lundi 14 octobre 2013

Sur les rivalités impérialistes en Syrie et l'abandon des principes marxistes par le CCI



Bulletin communiste international #11 – FGCI 

Lutte contre l'opportunisme


Sur les rivalités impérialistes en Syrie et l'abandon des principes marxistes par le CCI




(Correspondance)



Nous venons juste de recevoir le texte qui suit d'un « groupe » que nous ne connaissons pas et signant Explorateurs en lendemains... Le lecteur pourra lire dans notre lettre de réponse qui suit les raisons pour lesquelles nous partageons le but politique que visent les camarades en rédigeant ce texte et en le faisant circuler même si nous ne sommes pas d'accord avec les éléments d'analyse et les conclusions en terme d'alignement impérialiste.


La Syrie


En parcourant les quelques articles du milieu révolutionnaire prolétarien consacrés à la tragédie qui se déroule en Syrie on est frappé par le sentiment dimpuissance de ce même milieu. Son incapacité congénitale à parler dune même voix et à se faire entendre est malheureusement patente et récurrente. Mais ce nest pas la seule faiblesse de ce milieu, loin sen faut.
Nous navons pas la prétention davoir lu tout ce que le milieu a pu écrire sur la Syrie depuis le début des évènements marquants dans ce pays en Mars 2011, mais la rareté des expressions sur ces évènements rejoint aussi lindigence des analyses. Certaines tournent le dos au marxisme et tendent à abandonner les principes fondamentaux du mouvement communiste et a glisser sur le terrain de ladversaire.
Cest le cas dun article de Révolution Internationale : « Syrie: guerre impérialiste ou solidarité de classe » (Révolution Internationale / Septembre 2013)
Si lon fait abstraction des habituelles litanies au sujet de la décadence, de la décomposition et du chaos, qui servent de cadre danalyse à ce courant, et de passe partout, ainsi que de lappel de principe au prolétariat mondial, entité parfaitement inexistante à lheure actuelle, que nous apprend cet article?
Tout dabord ce que tout le monde sait et que même la presse bourgeoise la plus vile rappelle dans ses torchons crasseux: les armes chimiques existent depuis la 1° guerre mondiale, et nont jamais cessé dêtre produites, perfectionnées, vendues et utilisées, y compris par ceux qui signent des traités et conventions contre elles.
Ensuite lauteur promet de nous révéler « quelles sont les véritables causes du conflit en Syrie ». Mais il nen fait rien, et à aucun moment ne cherche à le faire.
Dailleurs les arguments guerriers des impérialismes français et américains quon se doit de combattre 1 ne se rattachent pas à une quelconque explication des causes du conflit, mais aux moyens dempêcher Bachar Al Assad dutiliser les armes chimiques en sa possession, et de dissuader lIran de poursuivre son programme nucléaire. Que ces arguments ne soient que sophismes grossiers cachant mal leurs desseins impérialistes est une autre affaire quil serait intéressant de développer par ailleurs. Et cest entre autre ce quon était en droit dattendre au minimum dun tel article.
Mais en réalité cet article ne nous apprend rien du tout. Sa seule raison dêtre étant de ressasser la ligne du courant en cherchant à en prouver la prétendue validité dans lactualité.
Or cette ligne aboutit à des affirmations on ne peut plus naïves et dangereuses : « Depuis leffondrement de lURSS il ny a plus de blocs, plus de risques dune troisième guerre mondiale généralisée. »
Et en cela il chante la même berceuse aux prolétaires que les impérialistes eux-mêmes. Propagande soporifique.
Les guerres que les bourgeoisies impérialistes mènent un peu partout dans le monde viseraient justement, à les en croire, à éviter la prolifération des armes de destruction massive quils possèdent eux-mêmes en quantités hallucinantes et en qualité nécessairement considérablement supérieure à tous les Etats qui cherchent à sen doter, et par conséquent à éviter une troisième guerre mondiale. A chaque guerre on brandit limage dun nouvel Hitler quil faut écraser avant quil ne soit trop tard: Saddam Hussein, Kadhafi, Bachar Al Assad. Mais tout cela cache mal les intérêts proprement impérialistes qui les motivent. Au premier rang desquels le maintien de lordre capitaliste dans le monde entier et le renforcement de leur nation sur le marché mondial.
Le soutien indéfectible à certains régimes théocratiques, dictatoriaux, voire mafieux, par les Etats-Unis (Israël, Arabie Saoudite, Afghanistan ...) comme par la Russie et la Chine ( Syrie, Iran, Corée du Nord …) ou la France ( Maroc, Qatar, Emirats Arabes Unis…), rend caduque les mélopées de ces bourgeoisies sur lair des libertés démocratiques, quelles ne respectent même pas sur leur propre territoire national. Dailleurs, le peu de cas porté, même si officiellement on a assisté aux gémissements ridicules de Fabius et aux sermons d Obama, entrant en contradiction pour loccasion avec Kerry, à la violente et sanglante reprise en main parfaitement antidémocratique du pouvoir par larmée en Egypte dissimule mal lappui effectif apporté par tous les bons samaritains de limpérialisme aux généraux égyptiens (ceux-ci auront été privés de dessert: manœuvres militaires conjointes avec les USA), après avoir joué la carte des Frères Musulmans contre la révolution. Le précédent algérien avait déjà donné le ton il y a quelques décennies en matière de défense des droits démocratiques. Ce qui alimenta tout particulièrement le terrorisme des courants islamistes radicaux à léchelle internationale.
Un autre sophisme guerrier des impérialismes invoque la lutte contre le terrorisme. Mais si le terrorisme, principalement islamiste, constitue une menace pour les puissances impérialistes, cest quil vise à renverser les régimes quelles soutiennent en fonction des mêmes intérêts. Toutefois elles ne dédaignent pas de lutiliser contre les Etats qui coopèrent avec les impérialismes concurrents. Ce fut le cas en Afghanistan (notamment avec les Talibans et Ben Laden lui-même), ce fut aussi le cas au Caucase, en Lybie et actuellement en Syrie, pour ce qui est des impérialismes occidentaux, et de laxe franco-anglo-américain. Mais les impérialismes Russe et Chinois, voire limpérialisme naissant en Inde et au Pakistan, ne sont pas en reste (Cachemire, Népal, Tibet, Caucase, Indochine, Sri Lanka, Indonésie…).
Au lieu dapercevoir la recomposition inéluctable des alliances impérialistes et la dynamique inexorable du MPC qui tend vers le conflit généralisé, RI voit tout le contraire:
« Seulement la discipline de bloc aussi a volé en éclats. Chaque nation joue depuis sa propre carte, les alliances impérialistes sont de plus en plus éphémères et de circonstance… ainsi les conflits se multiplient sans quaucune bourgeoisie ne puisse plus rien contrôler. Cest le chaos, la décomposition grandissante de la société. »
Comme si dans les alliances qui ont provoqué la première guerre mondiale chacun navait pas « joué sa propre carte »! Comme si dans les nouvelles alliances qui se sont nouées pour la deuxième il ny avait pas eu un grand jeu, un double et triple jeu de la part de chaque nation concurrente! Quelle pitoyable innocence! Comme si les Etats-Unis navaient pas agressés leurs propres alliés européens, comme si lURSS navait pas pactisé avec lAllemagne hitlérienne avant de passer un accord avec les Etats-Unis, et le rompre dès quil lui fut possible. Comme si dans les deux blocs daprès guerre il ny avait pas une guerre permanente entre membres dun même bloc, et comme sil ny avait pas eu de non-alignés, etc. Et pourtant, cest bien à cette époque des blocs que le danger dun troisième conflit sétait en réalité le plus éloigné.
On ne peut pourtant pas dire non plus que lalliance entre la France, lAngleterre et les Etats-Unis soit vraiment éphémère et de circonstance depuis 2001! La France est aux côtés de lAngleterre et des Etats-Unis en Afghanistan (2002), en Irak (2003), en Lybie (2011), au Mali (2012), en Syrie (2013). On lentend hurler au loup avec ses acolytes contre lIran, comme contre Bachar Al Assad.
Depuis la fin des années 90 la bourgeoisie française a opéré un tournant en politique extérieure. Avec le retour des socialistes au pouvoir et la cohabitation Jospin/Chirac, la politique atlantiste fut ravivée. Cette derniere opéra un rapprochement avec Israël au détriment des palestiniens. Encore une fois la politique extérieure de la bourgeoisie française a favorisé le développement du terrorisme islamiste, en loccurrence celui du Hamas en Palestine, comme elle avait attisé celui du GIA en Algérie. On doit dailleurs considérer pareillement la responsabilité de cette bourgeoisie néocoloniale dans les affaires intérieures au Liban via la fraction chrétienne.
Lacharnement de celle-ci à vouloir intervenir militairement dans cette région contre vents et marée trouve sa raison dêtre réelle dans sa tentative de retrouver une influence prépondérante dans ce qui fut ses anciennes colonies après le Traité de Sèvres en 1920. Le recul de son influence au Liban, surtout avec la montée en puissance du Hezbollah allié à la Syrie, est un des motifs du revirement de la politique extérieure de la bourgeoisie française au proche orient à la fin des années 90.
Cette politique extérieure qui vit se resserrer les liens diplomatiques et militaires entre la France et les Etats-Unis fut confirmée par le retour de la droite au pouvoir avec lappui de toutes les forces de gauche… sous la présidence de Chirac. Elle fut même consolidée sous Sarkozy malgré certaines frictions apparentes et trouve son couronnement avec Hollande et la gauche au pouvoir.
Néanmoins une alliance impérialiste nopère pas seulement sur le plan de la diplomatie, elle trouve son point dorgue dans une alliance militaire et son opérationnalité sur le terrain des conflits. Or cest bien ce qui se réalise au travers des conflits successifs en Lybie, au Mali et en perspective en Syrie, même si un certain recul momentané des préparatifs militaires semblent officiellement avérés. Lefficacité du dispositif militaire entre les trois puissances a été rodé pour ainsi dire au cours des guerres doccupation en Afghanistan et en Irak. Mais il a été véritablement opérationnel avec la guerre en Lybie, puis au Mali.
Mais lapothéose de cet article réside dans lidée que lopinion publique a fait reculer la bourgeoisie anglaise au… parlement! Comble du crétinisme parlementaire. Le CCI a oublié que le parlement ne reflète pas lopinion publique mais le point de vue dominant dans la bourgeoisie elle-même, et que celui-ci modèle à son tour lopinion publique (la bourgeoisie détenant tous les médias et tous les moyens de propagande). Opinion publique matière plastique disait BORDIGA!
Et le CCI emboîte le pas à la presse bourgeoise. Après avoir anesthésié les prolétaires avec la chansonnette sur limpossibilité dune nouvelle guerre mondiale, le CCI finit de lendormir avec la berceuse sur la démocratie et lopinion publique.
La même magie de la démocratie agirait aux Etats-Unis. Mais en réalité, et contrairement à ce qui est affirmé aussi dans un article paru dans Le Monde le 26/09/2013, ce nest pas lopinion publique qui a freiné les ardeurs de la bourgeoisie américaine, mais, derrière les menaces militaires, un calcul diplomatique et le danger évident dune escalade incontrôlable non seulement au plan régional, mais encore au plan mondial.
Sur le plan intérieur à la Syrie les progrès constants des groupes islamistes armés et notamment ceux qui sont directement liés à Al Qaïda vient de sillustrer par une rupture de plus dune dizaine de ces groupes parmi les plus efficaces militairement, à commencer par lArmée syrienne libre elle-même davec la Coalition nationale syrienne, seule interlocutrice des impérialistes occidentaux. Par conséquent, une intervention sans troupes au sol est beaucoup trop risquée quand à savoir qui semparera du pouvoir quand le dictateur de Damas sera éliminé par les missiles.
Ce nest pas que ces troupes ne pourraient pas intervenir, car elles sont pré-positionnées en Jordanie et certainement aussi en Israël et en Turquie, Le Figaro ayant révélé quen Jordanie stationnaient non seulement les forces spéciales, mais encore 2 compagnies de combat et un détachement du 13° régiment de Dragons parachutistes. Une autre information du Figaro relatait que larmée syrienne aurait utilisé larme chimique en Aout suite à la pénétration des forces spéciales en Syrie. En somme il sagissait dun avertissement. Quoiquil en fut réellement, et il y a de forte chance pour que nous ne le sachions jamais, on comprend mieux la fameuse ligne rouge des EU…
Au plan mondial, les autres impérialismes, au premier rang desquels limpérialisme russe, principal soutient de lEtat syrien, sont résolument opposés à toute intervention militaire adverse. Or non seulement la Russie possède une base militaire en Syrie, dans le port de Tartous, et il sagit de la seule base russe en Méditerranée, mais encore elle est en train de déployer des navires de guerre un peu partout. Il en est de même, dans une moindre mesure, de la Chine.
La plupart des puissances émergentes y sont aussi opposées. Non seulement laxe franco-anglo-américain se trouve entravé au niveau de lONU, mais encore il peine à réunir une coalition de pays à même de le soutenir en cas de dérapage. Au contraire il voit se dessiner une alliance adverse qui trouve un appui relativement important dans ces puissances émergentes.
Cest pour toutes ces raisons que laxe occidental a reculé en bon ordre et a fait mine davoir fait avancer les choses sur le plan diplomatique. Et certainement pas par respect de lopinion publique et de la démocratie. Il en faudra beaucoup plus pour faire reculer limpérialisme, à commencer par un petit peu plus de rigueur marxiste (défaitisme et internationalisme ) et dunité dans la propagande du milieu révolutionnaire dans les pays des camps qui se dessinent. Mais surtout une véritable mobilisation prolétarienne de classe contre la bourgeoisie.
Explorateurs en lendemains, Septembre 2013.


Rosa Luxemburg contre l'opportunisme... du CCI actuel et sa liquidation d'un des principes marxistes quant à la seule perspective du capitalisme : 

une 3ème guerre impérialiste généralisée


« Ces événements, qui se succédèrent coup sur coup, créèrent de nouveaux antagonismes en dehors de l'Europe : entre l'Italie et la France en Afrique du Nord, entre la France et l'Angleterre en Égypte, entre l'Angleterre et la Russie en Asie centrale, entre la Russie et le Japon en Asie orientale, entre le Japon et l'Angleterre en Chine, entre les États-Unis et le Japon dans l'océan Pacifique - une mer mouvante, un flux et reflux d'oppositions aiguës et d'alliances passagères, de tensions et de détentes, au milieu de laquelle une guerre partielle menaçait d'éclater à intervalle régulier entre les puissances européennes, mais, chaque fois, était différée à nouveau. Dès lors, il était clair pour tout le monde :
1) Que cette guerre de tous les États capitalistes les uns contre les autres sur le dos des peuples d'Asie et d'Afrique, guerre qui restait étouffée mais qui couvait sourdement, devait conduire tôt ou tard à un règlement de comptes général, que le vent semé en Afrique et en Asie devait un jour s'abattre en retour sur l'Europe sous la forme d'une terrible tempête, d'autant plus que ce qui se passait en Asie et en Afrique avait comme contre-coup une intensification de la course aux armements en Europe.
2) Que la guerre mondiale éclaterait enfin aussitôt que les oppositions partielles et changeantes entre les États impérialistes trouveraient un axe central, une opposition forte et prépondérante autour de laquelle ils puissent se condenser temporairement. Cette situation se produisit lorsque l'impérialisme allemand fit son apparition. »
(La Brochure de Junius, ch.3, le développement de l'impérialisme, 1915, nous soulignons).


1 Primo parce que les communistes doivent face aux menées impérialistes mettre en œuvre, lorsque c’est possible, mais en défendre en toutes circonstances le principe, le défaitisme révolutionnaire qui consiste à s’opposer à sa propre bourgeoisie, en l’occurrence la bourgeoisie française alliée pour l’heure à celle des Etats-Unis. Secundo parce que la bourgeoisie française est au premier plan de cette croisade. Tertio parce qu’elle constitue avec ses alliés le centre de la contre-révolution, le cœur même du capitalisme le plus avancé et le plus mystificateur et qu’il faut en finir avec le chauvinisme occidentalo-centrique cultivé dans les masses ouvrières de petits blancs et dont le réformisme ouvrier s’est fait le champion.

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