances inoffensives entre politiciens bourgeois de droite et de gauche. Pour se défendre contre l’exploitation et la répression, pour lutter contre la politique bourgeoise, pour exprimer sa solidarité avec les prolétaires des autres pays, la classe ouvrière devra abandonner ses illusions démocratiques, légalistes et pacifistes et en venir à l’affrontement ouvert avec la classe exploiteuse. La lutte prolétarienne ne passe pas par le cirque électoral et les institutions démocratiques bourgeoises, elle les combat ! Les prolétaires n’ont rien à gagner à participer aux élections bourgeoises où le capitalisme est toujours le vainqueur ! La seule solution pour le prolétariat au Canada et partout dans le monde c’est la reprise de la lutte de classe pour la défense de ses intérêts exclusifs de classe et ensuite pour le renversement du système capitaliste d’exploitation sous la direction du parti politique de classe.
Non au cirque électoral ! A bas le capitalisme, à bas l’impérialisme !
Pour le retour à la lutte de classe, pour la reconstitution du parti de classe international, pour la révolution communiste internationale !
Parti Communiste International
(3) Voir les Thèses sur le parlementarisme de la Fraction Communiste abstentionniste, dirigée par Amadeo Bordiga : «... dans les pays ou le régime démocratique a depuis longtemps achevé sa formation, il n’existe plus, au contraire, aucune possibilité d’utiliser la tribune parlementaire pour l’oeuvre révolutionnaire des communistes, et la clarté de la propagande non moins que la préparation efficace de la lutte finale pour la dictature exigent que les communistes mènent une agitation pour le boycottage des élections par les ouvriers... La dangereuse conception qui réduit toute action politique à des luttes électorales et à l’activité parlementaire n’a été que trop répandue par la pratique ultra-parlementaire des partis socialistes traditionnels»
http://marxists.org/francais/bordiga/works/1920/06/bordiga_19200627.htm
1- Note des CIK: Les supposés "acquis sociaux gagnés de haute lutte par la classe ouvrière" sont en fait plutôt des transformations économico-politiques, c'est-à-dire une tendance internationale au capitalisme d'État, mis sur pied par des organismes tout à fait bourgeois : les syndicats, les partis staliniens et sociaux-démocrates dans le but de maintenir le capitalisme, que de réels gains pour la classe ouvrière.
2-Note des CIK : Tous les syndicats sont réformistes. Dans le capitalisme en décadence, il ne peut y avoir des syndicats révolutionnaires. Nous considérons les syndicats comme des organismes liés à l’État par mille et un fils, lois, subventions et concertations. Changer les directions syndicales ou essayer de transformer les syndicats est impossible tant leurs liens avec l’État capitaliste sont organiques. Ceci implique le rejet des syndicats rouges ou anarchistes
Les Communistes Internationalistes Klasbatalo (CIK) n'ont aucun lien organisationnel avec le Parti Communiste International et ne partagent pas toutes ses positions politiques.
mardi 5 avril 2011
Brochure d'archive: La question du syndicalisme au Québec
mardi 1 mars 2011
La "grève de masse" aujourd'hui et demain
Nous publions cet article du Bulletin #4 de la Fraction de la Gauche Communiste Internationale. Il est sûr et certain que les médias bourgeois ne diront jamais la vérité sur ce qui se passe au Moyen-Orient et ailleurs. Ainsi des dizaines de milliers de travailleurs (75 000)ont manifesté au Wisconsin et le gouverneur Walker a menacé d’avoir recours à la garde nationale si la résistance se poursuivait étant donné que les syndicats avaient accepté des coupures qui n’étaient pas suffisantes. Partout dans le monde, la bourgeoisie impose sa dictature que ce soit par la répression sanglante ou par sa démocratie. L’article ci-dessous montre la voie à suivre pour le prolétariat de la planète et ses minorités révolutionnaires comme celle des groupes et militants de la Gauche communiste.
Les communistes internationalistes Klasbatalo
Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades - toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l'une sur l'autre c'est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution" (Rosa Luxemburg, Grève de masse, parti et syndicat, 1906).
La situation mondiale actuelle illustre l'analyse que faisait Rosa Luxemburg sur "La grève de masse" dans la période de la révolution Russe de 1905. Évidemment, nous ne sommes pas aux portes de la révolution. Mais les luttes prolétariennes se multiplient un peu partout dans le monde, que ce soit dans des pays du "centre" ou de la "périphérie" du capitalisme, et prennent des formes multiples : ce sont soit des grèves isolées ou de secteur complet de l'économie, soit des grèves générales qui affectent une ville ou un pays entier ; ce sont soit des grèves spontanées (sans préavis syndical) dites "sauvages" ou des grèves de longue durée que les grandes centrales syndicales ont de plus en plus de mal à contrôler ; ce sont soit des manifestations de la jeunesse prolétarienne étudiante dont les perspectives d'avenir s'effondrent ou des manifestations de travailleurs du secteur public et des grandes industries qui voient leurs conditions de vie s'étioler. En plus d'une occasion, les luttes de résistance "économique" se transforment en luttes "politiques" contre le gouvernement ou bien, au moins, contre les figures les plus représentatives des intérêts du capital (même si, évidemment, ces luttes politiques sont encore reprises, contrôlées et dirigées par les forces de "gauche" du capital lui-même)... Ce sont en outre des luttes qui se développent chaque fois plus de manière simultanée, qui portent en elles une forte tendance à s'étendre, à chercher la solidarité et ainsi à devenir chaque fois plus décidées et combatives (1).Or les conditions qui ont créé ce climat de luttes ne sont pas temporaires : la poursuite de la chute du capitalisme dans la pire crise de son histoire nous permet de prévoir une longue durée, de plusieurs années, de cette tendance à la montée de la lutte de classe du prolétariat, une véritable "grève de masse" internationale.
Bien sûr, toutes les luttes du prolétariat se confrontent dans chaque pays et de plus en plus durement aux différents obstacles mis en place par l'État capitaliste ; en premier lieu les syndicats. Pour le moment, la majorité des grèves et des journées de lutte, dans des pays comme la France et l'Espagne, sont organisées par les grands centrales syndicales de manière à défouler le mécontentement croissant des travailleurs et, en même temps, à l'enfermer dans un cadre qui ne permet pas réellement de stopper les attaques du capital contre leurs conditions de vie. Cependant, ces journées n'en sont pas moins une expression de la montée du mécontentement et de la combativité des prolétaires et de la nécessité pour la bourgeoisie d'anticiper sur les explosions spontanées et hors de son contrôle. De plus, le prolétariat commence à se reconnaître comme classe, à ressentir la nécessité de dépasser les barrières corporatistes dans lesquelles les syndicats l'enferment, à chercher la solidarité et à se rendre compte de la nécessité de prendre le contrôle de ses luttes en dehors des syndicats.
Viennent ensuite les partis politiques du capital, notamment les partis et autres organisations de la "gauche du capital". Comme on l'a vu en Grèce depuis le début de l'année passée, et comme nous le voyons maintenant en Tunisie et en Égypte, la colère du prolétariat (et des autres classes exploitées) peut éclater à tout moment, dans tout pays ; il suffit d'une pincée supplémentaire d'injustice (l'assassinat d'un jeune aux mains de la police, de l'augmentation des prix des produits de première nécessité...) pour qu'elle débouche sur une situation de manifestations spontanées et de révolte généralisée qui mènent à des affrontements ouverts avec les forces de répression de l'État. Apparaît alors dans toute sa cruauté et toute son ampleur le véritable rôle des partis "de gauche" de la bourgeoisie, comme les "sociauxdémocrates", les "démocrates de gauche" ou les staliniens de toutes sortes. Leur rôle est, à travers un "changement" de dirigeants, de redonner du crédit à l'État capitaliste en entretenant, chez les prolétaires, l'illusion nuisible qu'il existe "des issues à la crise du capitalisme" et "des solutions à leurs problèmes". Cependant, si de nombreux ouvriers conservent encore des illusions sur les partis de gauche du capital, les agissements de ces derniers – qui apparaissent de plus en plus ouvertement en faveur des intérêts du capital et contre les travailleurs - portent en eux un processus d'usure de leur image, de prise de conscience dans la classe ouvrière que ce sont des forces ennemies.
Les luttes prolétariennes se confrontent aussi, bien sûr, de plus en plus directement aux forces de répression, sans cesse renforcées, de l'État capitaliste - l'appareil judiciaire, la police, l'armée. Au Mexique, le licenciement de 40 000 ouvriers du secteur électrique, à la fin 2009, fut précédé par l'occupation brutale des lieux de travail par la police fédérale anti-émeutes ; dans l'Espagne "démocratique" du socialiste Zapatero, la grève "sauvage" des contrôleurs aériens de décembre 2010 a été brisée par la prise en main des aéroports par l'armée. De plus en plus, les manifestations ouvrières se terminent en affrontements avec la police (Grèce, Grande-Bretagne, Inde, Bangladesh, Tunisie, Algérie, Égypte...) qui, loin de ce que les médias bourgeois nous assènent, sont chaque fois moins le produit "d'actions directes" de "petits groupes radicaux" et de plus en plus le fait de la police anti-émeute. En fin de compte, cet aspect est aussi un indice clair de l'aiguisement du conflit entre les deux classes antagoniques de la société : d'une part, c'est le redoublement des attaques féroces de la classe capitaliste contre les conditions de vie et de travail des prolétaires ainsi que la préparation de cette classe et de son État pour affronter la résistance des exploités ; et d'autre part, se manifestent, de manière plus déterminée et plus large, les efforts de la classe ouvrière pour résister et s'engager dans le combat contre le capital.
Finalement, toute cette ambiance de lutte de classes croissante est méthodiquement et sciemment défigurée par les médias du capital, presse, radio, télé, sans oublier internet. Jamais n'ont existé autant de moyens d'information qu'aujourd'hui... mais en même temps jamais la classe dominante n'a utilisé comme aujourd'hui ces moyens pour empêcher que le prolétariat acquiert une idée claire des enjeux actuels, pour empêcher que chaque travailleur se rende compte que, partout, ses frères de classe se lèvent et luttent exactement pour les mêmes raisons que celles pour lesquelles il est lui-même indigné (le chômage, les attaques directes ou indirectes au travail, les conditions de vie de plus en plus dégradées pour sa famille, l'exploitation et l'oppression croissantes), pour empêcher qu'on se reconnaisse dans ces luttes et que celles-ci continuent à se propager sur tous les continents, en somme pour empêcher que les prolétaires se reconnaissent comme classe avec les mêmes intérêts et les mêmes buts : lutter contre l'exploitation capitaliste.
En premier lieu, il y a la plus grande censure possible - tant à échelle nationale que mondiale - sur les luttes prolétariennes. Par exemple, tout le monde a été mis au courant, jusqu'à la nausée, de l'attentat aux États-Unis, à Phoenix, contre la représentante démocrate au Congrès américain. Mais, à l'exception des lecteurs de la presse militante, combien d'ouvriers ont été au courant des grèves aux États-Unis de l'année passée qui ont vu la participation de milliers de prolétaires de différents secteurs ? Ensuite, si on ne peut plus les cacher complètement du fait de leur ampleur, les médias bourgeois dénaturent de mille manières les luttes de classe en les présentant comme des situations essentiellement "locales" ou "nationales", ou comme des "réactions égoïstes et irresponsables qui s'opposent aux ajustements que le capital juge nécessaires et profitables à l'ensemble de la population" ("réductions des dépenses d'Etat" ou "assainissement des entreprises" qui, soi-disant, rendent indispensables la baisse des salaires, les licenciements massifs ou la réduction des retraites) ; ou bien en les présentant comme des actions de "petits groupes extrémistes" ou comme des réponses à des gouvernements "corrompus" qu'il suffit de changer pour ramener le calme. Le comble du cynisme est l'affirmation fréquente selon laquelle les ouvriers en lutte sont des "privilégiés" qui, "égoïstement", prétendent conserver leurs conditions de vie au détriment du reste de la population !
Les conditions sont réunies pour que la lutte des classes continuent à se développer
Dans cette situation où les médias essaient par tous les moyens de cacher ou de minimiser les luttes, ou de noyer le fait que celles-ci obéissent aux mêmes causes fondamentales, ce qui rend plus difficile la prise de conscience des ouvriers qu'ils ont des intérêts et des objectifs communs, le surgissement simultané de larges mouvements de lutte sur tous les continents devient encore plus significatif.
Deux faits d'importance historique sont à la base de cette situation. Premièrement, les attaques généralisées et chaque fois plus brutales et directes contre les conditions de vie et de travail que le prolétariat et les autres classes exploitées subissent de la part de la classe capitaliste du fait de l'enfoncement inexorable du système capitaliste dans la pire chute dans la crise économique de son histoire. Il est de plus en plus évident que tous les efforts de la bourgeoisie de tous les pays et de tous les secteurs pour "se sauver" ou "se remettre" de la crise, ont justement pour fondement d'exploiter, jusqu'à la dernière goutte, la force de travail, et cela par tous les moyens indirects et directs qu'elle a à sa disposition. Par exemple, le "transfert de fonds" de l'État - à commencer par celui de la première puissance mondiale - pour "sauver" les grandes banques et les grandes industries consiste, de fait, à faire payer ce "sauvetage" par les travailleurs via l'explosion du chômage, des augmentations d'impôts et la réduction du salaire direct et indirect (c'est-à-dire le budget de l'État dans la santé, l'éducation et autres services). Et cela arrive dans tous les pays du monde, tant dans les plus grandes puissances capitalistes que dans les pays les plus petits et faibles. C'est cette charge généralisée du capital contre le prolétariat qui est à la base du surgissement simultané d'une multitude de foyers de lutte de résistance au niveau mondial.
En outre, il est de plus en plus évident que la supposée "sortie de la récession" de 2010 se révèle clairement pour ce qu'elle est : un mensonge et, pour le moins, une illusion. Pour tenter de justifier cela, les médias bourgeois cherchent à faire croire que c'est la faute au ralentissement de la "reprise" aux États-Unis, ou que c'est la responsabilité de plusieurs pays d'Europe dont les finances publiques s'effondrent. Selon l'aire économique ou le pays où ils se trouvent, les médias alertent contre les "risques" croissants d'une nouvelle et prochaine "rechute économique" dont la cause serait "l'irresponsabilité" du pays d'en face. Derrière cette guerre médiatique, on trouve l'aiguisement de la guerre commerciale et financière entre les différents "blocs" de bourgeoisies nationales (en premier lieu, bien que pas seulement, autour des États-Unis et de la Grande-Bretagne contre l'Euro-zone).
Mais en plus, à cette "roulette russe" à laquelle se livrent les forces capitalistes mondiales se rajoute aujourd'hui un élément supplémentaire d'aggravation de la crise : l'inflation. Nous allons assister, dans les prochains mois, à une période d'augmentation généralisée des prix, à commencer par les prix de l'énergie et les produits de première nécessité ; c'est déjà ce qui a été l'étincelle qui a déclenché plusieurs des révoltes récentes (Tunisie, Algérie, Égypte, Chili...).
En somme, l'aiguisement de la crise et, avec elle, celle des conditions matérielles font que continuent à se multiplier les luttes de résistance des exploités, lesquelles tendent non seulement à se maintenir mais aussi à devenir chaque fois plus larges et profondes.
Il y a un deuxième fait, lui aussi d'importance historique, qui se manifeste, à l'échelle internationale et sur une période prolongée, dans ce que Rosa Luxemburg a appelé la "grève de masses" ; c'est ce que l'on perçoit aujourd'hui dans la volonté de se défendre et l'inclination à la lutte au sein du prolétariat; c'est-à-dire, l'existence à la fois des facteurs "objectifs" et des facteurs "subjectifs" favorables à l'élargissement et à l'approfondissement du combat prolétarien contre le capitalisme.
D'une part, on peut apprécier l'apparition d'un penchant à la "contagion", c'est-à-dire à l'apparition d'une tendance à l'extension internationale des luttes. A partir des luttes en France, les travailleurs d'autres pays d'Europe (Grande-Bretagne, Espagne, Italie, Belgique...) se sont aussi lancés dans la bataille en sachant que les attaques ducapital sont du même type partout. Plus récemment, le mouvement social qui a embrasé la Tunisie durant un mois a servi d'exemple et de détonateur auxmanifestations massives qui ont secouées les autres pays du Maghreb, et cela pour les mêmes raisons : l'augmentation des prix des biens de première nécessité. En même temps, et de nouveau malgré les obstacles que met en avant la bourgeoisie - en particulier, le contrôle syndical dont une des tâches est de maintenir les revendications et les luttes ouvrières divisées -, on voit également, dans les luttes, des débuts d'expressions de solidarité entre travailleurs de différents secteurs (même au niveau international), ce qui signifie que la base pour une future unification des revendications et des objectifs des luttes existe.
Ce qui est tout aussi remarquable dans les luttes actuelles, c'est que la colère et la combativité ne cessent de croitre. L'action des forces policières de l'État capitaliste, dont l'objectif est de "dissuader", c'est-à-dire de terroriser et de réprimer les luttes, s'est transformée, dans différentes occasions, en son contraire : un stimulant poussant les ouvriers à sortir dans la rue afin de protester massivement contre les gouvernements. La situation exceptionnelle des révoltes violentes et massives en Grèce, il y a plus d'un an, tend maintenant à se reproduire dans différents pays : la Grande-Bretagne, la Tunisie, l'Inde, l'Égypte...
Il faut aussi relever l'existence d'une tendance à la "politisation" des luttes dans le sens où les manifestations face à l'aggravation des conditions économiques laissent chaque fois plus la place à des contestations ouvertes contre l'État et ses plus éminentes représentations. De façon évidente, cette "politisation" est pour le moment récupérée et mise à profit par les partis bourgeois "d'opposition" eux-mêmes. Elle n'en exprime pas moins, cependant, une tendance, chez les prolétaires, à prendre conscience que la réponse à apporter à l'aggravation de leurs conditions de vie ne se trouve plus simplement au niveau de l'entreprise ou de la corporation, c'est-à-dire au niveau local et "économique", mais qu'elle doit être plus "générale", "globale" et donc aussi "politique".
Finalement, il faut souligner le fait qu'avec les mouvements de lutte s'accélère aussi le surgissement de minorités de prolétaires d'avant-garde qui cherchent à aller au-delà des luttes immédiates, qui s'interrogent sur les causes des défaites, qui cherchent à se réunir et à s'organiser pour préparer, dans les meilleures conditions, les luttes de demain, à faire qu'elles ne soient pas déviées ou récupérées par les forces du capital et qu'elles aillent dans le sens du "véritable changement" qu'est la mise à bas du capitalisme ; en somme, des minorités en recherche d'une alternative et d'un engagement révolutionnaire. Par exemple, la défaite des mobilisations en France contre la réforme des retraites a laissé une multitude de petites "assemblées" de travailleurs où les éléments de ce type, avec des militants de diverses organisations politiques, discutent sur les perspectives d'organisation et de lutte. Une ambiance similaire existe ailleurs. Cela se reflète dans l'augmentation de correspondance, de discussion et de contacts des groupes révolutionnaires.
C'est en regroupant leurs forces que les communistes pourront jouer pleinement leur rôle dans la classe
Toute cette situation ouverte, que nous définissons comme urgente l'intervention des minorités révolutionnaires au sein de leur classe, notamment celle des groupes et militants de la Gauche communiste.
Bien sûr, un aspect des campagnes idéologiques de la bourgeoisie contre les prolétaires (auxquelles participent même des groupes qui s'auto-proclament "révolutionnaires" comme les anarchistes par exemple), est de semer la méfiance des ouvriers envers les groupes politiques véritablement révolutionnaires et communistes afin qu'ils apparaissent comme "extérieurs", "étrangers" et même "dangereux" aux yeux de la classe ouvrière. C'est la raison pour laquelle nous ne cessons d'insister sur le fait que les groupes révolutionnaires, notamment ceux de la Gauche communiste, sont, au contraire, une partie de la classe elle-même, celle qui est "la plus consciente et la plus déterminée" ; qu'ils sont simplement - comme le dit le Manifeste communiste de 1847 - ceux qui "mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat" ; ils sont "la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l'avantage d'une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien" ; et leurs objectifs sont : "constitution des prolétaires en classe, renversement de la domination bourgeoise, conquête du pouvoir politique par le prolétariat".
Dans ce sens, il est d'abord indispensable que, dans cette période, les minorités révolutionnaires mettent en avant les intérêts communs de classe qui résident dans les luttes qui surgissent partout. Leur tâche n'est pas seulement de "diffuser l'information" ni non plus d'appeler simplement à la lutte, mais avant tout d'impulser les tendances vers l'extension et l'unification des luttes au-delà de toute division sectorielle ou nationale qu'essaie d'imposer la bourgeoisie. Il s'agit de souligner leur essence commune comme parties d'un mouvement de l'ensemble de la classe ouvrière, d'un mouvement dont les causes et les buts historiques - de l'État capitaliste et la prise du pouvoir par le prolétariat à l'échelle internationale - sont les mêmes. En même temps, il est indispensable que les révolutionnaires assument leur tâche de transmission de l'héritage des expériences de luttes du passé qui est entre leurs mains tout comme la théorie révolutionnaire – le marxisme -, de telle manière que les prolétaires puissent en bénéficier dans leurs combats actuels. De cette manière, non seulement les révolutionnaires contribuent à augmenter la capacité de l'ensemble du prolétariat à se défaire des mystifications et des pièges que la bourgeoisie lui tend à chacune de ses luttes mais surtout ils contribuent de manière décisive à la prise de conscience de classe du prolétariat de ses intérêts et objectifs révolutionnaires et de la nécessité et possibilité de les réaliser.
Finalement, les révolutionnaires ont aussi la tâche impérieuse de transmettre toute l'expérience de la classe accumulée en matière d'organisation et spécialement celle qui découle de la période révolutionnaire du début du 20ème siècle ; expérience qui a mené au triomphe de la révolution prolétarienne en Russie et à la vaguerévolutionnaire internationale qui a fissuré l'édifice capitaliste et a menacé de le mettre à bas pour toujours.
Aujourd'hui et encore plus demain, le surgissement de prolétaires d'avant-garde en recherche d'une cohérence, d'un engagement militant et d'une organisation révolutionnaire, impose en particulier aux groupes et éléments actuels de la Gauche communiste la responsabilité majeure de débroussailler le chemin qui conduit à la construction du nouveau parti communiste mondial. Et sur ce chemin, les forces communistes actuelles se doivent d'abord de dépasser la dispersion politique et organisationnelle qui les caractérise et s'engager résolument, dès aujourd'hui, dans un processus de rapprochement et de "regroupement". Elles doivent passer par là si elles veulent être à la hauteur de la situation et assumer les responsabilités pour lesquelles le prolétariat les a faites surgir.
Janvier 2011
FRACTION DE LA GAUCHE COMMUNISTE INTERNATIONALE
Site web : http://fractioncommuniste.org/
Courriel : inter1925@yahoo.fr
1. La liste est longue, à commencer par les principaux pays européens, des combats ouvriers qui se sont développés ces deux dernières années et leur nombre ne fait que croître sur tous les continents avec l'impasse économique du capitalisme. Pour un suivi plus précis des luttesouvrières dans le monde, nous renvoyons nos lecteurs aux presses internationales de la Tendance communiste internationaliste et du CCI.
vendredi 18 février 2011
Réponse au texte des communistes internationalistes-Klasbatalo sur leur contribution à un état de la gauche communiste
"Jung et une foule d'autres ne se laisseront jamais convaincre qu'il existe une différence de principe entre nous et Ruge, ils s'en tiennent à l'opinion qu'il s'agit uniquement de chamaillerie personnelle. Quand on leur dit que Ruge n'est pas un communiste, ils ne veulent pas le croire et manifestent leur regret de voir rejetée inconsidérément une « autorité littéraire » comme Ruge !" (Lettre d'Engels à Marx, 19 novembre 1844).
Depuis nos premiers contacts avec les camarades des Communistes Internationalistes-Klasbatalo (ex-CIM), nous [La Fraction de la Gauche Communistes Internationaliste] n'avons eu de cesse de débattre et d'essayer de clarifier la question des forces communistes de notre époque, de ce que nous appelons le camp prolétarien, ou encore le milieu politique prolétarien. La contribution des camarades vient marquer une étape importante de notre discussion. Elle est d'autant plus importante qu'en soulignant les insuffisances actuelles des principaux groupes de la Gauche communiste - leur incapacité à assumer de manière active et décidée leur rôle de pôle de regroupement du fait du poids du sectarisme et de l'opportunisme politiques -, elle vient interpeller ceux-ci d'une part et qu'elle se fait indirectement l'écho, en s'interrogeant, des tendances croissantes au rejet et à la liquidation de ces groupes.
Alors que la crise ouverte du capital et les réactions ouvrières qu'elle provoque, annoncent l'ouverture d'un processus vers des confrontations de classes décisives, frontales et massives, l'état de dispersion et de faiblesse du camp politique prolétarien - qui devrait tendre à se renforcer et à regrouper autour de lui, autour de ses positions et orientations politiques - favorise au contraire les tendances anti-organisation de type conseilliste et anarchisante. Au point qu'aujourd'hui toute une mouvance - bien souvent constituée d'ex-militants du CCI "déçus" renforcés par des éléments anarchisants - vient militer, directement ou indirectement, explicitement ou implicitement, pour la liquidation et la disparition des principales organisations du camp prolétarien.
Déjà en avril 2009, le groupe Perspectives internationalistes avait appelé à un rassemblement des "pro-révolutionnaires" que, pour notre part, nous avions rejeté notamment pour son ignorance, c'est-à-dire en fait pour son rejet, des principales organisations de la Gauche communiste et pour sa tonalité anarchisante (cf. Notre réponse à l'Appel au milieu pro-révolutionnaire dans le bulletin 47 de la Fraction interne du CCI). Depuis, cette dynamique au rejet des principales organisations du camp prolétarien s'est accentuée ; en particulier du fait du renfort que lui apportent nombre d'anciens "adorateurs déçus" tels ceux qui se retrouvent au sein du Forum de la Gauche communiste. Ceux-ci ont adhéré dès leur sortie (volontaire) du CCI à "l'Appel de PI" et sont devenus les plus actifs pourfendeurs des organisations présentes de la Gauche communiste au point d'en prôner la disparition (cf. Controverses 3, Il est minuit dans la Gauche Communiste[1]). Nous avons rejeté et combattu cette thèse destructrice et liquidatrice dans le bulletin 2 de la FGCI, dans le texte Le camp prolétarien a-t-il définitivement fait faillite ?
Peut-on concilier l'inconciliable ?
Dans leur contribution, se basant sur les deux textes, les camarades du CIK "se sont donnés, ils le déclarent d'entrée, pour mandat de répondre aux deux groupes en tentant (...) de les concilier" bien que "ces deux positions semblent irréconciliables". Leur contribution souffre fortement de cette volonté de "synthèse" et de "conciliation". Se basant sur leur bonne volonté de concilier l'inconciliable, le texte des camarades est amené à des contradictions flagrantes et, du coup, à des concessions politiques dangereuses qui s'expriment dans des erreurs politiques particulièrement dangereuses. Pour résumer de manière sommaire leur contribution, les CIK semblent d'une part critiquer l'article de Controverses - qui "se veut implicitement un appel à saborder les trois principales organisations actuelles de la Gauche communiste" - tout en appuyant son argumentaire basé sur Marx et Engels : "C'est effectivement comment Marx et Engels voyaient la mise sur pied et la disparition des organisations politiques dont se dotait le prolétariat. (...) Aussi comme le souligne bien Controverses (...) après le reflux du cours des luttes, lire de l'épuisement du prolétariat écrasé le plus souvent par sa défaite, l'organisation tend à chercher une légitimité à la préservation de son existence. Elle tend alors à s'enfoncer dans des analyses particulières qui la divisent sur des questions de second ordre". Et les camarades des CIK, c'est une de leur qualité, de dire tout haut à qui ils pensent, et surtout à qui pense si fort Controverses : "On peut facilement faire un parallèle à cet effet avec le CCI qui semble s'être profondément enfoncé dans la paranoïa et l'autisme organisationnel au cours des dernières décennies"[2] (nous soulignons).
En fait, tout en critiquant Controverses pour son rejet de toute continuité historique, d'assumer face au prolétariat et au milieu communiste, sa propre histoire et ses propres responsabilités - ses militants ont une histoire dont ils sont redevables -, les camarades des CIK reprennent les arguments les plus erronés de Controverses qui mènent à l'adoption d'une vision anti-parti de type conseilliste. La première erreur, peut-être la moins importante, est celle d'un CCI, et de groupes de la Gauche qui auraient faillite depuis 30 ans. La deuxième est que toute organisation, quelle que soit la période historique, le cours du rapport de forces entre les classes, quelles que soient les circonstances, et quelle que soit l'organisation - parti, fraction, groupe, cercle... -est inévitablement amenée à dégénérer en suivant mécaniquement, inéluctablement, le reflux des luttes - ce qui mène à l'abandon de tout combat de fraction[3]. Enfin, Marx et Engels seraient les premiers porteurs de cette vision qui auraient été ensuite reprise par Bilan et même par la Gauche communiste de France dont le CCI est issu. Rien n'est plus faux !
Dans leur volonté de concilier l'inconciliable, les camarades sont amenés à commettre deux types d'erreurs : les premières appartiennent à ce que nous qualifierons comme des malentendus ou des confusions politiques ; les secondes sont des erreurs politiques.
Les malentendus
Les principaux "malentendus" touchent à deux questions : le "regroupement" et la "discussion".
Lorsque notre fraction, comme elle l'a toujours fait, appelle au "regroupement" des forces de la Gauche communiste autour d'un "pôle de regroupement", elle ne réduit en aucune manière ce processus à une simple et immédiate adhésion à ce "pôle". Cette "simple et immédiate adhésion" ne peut signifier que l'élimination complète des divergences existantes et donc l'affirmation d'un accord quasi-total avec les positions de l'organisation-pôle. Cette vision du regroupement - qui malheureusement prévaut aujourd'hui, notamment chez les organisations issues de la Gauche communiste - est non seulement erronée mais surtout en rupture avec la tradition et la pratique historiques du véritable mouvement communiste. Ce sont cette tradition et cette pratique que nous nous évertuons à défendre et qui sont à l'opposé du sectarisme ambiant actuel, qui est marqué par la défense exclusive de "sa petite chapelle" et par le rejet des autres tendances politiques. Si on ne prend référence que sur ce qui prévalait dans la période de la fin des années 1920 et des années 1930, pourtant marquée par la contre-révolution et une classe ouvrière profondément défaite, il apparaît clairement que, malgré ces conditions particulièrement défavorables, les courants et organisations de l'Opposition internationale et surtout de la Gauche communiste (italienne, germano-hollandaise et autres) ont multiplié (parce qu'ils en ressentaient la responsabilité historique et qu'ils en avaient la volonté politique) les tentatives de regroupement de leurs forces. Ces tentatives se basaient, bien sûr, sur un certain nombre de positions fondamentales communes mais elles n'impliquaient, en aucune manière, que les divergences devaient être laissées à la porte ou mises sous la table, pour en faire partie. Elles se manifestaient par des liens directs et fréquents, par la tenue de réunions et même de conférences internationales, parfois aussi par la mise en place de structures organisationnelles communes (Secrétariats ou Bureaux internationaux...) et par l'édition de bulletins "de discussion" ou "d'information" internationaux ; et cela même si leur fusion dans une seule et même organisation ne se faisait pas.
De la même manière que ces nombreuses organisations ont cherché à se regrouper tout en mettant en avant leurs différences et en les confrontant, quand nous parlons de la TCI (ex-BIPR) comme "pôle de regroupement" digne de ce nom aujourd'hui, cela n'implique pas, à nos yeux et au vu de la tradition communiste, la nécessité absolue de se regrouper en son sein mais, tout au moins, autour d'elle, cette organisation étant au centre du processus de regroupement. C'est dans ce sens qu'à notre avis la TCI doit assumer cette responsabilité qui lui échoit aujourd'hui et que, pour l'instant, elle est seule capable d'assumer. Contrairement à ce qu'écrivent les CIK, ce n'est pas nous qui octroyons "immédiatement le « contrat » du pôle de regroupement à la Tendance Communiste Internationaliste". Mais c'est son lien "organique", à savoir son lien historique avec les organisations du passé, c'est aussi son lien théorique par sa fidélité au marxisme et son lien politique par la revendication de la continuité programmatique du mouvement ouvrier, et organisationnelle par la capacité d'intervention internationale - la presse en particulier - dans le prolétariat et en direction des autres minorités révolutionnaires ; et c'est enfin la profonde faiblesse actuelle des autres organisations qui pouvaient prétendre jouer ce rôle de "pôle de regroupement".
Malheureusement, il nous faut reconnaitre que la TCI possède aussi une faiblesse importante à ce niveau - et qu'elle partage avec toutes les autres organisations de la Gauche communiste actuelles -, faiblesse qui trouve sa source dans le poids de la contre-révolution et de la rupture organique. Celle-ci s'exprime notamment au travers d'une tendance à une vision monolithique et erronée de l'avant-garde politique du prolétariat et a du mal à concevoir l'existence de positions différentes en son sein (inévitable reflet de l'hétérogénéité qui existe au sein même de la classe). C'est de cette confrontation entre des positions différentes et même divergentes que se fait le développement de la conscience de classe et que peut surgir le processus de regroupement et d'unification des forces communistes. Il n'y a pas de regroupement et de formation d'une avant-garde conséquente et unie du prolétariat si ses différences sont ignorées ou refusées.
Critiquant notre "anathème" contre la démarche de Controverses, les CIK affirment à leur tour que "le temps est à la discussion, à l'ouverture des débats, aux critiques dures, certes, mais fraternelles" - ce avec quoi tout le monde se déclarera en accord. Mais, les camarades doivent se rendre compte qu'il y a discussion et discussion - ou plutôt débat politique et discutaillerie. Dans le cas qui nous occupe ici, la discussion ne peut avoir de sens que si elle vise à la clarification politique en vue du regroupement des véritables forces communistes. Elle ne peut donc participer à la clarification politique qu'à la condition de se situer dans le cadre programmatique et politique de la Gauche communiste. Tout autre cadre de "discussion" ne peut au mieux que correspondre à une dérive dans l'impuissance, dans la participation à la dispersion et à la confusion politiques ; au pire, en s'appuyant sur un autre type de préoccupations (remise en cause du marxisme, révision voire rejet de l'expérience historique de notre classe), elle tend en général à s'éloigner du camp du prolétariat.
"Nous nous sommes unis en vertu d'une décision librement consentie, précisément afin de combattre l'ennemi et de ne pas donner dans le marais d'à côté, dont les hôtes, dès le début, nous ont blâmés d'avoir formé un groupe à part et préféré la voie de la lutte à la voie de la conciliation. Et certains d'entre nous de crier : Allons dans ce marais ! Et lorsqu'on leur en fait honte, ils répliquent :Quels gens arriérés vous êtes ! N'êtes-vous pas honteux de nous dénier la liberté de vous inviter à suivre une voie meilleure ! Oh ! Oui, Messieurs, vous êtes libres non seulement d'inviter, mais d'aller où bon vous semble, fût-ce dans le marais (...). Mais alors lâchez-nous la main, ne vous accrochez pas à nous et ne souillez pas le grand mot de liberté, parce que nous aussi, nous sommes « libres » d'aller où bon nous semble, libres de combattre aussi bien le marais que ceux qui s'y acheminent !" (Lénine, Que faire ?). Pour notre part, et loin d'une supposée "rigidité" qui nous opposerait à la volonté de "discussion (soi-disant) ouverte" revendiquée par les uns et les autres, nous n'avons eu de cesse, depuis notre constitution comme fraction au sein du CCI, de susciter, soulever et participer à des "débats" qui comportent des enjeux politiques réels, c'est-à-dire qu'au-delà des combats politiques que nous menons contre l'influence de l'idéologie bourgeoise au sein de notre classe (poids du conseillisme, de l'anarchisme, du démocratisme, de l'individualisme...), nous privilégions les débats avec et autour des principales organisations du camp politique prolétarien, en référence avec ces pôles historiques, et cela afin de favoriser au maximum le processus de regroupement et de clarification politiques, dans la perspective de la constitution du parti[4].
Les erreurs politiques
Contrairement à la thèse conseilliste que reprennent les camarades des CIK lorsqu'ils s'appuient sur les arguments de Controverses, l'existence des organisations politiques du prolétariat est une nécessité permanente aussi bien dans la période d'ascendance du capitalisme que dans sa période historique de déclin ; et aussi bien dans les périodes de flux que dans les périodes de reflux de la lutte du prolétariat. Cette nécessité permanente est confirmée, vérifiée, par le combat permanent des communistes, à commencer par Marx et Engels - contrairement ce que reprennent les CIK -, pour la construction, le développement, la défense et même le maintien des organisations existantes. Loin d'être du "fétichisme organisationnel", ce combat permanent pour l'existence de l'organisation communiste comme expression la plus avancée de la conscience de classe est d'abord et avant tout un combat politique de confrontation et de clarification politiques qui est fait de regroupements, de ruptures, de scissions, et même de disparitions d'organisations. Il s'agit du combat pour l'homogénéité et l'unité politiques des avant-gardes politiques du prolétariat. Par contre, la fonction et la réalité formelle de ces organisations révolutionnaires sont, elles, dépendantes des périodes historiques : organisations de masse dans la période d'ascendance du capitalisme, organisations minoritaires dans sa décadence ; forme parti dans les périodes de développement massif des luttes du prolétariat et forme "fraction" dans les périodes de reflux[5].
Il convient donc de tordre le cou à cette thèse conseilliste selon laquelle les organisations communistes naissent et disparaissent mécaniquement en fonction du développement et du reflux de la lutte des classes. Dire que telle fut la compréhension et la pratique de Marx et Engels, puis dans leur foulée de toute l'histoire du mouvement communiste, est une falsification de l'histoire.
Marx-Engels, la Ligue des communiste et la 1° Internationale
Nous ne pouvons revenir ici en détail sur les conditions de la dissolution de la Ligue des communistes (1852) et de la 1° Internationale (1872-1874). La thèse souvent avancée par les militants qui tournent le dos à la nécessité de l'organisation et du parti est que Marx et Engels auraient délibérément dissous ces organisations afin de se dédier aux études théoriques face au reflux de la lutte des classes. Et ils en profitent pour faire un parallèle avec leur situation d'aujourd'hui.
Ce parallèle est déjà particulièrement fallacieux dans la mesure où les périodes historiques sont complètement différentes. A l'époque de la Ligue et de l'AIT, le capitalisme était en pleine ascendance et les conditions de la lutte des classes bien différentes de celles qui prévalent suite à la 1° Guerre mondiale et à la vague révolutionnaire qui la suit. Même, les conditions qui prévalent entre la Ligue et l'AIT sont elles-aussi bien différentes : la première se trouve confrontée au fait que le prolétariat commence à peine à se constituer comme classe, qu'il est une classe en formation. Cela détermine la forme et l'action même de la Ligue en comparaison de l'AIT. "Le mouvement international du prolétariat américain et européen est à cette heure [1890] devenu tellement puissant que non seulement sa forme première et étroite - la Ligue secrète - mais encore sa seconde forme, infiniment plus vaste -- l'Association publique internationale des travailleurs -- lui est devenue une entrave, et que le simple sentiment de solidarité, fondé sur l'intelligence d'une même situation de classe, suffit à créer et à maintenir, parmi les travailleurs de tout pays et de toute langue, un seul et même grand parti du prolétariat" (Engels, 1890, Quelques mots sur l'histoire de la Ligue des communistes).
Mais surtout, la dissolution de la Ligue ne fait qu'entériner une situation de fait, à savoir l'éclatement réel de la Ligue au sein de laquelle il n'y a plus aucune unité politique : "Bref, la réserve que nous préconisions n'était pas du goût de ces gens ; il fallait essayer de déclencher des révolutions ; nous nous y refusâmes de la façon la plus absolue. La scission se produisit comme on le verra dans les Révélations" (idem, nous soulignons).
Le caractère fallacieux d'un supposé "détournement" de Marx et Engels de l'activité de parti est encore plus manifeste avec l'exemple de la dissolution de la 1° Internationale. Là non plus, nous ne pouvons revenir en détail. Néanmoins, la dissolution effective de l'Internationale a lieu en 1874 [6]. Loin de se détourner de toute tâche de "regroupement", de parti, Marx et Engels, qui ont essayé de préserver l'organisation en en déplaçant le centre à New-York, n'ont de cesse, dans les années qui suivent, de favoriser et d'intervenir dans la formation du parti allemand au point de poser, dès... 1875, leurs conditions politiques pour pouvoir y adhérer[7]. La légende d'un Marx se retirant pour la réflexion théorique n'est qu'une déformation de la réalité historique.
Derrière cette "interprétation" de l'histoire, repose une vision politique qui oppose la réflexion et l'approfondissement théorico-politique aux "luttes de parti", c'est-à-dire aux débats, discussions, confrontations de positions, y inclus ce que l'on traite de « chamailleries » de fraction. Or, l'expérience du mouvement ouvrier montre au contraire que ce n'est pas la réflexion "pure", débarrassée des contingences immédiates, qui est la plus favorable aux avancées théoriques et politiques, mais bel et bien les confrontations et polémiques de parti. N'est-ce pas là justement l'histoire des fractions ?
L'histoire des fractions
Nous ne revenons pas non plus ici sur l'histoire et le rôle des fractions - Lénine, Rosa Luxemburg, Pannekoek, etc... - dans la 2° Internationale que le texte des camarades laisse de côté. Pourtant cette histoire est justement le combat pour l'organisation et sa défense contre l'opportunisme et le révisionnisme.
Est tout aussi fallacieuse que la référence à Marx et Engels celle à Bilan, pour justifier la dissolution des organisations politiques prolétariennes. Certes, les CIK ne s'y réfèrent pas. Néanmoins, et dans la mesure où ils s'appuient sur ce que disent les responsables de Controverses - qui prennent l'exemple de Bilan après celui de Marx et Engels, pour justifier leur propre éloignement des « chamailleries » et liquider les organisations actuelles -, nous entendons y répondre ici. Bilan, c'est-à-dire la Gauche italienne en exil en France et en Belgique, est issu du Comité d'Entente (1925) qui est le premier regroupement interne au Parti communiste italien pour s'opposer à la bolchévisation du parti, laquelle marque la prise du pouvoir de l'opportunisme au sein du parti et de l'Internationale. Loin de s'éloigner des « chamailleries » de parti pour se dédier à "tirer le bilan" théorico-politique" de l'expérience révolutionnaire, la Gauche italienne combat pied à pied dans le parti - malgré les exclusions - au point de présenter des Thèses au congrès de Lyon en 1926. Mieux même, et au moins certains militants de Controverses devraient s'en souvenir [8], les membres de la Fraction continuaient à essayer d'intervenir malgré les risques physiques dans les réunions des PC stalinisés dans les années 1930.
Ces déformations de la réalité historique ont des implications politiques très concrètes et surtout très dangereuses. Certes, les CIK [9] dans leur texte expriment surtout des contradictions qui révèlent leur hésitation entre deux chemins opposés et leur volonté insensée de les concilier, ce qui les conduit aux erreurs historiques et politiques et à une position centriste dans le moment présent du combat pour le parti. Mais le texte de Controverses duquel ils reprennent les arguments est beaucoup plus conséquent, comme l'ont clairement relevé (et critiqué) les CIK eux-mêmes. Effectivement, les conséquences et implications politiques de ce texte est d'appeler "à saborder les trois principales organisations actuelles de la Gauche communiste". Il est clair que, pour notre part, nous ferons tout ce qui est notre possible, pour défendre et sauver ces organisations. Deux lignes, deux perspectives diamétralement opposées, l'une excluant l'autre. A ce titre, nous entendons combattre le texte de Controverses.
Controverses appelle à la liquidation des organisations du camp prolétarien
Selon Controverses, "assurément, il est minuit dans le siècle de la Gauche communiste car cela fait maintenant trois décennies que ce courant est traversé par une crise politique et organisationnelle très profonde". Ce constat serait dû au décalage entre la réalité des luttes, particulièrement dans les années 1980, et une vision trop optimiste de celles-ci, en particulier avec l'analyse du CCI d'alors sur "les années 1980, années de vérité". Ce qui est vrai pour le CCI le serait aussi pour le PCI "bordiguiste" qui voyait la révolution en 1975. Relevons déjà en passant que cet argument, la critique de l'analyse du CCI sur les années 1980, a surtout été utilisé par le... BIPR qui ne partageait pas du tout cette analyse. Il faudra donc que Controverses trouve une autre explication pour appeler à la dissolution du BIPR. Mais surtout, ce constat - erroné et extrêmement dangereux politiquement, nous y revenons - s'appuie sur le supposé sabordage par Marx et Engels de la Ligue des communistes et de la 1° Internationale que nous avons déjà abordée plus haut [10]. Nous aurions beaucoup à dire aussi sur les raccourcis, et même sur l'utilisation des citations de Marx et Engels, du texte de Controverses afin de montrer que le maintien en vie des organisations du prolétariat dans les périodes de recul des luttes ne peut que les mener à la dégénérescence. Le texte ne fait aucune distinction ni entre les périodes historiques, ni entre les différentes formes d'organisation du prolétariat. Mais surtout, il ignore complètement les luttes politiques qui ont accompagné ces processus de dégénérescence, en particulier le combat des fractions contre ces processus. Il n'évoque que des "petites minorités entre deux vagues de lutte" dont la fonction aurait été limité au seul lien entre l'ancienne et la nouvelle organisation. Il nous suffira de relever le passage suivant pour rejeter comme typique du conseillisme, du rejet de l'organisation et du parti, la démarche actuelle de Controverses : "L'histoire a systématiquement démontré que, fondamentalement, ces dernières [les "expressions politiques organisées"] surgissent tout naturellement au cours des phases d'effervescence sociale et se disloquent lors des périodes de reflux". Plus conseilliste, tu meurs ! Nous ne développons pas plus ici car l'objet de notre critique du texte porte sur un autre aspect, plus immédiat, à savoir sur son objectif politique réel. Non seulement le texte appelle à la liquidation, au sabordage estiment les camarades des CIK, des organisations du camp prolétarien telles qu'elles existent aujourd'hui, mais pire encore il appelle à liquider tout leur héritage théorique, politique et organisationnel.
Revenons donc à la citation qui prétend qu'"il est minuit dans le siècle de la Gauche communiste". Toute une série de constats vient à l'appui de l'affirmation. Certains sont justes tels celui qui soulignent l'incapacité "à instaurer un espace commun de débat". Mais la plupart sont faux et portent en eux une remise en cause de la Gauche communiste. En effet, la thèse est que la Gauche communiste est en crise et n'a plus rien "produit" depuis la fin des années 1970 du fait qu'elle aurait surestimée la réalité de la lutte des classes dans les années 1980.
"L'infléchissement à la baisse du nombre et de l'ampleur des luttes dans l'ensemble de la classe ouvrière dès le milieu des années 1970, et leur recul généralisé dès le début des années 80, seront à l'origine d'un décalage croissant au sein de ce courant : décalage entre une réalité objective marquée par ce reflux et un discours subjectif qui le nie (...). Au lieu de comprendre cet infléchissement et ce recul généralisé des luttes en adaptant leurs orientations et mode d'organisation comme Marx et Engels nous l'avaient appris, les principaux groupes de la Gauche communiste vont persister dans leurs erreurs d'orientation".
A l'appui de cette thèse, surgie de nulle part, en tout cas que ces camarades sortent de leur chapeau aujourd'hui, blancs comme neige, alors même qu'ils ont participé à élaborer et défendre ces analyses durant presque trois décennies, vient d'abord l'argument du nombre de grève et de grévistes. Mais cela sans aucune référence explicite à un quelconque conflit, à une quelconque lutte !
Pas un mot sur la lutte des mineurs en Grande-Bretagne, pas un mot sur les luttes des COBAS en Italie, rien sur les grèves sauvages de cheminots en France et en Belgique, rien non plus sur les luttes dans les services publics, la sidérurgie dans différents pays, en particulier européens. Et surtout rien sur la grève de masse en Pologne ! Toutes ces expériences ouvrières n'ont pas existé selon Controverses. Alors effectivement, si l'on nie ces expériences - auxquelles ces camarades ont pour la plupart directement participé comme militants du CCI -, il est difficile de prendre en considération les avancées de la conscience de classe dans la classe, c'est-à-dire dans les grandes masses ouvrières, que ces expériences ont permises : la remise en cause des syndicats au point que les ouvriers en lutte, s'organisaient, ou tendaient à s'organiser, de manière autonome en coordinations ou COBAS ; l'expérience de la confrontation au syndicalisme de base dans ces organes qui visait à détruire de l'intérieur ces tentatives d'organisation ; la question de l'extension de la lutte et du nécessaire affrontement aux syndicats, c'est-à-dire le combat pour la direction politique des luttes par les assemblées, le combat pour disputer aux syndicats l'organisation et la direction des manifestations de rue ; la question de la généralisation internationale des luttes ouvrières, et combien d'autres expériences encore et leçons politiques tel que le rejet des partis de gauche, et particulièrement des partis staliniens...
Nous laisserons aussi de côté ici l'affirmation que les groupes n'ont "plus connu de processus de regroupement (...) comme durant les années 1970". La constitution du BIPR n'est-elle pas un regroupement ? La constitution des sections du CCI en Suède et au Mexique ne font-elles pas partie d'un processus de regroupement ?...
Défendre le CCI contre les attaques de Controverses
Si l'on nie toute l'expérience des années 1980, alors effectivement les avancées théoriques et politiques que les organisations communistes ont accompli n'ont pas non plus existé (le lecteur nous pardonnera de nous référer presque uniquement aux avancées de notre organisation, le CCI). Il suffit pourtant de prendre les Revue internationale du CCI des années 1980, de lire leur sommaire, pour voir à quel point cette organisation s'est prononcée, a clarifié, approfondi, s'est réappropriée aussi des questions théoriques et politiques. Citons juste quelques unes en lien direct avec la réalité de la lutte des classes des années 1980 : sur le parti (parmi d'autres :Sur le parti et ses rapports avec la classe, 1983) ; l'indispensable rôle actif, "partie-prenante" disions-nous, des organisations communistes dans les luttes, leur rôle de direction politique, et donc leur présence au premier rang de l'affrontement aux syndicats et gauchistes (cf. une grande partie des éditoriaux de la revue tout au long de ces années) ; la distinction conscience de classe et conscience dans la classe ; Les conditions historiques de la généralisation de la lutte de la classe ouvrière (1981) et le processus de la grève de masse ; le cours historique ; mais aussi, la "critique de la théorie du maillon faible" qui définissait le rôle historique central du prolétariat d'Europe occidentale (Le prolétariat d'Europe occidentale au centre de la généralisation de la lutte de classe, 1982) en opposition à la position du BIPR de l'époque sur la question (cf. ses Thèses sur les tactiques communistes dans les pays de la périphérie capitaliste) ; le fonctionnement des organisations révolutionnaires ; l'opportunisme et le centrisme dans la période de décadence (1986) ; la lutte contre le modernisme et le conseillisme ; la défense de la théorie de la décadence : Comprendre la décadence du capitalisme (1987) ; la défense des fractions dans l'histoire du mouvement ouvrier ; la guerre impérialiste et l'alternative guerre ou révolution ; la Guerre, militarisme et blocs impérialistes dans la décadence du capitalisme (1988) ; sur le jeu politique de la bourgeoisie face au prolétariat, Machiavélisme, conscience et unité de la bourgeoisie, etc...
Nous sommes sûrs de pouvoir trouver, peut-être à un degré moindre, tout une série de textes produits par le BIPR et même parmi les groupes bordiguistes qui ont survécu, qui participent tous de cet approfondissement et de ces avancées théoriques et politiques tout au long de ces années.
Ce que nous propose donc aujourd'hui Controverses, c'est d'ignorer tout cela, de faire comme si cela n'avait pas existé. Il s'agit là de la vieille rengaine "moderniste", sous une couverture plus soignée, qui prétend rejeter les apports des organisations du mouvement ouvrier et s'inscrire dans l'innovant. Alors, à l'image de tous ceux qui pataugent dans le milieu conseilliste d'aujourd'hui, et particulièrement autour de Perspective internationaliste, les camarades de Controverses affirment leur volonté de discuter avec tout le monde, loin des « chamailleries », c'est-à-dire aussi sans compte à rendre à qui que ce soit, "librement", c'est-à-dire sans référence aux débats du passé, sans référence aux principaux "fournisseurs" d'avancées théoriques et politiques de nos jours, à savoir les organisations du camp prolétarien - que l'on soit d'accord ou pas avec les positions développées ne change rien à la méthode. Bref, ils veulent bien discuter de tout sauf de ce qui... fâche : les divergences politiques réelles et les prises de position qui engagent.
S'il ne s'agissait que de cela, ce ne serait pas trop grave. Mais il y a pire. Profitant du sectarisme et des faiblesses politiques des principales organisations de la Gauche communiste, Controverses et la mouvance qui s'agglutine actuellement autour de cette revue semblent offrir une alternative à ses faiblesses auprès des éléments dispersés et isolés qui se rapprochent de la Gauche communiste et qui sont désemparés face à sa situation. Elle les mène à l'impasse et à la négation de la Gauche communiste réelle, celle qui existe aujourd'hui et autour de laquelle il faut se regrouper malgré ses faiblesses. La responsabilité première n'en revient pas à Controverses, mais bel et bien à la dérive opportuniste gravissime du CCI et aux hésitations et manque d'assurance, pour ne pas dire tendance au sectarisme, de la Tendance communiste internationaliste.
Néanmoins le combat politique contre la fausse alternative que proposent les camarades de Controverses, c'est-à-dire le combat politique contre le danger du conseillisme - surtout aujourd'hui que le CCI tire un trait d'égalité entre la Gauche communiste et l'anarchisme -, n'en reste pas moins nécessaire. Voilà comment nous avions averti ces camarades et l'ensemble du camp contre leur démarche dès leurs premières apparitions et publication publiques :
"Enfin, un petit commentaire rapide sur le Forum pour la Gauche communiste internationaliste : il s'agit donc, apparemment, de militants ayant quitté dernièrement le CCI. Nous avons pris connaissance du premier numéro de Controverses. Et disons-le sans fard, cette première lecture indique que ces camarades semblent vouloir prendre un chemin qui ne peut que les mener à la confusion politique et à la remise en cause des acquis du CCI et de la Gauche communiste. Déjà, en terme de méthode : ils ne disent pas quel a été leur parcours politique, ce qui les a amené à rompre avec le Courant et donc ne semblent pas vouloir s'inscrire dans la revendication, critique, d'une continuité théorique, politique et organisationnelle. Conséquence politique immédiate de ce rejet de tout cadre théorico-politique impératif et contraignant lié à leur histoire : d'une part, ils ne s'engagent pas dans un combat au sein du CCI pour défendre leurs positions et assumer leur opposition à la politique actuelle, et d'autre part ils se sont jetés avec un enthousiasme sans fondement, autre que la bonne volonté s'exprimant dans le désir de "surmonter tous [les] legs du passé", à savoir la dispersion, les profondes divergences et les "blessures douloureuses [des] avant-gardes du prolétariat", sur l'Appel de PI au point d'en être devenus le principal et zélé propagandiste en Europe. Ils sont donc "libres" de toute continuité et de toute référence. La conséquence la plus évidente et la plus immédiate de cette "liberté" recherchée d'avec leur propre passé politique, se retrouve par exemple dans le texte sur la situation internationale de leur revue, Tendances et paradoxes de la scène internationale. Ce texte, sans aucune référence aux analyses et positions développées par les principaux groupes communistes, sans aucune référence même au CCI et à ses positions opportunistes en la matière, est incapable de dégager une quelconque perspective pour le monde capitaliste et se refuse à prendre position sur les principales questions théoriques et politiques qui se posent aux révolutionnaires : est-ce que l'alternative historique posée par le marxisme, guerre ou révolution, reste valable ? Est-ce que le monde capitaliste s'oriente vers un renforcement des contradictions entre les plus grandes puissances impérialistes dont la dynamique propre ne peut déboucher que sur une troisième guerre mondiale généralisée ? Est-ce que la guerre impérialiste reste une question centrale à laquelle est confronté le prolétariat international ? Tout en reprenant une vision s'apparentant à celle de la théorie de la décomposition du CCI actuel, l'article n'en dit pas un mot. Nous aurions d'autres critiques, tant sur la méthode et la démarche des camarades donc, qui ne peuvent, selon nous, que les mener à s'éloigner, à quitter, le terrain du marxisme et du combat politique communiste, que sur des prises de position qui en découlent, mais tout cela mériterait une critique plus élaborée de notre part que nous ne pouvons accomplir ici. Néanmoins, il nous semblait impossible d'ignorer l'apparition de ce Forum et de ne pas en informer nos lecteurs et le camp prolétarien" (Bulletin 47 de la Fraction interne du CCI, Présentation sur l"Appel au milieu pro-révolutionnaire » Nous soulignons aujourd'hui).
Malheureusement, notre prédiction était largement en deçà de ce que ce groupe a développé depuis. Aujourd'hui, les camarades de Controverses en arrivent à appeler presque ouvertement au sabordage du CCI et de la TCI et surtout à l'oubli, l'ignorance, bref à la liquidation, des débats et des avancées théoriques et politiques de trois décennies !
Nous disons aux CIK, que même si nous maintiendrons avec les membres de Controverses une attitude fraternelle, nous voyons mal comment nous pourrons sur cette base, dans ce cadre, mener des discussions réelles, "positives", avec toute cette mouvance conseilliste. Nous ne pouvons que la combattre comme nous avons combattu l'Appel au milieu "pro-révolutionnaire" de Perspective internationaliste. Nous espérons que, contrairement à Jung, ils "se laisseront (...) convaincre qu'il existe une différence de principe entre nous et" les camarades de Controverses, qu'ils ne s'en tiendront pas "à l'opinion qu'il s'agit uniquement de chamaillerie personnelle" pour paraphraser Marx cité au début de ce texte.
Le cours historique actuel et le danger du conseillisme
"Nous pensons que le conseillisme constitue le plus grand danger pour le milieu révolutionnaire dès aujourd'hui, et bien plus que le substitutionnisme [les visions du parti défendues en particulier par le courant "bordiguiste"], il deviendra un très grand péril pour l'intervention du parti dans les luttes révolutionnaires futures. (...) Si le substitutionnisme constitue un danger surtout en période de recul dans la vague révolutionnaire, le conseillisme est un danger bien plus redoutable, surtout dans la période de montée de la vague révolutionnaire" (Revue internationale 40 du CCI, 1985, Le danger du conseillisme [11]).
Les CIK citent un texte d'Internationalisme (GCF) de 1947 - rédigé par le camarade MC - pour appui à leur avis selon lequel il convient d'ouvrir la discussion et les débats à tous les éléments et groupes qui prétendent se revendiquer de la Gauche communiste, indépendamment de leur dynamique et de leur histoire. Il s'agit là, selon nous, d'une erreur dangereuse. D'une part, nous ne pouvons mettre sur le même plan les groupes historiques et les groupes et éléments isolés qui cherchent à se regrouper - à se réfèrer - autour d'eux d'une part et, d'autre part, les groupes et individus qui rejettent ces organisations, le cadre historique et collectif qu'elles portent, et qui appellent même à leur disparition - Controverses exprimant tout haut, c'est son mérite, ce que les autres pensent et souhaitent tout bas. D'autre part, et du fait même des faiblesses - le sectarisme en particulier - des groupes historiques qui structurent le camp prolétarien, ou milieu politique prolétarien, "ouvrir la discussion à toutes les bonnes volontés", c'est-à-dire sans méthode et exclusive, signifie concrètement aujourd'hui, dans la réalité, plonger dans le milieu anti-parti, dans le marais dont le groupe conseilliste Perspective internationaliste est l'expression la plus caricaturale.
Le texte d'Internationalisme cité, rappelons-le en passant, n'appelle pas à la dissolution des groupes révolutionnaires face à la pire des situations contre-révolutionnaires. Mais surtout, la période de contre-révolution extrême dans laquelle il se situe, et ses conséquences sur l'activité des groupes communistes, ne peut être comparée à celle d'aujourd'hui. Malheureusement, les CIK ne prennent pas en compte - c'est un débat que nous avons à ce jour à peine abordé avec les camarades malgré, pour le moins, des incompréhensions sinon des divergences - la réalité du cours historique actuel de la lutte des classes. Si on peut "comprendre", sans les partager, les hésitations que des camarades pouvaient avoir il y a quelques années encore pour reconnaître l'existence d'une dynamique historique vers des confrontations de classes décisives, l'explosion de la crise et les réactions ouvrières croissantes et massives sur tous les continents sont depuis lors venues largement confirmer la réalité d'un cours historique vers des confrontations massives de classes. Et c'est justement le moment où on nous invite à dissoudre les organisations de la Gauche communiste et à faire table rase de leurs expériences ! Au moment même où le prolétariat en lutte va de plus en plus avoir besoin, un besoin crucial, de ses expressions les plus avancées, les plus hautes, les plus conséquentes, de sa propre conscience de classe, on nous demande de les détruire !
Paraphrasant la citation, nous sommes en droit de demander aux camarades si "les conditions et les facteurs qui ont déterminé la plus profonde défaite du prolétariat et la nuit historique de la période présente [celle de 1947] dans laquelle a sombré le mouvement ouvrier révolutionnaire ne sont [elles pas] épuisées" depuis lors ? N'y-a-t-il eu aucune "modification du cours avant la généralisation de la prochaine guerre impérialiste" que la GCF voyait comme imminente ? Surtout depuis l'éclatement de la crise ouverte et les réactions ouvrières internationales qui se font jour maintenant. En conséquence, "les révolutionnaires [d'aujourd'hui en 2010] ne peuvent [-ils] prétendre exercer une influence directe et efficace sur les événements" ? N'être que "des îlots, des hommes allant consciemment et volontairement contre le courant (...) forcément isolés des grandes masses du prolétariat" [nous soulignons] ?
Pris par leur désir centriste de concilier les thèses de Controverses et les nôtres, entre l'appel explicite à la liquidation des organisations communistes d'aujourd'hui et l'appel à les défendre et les renforcer, les camarades finissent par dénaturer le sens politique du texte d'Internationalisme et à concéder finalement que les groupes communistes d'aujourd'hui ont commis l'erreur de "s'évertuer à subsister". Nous avons vu que l'explication des conseillistes à propos de ce qu'ils appellent la "faillite" du camp prolétarien, de ce que nous considérons comme les faiblesses et insuffisances de ce camp, ne tient pas la route et porte en elle, dans un premier temps, l'abandon de l'expérience et des acquis politiques de décennies et in fine l'abandon du cadre politique, théorique, programmatique et organisationnel de la Gauche communiste.
Nous avons aussi vu que le soit-disant recul des luttes dans les années 1980 était inexistant - même s'il y a eu des avancées et des reculs durant cette période bien évidemment - et qu'il ne pouvait donc expliquer le pourquoi des difficultés du camp prolétarien aujourd'hui. D'autant qu'il n'y a pas de lien mécanique entre les aléas du développement de la lutte des classes et le développement des organisations communistes - des périodes de recul pouvant très bien correspondre à des moments de renforcement politique et même numérique des organisations.
Les faiblesses du camp prolétarien sont à la fois beaucoup plus profondes, plus "historiques", et en même temps la situation historique actuelle favorise leur dépassement. Appeler à la dissolution des groupes communistes d'aujourd'hui alors que la situation est au développement massif des luttes ouvrières n'en est que plus stupide et dangereux. En effet, les difficultés des forces communistes sont de trois ordres :
- elles continuent à souffrir, comme la classe ouvrière dans son ensemble, du poids de la contre-révolution, en particulier du stalinisme. Jamais dans son histoire auparavant, le prolétariat n'avait subi une période aussi longue, 50 ans, de contre-révolution. Une des expressions principales du poids de celle-ci sur le prolétariat et ses minorités d'avant-garde est justement la crainte du "politique", la sous-estimation et le rejet du rôle actif, dirigeant, des organisations communistes et de la conscience de classe, le rejet de l'affrontement politique avec les forces du capital et tout particulièrement avec son État. Bref, une des expressions du poids négatif de la contre-révolution est justement le conseillisme sous toutes ses variantes ;
- elles souffrent aussi, autre conséquence de la contre-révolution, de la rupture organique d'avec les organisations précédentes. Jamais la classe ouvrière et ses minorités politiques n'avaient connu une coupure aussi nette et aussi longue avec les organisation du passé. Les liens qui subsistent encore aujourd'hui sont si ténus, si minces - seuls le PCInt-Battaglia comunista et les PCInt "bordiguistes" peuvent formellement en revendiquer [12] - qu'il faut prendre en compte qu'il y a eu une véritable rupture de la continuité organique [13] ;
- enfin, le renforcement de la bourgeoisie au niveau de ses armes anti-prolétariennes, surtout aux plans idéologique et politique qu'elle a su développer dans la période de décadence. Le développement du capitalisme d'État ne touche pas qu'au plan économique. Ce sont tous les secteurs de la société que l'État capitaliste s'est ingénié à occuper et à absorber. Les conséquences pour les conditions de vie et de lutte du prolétariat en sont d'importance : il n'y a plus de possibilité de vie politique permanente - Bourse du travail, syndicats de masse, partis de masse, etc... - pour le prolétariat et l'État capitaliste fait tout pour éliminer et faire taire toute expression qui lui soit opposée par sa main-mise sur tous les rouages de la société - nous ne pouvons développer ici - et tout particulièrement sur les petites organisations communistes.
Et pourtant, cette situation ne doit pas nous inviter à baisser les bras. Au contraire, à l'opposé des conseillistes, les communistes s'accrochent d'autant plus à la question de l'organisation politique du fait que l'État capitaliste est devenu totalitaire comme jamais. Autant la pression sur les groupes communistes est énorme, autant nous devons nous accrocher à ceux-ci. Si nous attendons que le prolétariat fasse surgir spontanément, mécaniquement, du développement de sa lutte, les organisations communistes et le parti, alors nous nous retrouverons à coup sûr dans la situation du type de l'Allemagne en 1918. Et même en pire. Alors, nous le savons, c'est la défaite assurée. Comme nous l'avions déjà dit, entre Berlin 1918 et Petrograd 1917, nous choisissons sans aucune hésitation 1917.
Aussi petits soient les petits groupes communistes, et quelle que soient leurs faiblesses, ils sont le lien indispensable qu'il faut maintenir à tout prix afin de pouvoir doter le prolétariat au plus vite de sa principale arme : l'expression organisée et la plus haute de sa conscience de classe, le parti communiste. Ils sont le dernier fil qui nous relie à ce passé si précieux et certains veulent nous le couper ! C'est criminel. Qu'ils ne s'étonnent pas de nous trouver à les combattre de toutes nos forces.
Décembre-janvier 2010-2011
La Fraction de la Gauche Communiste Internationale
Site web : http://fractioncommuniste.org/
Courriel : inter1925@yahoo.fr
Notes :
1.http://www.leftcommunism.org/spip.php?article169
2. Ou encore : "Cependant, avec Controverse, nous pensons qu'une organisation s'évertuant à subsister malgré un cours historique défavorable, qui ne produit plus de luttes à fort contenu théorique, risque considérablement de ne plus se comporter (...) en tant qu'organisation révolutionnaire et risque plutôt, dans cette période, de se comporter telle une pathétique secte d'élus"
3. Ce que le texte de Controverses appelle « chamaillerie ».
4. Quelle autre expression de refus du débat, de la discussion, et donc expression de sectarisme réel, que l'ignorance systématique des prises de position officielles des autres groupes communistes, tout particulièrement le silence sur leur congrès et autres réunions générales ? Pour notre part, nous avons pris position sur pratiquement tous les congrès que le CCI a tenus depuis 2001 tout comme nous l'avons fait sur la conférence du BIPR en 2008.
5. Le lecteur nous pardonnera la forme rapide et simple sous laquelle nous présentons à très grands traits les différentes formes que prennent, plus exactement sont contraintes de prendre, les organisations communistes selon les périodes. Il nous pardonnera aussi de ne pas développer ici les différences de fonction entre les formes parti et fraction. Il pourra toujours se référer aux textes sur le sujet que notre Revue internationale du CCI a pu publier tout au long des années 1970-1990.
6. "Par ton départ [celui de Sorge en aout 1874 du Conseil général de l'Internationale], la vieille Internationale a complètement cessé d'exister" (Engels à Sorge, septembre 1874).
7. cf. Lettre d'Engels à Bebel, mars 1875 : "Marx et moi ne consentirions jamais à adhérer à un parti nouveau édifié sur cette base".
8. Le camarade MC aimait à raconter aux jeunes militants que nous étions alors, comment les membres de la Fraction italienne s'organisaient "physiquement"pour pouvoir intervenir dans les réunions publiques des staliniens malgré les coups et les agressions, certains parfois y allant même avec un pistolet dans la poche.
9. Sans doute est-il plus juste à ce jour de parler du texte des camarades que des CIK eux-mêmes dans la mesure où, jusqu'à présent, ils s'étaient inscrits résolument dans le combat pour le parti et avaient rejeté les approches conseillistes au point de rejeter l'Appel au milieu pro-révolutionnaire de Perspective internationaliste.
10. De ce point de vue, le lecteur nous pardonnera cette parenthèse, il est, pour nous, pour le moins cocasse de relever que des militants, ceux de Controverses, viennent aujourd'hui sans aucune explication sur leur position et pratique passées prôner la dissolution de l'organisation au moindre coup de vent contraire venu. En effet, n'ont-ils pas participé à notre exclusion du CCI en 2001-2002, pour certains d'entre eux au premier rang, au nom de la « défense de l'organisation », c'est-à-dire qu'ils étaient embourbés dans le fétichisme d'organisation ? Alors même que nous leur affirmions que l'unité politique de l'organisation n'était plus. Il n'y a là qu'une contradiction apparente. En fait, que ce soit hier ou aujourd'hui, il s'agit, chez eux, de la même démarche et de la même erreur : un profond rejet (ou, au mieux, une incompréhension) du cadre collectif, des organisations politiques du prolétariat, comme lieu privilégié et indispensable, et même comme lieu unique dans la période actuelle pouvons-nous avancer, de la réflexion et de l'action communistes, des débats réels et des confrontations réelles de positions, des combats et de l'affrontement des oppositions. Le rejet "fétichisé" de l'organisation qui est le produit bien souvent d'une conception individualiste du militantisme, voire de la déception face au caractère collectif et anonyme de l'engagement et des luttes politiques dans l'organisation communiste, n'est que le calque inversé, sinon le résultat direct, du fétichisme de l'organisation qui, lui aussi, s'accompagne tout aussi souvent d'une conception tout aussi individualiste que la première, du rapport du militant à l'organisation - en particulier d'une vision mystifiée et "sacrificielle" de l'engagement communiste que nous avions qualifiée dans le CCI de "militantisme intégral".
11. http://fr.internationalism.org/rinte40/conseil.htm. Pour notre part, nous continuons à nous revendiquer de la position que le CCI avait définie alors sur le danger du conseillisme. Qu'en disent le CCI d'aujourd'hui et les membres de Controverses ?
12. Encore que leur refus, ou réticences, de se revendiquer de la Fraction italienne en exil (Bilan), seule continuité organique alors avec le PC d'Italie, en atténue encore plus la réalité.
13. Nous ne pouvons ici revenir sur les conséquences négatives profondes de cette rupture organique. Mentionnons parmi celles-ci le sectarisme qui n'avait jamais autant sévi au point que les communistes d'aujourd'hui sont incapables à ce jour de reprendre les traditions passées dans les relations entre groupes et courants, au point qu'ils s'ignorent et se décrètent "l'axe, ou la colonne vertébrale, du futur parti".