vendredi 1 juin 2012
Solidarité avec Battaglia Comunista (PCint) qui a subi des provocations à Parme (Italie).
Nous
publions le commentaire de la Fraction de la Gauche Communiste International et
voulons indiquer notre entière solidarité internationaliste avec les camarade
du Pcint-Battaglia Communista.
Les
Communistes Internationalistes Klasbatalo
*******************
Nous publions ci-après, in extenso, le "communiqué" que
les camarades du PCint-Battaglia Comunista (Tendance Communiste Internationaliste) ont
publié suite à diverses et louches provocations récemment exercées contre eux.
Nous estimons de la plus haute importance que tous les groupes et éléments se
revendiquant de la Gauche communiste expriment leur solidarité avec BC et la TCI. Cette expression
de solidarité va de soi, par principe, pouvons-nous dire, et doit s'afficher à
tout moment. Mais aujourd'hui, il nous semble qu'elle est encore plus
fondamentale, au moment où la confrontation entre les classes, entre la
bourgeoisie et le prolétariat, prend une ampleur beaucoup plus large que ces
dernières décennies du fait même de la profondeur et de l'impasse de la crise
économique du capitalisme. Partout, la bourgeoisie est contrainte d'attaquer
massivement et brutalement la classe ouvrière. Partout, elle sait que ces
attaques vont inévitablement provoquer des réactions ouvrières - elles ont
déjà commencé - massives et de plus en plus "radicales". Elle
s'y prépare. Economiquement bien sûr, mais surtout politiquement,
idéologiquement, et au niveau répressif.
En Italie, la bourgeoisie a une grande expérience de
l'affrontement et de la répression avec le prolétariat. Dans les années 1970,
face aux mouvements sociaux initiés par le "mai rampant", une de ses
armes essentielles pour détourner le prolétariat de son terrain de classe et le
défaire, avait été l'utilisation des provocations policières et l'usage cynique
et systématique du terrorisme - à coup d'attentats meurtriers de
soi-disant anarchistes et dans lesquels souvent les services secrets et
policiers étaient impliqués, tout comme ils n'étaient pas très loin des actions
terroristes commises par les Brigades Rouges... Il apparaît aujourd'hui
que la bourgeoisie italienne ressort de ses tiroirs cette arme et cette
tactique en remettant au premier plan de prétendues menaces de groupes
"violents" et divers attentats ou meurtres, un jour mis sur le compte
de la mafia, l'autre sur celui des anarchistes (la FAI), le troisième sur celui
d'un "fou". Elle crée ainsi un "climat de tension" que les
camarades de BC soulignent et dénoncent dans leur communiqué et qui ne se
limite pas à des événements d'ampleur nationale mais aussi à tout un tas
"d'incidents" locaux... comme à Parme, dont certains provoqués par
des éléments "fascistes". C'est dans ce contexte, que le siège du
PCint à Parme a été "visité".
Cette tactique de la tension a un seul but : entraver
l'inévitable reprise des luttes ouvrières et l'indispensable riposte ouvrière
aux attaques qu'elle subit ; et, dans ce sens, s'attaquer aux groupes et
éléments d'avant-garde de la classe qui appellent à la destruction de l'État
bourgeois et à la dictature du prolétariat. L'utilisation du terrorisme permet
de créer la suspicion sur ces derniers, d'en éloigner les ouvriers, et de
préparer ainsi leur répression, leur poursuite et leur interdiction. Les
communistes, comme leur classe, n'ont rien à voir avec le terrorisme et dénoncent
fermement l'usage du terrorisme et des actions "minoritaires" qui se
substituent à l'action de masse du prolétariat. Nous reproduisons, après le
communiqué des camarades de la TCI, un extrait de la Résolution sur terreur,
terrorisme et violence de classe - que nous avions adoptée dans le CCI en 1978 - qui
rappelle pourquoi le terrorisme ne peut être une arme du prolétariat et
pourquoi il ne peut être aujourd'hui qu' utilisé, manipulé, voire directement
créé par la bourgeoisie et son Etat.
Face à ces provocations qui vont sans doute se multiplier, nous
reprenons à notre compte la conclusion des camarades du PCint : "C'est
pour cela que nous continuerons notre combat communiste et défendrons notre
capacité d'action politique sans reculer d'un pas."
Solidarité avec les camarades de Battaglia Comunista !
La FGCI, le 30 mai 2012.
Communiqué de Battaglia Comunista
De graves épisodes au siège de Parme.
Dans la nuit du mercredi 16 au jeudi 17 mai, des inconnus se sont
introduits dans notre siège de Parme, au 5 faubourg San Giuseppe, et ont
emporté quelques dizaines de volumes de la bibliothèque Dimitri Papaioannoy. Le
vendredi matin suivant, un camarade passant au cercle a trouvé la boite à
lettre arrachée et jetée devant la porte.
Des faits tout aussi inquiétants avaient déjà eu lieu dans les
semaines précédentes : un jour, nous nous sommes aperçus qu'avait disparu
un des deux drapeaux que nous hissons à l'entrée du cercle quand nous
l'ouvrons ; quelques jours plus tard, nous avons trouvé l'autre drapeau
par terre avec une empreinte de chaussure laissée dessus.
Il est évident que ces inconnus ont été capables d'ouvrir la porte
sans effraction. Nous ne pouvons pas savoir qui sont les auteurs de ces
provocations à notre égard, mais celles-ci s'inscrivent dans un climat de
tension qui n'a cessé de croître dans la ville après l'agression criminelle du
samedi après-midi 11 mai à coup de barres de fer et de couteaux menée par les
fascistes de Casapound contre les camarades du comité anti-fasciste du quartier
Montanara.
Dans ces cas, il faut avoir des nerfs solides et beaucoup de
détermination. Pour ce qui nous concerne, nous ne nous laisserons intimider par
personne - en tant que communistes, nous savons que c'est la main de la
bourgeoisie qui est derrière ces provocations -, et nous ne tomberons pas
dans le piège de la riposte physique - c'est exactement ce que recherche
la classe ennemie. C'est pour cela que nous continuerons notre combat
communiste et défendrons notre capacité d'action politique sans reculer d'un
pas.
Battaglia Comunista, section "Guido Torricelli" de Parme.
Dimanche, 27 mai 2012.
Résolution sur terreur, terrorisme et violence de classe
(Extraits, CCI, 1978)
Nous reproduisons ci-après un extrait d'un document
programmatique du CCI qui précise la position des communistes vis-à-vis de la
question du terrorisme et que nous continuons à faire nôtre encore aujourd'hui.
La FGCI.
(...)
4) Le capitalisme est la dernière société divisée en classes de
l’histoire. La classe capitaliste fonde sa domination sur l’exploitation
économique de la classe ouvrière. Pour assurer cette exploitation et
l’accentuer au maximum, la classe capitaliste, comme toutes les classes
exploiteuses dans l’histoire recourt à tous les moyens de coercition,
d’oppression et de répression dont elle peut disposer. Aucun des moyens les
plus inhumains, les plus sauvages, les plus sanglants ne saurait être exclu par
elle pour assurer et perpétuer l’exploitation. Plus se manifestent des
difficultés internes, plus se manifeste la résistance des ouvriers et plus
sanglant est l’exercice de la répression. A cette fin, elle a développé tout un
arsenal de moyens de répression les prisons, les déportations, les assassinats,
les camps de concentration, les guerres génocides, la torture la plus raffinée
et nécessairement aussi tout un corps social spécialisé dans leur mise en
oeuvre -la police, la gendarmerie, l’armée, le corps juridique, les
tortionnaires qualifiés, les commandos et les bandes para militaires. La classe
capitaliste dépense une part de plus en plus grande de la plus-value extraite
de l’exploitation de la classe ouvrière à l’entretien de cet appareil de
répression, au point que ce secteur est devenu aujourd’hui le plus important et
le plus florissant champ de l’activité sociale. Dans le but de maintenir sa
domination, la classe capitaliste est en train de mener la société à la pire
des ruines et vouer toute l’humanité aux pires souffrances et à la mort. Ce
n’est pas là une description émotive de la barbarie capitaliste que nous
entendons faire mais plus prosaïquement la description de ce qui constitue sa
pratique.
Cette pratique qui imprègne toute la vie sociale, toutes les
relations entre les hommes et qui pénètre dans tous les pores de la société,
cette pratique, ce système de domination, nous l’appelons la terreur. La
terreur n’est pas tel ou tel acte de violence épisodique et circonstanciel. La
terreur est un mode particulier de la violence, inhérent aux classes
exploiteuses. C’est une violence concentrée, organisée, spécialisée, entretenue
et en constant développement et perfectionnement, en vue de perpétuer
l’exploitation.
Ses caractères principaux sont :
- d'être la violence d'une classe minoritaire contre la grande
majorité de la société ;
- de se perpétuer et de se perfectionner au point de trouver sa
raison d'être en elle-même ;
- de nécessiter un corps spécialisé et toujours plus spécialisé,
toujours plus détaché de la société, fermé sur lui-même, échappant à tout
contrôle, imposant avec la dernière brutalité sa férule sur l'ensemble de la
population et étouffant dans un silence de mort toute velléité de critique et
de contestation.
5) Le prolétariat n’est plus la seule classe à subir les rigueurs
de la terreur de l’État sur la société. La terreur s’exerce également sur
toutes les classes et couches petites-bourgeoises, paysans, artisans, petits
producteurs et commerçants, intellectuels et professions libérales,
scientifiques et jeunesse étudiante, et se prolonge jusque dans les rangs mêmes
de la classe bourgeoise. Ces couches et classes n’offrant aucune alternative
historique au capitalisme, excédées et exaspérées par la barbarie du système et
de sa terreur, ne peuvent lui opposer que des actes de désespoir : le
terrorisme.
Bien qu’il puisse être également utilisé par certains secteurs de
la bourgeoisie, le terrorisme est essentiellement le mode d’action, la pratique
des couches et classes désespérées et sans devenir. C’est pourquoi cette
pratique qui se veut “héroïque et exemplaire” n’est en fait qu’une action de
suicide. Elle n’offre aucune issue et n’a d’autre effet que de fournir des
victimes à la terreur de l’État. Elle n’a aucun effet positif sur la lutte de
classe du prolétariat et ne sert souvent qu’à entraver cette lutte dans la
mesure où elle fait naître des illusions parmi les ouvriers sur la possibilité
d’une autre voie que celle de la lutte de classe. C’est pour cela aussi que le
terrorisme, pratique de la petite-bourgeoisie peut être et est souvent
judicieusement exploité par l’État comme moyen de détourner les ouvriers du terrain
de la lutte de classe et sert également de prétexte pour renforcer sa terreur.
Ce qui caractérise le terrorisme, pratique de la
petite-bourgeoisie, c’est de rester une action de petites minorités ou
d’individus isolés, de ne jamais s’élever à des actions de masses, d’être mené
dans l’ombre de la petite conspiration, offrant ainsi un terrain de
prédilection aux manigances des agents de la police et de l’État, et en général
à toutes sortes de manipulations et d’intrigues les plus insolites. (...).
En ce sens, l’idée est à proscrire d’un “terrorisme ouvrier” qui
se voudrait l’oeuvre de détachements du prolétariat, “spécialistes” de l’action
armée, ou bien destinés à préparer les futurs combats en donnant l’exemple de
la lutte violente au reste de la classe, ou en “affaiblissant” l’État
capitaliste par des”attaques préliminaires”. Le prolétariat peut déléguer
certains détachements pour telle ou telle action ponctuelle (piquets,
patrouilles, etc.), mais sous son contrôle et dans le cadre de son mouvement
d’ensemble et, si, dans ce cadre, l’action plus décidée des secteurs
d’avant-garde peut servir de catalyseur à la lutte des larges masses, ce ne
peut jamais être à travers les méthodes conspiratives et individualistes
propres au terrorisme. Celui-ci, même s’il est pratiqué par des ouvriers ou des
groupes d’ouvriers, ne peut acquérir un caractère prolétarien, de la même façon
que la composition ouvrière des syndicats n’en fait pas des organes de la
classe ouvrière. (...)
La lutte du prolétariat, comme toute lutte sociale, est
nécessairement violente mais la pratique de sa violence est aussi distincte de
la violence des autres classes, comme sont distincts leurs projets et leurs
buts. Sa pratique, y compris la violence, est l’action d’immenses masses et non
de minorités; elle est libératrice, l’acte d’accouchement d’une société
nouvelle harmonieuse, et non la perpétuation d’un état de guerre permanent,
chacun contre tous et tous contre chacun. Sa pratique ne vise pas à
perfectionner et perpétuer la violence mais à bannir de la société les
criminels agissements de la classe capitaliste et l’immobiliser. (...).
Sa force (...) réside dans sa prise de conscience et dans sa
capacité de s’organiser de façon autonome et unitaire, dans la fermeté de ses
convictions et dans la vigueur de ses décisions. Telles sont les armes
fondamentales de la pratique et de la violence de classe du prolétariat. (...).
Revue internationale 15, Courant Communiste International, 1978
jeudi 17 mai 2012
Retour critique sur Contribution à un état des lieux de la Gauche Communiste Internationale
Ce texte vise à faire un retour critique sur notre texte publié l’an
passé «Contribution à un état des lieux de la Gauche Communiste ». Bien
des choses se sont passées depuis sa parution, en particulier des débats et des
appels faits par des groupes du milieu politique prolétarien. Nous tenons donc
absolument à revenir sur ce texte puisqu’aujourd’hui nous voyons bien ses
faiblesses politiques importantes qu’il nous faut absolument rectifier.
Deux
textes publiés par des organisations de la Gauche Communiste nous ont forcés à
réexaminer les positions que nous avons développées dans notre
« Contribution… ». Tout d’abord, le texte « Réponse au texte des Communistes Internationalistes – Klasbatalo sur leur Contribution à un état de la Gauche Communiste » de la Fraction de la Gauche Communiste Internationale (FGCI) qui
critique certains aspect de notre texte, en particulier son caractère centriste
par rapport au conseillisme. Deuxièmement, l’éditorial de la revue Revolutionnary Perspectives #59 de la Communist Worker Organisation qui est
venu démentir, en tout cas pour une majorité de sections territoriales de la
Tendance Communiste Internationaliste (TCI) seulement, les critiques que nous
avons adressé à celle-ci dans notre texte en ce qui concerne son refus en tant
qu’organisation internationale de prendre ses responsabilité de pôle de
regroupement. Ces deux textes ainsi que des débats intenses dans notre groupe
comme entre notre groupe et la FGCI pendant plusieurs mois, ont fait en sorte
que nous sommes capables aujourd’hui de faire ce retour critique nécessaire.
Mise en contexte
De
prime abord, remettons dans son contexte la rédaction de ce texte. Le milieu
politique prolétarien était, et est toujours, accablé par le sectarisme et
l’opportunisme alors que l’on voit éclore une crise économique sans égal depuis
1929, ce qui implique des attaques féroces de la bourgeoisie contre la classe
ouvrière, mais aussi des riposte de celle-ci contre la classe dominante. Notre proposition de site Web de la Gauche Communiste faite depuis quelques années
visant justement à rompre avec le sectarisme ambiant et permettre un espace de
débat et d’intervention politique de la Gauche Communiste n’a eu aucun écho
hormis l’appui cordial de la FGCI. Le Courant Communiste International (CCI)
amplifiait de plus en plus son ouverture vers l’anarchisme (Note 1), aggravant ainsi son tournant
opportuniste entamé depuis déjà quelques années. La Fraction Interne du Courant
Communiste International (FICCI) quant à elle scissionna à propos de sa fonction politique et de ses tâches futures.
Cela donna naissance à la FGCI qui resta trop peu bavarde sur les enjeux
politiques de la scission, s’en tenant à publier le strict minimum. La FICCI
n’assuma tout simplement pas ses responsabilités de groupe prolétarien en
intégrant Controverses sans annoncer publiquement ses raisons et en fermant son
site internet. Et finalement, nous apprenions aussi l’existence d’une scission dans Battaglia Communista (section italienne de la TCI). Il va sans dire que
tous ses événements politiques laissèrent un esprit très démoralisateur et
pessimiste dans notre groupe face au camp prolétarien. Bref, c’est avec ces
éléments en tête qu’il faut comprendre notre « Contribution… » ses
forces et surtout ses faiblesses. Mais nous avons aussi fait fi de toute la
portée politique des critiques de la FGCI envers Controverses dans son texte «Le
camp prolétarien a-t-il fait définitivement faillite ? »
À
notre sens, la « Contribution… » souffre de deux faiblesses
principales. La première étant une illusion politique quant au groupe
Controverses et son programme, ceci expliquant les glissements conseillistes de
notre texte. La deuxième étant notre critique de la TCI ainsi que de la
position de la FGCI qui reconnait en la TCI un pôle de regroupement des forces
communistes. Ce dernier aspect nous a amené à voir la TCI d’un point de vue
statique, c’est-à-dire ne voir que ces faiblesses actuelles et passer outre son
potentiel de pôle de regroupement. Dans l’élaboration de la critique de ses deux
faiblesses principales, nous rejoignons aujourd’hui les positions politiques
générales de la FGCI.
La
« Controverses » sur la faillite de la Gauche Communiste
Notre texte
« Contribution...» était entre autres choses une réponse au texte de
Controverses « Il est minuit dans la Gauche Communiste ». Notre
erreur a été de reprendre certaines thèses de Controverses tout en tentant de
critiquer son texte. À la base de cette erreur, figurent des illusions de notre
groupe face à Controverses. En effet, le fait que quelques années à peine après
avoir publié notre proposition de site web de la Gauche Communiste un groupe
fonde un « Forum de la Gauche Communiste Internationaliste » avait
fait forte impression. Nous nous rendions bien compte qu’au forum de Controverses
manquait les critères politiques clairs (dictature du prolétariat, parti
international, intervention dans la classe) que nous avions établi dans notre
propre proposition de site web. Plus grave encore, nous ne voyions pas à
l’époque que nos deux forums visaient des buts bien différents. Le forum de
Controverses n’est qu’un lien de rencontre informel pour permettre à des
intellectuels académiques (avec de fortes tendances conseillistes) de discuter
pour discuter, sans réels enjeux politiques derrière, alors que notre forum
visait un regroupement des forces communistes dans le but d’intervenir
activement et efficacement dans les luttes de notre classe ravivées par la
crise économique en tant qu’avant-garde révolutionnaire organisée. Ainsi, nous
avons été incapables de discerner les tares opportunistes de Controverses,
tares que la FGCI avait déjà très justement souligné : « Ils renoncent à la lutte pour le regroupement de la Gauche
communiste, c'est-à-dire qu'ils refusent et même renoncent à la confrontation
des positions politiques réelles qui sont exprimées et défendues par les
groupes les plus anciens et importants, en particulier dans leur presse et
intervention. Ces gens-là préfèrent bavarder dans des réseaux ou pire dans des
"structures" informelles où l'on entre et l'on sort quand on veut et
où chacun, comme dans les "auberges espagnoles", propose ou reprend,
selon son humeur, sa pauvre "production".»
Ces
illusions ont fait en sorte que nous avons cédé à une conception centriste par
rapport au conseillisme de l’organisation. En effet, nous donnions en partie
raison aux camarades de Controverses lorsqu’ils affirment que « Comme le surgissement
et la disparition des organisations révolutionnaires dépendent très étroitement
de l’évolution du rapport de force entre les classes, et que l’exacerbation des
conditions objectives et subjectives à la base des mobilisations ouvrières se
déploie sur un laps de temps relativement court, Marx et Engels concevaient que
l’existence de ces organisations était temporaire, intrinsèquement liée aux
flux et reflux des luttes. » Et on s’est trompé. On a là de la part des
camarades de Controverses une conception nettement conseilliste de
l’organisation qui est assez proche de la théorie « groupes
d’opinions » chez les conseillistes des années ’30 (GIK hollandais et
International Council Correspondance, par exemple). Ces derniers, comme
Controverses aujourd’hui, enlevait toute importance aux minorités organisées et
formées politiquement, c’est-à-dire à l’activité de parti, pour affirmé que les
organisations prolétariennes de lutte de masse comme les conseils ouvriers se
suffisent à eux-mêmes pour jouer leur rôle révolutionnaire. Les
« individus révolutionnaires » n’auraient qu’à aller donner leur
opinion aux conseils ouvriers qui, quant à eux, surgiraient et disparaîtraient
au gré des fluctuations de la lutte de classe.
Bien
qu’il soit vrai qu’un court ascendant ou descendant des luttes de classe ait
une certaine influence sur les organisations prolétariennes, un cours descendant
des luttes peut être une des diverses raisons de la dégénérescence d’une
organisation prolétarienne (Note 2)tout autant qu’un cours
favorable des luttes peut être une des diverses raisons du passage de la forme
fraction à la forme parti, l’organisation prolétarienne, parti ou fraction,
doit exister en permanence. Le caractère permanent de l’organisation a une explication très simple :
partie-prenante stable de la lutte de classe en tant qu’avant-garde révolutionnaire
pour la forme parti et défenseur de l’intégrité du programme contre les
attaques de l’opportunisme ainsi que passeur d’expériences politiques pour les
prochaines générations de révolutionnaires dans la forme fraction.
C’est
ainsi toute l’expérience des mouvements révolutionnaires passés, expérience
extrêmement précieuse transmise justement par les noyaux communistes ayant su
résister à la contre-révolution comme le CCI ou la TCI, qui serait mise aux
poubelles par la logique pernicieuse du programme de Controverses. Parce que
ces groupes (CCI et TCI) auraient selon Controverses fait faillite, ces
camarades viennent proposer explicitement de s’éloigner de ce qu’ils appellent
des chamailleries politiques pour se concentrer sur un travail théorique de
bilan (Note 3) de cette supposé faillite de la Gauche Communiste. Pour
Controverses, il faut « savoir se détacher des organisations formelles
qui n’ont pas su s’adapter aux besoins de l’évolution du rapport de force entre
les classes en se retirant des chamailleries stériles et en se consacrant à des
tâches meilleures. » Pire, les camarades affirment implicitement que pour
mettre en œuvre leurs propositions il faudrait dissoudre les organisations
existantes de la Gauche, pour « faire autre chose » ! Ce que
Controverses appellent des chamailleries politiques n’est en fait que le
processus certes rempli d’obstacles (entre autres, le sectarisme) mais
nécessaire du regroupement des forces communistes. De plus, la volonté
d’effectuer d’abord et avant tout un travail théorique, puisque selon
Controverses la Gauche Communiste n’aurait rien produit au niveau théorique
depuis trente ans, n’est qu’une rengaine d’intellectuel moderniste pour qui
tout a failli, sauf évidemment son propre petit cénacle. Mais le plus grand
danger, c’est que Controverses rejette la Gauche Communiste sous prétexte
qu’elle aurait fait faillite alors que la crise économique s’aggrave, aggravant
aussi la crise sociale : la lutte de classe. À quoi rime de rejeter les
expressions politiques les plus avancées du prolétariat à l’aube de conflits
sociaux d’ampleur historique ? Ça rime au conseillisme !
Or,
la Gauche Communiste n’a pas fait faillite. Un courant politique fait faillite
lorsqu’il passe à l’ennemi, c’est-à-dire lorsqu’il défend théoriquement et
pratiquement les politiques au sens large du terme de la bourgeoisie. La
social-démocratie a fait faillite. Le trotskysme a fait faillite. Mais aucun
groupe de la Gauche n’entre dans ces critères, elle n’est nullement en
faillite. Cela ne veut pas pour autant dire qu’elle n’a jamais fait d’erreurs
politiques ou de mauvaises analyses conjoncturelles.
Les
camarades de Controverses se mettent le doigt dans l’œil en essayant de
justifier leurs positions politiques avec l’histoire de l’activité de Marx dans
la Ligue des Communistes et dans la 1ere Internationale. En effet, ils
font de la faiblesse une vertu. La Ligue ainsi que la 1ere Internationale ont
été dissoute par leurs dirigeants parce qu’en tant que mouvement
révolutionnaire ouvrier jeune et embryonnaire elles avaient tout simplement déjà
cessé d’exister sous le regard impuissant de leurs militants. Controverses se
sert de l’état d’impuissance dans lequel trempait le très jeune et
inexpérimenté mouvement communiste du 19e siècle pour tenter de nous
vendre que le mouvement communiste actuel, fort de plus de 150 ans de luttes et
toujours bien vivant contre vents et marée, devrait se dissoudre, ou en tout
cas, « faire autre chose » !
La TCI et son rôle de
pôle de regroupement
Dans
notre « Contribution… », nous sommes restés perplexes et avons critiqué
la position de la FGCI qui voit dans la TCI un pôle de regroupement des groupes
communistes au niveau international. À la base de cette perplexité
politique face à la TCI, il y deux aspects importants. Premièrement, la
majorité de nos membres ont déjà été sympathisants du Groupe Internationaliste
Ouvrier (GIO), section nord-américaine de la TCI. Sans s’éterniser sur la
petite histoire, nous avons eu à combattre une tendance dans Klasbatalo à voir
la TCI à travers l’expérience plutôt difficile et négative de certains de nos
membres en tant que sympathisants d’un groupe, le GIO, dont les membres au
Canada ne sont jamais bien étranger au sectarisme et à l’opportunisme. Mais là
n’est pas le point principal.
Notre
erreur la plus importante a été de ne pas prendre en compte la portée politique
de la position de la FGCI qui voit en la TCI un pôle de regroupement de la
Gauche Communiste. Nous disions à l’époque : « Le fait est que pour les CI-K
actuellement, non seulement la TCI n’a pas la volonté d’accomplir ce rôle (et
c’est elle-même qui ne cesse de l’affirmer) mais nous pensons que, pire encore,
elle n’est pas en mesure de le faire. Cette organisation, tout en gardant le
cap sur les positions de classe, nous semble floue; on ne sait jamais trop ce
qu’est le bureau, qu’est-ce qu’il fait, quelle est son intervention dans la
classe. » Nous
n’avions pas absolument tord en affirmant cela. Mais, la question n’est pas là.
En effet, on ne peut pas rester les bras croisés devant les hésitations de la
TCI à prendre son rôle politique historique, il faut aussi essayer de la
convaincre à travers la discussion. Nous croyons justement que c’est ce que
fait la FGCI avec la TCI. Enfin, la manière dont nous comprenons aujourd’hui la
position de la FGCI n’est plus « d’octroyer le contrat du pôle de
regroupement à la plus base soumissionnaire en erreurs programmatiques » comme nous l’avions affirmé avec un grain
d’humour dans notre « Contribution… », mais bien lutter pour que la
TCI, seule organisation de la Gauche actuelle qui a le potentiel politique de
jouer un rôle de pôle de regroupement, devienne ce pôle de regroupement dont
les petits groupes communistes comme le nôtre ont évidemment besoin.
Mais voilà qu’entretemps la CWO publie dans sa revue
un éditorial dont les positions politiques sur le camp prolétarien ont, et
auront d’autant plus prochainement, une influence positive sur le camp et sur
le processus de regroupement. Nous avons fortement appuyé cet éditorial dont
voici un extrait d’une importance historique : « Sans attendre,
les authentiques révolutionnaires ont une vraie bataille à mener pour que le
prolétariat rejette non seulement les illusions des “anti-capitalistes” mais aussi les manipulations de la gauche
traditionnelle. Nous avons besoin de créer un mouvement qui unifie tous ceux
qui peuvent comprendre les problèmes dont nous parlons ici. Ce mouvement (ou
parti) doit être guidé par une vision claire de la société que nous voulons.
Nous l'appellerons “le programme communiste”. Il doit se baser sur les luttes autonomes de la classe ouvrière
qui se libère, de manière croissante, des chaînes qu'un siècle de réaction nous
a imposées. Son but doit être l'abolition de l'exploitation du travail salarié,
de celle de l'argent tout comme celle de l'État, des armées permanentes et des
frontières nationales. Nous devons réaffirmer la vision développée par Marx,
selon laquelle nous nous battons pour une société de “libres producteurs
associés”, société dans laquelle
le principe est “de chacun selon ses capacités et à chacun selon ses besoins”. Aujourd'hui, il y a beaucoup de groupes et
d'individus dans le monde qui, comme nous, défendent cela; mais, nous sommes
soit trop dispersés soit trop divisés pour prendre l'initiative de former un
tel mouvement unifié. Certains sont opposés, par principe, à la formation d'un
tel mouvement, car ils pensent que le mouvement spontané se suffit à lui même.
Nous aimerions partager leur confiance. Nous pensons que les révolutionnaires
responsables devraient réexaminer leurs divergences et se demander si, à la
lumière de cette période de la lutte de classe qui s'ouvre aujourd'hui, les
divisions qu'ils pensaient avoir jusque là persistent. Nous devrions nous baser
sur nos nombreux accords et non pas sur le peu de désaccords qui existent entre
nous. Nous devrions chercher à travailler ensemble dans les luttes, non pour
simplement recruter tel ou tel individu pour notre propre organisation, mais
pour chercher à élargir la conscience de ce que signifie réellement lutte de la
classe ouvrière. Face aux obstacles que nous avons soulignés plus haut, il
serait suicidaire de ne pas le faire. »
Que
dire de plus? Tout y est : la nécessité pour parvenir à l’objectif du
renversement révolutionnaire de la société bourgeoise d’un parti avec des
positions claires (le programme communiste) et la nécessité du regroupement des
forces vives communistes pour constituer ce parti par le débat et la
confrontation politique. La CWO, avec cet éditorial, a fait un grand pas vers
la direction assumée du rôle de pôle de regroupement puisque tous les groupes
communistes de par le monde peuvent se référer à cet « appel » de la
CWO et ainsi commencer un processus de regroupement. D’ailleurs, la conclusion du tract du 1er mai 2012 renforcit même cette position pour l’ensemble de la TCI : La
Tendance communiste internationaliste n’est ni « le parti », ni même le seul
noyau d’une telle organisation. Cela dit, nous nous sommes donnés comme but de
lutter aux cotés des militants et des militantes de la classe ouvrière et
d’autres révolutionnaires pour progresser dans la construction de la nouvelle
organisation révolutionnaire internationale. Nous invitons toutes les personnes
qui s’identifient à cette perspective, de nous contacter et d’en discuter avec
nous.
Bref, dans le contexte actuel d’une montée des luttes et d’une volonté plus
grande de regroupement des forces révolutionnaires internationalistes, le
besoin d’une revue internationale et centralisée se fait sentir pour la TCI. Pour
notre part, nous pouvons dire que nous sommes prêts à y participer par la
diffusion, un soutien financier et de la traduction dans la mesure de nos
faibles moyens.
Finalement,
nous devons rectifier une erreur de notre texte par rapport à la TCI et
concernant l’Institut Onorato Damen (IOD). Nous avons écrit : « Passons aussi sur le silence incroyable dont il
(Battaglia) a fait preuve concernant l’IOD et sa récente réponse dont le
caractère politique cherche encore à émaner. » Or, la TCI n’a pas garder silence longtemps sur la sortie de l’Institut de Battaglia Communista et
sa réponse à l’Institut était correcte du point de vue du programme communiste
et des principes prolétariens. L’Institut Onorato Damen, quant à lui a
pris un chemin opposé : celui de l’opportunisme et du modernisme
intellectuel. (Note 4)
Conclusion
Nous sommes aujourd’hui
plongés dans un processus de montée des luttes de notre classe dans un contexte
de crise économique inégalée depuis 1929. De part le monde, la classe ouvrière
commence à lutter ou reprend la lutte contre l’austérité économique que la
bourgeoisie internationale lui impose de force. Que ce soit par exemple en
Grèce ou encore en Égypte, le prolétariat se met à défier les organismes
d’encadrement bourgeois que sont les syndicats et les partis de la gauche du
capital. Il est impossible de dire aujourd’hui si se jouent en ce moment des
« années de vérités », mais les luttes de plus en plus massive de
notre classe nous donnent la responsabilité, en tant que communiste de gauche,
d’intervenir selon nos forces afin de transformer les luttes de désespoir sans
lendemain en luttes victorieuses de la révolution communiste internationale.
L’heure du regroupement de la Gauche Communiste approche. Un parti communiste
international et internationaliste manque actuellement dans nos luttes.
Dans
cet ordre d’idée laissons le dernier mot aux camarades de la FGCI concernant
ceux qui, dans le camp prolétarien, s’oppose au regroupement et au parti et
ceux qui ont la capacité d’en accélérer et d’en faciliter la
constitution :
« S'appuyant sur le constat immédiat, mais non moins réel, de division
et de sectarisme qui frappent les groupes se revendiquant de la Gauche
communiste, ces éléments en rupture d'organisation et en quête de "liberté
individuelle" affichent ainsi leur rupture - non déclarée, non ouvertement
revendiquée - avec les orientations politiques qu'ils avaient pourtant
défendues durant parfois des décennies au sein de leur organisation, en
l'occurrence pour ces derniers dans le CCI. »
« Enfin,
dans cette situation du camp prolétarien dans laquelle ces deux premiers
courants ("Bordiguisme" et CCI) ne sont plus en capacité de faire
face à leurs responsabilités historiques comme pôle de référence et de
regroupement, la Tendance Communiste Internationaliste (ex-BIPR), seule organisation
qui serait en capacité réelle d'occuper et d'assumer cette responsabilité, tend
à n'en pas saisir toute l'importance et toute la signification historique,
préférant en rester à ces certitudes immédiates. Certes, cette organisation
réussit par moment et en certaines occasions à s'imposer comme ce pôle, au
point de regrouper directement autour d'elle - ce que nous saluons et appuyons
-, mais elle ne réussit pas à appréhender toute la dimension d'une politique
déterminée de "regroupement" autour d'elle, se limitant justement à
n'en voir la finalité que comme une adhésion immédiate. Du coup, elle tend à
sous-estimer, voire à ignorer, les autres courants du camp prolétarien et
l'indispensable lutte politique contre les dérives opportunistes qui s'y
développent, n'y voyant, à son tour, elle-aussi, que des polémiques stériles.
Pourtant combien d'éléments révolutionnaires en recherche de clarification et
de cohérence politique - ils seront encore plus nombreux demain avec la crise
et les luttes ouvrières inévitables qui se développent - pourraient ainsi se
référer et s'orienter parmi les positions et groupes si la TCI assumait toutes
les dimensions du rôle que l'histoire lui offre aujourd'hui. Quel pas en avant
pour le regroupement ! »
16 mai 2012
Les Communistes Internationalistes
Klasbatalo
Note
1 :Voir l’édifiante série de textes « Gauche Communiste et anarchisme : ce que nous avons en commun » où CCI se tortille
théoriquement pour faire passer les anarchistes
« internationalistes » (sic) pour d’authentiques révolutionnaires. Le
CCI, au lieu de tenter de créer des liens politiques avec les autres groupes
communistes, en particulier la TCI, crée en falsifiant l’histoire un nouveau
courant de faux révolutionnaires : les anarchistes internationalistes. On
peut parler ici de la théorisation d’une tactique de front avec des
organisations petite-bourgeoises.
Note 2 :
Il existe un lien certain, qu’il faudrait certes approfondir, entre le fait que
le CCI appelait les années 1980 les années de vérités (ce qui était à l’époque tout
à fait légitime, par exemple avec la grève de masse en Pologne en 1980) alors
que cette décennie s’est terminé par un nette recul des luttes politiques qui
s’est encore aggravé dans les années 1990, années où le CCI innovait avec la
théorie révisionniste et opportuniste de la décomposition du capitalisme.
Note 3 : L’idée de faire un bilan de la Gauche
Communiste, ou plus particulièrement du CCI vu qu’il est l’organisation la plus
touché par l’opportunisme, n’est pas une mauvaise idée en soi. En effet, il y a
de nombreuses leçons politiques importantes à tirer des raisons pour lesquelles
une organisation prend un cours opportuniste. La FICCI (et maintenant la FGCI)
a fait un travail très valable de bilan du CCI, mais qui sous certains aspects
politiques est encore pour nous insuffisant. De son côté, Controverses ne fait
pas de bilan de la Gauche, mais rejette plutôt le programme communiste et les
organisations qui le porte pour adhérer à la logique révisionniste et
moderniste du « tout nouveau, tout beau ».
vendredi 4 mai 2012
Pour en finir avec le réformisme étudiant ! Vers une solution révolutionnaire !
Dernière heure 24 mai 2012
Depuis le début de la grève
étudiante en février dernier, il y a eu plus de 270 manifestations dont au
moins 80 ont été déclarées illégale. Depuis 30 jours, des manifestations ont eu
lieu tous les soirs contre la hausse des frais de scolarité à Montréal et
depuis quelques jours à Québec et Sherbrooke. Depuis le vendredi 18 mai, des
prolétaires, des étudiants, des parents et des enseignants vont manifester non
seulement contre la hausse des frais de scolarité mais contre la loi 78 qui met
de sévères restrictions aux manifestations et au piquetage des grévistes
étudiants devant les cégeps et universités. Le 22 mai, une manifestation de 300
000 personnes a eu lieu à Montréal. Rappelons que depuis le début de la grève
étudiante en février, il y a eu
2700 arrestations. Durant la nuit du 24 mai, la police a encerclé des
manifestants et séquestré 518 personnes qui ont passé la nuit menotté dans des
autobus. À Québec, 170 personnes ont aussi été arrêté. Le nombre d’arrêtés dans
d’autres villes nous ait inconnu pour le moment. Un étudiant et trois étudiantes qui ont placé des bombes fumigènes non-toxique dans le métro le 10 mai, sont accusé en vertu d'une loi anti-terroriste votée en 2001. Depuis le début de la grève,
il y a eu des vitrines brisées de grandes entreprises comme les banque mais
jamais il n’y a eu de vol. La mobilisation des étudiants se maintient toujours et de plus en plus de prolétaires se joignent aux manifestations légales ou illégales dans plusieurs villes du Québec. Des manifestations de soutien ont eu lieu à Ottawa, Toronto, Paris, Cannes et New-York.
*****************************************
Retour sur l’appel de Charest aux
grandes centrales syndicales.
Quand le chat sort du sac où
quand l‘État sort de son sac, ses chats
Il est très intéressant d’étudier le comportement des syndicats lors de la
négociation étudiante avec l’État.
Le premier ministre Charest connaît bien ses alliés. C’est pour cela qu’il
a invité les dirigeants syndicaux : Arsenault de la FTQ, Parent de la CSQ
et Roy de la CSN.
Selon Michel Arsenault, qui a expliqué aux négociateurs syndicaux
étudiants « que négocier, c'est concéder. Ça prend un rapport de
force que tu puises dans la mobilisation. J'appelle ça: monter le chat dans le
poteau… »
La mobilisation des syndicats, on connaît ça très bien, c’est mobiliser de
façon divisée, secteur par secteur, usine par usine autrement dit un chat à la
fois et chacun sur son poteau. Comment se fait la montée du chat ? par des
pressions plus ou moins inutiles sur des députés, par des grèvettes d’une
journée ou deux comme c’est le cas lors des négociations dans le secteur
public. Dans le secteur privé c’est laisser les prolétaires seuls comme ce fut
le cas à Shell ou au Journal de Montréal. Ailleurs dans le monde, les syndicats
font la même chose.
Le but des trois chefs appelés à la rescousse par Charest était de
convaincre les leaders syndicaux étudiants d’être capable de redescendre le
chat du poteau selon Arsenault. En plus d’accepter des
négociations secrètes ce qui au départ fait toujours le jeu des patrons, les
leaders étudiants abandonnaient la lutte contre la hausse des frais de
scolarité.
Très conscients que les leaders étudiants avaient fait un recul énorme, les
trois dirigeants se sont exclamés suite aux vérités lancées par Charest et par
la ministre Beauchamp (qui a démissionné) qui se sont vantés de n’avoir cédé pas devant les étudiants.
Arsenault : «Quand tu attrapes un gros poisson et qu'une personne
te demande où tu l'as pêché, tu réponds: dans le lac, ferme ta yeule. C'est la
même chose au lendemain d'une négo, l'employeur se tait jusqu'à la fin du vote.
C'est pas compliqué, tu fermes ta yeule!»
Le gros poisson attrapé... les étudiants, Charest et les syndicats
pensaient que les étudiants seraient dupes mais ils ont rejeté massivement
"l'offre" de l'État malgré que les chefs étudiants aient eu une
attitude neutre.
Et Parent : « C'était une comédie d'erreurs. J'avais
l'impression que Charest avait pris un fusil et avait tiré dans sa chaloupe.
C'est comme s'il avait dit aux étudiants: "On vous a fourrés et on est
bien contents."» Et
Parent plus hypocrite encore que Charest, il ne fallait pas le dire.
Voilà le rôle des syndicats de combat ou non : servir d’éteignoirs des
luttes en les isolant et en montrant au patronat et à l’État comment fourrer
les travailleurs et les étudiants. À part des discours pour endormir, les
syndicats n’ont fait aucune grève de solidarité avec le mouvement étudiant. Il
faut dire que les syndicats étudiants sont de bons élèves de leurs grands
frères en continuant à isoler le mouvement étudiant des revendications
historiques de la classe ouvrière.
**********************************
Tract distribué lors de plusieurs manifestations étudiantes. Une première édition de ce tract a été diffusée le 10 novembre 2011,
Pour en finir avec le réformisme étudiant! Vers une solution révolutionnaire!
La crise économique fait ses ravages aux quatre coins de la planète. La bourgeoisie mondiale tente évidemment d’instaurer des plans d’austérité afin de tenter de rétablir ses taux de profits et ainsi réactiver l’accumulation du capital. Ces plans crasseux sont voués à l’échec tellement le capitalisme est aujourd’hui en complète décrépitude. Mais la bourgeoisie reste toujours maîtresse absolue de la société, tant au niveau social que politique, et se débat violemment pour maintenir sa domination. Les plans d’austérité, souvent dernier souffle de la bourgeoisie, créent un processus intense de paupérisation chez de nombreuses couches sociales. Le prolétariat voit ses conditions de travail et de vie se dégrader et ses salaires stagner, sinon diminuer. La petite-bourgeoisie est flouée et les couches moyennes se voient nettement se prolétariser. C’est cet effet de paupérisation au niveau international qui est à la base des divers mouvements des indignés de la Tunisie à l’Espagne en passant par Montréal. Cependant, dans les divers mouvements des indignées, ce sont les couches moyennes et la petite-bourgeoisie qui mènent le bal politiquement, ce qui explique leurs revendications illusoires : la gauche caviar (genre Québec Solidaire) nous ressasse invariablement son « capitalisme à visage humain », comme si le problème n’était que la « finance amorale » et non pas le capitalisme comme tel.
Pour en finir avec le réformisme étudiant! Vers une solution révolutionnaire!
La crise économique fait ses ravages aux quatre coins de la planète. La bourgeoisie mondiale tente évidemment d’instaurer des plans d’austérité afin de tenter de rétablir ses taux de profits et ainsi réactiver l’accumulation du capital. Ces plans crasseux sont voués à l’échec tellement le capitalisme est aujourd’hui en complète décrépitude. Mais la bourgeoisie reste toujours maîtresse absolue de la société, tant au niveau social que politique, et se débat violemment pour maintenir sa domination. Les plans d’austérité, souvent dernier souffle de la bourgeoisie, créent un processus intense de paupérisation chez de nombreuses couches sociales. Le prolétariat voit ses conditions de travail et de vie se dégrader et ses salaires stagner, sinon diminuer. La petite-bourgeoisie est flouée et les couches moyennes se voient nettement se prolétariser. C’est cet effet de paupérisation au niveau international qui est à la base des divers mouvements des indignés de la Tunisie à l’Espagne en passant par Montréal. Cependant, dans les divers mouvements des indignées, ce sont les couches moyennes et la petite-bourgeoisie qui mènent le bal politiquement, ce qui explique leurs revendications illusoires : la gauche caviar (genre Québec Solidaire) nous ressasse invariablement son « capitalisme à visage humain », comme si le problème n’était que la « finance amorale » et non pas le capitalisme comme tel.
Les étudiants sont aussi du lot
des victimes des plans d’austérité capitaliste. En effet, avec la hausse des
frais de scolarité, leurs conditions de vie vont se dégrader. Ils auront encore
plus besoin de se trouver des jobs à temps partiel pour un salaire ridicule.
Bref, les étudiants venant des milieux modestes seront, et c’est déjà largement
le cas, de plus en plus des prolétaires à temps partiel!
La lutte pour la gratuité
scolaire est légitime aux premiers abords. Les étudiants doivent cependant
dépasser cette revendication qui vise en réalité la mobilité sociale et diriger
leur lutte contre la société de classe, le capitalisme. Les syndicats, que ce
soit l’ASSÉ ou la FECQ/FEUQ, veulent les entraîner dans une lutte illusoire,
soit pour la gratuité scolaire, soit pour un autre gel des frais de scolarité.
Cette lutte est vaine, une voie de garage, puisqu’elle n’est pas une lutte
dirigée contre le capital, mais une lutte pour une autre forme de capitalisme,
un « capitalisme à visage humain » et une « éducation humaniste »
réactionnaire. Que l’éducation soit gratuite et publique ou privée et chère, le
capitalisme, lui, est toujours debout. On essaie de faire croire que la hausse
entraînera une commercialisation de l‘université la rendant dépendant du
capital. Mais, l’université est déjà bourgeoise et a déjà comme fonction la
reproduction des classes sociales. En effet, l’université n’est en rien
indépendante du capital, elle fut historiquement constituée et financée par
l’État bourgeois pour le maintien de sa domination tant au niveau technique
qu’intellectuel.
Plusieurs étudiants constatent
que ce ne sont pas les libéraux avec leur hausse des frais de scolarité qui
sont seulement à condamner mais le système capitaliste entier. Plusieurs
manifestants constatent aussi que la police est là pour défendre l’état et la
propriété privée des capitalistes. Un étudiant qui manifestait pour la première
fois a eu un œil crevé par les forces policières à Montréal, une dame agée s’est faite matraquer parce qu’elle défendait, lors d’un encerclement policier
à l’université du Québec en Outaouais, une étudiante qui avait osé uriner dans
un coin. Pendant ce temps la ministre de l’éducation dénonce la « violence »
de manifestants qui brisent les vitres de grosses banques. La réponse de l’État
depuis les 2 mois de grève a été le poivre de cayenne, les gaz lacrymogènes et
les coups de matraque pour finir par offrir la même augmentation
des frais de scolarité sur 7 ans au lieu de 5 ans. C’est une génération
perdue pour le capitalisme car il n’a rien à leur offrir. Mais les étudiants
résistent en attaquant un poste de police au centre ville de Montréal et comme
dans plusieurs villes, ce sont les
pires symboles du capitalisme qui sont la cible des manifestants comme les
banques, les chambres de commerce et les bureaux des ministres et députés.
Cependant, il faut que le mouvement étudiant rompe avec
les attitudes corporatistes et carriéristes du mouvement étudiant officiel. La
prolétarisation les oblige à faire de l’agitation autant à l’université, au
cégep que sur leurs lieux de travail. Les étudiants restent encore cantonnés
sur leur propre lutte, ils n’ont pas fait le lien avec la classe ouvrière. À
part une manifestation avec les travailleurs d’Aveos, rien de concret n’a été
fait. Ce ne sont pas les lieux de travail qui manquent. Plusieurs prolétaires
ont perdu ou perdront leur emploi ou sont en lock out chez MABE Canada, Merch,
Rio Tinto, Electrolux, Rocktenn, Papiers White Birch et bien d’autres. Le
mouvement étudiant doit faire le lien et manifester son soutien à la lutte des
travailleurs, c’est seulement la classe ouvrière qui peut mettre fin à la
crise. Il faut aussi que celui-ci sorte du cadre nationaliste dans lequel les
syndicats et les partis politiques bourgeois veulent maintenir tous ceux qui
sont en lutte contre le système capitaliste en crise.
Les étudiants doivent faire leurs
les revendications historiques du prolétariat qui commencent à peine à surgir :
la destruction du capitalisme pour sauver l'humanité et édifier une nouvelle
société sans classe, sans État et sans frontière, donc sans exploitation et
sans guerre.
Nous invitons les étudiants à
nous contacter pour renforcer les forces révolutionnaires internationalistes.
Les Communistes Internationalistes
– Klasbatalo
Courriel : cim_icm@yahoo.com
dimanche 29 avril 2012
1917, le prolétariat prend le pouvoir (Tendance Communiste Internationaliste)
Nous éditons ce texte de la Tendance
Communiste Internationaliste parce que nous sommes totalement en accord avec
son contenu de même qu’avec la présentation qu’en fait la Fraction de la Gauche
Communiste Internationale même si nous n’avons pas de lien organisationnel avec
la TCI et la FGCI.
Les Communistes Internationalistes Klasbatalo
________________________________________________________________________
Nous reproduisons ici un article de la TCI sur la
prise du pouvoir par le prolétariat en Russie en octobre 1917. En fait, cet
article constitue un chapitre d'une brochure de la Communist Workers
Organization dont les camarades ont décidé de republier des parties sur leur
site. Ce
chapitre, traduit par nous de l'anglais, traite uniquement des journées
d'Octobre, celles-là mêmes de l'insurrection ouvrière et de la prise du pouvoir
par les "Soviets" ou "conseils ouvriers" –,
organes de l'insurrection prolétarienne et de l'exercice du pouvoir,
c'est-à-dire de la dictature du prolétariat, comme les définissait Trotsky.
La valeur de ce texte est à
souligner par sa capacité à présenter, concrètement, comment les soviets, en
tant que formes d'organisation de l'ensemble du prolétariat russe, furent en
capacité de réaliser leur tâche historique sous la direction du parti communiste
(le parti bolchévique), l'avant-garde politique du prolétariat. Et comment ce
dernier ne put se hisser à la hauteur de sa tâche que grâce à la mobilisation
révolutionnaire des masses ouvrières et de soldats et au prix de luttes
politiques internes au parti lui-même. Bref, une des qualités du texte est de
souligner et de mettre en valeur le "rapport dialectique" qui s'est
établi concrètement alors entre le parti et l'ensemble de la classe
révolutionnaire et qui a garanti le succès de l'insurrection ouvrière.
Ainsi, le texte anéantit la
thèse sans cesse rabâchée selon laquelle Octobre 1917 fut un coup d'Etat
organisé par une minorité de révolutionnaires professionnels dirigés d'une main
de fer par Lénine. Un des arguments de cette thèse est que l'insurrection, plus
particulièrement la prise du Palais d'hiver, le siège du gouvernement de
Kerenski, eut lieu dans une ville où, par ailleurs le calme régnait et qu'elle
rencontra le succès du fait de la faiblesse des défenseurs armés du
gouvernement bourgeois. Le texte de la TCI répond, on ne peut plus clairement,
à ce problème. Il montre que c'est justement la force et la mobilisation
massive du prolétariat, regroupé politiquement autour du parti bolchévique, y
compris parfois en devançant celui-ci ou des fractions significatives de
celui-ci, qui fit que le pouvoir d'Etat bourgeois tomba alors comme un fruit
mûr, avec peu d'affrontements et de victimes. Cette "facilité" de
l'insurrection est, bien au contraire, la manifestation de la force et de la
conscience élevée des grandes masses du prolétariat à ce moment-là et de leur
participation directe et massive à la prise du pouvoir ; c'est
l'anti-thèse d'un coup d'Etat imposé par une minorité.
De même, le texte rejette
la mystification d'un parti bolchévique homogène et décidé ou sous la férule
d'un seul homme, Lénine. Bien au contraire, il met en lumière comment le parti
d'avant-garde lui-même fut traversé des mêmes types d'hésitations et
contradictions que l'ensemble de la classe et comment le combat politique pour
gagner le parti à l'insurrection fut difficile et aurait même pu être perdu. Et
comment ce fut justement la force et la mobilisation révolutionnaires des
masses prolétariennes, sur lesquels Lénine et certaines fractions du parti
s'appuyèrent, qui permirent de mener le combat contre ceux qui s'opposaient à
l'insurrection au sein même des organes de direction bolchévique.
Enfin, et leçon tout aussi
importante, l'article des camarades de la TCI met en relief comment Lénine et
le parti furent guidés par deux principes de classe essentiels qui leur
permirent d'être à la hauteur de la situation : le premier que l'on peut
définir comme la nécessité de la destruction de l'Etat bourgeois et de
l'établissement de la dictature du prolétariat, principe qui guide et définit
toute politique communiste aussi bien dans une période immédiatement
révolutionnaire que dans des périodes où la lutte des classes est moins aigues
et plus "quotidienne", y compris lorsque le prolétariat n'est pas
massivement mobilisé Note 1 ; le second, tout aussi permanent et
fondamental, étant l'internationalisme prolétarien. Juste un mot sur ce
plan : c'est justement la vision internationaliste des bolcheviks, qu'on
ne peut réduire à la seule dénonciation de la guerre impérialiste mais qui inclut
l'appel à la guerre civile, à la destruction de l'Etat bourgeois et à
l'instauration de la dictature du prolétariat – voilà le véritable
internationalisme de classe car seul internationalisme conséquent -, qui
leur permit de comprendre l'absolue nécessité d'instaurer le pouvoir des
soviets comme premier point d'appui pour l'ensemble du prolétariat
international alors même que la guerre impérialiste, la 1° guerre mondiale, se
poursuivait Note 2 ; et comme facteur concret, matériel, à dimension avant
tout internationale de la lutte contre la guerre impérialiste et pour la
révolution internationale.
On le voit, l'article des camarades de la TCI n'est
pas un texte "historique" traitant d'une expérience passée dont on
pourrait éventuellement tirer quelques enseignements et puis "passer à
autre chose". A l'heure où le capitalisme s'enfonce dans une crise
profonde qui voit la bourgeoisie obligée d'attaquer férocement le prolétariat
dans tous les pays et, en même temps, préparer la seule issue qu'elle puisse
offrir à sa faillite économique, la guerre généralisée, les leçons de
l'Octobre 1917 redeviennent essentielles pour le développement même du
combat de classe d'aujourd'hui ; et pour présenter l'alternative prolétarienne
et communiste à la barbarie capitaliste. Le texte de la TCI vient nous rappeler
l'actualité de la Révolution russe, de ses principes et de ses enseignements,
et le phare qu'elle est pour le combat historique du prolétariat international
Mars 2012, la FGCI
****************
1917, le prolétariat prend le
pouvoir
(Tendance Communiste
Internationaliste)
Le soir du 24 octobre, le gouvernement provisoire avait à sa
disposition à peine plus de 25 000 hommes. Le soir du 25, alors que les
préparatifs pour l'assaut du Palais d'hiver étaient en cours, les bolcheviks
rassemblaient, face au dernier refuge du Gouvernement provisoire, près de
20 000 gardes rouges, marins et soldats. Cependant, à l'intérieur du
palais, il n'y avait pas plus de 3000 hommes pour défendre l'édifice et nombre
d'entre eux abandonnèrent leur poste au cours de la nuit. Grâce à cette
supériorité écrasante des troupes bolchéviques, aucun combat sérieux n'eut lieu
dans la capitale du 24 au 26 octobre ; le nombre total de tués de chaque
côté ne dépassa pas la quinzaine et, concernant les blessés, la soixantaine.
Durant ces heures critiques, alors que les principaux
points stratégiques de la ville passaient sous le contrôle des bolcheviks
(téléphone et télégraphe, les ponts, les gares, le Palais d'hiver, etc.), la
vie se poursuivait normalement dans l'ensemble de Petrograd. La plupart des
soldats restaient dans leurs casernes, les entreprises et les usines
continuaient à fonctionner et, dans les écoles, toutes les classes
fonctionnaient. Il n'y eut ni grèves ni manifestations de masse telles que
celles qui marquèrent la Révolution de février. Les théâtres de films (qu'on
appelait alors "cinématographes") étaient bondés ; il y avait
des séances régulières dans tous les théâtres et les gens se promenaient comme
d'habitude sur la Perspective Nevksy. Les gens ordinaires, non-politisés
pouvaient ne pas réaliser que des événements historiques étaient en train de se
produire ; même dans les principaux moyens de transport public que
représentaient les lignes de tramways en 1917, le service était normal. Ce fut
d'ailleurs dans un de ces tramways que Lénine, déguisé, et son garde du corps
Eino Rahya rejoignèrent Smolny tard le soir du 24.
C'est ainsi que l'historien
soviétique "dissident" Roy Medvedev décrit la Révolution d'Octobre. Cette
image de Lénine allant à la révolution dans un tramway correspond parfaitement
à la vision que donne Trotsky de ces jours-là :
"Il n'y eut presque
point de manifestations, de combats de rues, de barricades, de tout ce que l'on
entend d'ordinaire par "insurrection" ;la révolution n'avait pas
besoin de résoudre un problème déjà résolu. La saisie de l'appareil
gouvernemental pouvait être effectuée d'après un plan, avec l'aide de
détachements armés relativement peu nombreux, partant d'un centre unique. (…)
Mais précisément, le fait
que la résistance du gouvernement se borna à la défense du Palais détermine
nettement la place du 25 octobre dans le développement de la lutte. Le palais
d'Hiver se trouva être la dernière redoute d'un régime politiquement brisé en
huit mois d'existence et définitivement désarmé pendant la dernière
quinzaine." ("Histoire de la révolution russe –
Octobre", p. 670).
Les classes de privilégiés
russes s'attendaient à une orgie de pillages et de meurtres, au chaos politique
et à la disparition de toute morale humaine. Au lieu de cela, elles se
trouvèrent en face d'un changement dans l'ordre, ce qui a dû être encore plus
terrifiant pour elles. Les masses prolétariennes ont montré qu'elles ne
dépendaient pas de quelques chefs et qu'elles étaient capables de trouver leurs
propres formes de pouvoir. À l'évidence, par la suite, les historiens de la
classe ennemie ont déformé cette réalité d'Octobre 17 et peint la révolution
prolétarienne sous les seules couleurs de sa dernière phase. Ils ont pu ainsi
propager la légende qu'il s'agissait d'un banal putsch, d'un coup d'État
perpétré par un petit groupe de fanatiques alors que les masses étaient restées
spectatrices. Outre le fait que le parti bolchévique comprenait 300 000
membres ou le fait qu'il avait l'appui actif de presque tous les soldats de
Petrograd (environ 300 000 hommes), comment comprendre qu'il a pu débattre
publiquement, dans la presse qui était accessible à tous, de la question de la
prise du pouvoir et cela durant les deux dernières semaines qui ont précédé la
chute du Gouvernement provisoire ? Définir la nature prolétarienne de la
Révolution d'Octobre n'est pas notre but ici, dans la mesure où nous
considérons cela comme une évidence. Ce dont nous avons besoin, c'est de voir quelles
sont les circonstances dans lesquelles la révolution a eu lieu, d'examiner non
seulement comment le prolétariat a fait du parti bolchévique son instrument
mais aussi comment la politique des bolcheviks a passé l'épreuve de la
difficile situation de septembre et d'octobre 1917.
Les bolcheviks peuvent-ils
prendre le pouvoir ?
Le sort de l'ordre bourgeois
en Russie était scellé à partir du moment où les armées du Kaiser ont occupé
Riga en août 1917. Au lieu des victoires promises, les Allemands étaient sur le
point d'avancer jusqu'à Petrograd. Lénine, cependant, se battait en faveur de
l'insurrection à partir du moment où il comprit que les autres partis qui se
disaient socialistes (les mencheviks et les Socialistes-révolutionnaires),
fidèles à leur position de soutien à un système bourgeois, n'avaient pas
l'intention de défendre le pouvoir soviétique. Mais le Comité central
bolchévique a semblé ignorer ses courriers. Le pire pour lui, alors qu'il se
cachait, c'était que le Comité central bolchévique semblait plutôt favorable à
Kerensky et à sa volonté de maintenir son pouvoir chancelant. Suite à la
défaite de Kornilov, le Gouvernement provisoire appela à une "Conférence
démocratique" pour essayer de réunir autour du pouvoir bourgeois
tous les partis représentés au soviet. La catastrophe pour Lénine, ce fut que
le Comité central bolchévique tomba dans ce piège et participa à cette
mascarade (Lénine approuva Trotsky qui avait défendu le boycott de cette
"assemblée").
Ils étaient aussi d'accord
pour participer au soit-disant "Pré-parlement" que Kerensky voulait
utiliser pour légitimer la position de son gouvernement non élu. Lénine
répondit dans un texte intitulé Notes d'un publiciste, dans lequel il s'est
attaqué au Comité central :
"Il n'est pas possible
de douter que, dans les "milieux dirigeants" de notre parti, on
remarque des hésitations qui peuvent devenir funestes (...). Tout ne marche pas
droit dans les milieux dirigeants "parlementaires" du parti ;
apportons-y une plus grande attention ; que les ouvriers les surveillent
mieux. (...) L'erreur de notre parti est évidente. Au parti en lutte de la
classe d'avant-garde les erreurs ne font pas peur. Ce qui serait terrible, ce
serait l'obstination dans l'erreur …" (Lénine,
Oeuvres complètes, tome 26, septembre 1917).
Non seulement les dirigeants
bolchéviques, autour de Kamenev, ont persisté dans l'erreur, mais ils l'ont
aggravée en écartant toutes les critiques de Lénine concernant leur approche
vis-à-vis de la Conférence démocratique et la future insurrection.
Bien que Lénine écrivit des
centaines et des centaines de lignes pour les pousser à l'action, ils firent le
maximum pour que les passages-clés ne soient pas publiés. Frustré, Lénine
présenta finalement sa démission du Comité central tout en "[se] réservant
la liberté de s'adresser aux militants" du parti.
Bien que le Comité central ne
discuta même pas de cette lettre de démission, elle autorisa Lénine à
développer une correspondance personnelle avec des éléments qui faisaient
partie d'autres organisations du parti. Cela prouve, une fois de plus, que
Lénine était loin d'être une figure isolée luttant contre un parti médiocre,
ainsi que le prétendent toutes les "histoires" de la Révolution
Russe. Sa lutte, il la menait contre une direction du parti qui se sentait plus
concernée par la survivance du parti que par la victoire de la classe ouvrière.
Quand l'ensemble du parti eut connaissance des questions en jeu, il pris
position pour les positions de Lénine. L'exemple le plus significatif fut celui
du Comité de Pétrograd. Quand la censure de la discussion fut révélée, il
exprima sa colère contre le Comité central. En fait, le débat fondamental sur
la nécessité de l'insurrection eut lieu vraiment dans le Comité de Pétrograd.
Là, il n'y avait pas des Kamenev qui cherchaient à traiter avec les mencheviks
et qui s'opposaient à l'orientation internationaliste des bolcheviks. Cette
dernière s'était clairement exprimée dès les conférences de Zimmerwald et de
Kienthal, au début de la Première guerre mondiale, et avait pris sa nouvelle
forme programmatique dans L'impérialisme, stade suprême du capitalisme de
Lénine. La question de l'internationalisme était maintenant vitale dans les
préoccupations des bolcheviks à Petrograd. Dans le débat sur la nécessité de
l'insurrection, l'opposant le plus solide face à Lénine était Volodarsky.
Celui-ci s'appuyait sur l'arriération de la Russie et insistait sur le fait que
les bolcheviks devraient prendre leur temps car la Révolution Russe ne pouvait
vaincre qu'en tant que partie de la révolution mondiale. Les partisans de
Lénine étaient d'accord que le sort de la Révolution Russe ne pouvait que
dépendre du sort de la révolution mondiale. Mais ils étaient convaincus que le
prolétariat russe avait là une opportunité que les prolétariats des autres pays
n'avaient pas encore. Les ouvriers russes devaient donc prendre le pouvoir et
tenir le coup jusqu'à ce que la révolution se développe en Europe.
Cet argument pour ne pas
retarder plus longtemps cette échéance finit par l'emporter. Lénine développa
la position internationaliste dans son texte La crise est mure. Ce
texte, comme beaucoup d'autres écrits dans cette période, mérite d'être cité en
entier, mais nous nous contenterons ici d'en donner quelques lignes qui
indiquent l'essence internationaliste du bolchévisme – le principe fondamental
qui, sans équivoque, dans la première guerre mondiale, le définissait comme
prolétarien.
"Il est hors de doute
que la fin de septembre nous a apporté le tournant le plus grand de l'histoire
de la révolution russe et, selon toutes les apparences, de l'histoire de la
révolution mondiale... Et voici aujourd'hui la troisième étape que l'on peut
appeler le prélude de la révolution. Les arrestations en masse des chefs du
parti dans la libre Italie et surtout le début de mutineries militaires en
Allemagne sont les symptômes irrécusables d'un grand tournant, les symptômes
d'une veille de la révolution à l'échelle mondiale. (...) Et comme nous sommes,
nous bolchéviks russes, les seuls internationalistes prolétariens du monde à
jouir d'une liberté immense en somme, à avoir un parti légal, une vingtaine de
journaux, comme nous avons avec nous les Soviets de députés ouvriers et soldats
des deux capitales et la majorité des masses en période révolutionnaire, on peut
et on doit en vérité nous appliquer les paroles : "Il vous a été
beaucoup donné, il vous sera beaucoup demandé""
(Lénine, idem).
Cet argument gagna tout le parti et, le 10 octobre, le
Comité central vota son accord de principe sur la nécessité d'organiser l'insurrection.
Ce n'était pas simplement la victoire d'un seul homme, ou même celle d'un
parti, mais celle de la classe ouvrière internationale. Le problème qui se
posait maintenant était : comment l'insurrection allait-elle se
produire ?
Les soldats deviennent bolcheviks
Comme nous l'avons montré dans
le chapitre précédent, les bolchéviks gagnèrent un soutien énorme pour leur
politique bien avant que le second Congrès des soviets de Russie fut convoqué.
En fait, 80% des délégués ouvriers à cet organe était des partisans des
bolchéviks. Cependant, cela ne signifiait pas que le prolétariat était imprégné
de la conscience communiste ; cela, en effet, aurait été impossible étant
donné les conditions du moment. Ce qui le marquait, c'était les revendications
concrètes qu'il avait accumulées tout au long de 1917. Il exigeait la fin de la
guerre et les misères qui vont avec, telles les restrictions de nourriture et
l'inflation. Il avait constaté que la coalition autour du Gouvernement
provisoire bourgeois n'avait fait que poursuivre la guerre. En outre, les
armées allemandes continuaient leur avancée vers Petrograd et nombreux étaient
ceux qui étaient persuadés que Kerensky voulait que la ville tombe aux mains
des ennemis, et cela afin que la révolution soit écrasée. Cette situation
impliquait l'obligation pour les bolchéviks d'augmenter rapidement leur
influence dans la classe car ils étaient le seul parti qui s'opposait sans
ambiguïté à la guerre et qui n'avait cessé de réclamer "tout le pouvoir
aux soviets". En octobre 1917, ces questions étaient tellement
liées que, les uns après les autres, les régiments votaient le refus d'obéir
aux ordres les sommant de partir pour le front et décidaient de ne suivre que
les directives des soviets. Une résolution significative de cela fut celle du
régiment des Gardes d'Egersky le 12 octobre :
"Déplacer la garnison
révolutionnaire de Petrograd n'est une nécessité que pour la bourgeoisie
privilégiée ; c'est le moyen d'étouffer la révolution. (…) Nous déclarons
à tous ceux qui nous entendent que, tout en refusant de quitter Petrograd, nous
resterons à l'écoute de la parole des vrais dirigeants de la classe ouvrière et
de la paysannerie pauvre, c'est-à-dire le Soviet des Députés d'Ouvriers et de
Soldats. Nous aurons confiance et suivrons celui-ci parce que tous les autres
ne sont que des traîtres et trompent ouvertement la révolution mondiale."
C'est ce que dit Rabinovitch à la page 227 de son livre Les bolcheviks arrivent
au pouvoir.
L'adoption de cette résolution
est une des expressions du combat décisif pour le contrôle des forces à
Saint-Petersbourg. Le 9 octobre, Trotsky réussit à faire passer une résolution
au Soviet de Saint-Petersbourg qui exigeait la paix, la fin du gouvernement
Kerensky et, plus significatif, qui appelait à ce que la défense de
Saint-Petersbourg soit assumée par le Soviet lui-même. Suite à son adoption,
cette proposition entraîna la création du fameux Comité militaire
révolutionnaire qui allait coordonner la prise concrète du pouvoir le 25
octobre. Contrairement à ce que développeront les mensonges staliniens, le
Comité ne fut pas créé de manière préméditée en tant que coordinateur de la
prise du pouvoir. Il apparut ainsi du fait que les mencheviks refusèrent d'en
faire partie. Le Comité fut donc constitué des seuls bolcheviks et des
Socialistes-révolutionnaires de gauche qui étaient d'accord sur la nécessité de
donner le pouvoir aux soviets. De plus, la résolution pour la création du
Comité militaire révolutionnaire fut antérieure à l'adoption, par le Comité
central bolchévique, des arguments défendus par Lénine pour la prise du pouvoir
immédiate. La dernière preuve que le Comité militaire révolutionnaire n'était
pas considéré comme l'organisateur de la Révolution d'Octobre est que Lénine et
la plupart des bolchéviks (à l'exception de Trotsky et Volodarski) estimaient
que c'était à la propre Organisation militaire des bolchéviks que devait
revenir la responsabilité d'assumer les dispositions pratiques.
Cependant, cette dernière, qui
avait fait preuve d'aventurisme en juillet, avait été si sévèrement critiquée
au sein du parti qu'elle ne voulait plus se brûler les doigts.
Ses actions étaient si
hésitantes et prudentes qu'en fin de compte elle ne joua qu'un rôle subsidiaire
plutôt qu'un rôle dirigeant.
La cause fondamentale de cela,
comme pour de nombreux problèmes posés en 1917, se situait au niveau des
intérêts impérialistes de la bourgeoisie pour continuer la guerre. La guerre
avait abouti à la chute du tsarisme, elle sonnerait maintenant le glas de la
bourgeoisie russe et de ses valets social-démocrates des partis SR et
menchévique. Le fait que Kerensky voulait que la garnison de Saint-Petersbourg
aille sur le front et le fait que les troupes refusaient d'y aller montraient
que Kerensky était en fait confronté à une mutinerie d'autant que ces troupes
se placèrent sous le commandement du Comité militaire révolutionnaire du
Soviet. Quand Kerenski et son chef militaire à Saint-Petersbourg, le général
Polkovnikov, s'en rendirent compte, il était déjà trop tard. Le Comité
militaire révolutionnaire était parvenu à disposer de commissaires loyaux au
Soviet dans la plupart des régiments. Quand Kerenski réalisa qu'il avait peu de
troupes sur lesquelles il pouvait réellement compter dans la capitale, il
télégraphia pour faire venir des troupes du front. Mais il lui fut répondu que
ces dernières étaient tellement "contaminées par le bolchévisme"
qu'elles refuseraient de bouger tant qu'on ne leur dirait pas l'objet de leur
transfert. En bref, le Gouvernement provisoire était pratiquement paralysé.
Quand, le 23 octobre, Kerenski finit par agir, ce fut pour donner l'ordre
d'arrêter tous les bolchéviks qui étaient en liberté provisoire après les
Journées de juillet (cela incluait tous les dirigeants militaires du parti) et
d'interdire la presse bolchévique pour cause de sédition. Mais pour faire
appliquer ces ordres, il ne pouvait compter que sur les cadets des écoles
d'officiers, sur un bataillon de choc féminin et sur un régiment de fusiliers
composé de blessés de guerre. La prise par la force de l'imprimerie Trud où le
Rabochii Put, un journal bolchévique s'adressant aux ouvriers, était publié,
fut le signal de la riposte pour le Comité militaire révolutionnaire. Très vite
les ouvriers reprirent le contrôle de l'imprimerie et les troupes fidèles au
Comité militaire révolutionnaire persuadèrent ceux qui pensaient répondre aux
appels de Kerenski de rester neutres. Tout comme lors de l'épisode de Kornilov,
les troupes envoyées vers la capitale furent aussi persuadées qu'elles n'avaient
pas intérêt à soutenir les forces contre-révolutionnaires.
Il n'y avait plus alors
d'obstacles militaires à la prise du pouvoir par la classe ouvrière, mais
subsistaient les questions du "quand" et du "comment". Ce
débat, qui avait fait rage dans le parti bolchévique tout au long de septembre,
n'avait pas encore été complétement résolu malgré le vote du 10 octobre. Alors
que certains membres du Comité militaire révolutionnaire voulaient le
renversement immédiat de Kerenski, d'autres bolchéviks continuaient à
considérer erroné ou prématuré un tel soulèvement. Trotsky résuma la situation
correctement :
"Le gouvernement est
impuissant ; nous n'en avons pas peur parce que nous nous sentons
suffisamment forts… Certains de nos camarades, notamment Kamenev et Riazanov,
n'approuvent pas notre évaluation de la situation. Pourtant, nous ne penchons
ni à droite ni à gauche. Ce sont les circonstances et leur évolution qui nous
ont permis de développer notre ligne tactique. Nous nous renforçons chaque
jour. Notre objectif est de nous défendre et de développer progressivement
notre sphère d'influence pour donner une base solide au Congrès des Soviets de
demain." (extrait du livre de Rabinovitch, page 253)
De façon évidente, Lénine ne
voyait pas la situation ainsi. Après 7 semaines de combat politique pour un
soulèvement immédiat contre un ennemi affaibli, il ne put se contenir. Pour la
deuxième fois en un mois, il désobéit au Comité central qui le sommait de
rester caché et il prit son fameux tramway pour rejoindre l'état-major
bolchévique à l'Institut Smolny. Il avait déjà adressé un appel aux niveaux
inférieurs du parti afin de les exhorter à faire pression sur le Comité
central. Il y résumait tout ce qu'il avait mis en avant précédemment :
"L'histoire ne
pardonnera pas l'ajournement aux révolutionnaires qui peuvent vaincre
aujourd'hui (et qui vaincront aujourd'hui à coup sûr) ; ils risqueraient
de perdre beaucoup demain, ils risqueraient de tout perdre.
En prenant le pouvoir
aujourd'hui, nous le faisons non pas contre les Soviets, mais pour eux.
La prise du pouvoir est la
tâche de l'insurrection ; son but politique apparaîtra clairement après.
Ce serait notre perte, ce
serait du formalisme d'attendre le vote indécis du 25 octobre ; le peuple
a le droit et le devoir de trancher de telles questions non pas par des votes,
mais par la force (...) dans les moments critiques de la révolution (...). Le
gouvernement hésite. Il faut l'achever à tout prix ! Attendre pour agir,
c'est la mort." (Lénine, Lettre aux membres du Comité
central, 24 octobre 1917).
En fait, les deux positions
contiennent d'important éléments de vérité. Pour Trotsky, une nouvelle affaire
Kornilov n'avait plus aucune chance de se produire..
Il estimait que les choses
allaient suffisamment vite pour aller jusqu'au dénouement final (et Trotsky
était parmi les plus capables de faire que ce processus s'accélère). De plus,
Trotsky était au courant de quelque chose que Lénine ignorait encore, à savoir
que la composition du Second congrès des Soviets de toute les Russies serait,
de manière écrasante, en faveur du renversement du Gouvernement provisoire.
Lénine, de son côté, craignait que ce dernier ait encore, en son sein,
suffisamment de mencheviks et de S.R pour retarder toute décision sur le
pouvoir du soviet jusqu'à la tenue de l'Assemblée constituante qui, selon lui,
"ne peut nous être favorable". Il voulait arriver devant les autres
"partis socialistes" avec un fait accompli. Et si
les mencheviks en venaient à le rejeter, ils s'affirmeraient eux-mêmes comme des
bourgeois face à la classe ouvrière. En fait, c'est quasiment ainsi que les
choses se sont déroulées.
L'Octobre prolétarien
La Révolution d'Octobre a été
considérée comme la révolution la plus planifiée de tous les temps. C'est un
prolétariat combatif, armé pour la bataille et fort de son propre instrument
politique, le parti bolchévique, qui prit le pouvoir grâce à la plus ordonnée
des actions de masse de l'histoire. Mais, cela ne doit pas nous faire perdre de
vue certains faits qui caractérisent clairement le rapport entre le parti et la
classe. Le Comité central bolchévique n'a jamais, à aucun moment, décidé de la
date de l'insurrection. Il a simplement été porté par la marche des événements
et ce fut le Comité militaire révolutionnaire du Soviet de Saint-Petersbourg,
contrôlé par les bolcheviks, qui dirigea l'attaque finale. Là aussi, la
véritable direction politique du parti bolchévique se situait non dans les
salles de réunion des comités mais dans les rues.
Quand Kerenski envoya les
cadets fermer les ponts sur la Neva (coupant ainsi le centre de
Saint-Petersbourg des quartiers ouvriers du côté de Vyborg) comme il l'avait
fait en juillet :
"... ils furent
accueillis par une foule furieuse de citoyens, beaucoup portant des armes.
Forcés d'abandonner leurs armes, les cadets humiliés furent ramenés à leur
école ; pour ce qu'on en sait, cette action se déroula sans aucune
directive spécifique du Comité militaire révolutionnaire. De même, dès que le
combat pour les ponts débuta, Ilyin-Zhenevsky, agissant de lui-même, poussa les
soldats de la garnison à prendre le contrôle des petits ponts de Grenadesky et
de Samsonesky..." (Rabinowitch p.261)
En bref, on peut dire que
malgré toute la planification et tous les débats, la révolution ne fut pas
l'oeuvre d'une minorité menant simplement une majorité passive. Les bolcheviks
en tant que centre de commandement militaire n'étaient pas aussi bien préparés
que ce que l'histoire stalinienne a prétendu. Leur vrai succès, en tant que
dirigeant de la classe ouvrière, fut d'entraîner le mouvement de masse vers des
objectifs clairs qu'il pouvait suivre. Ainsi, les ouvriers, agissant avec la
pleine conscience de l'importance de la situation, coupèrent le pont Liteiny,
alors qu'un bolchevik (Ilyin-Zhenevsky), tout seul, n'a pas attendu les
instructions venant du "centre" et a pu agir de sa propre initiative
en adéquation avec les besoins de la situation. Comme nous l'avons montré tout
au long de ce texte, la prédisposition des bolcheviks pour la tâche
révolutionnaire n'était pas le fruit d'une supposée infaillibilité au niveau de
la stratégie et des tactiques mais dans le fait qu'il était un parti
véritablement enraciné dans l'avant-garde consciente de la classe ouvrière – et
un parti capable d'apprendre de ses erreurs. Dans ce sens, il était
l'organisateur du prolétariat dans la Révolution d'Octobre.
Sans la direction qu'il a
exercé au niveau de l'avant-garde de la classe, la Révolution d'Octobre serait
devenue une nouvelle défaite héroïque à rajouter dans la liste historique du
prolétariat, qui est déjà trop longue.
La dernière démonstration du
leadership des bolcheviks vis-à-vis des masses fut fournie par la répartition
des délégués au Second congrès des Soviets de toute les Russies, qui donna 300
délégués pour les bolcheviks et 193 pour les Socialiste-Révolutionnaires (dont
la moitié était formée par des SR de gauche qui étaient d'accord sur le
renversement du Gouvernement provisoire) alors qu'il y avait 68 mencheviks et
14 mencheviks internationalistes autour de Martov. Les autres étaient, pour
l'essentiel, des sans-parti mais, ainsi que les votes le montrèrent rapidement,
la plupart soutenaient les bolcheviks. Les bolcheviks appuyèrent une motion
proposée par Martov pour l'établissement d'un gouvernement de coalition de tous
les partis socialistes. Mais, celle-ci fut sabotée par les mencheviks et les SR
qui menacèrent de quitter le congrès. Ils espéraient ainsi mobiliser le
prolétariat contre les bolcheviks ; mais, en fait, comme le prolétariat
était derrière les bolcheviks, ils ne purent qu'échouer, selon Trotsky, dans
"les poubelles de l'histoire". Le menchevik
internationaliste Soukhanov le reconnaîtra quant il écrira par la suite :
"En quittant le
Congrès, nous avons, nous-mêmes, laissé aux bolcheviks le monopole sur le Soviet,
sur les masses et sur la révolution."
Malgré plusieurs tentatives
faites, par la suite, par les menchéviks internationalistes de Martov afin
d'essayer de former une coalition incluant les partis qui rejetaient le pouvoir
des soviets, le Congrès décida de l'insurrection. Au même moment quasiment, le
Palais d'hiver tombait entre les mains de la classe ouvrière et les membres du
Gouvernement provisoire étaient arrêtés - ce sont les seules arrestations
qui ont été faites par la classe ouvrière. Kerensky s'était, auparavant,
échappé pour essayer de rejoindre les régiments situés sur le front. Cette
mésaventure devait être une nouvelle manifestation de l'écrasante victoire des
bolcheviks, car ses efforts aboutirent quasiment à sa propre arrestation.
Déguisé en femme, il s'échappa de Russie ; et, durant le demi-siècle
suivant, à l'école de droit d'Harvard, il écrivit des mémoires mensongères.
Pendant ce temps, Lénine
sortit de sa cachette et salua le Congrès des Soviets en mettant en avant le
mot d'ordre : "nous devons maintenant construire l'ordre
socialiste". La véritable histoire de la révolution de la
classe ouvrière russe avait commencé...
Note 1 : Nous ne pouvons
développer sur cette question ici. Mentionnons juste que l'expérience du parti
bolchévique et surtout de Lénine – on pourrait citer aussi dans une certaine
mesure Trotsky - depuis les débuts même de la sociale-démocratie russe,
est marquée par leur capacité à juger chaque situation et à déterminer
l'intervention communiste en fonction de ce principe, en fonction du rapport à
l'Etat bourgeois, c'est-à-dire du nécessaire et inévitable affrontement
politique de classe avec celui-ci, et cela à tout moment, à toutes les
étapes, de la lutte des classes.
Note 2 :La dimension concrète et réelle de l'internationalisme du
parti bolchévique est d'autant plus à souligner ici qu'elle est remise en cause
par des nouveaux "innovateurs" qui la mettent en doute comme nous le
soulignons dans l'introduction du texte La Russie que nous aimons et
défendons d'Onorato Damen écrit en 1943 que nous reproduisons dans
ce numéro.
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